Le terreau avait bien changé
Par Berlol, samedi 12 janvier 2008 à 23:59 :: General :: #883 :: rss
Le mois dernier encore, je me demandais bien ce que j'aurais
à dire de nouveau sur À la Musique,
dont l'étude mise en ligne avait constitué l'une
de mes premières pages web, en 1996. Bien sûr, la
simple mise en scène, dans une salle de classe, de ces
remarques pouvait déjà suffire à
donner une explication du poème. Mais en creusant
à nouveau le même sillon, je me suis
aperçu que le terreau avait bien changé (et qu'il
faudra peut-être que je fasse une seconde version de la page,
en renouant les liens perdus).
D'abord, il y a la somme biographique et littéraire de Jean-Jacques Lefrère, de 2001, que je considère comme un des meilleurs outils à notre disposition. Ensuite, l'édition de L'œuvre intégrale manuscrite de Rimbaud chez Textuel (1996), pour essayer de contextualiser, de reconstruire le temps de l'écriture. Enfin, les développements du web qui permettent, à partir de bribes d'informations glanées chez Lefrère, de retrouver l'historique de la guerre de 1870 (le poème a très probablement été écrit à la fin du printemps 1870) et l'intertexte où Rimbaud a emprunté le contraste entre, d'une part, la mondanité bourgeoise autour de l'orchestre militaire et, d'autre part, le solitaire exalté par la haine du bourgeois et ses premiers émois sexuels, à savoir un poème d'Albert Glatigny intitulé Promenades d'hiver, dans son recueil de 1864, Les Flèches d'or (p. 158) — qui, pour n'être pas passé à la postérité, ne s'en trouve pas moins disponible sur Gallica (cela aussi bien après 1996).
On voit très clairement la progression centrifuge du poème, du kiosque vers les allées de marronniers. Entre mondanité (bourgeois, bureaux, notaires, épiciers, tous détestés) et solitude (le moi mal dans sa peau parce qu'il n'est que suivre), la frontière subjective est marquée, comme de façon prémonitoire, par le mot « contrebande »...
Enfin, le Saint-Martin rouvrit ! C'est qu'on a failli mourir de faim, nous ! Lundi dernier, par exemple. J'en fais la remarque à Yukie, qui le prend à la rigolade... Je lui demande aussi si elle sait pourquoi les frites 2008 — j'en ai une entre les doigts — sont meilleures que les frites 2007.
Après, notre temps se partage entre la sieste, l'écriture de kanjis, la lecture de blogs, l'enregistrement d'émissions de radio, etc. Et des petits dessins pour essayer d'imaginer comment on pourrait redisposer l'appartement. Bref, pas de quoi en faire un paragraphe.
D'abord, il y a la somme biographique et littéraire de Jean-Jacques Lefrère, de 2001, que je considère comme un des meilleurs outils à notre disposition. Ensuite, l'édition de L'œuvre intégrale manuscrite de Rimbaud chez Textuel (1996), pour essayer de contextualiser, de reconstruire le temps de l'écriture. Enfin, les développements du web qui permettent, à partir de bribes d'informations glanées chez Lefrère, de retrouver l'historique de la guerre de 1870 (le poème a très probablement été écrit à la fin du printemps 1870) et l'intertexte où Rimbaud a emprunté le contraste entre, d'une part, la mondanité bourgeoise autour de l'orchestre militaire et, d'autre part, le solitaire exalté par la haine du bourgeois et ses premiers émois sexuels, à savoir un poème d'Albert Glatigny intitulé Promenades d'hiver, dans son recueil de 1864, Les Flèches d'or (p. 158) — qui, pour n'être pas passé à la postérité, ne s'en trouve pas moins disponible sur Gallica (cela aussi bien après 1996).
On voit très clairement la progression centrifuge du poème, du kiosque vers les allées de marronniers. Entre mondanité (bourgeois, bureaux, notaires, épiciers, tous détestés) et solitude (le moi mal dans sa peau parce qu'il n'est que suivre), la frontière subjective est marquée, comme de façon prémonitoire, par le mot « contrebande »...
Enfin, le Saint-Martin rouvrit ! C'est qu'on a failli mourir de faim, nous ! Lundi dernier, par exemple. J'en fais la remarque à Yukie, qui le prend à la rigolade... Je lui demande aussi si elle sait pourquoi les frites 2008 — j'en ai une entre les doigts — sont meilleures que les frites 2007.
Après, notre temps se partage entre la sieste, l'écriture de kanjis, la lecture de blogs, l'enregistrement d'émissions de radio, etc. Et des petits dessins pour essayer d'imaginer comment on pourrait redisposer l'appartement. Bref, pas de quoi en faire un paragraphe.
Commentaires
1. Le dimanche 13 janvier 2008 à 01:26, par brigetoun :
quand je pense une fois encore qu'il me faudrait aller à Tokyo pour être votre élève (problème nationalité et surtout âge)
2. Le dimanche 13 janvier 2008 à 04:47, par vinteix :
La somme rimbaldienne de Lefrère est en effet, sous l'angle biographique et historique, impressionnante... mais du point de vue littéraire ou critique bien convenue et surtout d'une grande sécheresse quasi clinique... en tout cas sans commune mesure avec les études de Brunel, Stétié ou Munier, pour ne citer qu'eux...
Quant "A la musique", au-delà de l'opposition convenue entre la bourgeoisie et le jeune poète, thème romantique ou post-romantique, certes largement revisité par Rimbaud dans l'expression (lexique, images, syntaxe...), ce que j'y trouve de plus intéressant est ce qui s'y dit à la fin : l'érotisme et la solitude, et surtout l'expression du silence ("Je ne dis pas un mot"), présente et récurrente dès les premiers poèmes de Rimbaud, et en filigrane l'énoncé de tout un programme poétique et vital en germes, une alchimie du verbe et du corps, détruits et recréés : "Je reconstruis les corps..."
