On ne coupera pas à la diérèse
Par Berlol, jeudi 17 janvier 2008 à 23:59 :: General :: #888 :: rss
Il est enfin venu, le jour des derniers cours !
On n'y croyait plus ; ce matin, on accourt !
(Là, on ne coupera pas à la diérèse)
La demande ayant été formulée gentiment par une étudiante qui avait pris son courage à deux mains (avant-hier), on consacre deux cours à des exercices sur les pronoms personnels COD, COI, et sur les pronoms relatifs. Et ce n'est pas bénin : le besoin de pronoms compléments et relatifs apparaît précisément quand on veut se sortir de l'étroitesse de la phrase simple, quand on souhaite s'éviter les lourdeurs de la répétition — bref, quand on veut passer en deuxième année.
Cadeau pour le séminaire de cinéma, une Séance Méliès (1997, 55 min.), avec sous-titres en japonais (l'édition française semble être difficile à trouver). C'est un dévédé hors-commerce qui accompagnait l'édition japonaise d'un livre américain intitulé en France 1001 films à voir avant de mourir... On y voit une quinzaine de films de Georges Méliès (présentés par Madeleine Malthête-Méliès lors d'une vraie séance au théâtre Grévin), du plus connu, Le Voyage dans la Lune (1902), à d'étonnants tours de prestidigitation que les trucages étendent au-delà du possible — où les étudiants découvrent surtout que Méliès a TOUT inventé entre 1898 et 1909 !
Avec cinq étudiantes du séminaire, dîner de fin d'études dans un restaurant, près de la fac. Pas d'autres clients que nous ; un peu morbide, comme ambiance, mais la conversation démarre, une bonne nouvelle cuisine japonaise arrive : on parle carrières, cinéma, France (j'étais allé à Versailles avec deux d'entre elles), et divers autres sujets...
Retour auprès de T. par le train de 21h04, que j'attrape in extremis... J'en connais un autre qui est in extremis !
« Il se remit en marche. Il titubait. Il n'ouvrait pas très souvent les yeux. Pour se guider il cherchait des appuis avec le bras gauche. Sa main valide s'écorchait sur des échardes de vieux bois, sur des pointes de fer, des pierres coupantes. Il se traîna ainsi jusqu'à un endroit où le sol était plan et dégagé sur quelques mètres, délimitant une surface scénique entourée de tas noirâtres. Les éboulis formaient un demi-cratère. On dirait un petit théâtre, pensa-t-il. Un petit amphithéâtre avec des espèces de gradins noirâtres. Pour la scène finale. Tu vas t'asseoir là, Mevlido, pensa-t-il.
Il se hissa de quelques dizaines de centimètres sur le premier amoncellement de débris. Son bras coupé vint battre entre ses jambes, l'arrosant une nouvelle fois de sang au moment où il s'asseyait. Il l'écarta en gémissant et l'installa à côté de lui sur des résidus de mur.
C'est fichu, résuma-t-il. En tout cas, c'est mal parti. Mais au moins il y a une place libre pour la scène finale. Pour une ou deux personnes. Public et acteurs confondus.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 313-314)
On n'y croyait plus ; ce matin, on accourt !
(Là, on ne coupera pas à la diérèse)
La demande ayant été formulée gentiment par une étudiante qui avait pris son courage à deux mains (avant-hier), on consacre deux cours à des exercices sur les pronoms personnels COD, COI, et sur les pronoms relatifs. Et ce n'est pas bénin : le besoin de pronoms compléments et relatifs apparaît précisément quand on veut se sortir de l'étroitesse de la phrase simple, quand on souhaite s'éviter les lourdeurs de la répétition — bref, quand on veut passer en deuxième année.
Cadeau pour le séminaire de cinéma, une Séance Méliès (1997, 55 min.), avec sous-titres en japonais (l'édition française semble être difficile à trouver). C'est un dévédé hors-commerce qui accompagnait l'édition japonaise d'un livre américain intitulé en France 1001 films à voir avant de mourir... On y voit une quinzaine de films de Georges Méliès (présentés par Madeleine Malthête-Méliès lors d'une vraie séance au théâtre Grévin), du plus connu, Le Voyage dans la Lune (1902), à d'étonnants tours de prestidigitation que les trucages étendent au-delà du possible — où les étudiants découvrent surtout que Méliès a TOUT inventé entre 1898 et 1909 !
Avec cinq étudiantes du séminaire, dîner de fin d'études dans un restaurant, près de la fac. Pas d'autres clients que nous ; un peu morbide, comme ambiance, mais la conversation démarre, une bonne nouvelle cuisine japonaise arrive : on parle carrières, cinéma, France (j'étais allé à Versailles avec deux d'entre elles), et divers autres sujets...
Retour auprès de T. par le train de 21h04, que j'attrape in extremis... J'en connais un autre qui est in extremis !
« Il se remit en marche. Il titubait. Il n'ouvrait pas très souvent les yeux. Pour se guider il cherchait des appuis avec le bras gauche. Sa main valide s'écorchait sur des échardes de vieux bois, sur des pointes de fer, des pierres coupantes. Il se traîna ainsi jusqu'à un endroit où le sol était plan et dégagé sur quelques mètres, délimitant une surface scénique entourée de tas noirâtres. Les éboulis formaient un demi-cratère. On dirait un petit théâtre, pensa-t-il. Un petit amphithéâtre avec des espèces de gradins noirâtres. Pour la scène finale. Tu vas t'asseoir là, Mevlido, pensa-t-il.
Il se hissa de quelques dizaines de centimètres sur le premier amoncellement de débris. Son bras coupé vint battre entre ses jambes, l'arrosant une nouvelle fois de sang au moment où il s'asseyait. Il l'écarta en gémissant et l'installa à côté de lui sur des résidus de mur.
C'est fichu, résuma-t-il. En tout cas, c'est mal parti. Mais au moins il y a une place libre pour la scène finale. Pour une ou deux personnes. Public et acteurs confondus.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 313-314)
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