Il faut retourner à l'école, aujourd'hui ! Je charge ma nouvelle petite valise à roulettes, acquise hier en remplacement de celle qui depuis 2002 a changé de couleur — il y avait 28 semaines de cours jusqu'à l'année dernière (2006), 30 maintenant, à quoi s'ajoute chaque année une dizaine de semaines d'examens, de concours et de préparations diverses, ce qui fait 38 en 2002, idem pour 2003, 2004, 2005 et 2006, soit 190 semaines, à quoi s'ajoutent les 40 semaines de 2007 (allant jusqu'en mars 2008), total 230 allers-retours (ce qui, dit en passant, représente 4,6 millions de yens dépensés en billets de train, de quoi faire un bel apport pour l'achat d'un appartement à Paris, par exemple, mais n'y pensons plus, de toute façon, je n'ai pas le choix)... Bref, je charge ma nouvelle petite valise et je m'en vais vaillant, corrigeant en chemin un rapport de 4e année plutôt bien écrit, sans même un regard pour le Mont Fuji — qu'est-ce qu'il m'apporterait, ce gros cône-là ?...

Oui, j'ai plaisir à retrouver mes étudiants ; principalement des étudiantes, d'ailleurs. Leur jeunesse souriante et leur application docile sont un onguent sur les plaies que le monde et ses horreurs me font à chaque bulletin d'information (aujourd'hui Pakistan, chalutier et point presse de Sarkozy). Je sais qu'une bonne partie ira augmenter le gros de la connerie du monde d'ici trois ou quatre ans ; au moins aurai-je profité de leur gentille naïveté et cru les enrichir, en disposer une minorité à vouloir autre chose...

À 19 heures, grâce aux efforts de coordination de mon cousin, je téléphone à mon père, via une infirmière qui lui passe le combiné. Il n'a plus besoin du masque à oxygène, il est assis, il dit qu'il s'ennuie un peu. Il a eu un vrai petit déjeuner. Il faut peu pour retrouver la joie de vivre, ou quelque chose qui s'en approche quand on a été au plus mal. Je rappelle ensuite mon cousin pour qu'on lui apporte des magazines et un carnet à dessin.

Au courrier, entre les barbants documents universitaires, un petit paquet de la fidèle et constante Laure, avec Civil de Daniel Foucard. J'en lis quelques lignes et me promets de m'y mettre dès que possible...

« Tiens, fais le test : un jour tâche d'être désagréable sans motif, bouscule ton client : tutoiement, blague cassante, pet, etc. En deux minutes, il te parlera impôts, pas de devoir, de déontologie, non, il ne s'en mêle pas : il te parlera impôts. Il transformera ton uniforme en objet et lui en sujet. Tu lui feras une réponse de chiotte, ultra efficace du genre : Mais moi aussi je paye mes impôts ! Là, regarde bien sa pupille rétrécir, vois ce sentiment de panique flottant dans le potage de son bon droit, regarde cette pâleur l'accusant d'avoir été trop con trop vite.» (Daniel Foucard, Civil, Paris : Léo Scheer, 2008, coll. Laureli, p. 15)