3. Le lundi 14 janvier 2008 à 07:25, par vinteix :
Pour l'avoir ressorti et reparcouru hier, je dirais même, pardon, que cette somme de Lefrère, vaut uniquement par ses informations biographiques et historiques, certes non négligeables, mais est d'une indigence totale au niveau littéraire... même si elle apporte des éléments évidemment non négligables pour une exégèse ou une herméneutique, quoique dans un esprit largement positiviste... alors que de ce point de vue là, largement préférable à des centaines de pages d'anecdotes ou de détails historiques, comme a su le compendre en son temps Henri Mondor avec Mallarmé, dix lignes de Char ou Bounoure, par exemple, sur Rimbaud apportent et questionnent largement plus qu'une relation clinique...
4. Le lundi 14 janvier 2008 à 07:27, par Berlol :
Pas d'accord. Mais peu importe... Ça nous emmènerait trop loin.
5. Le lundi 14 janvier 2008 à 07:48, par vinteix :
Pourquoi pas ? "le trop loin" en l'occurrence, sur quelqu'un comme Rimbaud, ou un autre poète ou écrivain aussi commenté et mythifié, reste toujours d'actualité, échappe au temps... et nul commentaire n'est évidemment définitif ni superfétatoire, au risque de surcharger la vulgate comme le disait Michon. Pour moi, un des plus profonds commentaires post-rimbaldiens, liés à Rimbaud, à sa destinée mais surtout au "destin" de la poésie après Rimbaud, comme on a pu parler de la poésie après Auschwitz, est un des plus discrets et inconnus, écrit par Jean Maquet, 3 ou 4 pages seulement, dans la revue "Troisième convoi", "Les Anges pleurant"... Enfin, c'est très personnel, mais je ne goûte guère aux biographies, et comme le disait justement Blanchot à propos du travail de Mondor sur Mallarmé, le biographe connaît le génie et ignore l'homme... avec beaucoup de guillemets et d'infinis précautions... Néanmoins, l'essentiel étant les textes, seuls m'intéressent vraiment les études ou textes écrits par d'autres poètes ou écrivains, c'est-à-dire des textes sur des textes, des textes d'écrivains, ce que n'est à l'évidence pas Lefrère... a contrario, par exemple, le texte le plus éclairant et intéressant sur Breton est pour moi celui de Gracq, une sorte de référence en la matière, qui m'apporte beaucoup plus sur Breton et son oeuvre que le livre de Béhar ou tout autre biographie...
A refeuilleter le livre de Lefrère, certes intéressant pour de micros-détails historiques ou anecdotiques, impressionnant par la somme de travail d'archives, ne me reste qu'une impression de sécheresse désolante, voire même mortifère...
6. Le lundi 14 janvier 2008 à 09:04, par vinteix :
D'ailleurs, à lire ton commentaire en ligne d'"A la musique", je ne vois pas bien ce que pourrait t'apporter Lefrère... dont le livre est quasiment vide de toute réflexion ou écriture sur le texte même, la langue du poète... encore une fois, ce millier de pages, intéressantes mais somme toute très cliniques, le fait d'ailleurs d'un clinicien, ne valent pas au niveau de la réflexion sur la poésie de Rimbaud 10 lignes de Char, Blanchot, Brunel, Stétié ou Richard, par exemple... et personnellement, un livre qu'on lit sans s'arrêter ne me parle guère profondément... or, à titre d'exemple sur Rimbaud, parmi beaucoup d'autres, une courte phrase de Stétié m'a vraiment arrêté et renvoyé aux textes eux-mêmes, y trouvant maints échots et incarnations, aussi bien dans les poèmes, dès la genèse, que dans la correspondance : "Rimbaud n'est pas un poème qui s'est tu, mais un silence une fois qui a parlé."
La lecture de Lefrère ne m'a donné aucun ou presque de ces "arrêts"... Certes, son apport est grand, du point de vue anecdotique, comme par exemple cette photo exhumée de Rimbaud et son fusil... finalement semblable à la photo volée de Blanchot et son caddie... certes émouvante... comme certaines de ses démystications, ainsi, preuves photographiques à l'appui, l'hôtel d'Aden qu'on prenait pour celui où avait séjourné Rimbaud, devenu même "Institut français" (où l'on voit aussi l'enjeu polémique...) et qui n'était finalement pas le bon... soit, très bien ! et ensuite ? comme l'a déjà suffisamment montré Etiemble, ces points de détails ne font que participer au mythe... et ne parlent guère de l'essentiel, la poésie...
Ainsi donc, citant précédemment Jean Maquet, je me suis rendu compte que je pensais en fait à un autre texte de lui, même si Rimbaud est largement présent et cité dans "Les Anges pleurant"... en fait un court article publié dans "Combat" (novembre 1947), intitulé "Se taire ou dire autre chose" qui en 2 pages parle beaucoup plus de la poésie de Rimbaud et de la poésie en général après Rimbaud que le millier de pages du docteur Lefrère...
(On peut trouver ce texte à la fin du fac-similé de la revue "Troisième convoi", ed. Farrago, 1998, pp.241-242)
7. Le lundi 14 janvier 2008 à 09:32, par vinteix :
Ceci dit, quitte à... ou plutôt pour que cela nous emmène "trop loin", je suis curieux de et ouvert à ce que la lecture de Lefrère a pu t'apporter sur Rimbaud... au-delà de la relation journalistique ou clinique d'une existence commençant à telle date et finissant à telle autre...
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.