Comme T. se le demandait très justement ce matin : depuis que nous habitons ici, combien de semaines vraiment calmes avons-nous eues ? Par calme, j'entends sans engins pelleteurs ou perceurs, sans scies ni bétonnières, que ce soit dans ce bâtiment ou à côté. C'est le défaut des vieux quartiers ; on y détruit, reconstruit, retape et bricole en permanence.
Cette semaine, c'est la peinture des parties métalliques des balcons et couloirs. Des ouvriers fondent sur l'immeuble avec une nuée de tuyaux pire que des corbeaux, criaillent pour guider le camion, entassent un concert d'échaffaudages avant de les monter. En urgence, il a fallu que nous désenlacions le jasmin du balcon et déplacions les autres plantes pour laisser un passage et éviter les éclaboussures.
On s'enfuit au centre de sport, meilleur moyen d'éviter toute cette quincaillerie.
J'y pédale 14 km, en tandem avec Char (Le Marteau sans maître). J'y prends un certain plaisir, mais rien de transcendant — mon hermétisme à une certaine idée de la poésie refait surface. Quand tant sont admiratifs, je me demande toujours pourquoi je n'y arrive pas — je ne tire donc qu'une petite révérence.

« Les soleils fainéants se nourrissent de méningite
Ils descendent les fleuves du moyen âge
Dorment dans les crevasses des rochers
Sur un lit de copeaux et de loupe
Ils ne s'écartent pas de la zone des tenailles pourries
Comme les aérostats de l'enfer.»
(René Char, « Les messagers de la poésie frénétique », in L'action en justice est éteinte (1931), repris dans Le Marteau sans maître, Paris : Gallimard, coll. poésie nrf, p. 60)

Crêpe complète à Galettoria, pour se refaire — bien faite, pas trop grasse, lieu joliment campagnard à deux pas de Shibuya. Soldes très calmes au Tokyu de Bunkamura, T. y trouve enfin un manteau, moi trois slips.

Pendant que nous étions dehors, l'ordinateur a sagement enregistré Le Malade imaginaire aux Fictions d'hier. Sur TV5 Monde, deux fictions d'après Maupassant, dont La Parure avec Cécile de France.