Ici, arrivée du canapé-lit dit des gardes-malade, parce qu'acquis lorsque le père de T. nécessitait des soins permanents ; il me permettra maintenant de ne plus dormir par terre — quand on dort à la japonaise, sur léger matelas et futon, on sait tout de même qu'on dort par terre ; même T. n'aime pas ça. Au même moment, pour elle, livraison du nouveau DELL, deux gros cartons que je trouverai dans l'entrée et que nous n'aurons pas le temps d'installer avant dimanche.
Pendant que j'attendais la livraison, j'ai visionné le dernier Ce soir ou Jamais disponible, celui de mercredi, sur l'urbanisme des cités depuis les années 1960 — devrait être obligatoire : pour les images d'archives et pour les débats entre Roland Castro, Jacques Barrot, Azouz Begag (que je ne porte pas dans mon cœur), etc. ; une bonne leçon d'histoire.
À quoi chaque témoin peut apporter son grain de sel : j'ai d'excellents souvenirs de Garges-lès-Gonesse de 1963 à 1975 ou 76, le Suma, la librairie-papeterie, le marché, le patronage le jeudi, la cité où nous habitions délimitée par des champs au sud, la ligne de train à l'est, la route nationale au nord, et pas de limites vers l'ouest puisqu'on marchait souvent jusqu'au centre commercial de la Dame blanche.
À partir de 1971, ma mère habitant à Choisy-le-Roi, j'ai commencé à faire des allers-retours entre Choisy et Garges, où j'étais moins souvent, et j'ai vu le commencement de la dégradation du paysage urbain et du tissu social : le Suma a fermé et a été remplacé par un supermarché moins décoré, d'autres commerces ont fermé, la boulangerie est devenue un dépôt de pain...
Faudrait que j'interroge mon père ou que j'aille fouiller dans toutes mes vieilles affaires qu'il a gardées.

Premier échange de courrier avec l'ami retrouvé hier. Il me raconte brièvement son parcours depuis plus de vingt ans que le contact était perdu... Impression étrange (mais pas désagréable), son visage me revient, des bribes d'images de chez lui, de virées dans Paris ou ailleurs.
Pat, je te dédie cet extrait de Mauche :

« Lorsque du saut à l'élastique n'est livrée à temps que la chute libre – retard dû au transitaire –, l'intéressé, salarié néanmoins, espère encore que s'ouvre, merveilleusement irisé, un de ces golden parachutes, dont il tire trop vite, croyant la ficelle, nerveusement, trop tôt, la cordelette des stock-options, lesquelles coincent, invendables légalement. Et socialement déjà se voit-il plus bas que terre, retenu in extremis par le maillage serré amical-familial qui le maintient, très cher payé. Alors que s'il était indépendant artisan et que, fenêtre ouverte, il s'était penché sur le vide économique, fuyant un monde injuste mais bien sympathique, il aurait vu voleter autour de lui la concurrence émulatrice, la satisfaction toute personnelle euphorisante qui donne des ailes, bourrée d'hélium, malgré la chute ou la faillite, et, un bref instant ou moins, fait ascensionner dans les airs.» (Jérôme Mauche, La Loi des rendements décroissants, p. 36)

Dans le train du retour, je dors un peu puis je commence à trier des fichiers, entre le disque dur du portable et le nouveau disque dur externe. À la maison, dîner de tofu et de poisson en regardant le film sur les derniers jours d'Hitler, La Chute (Der Untergang, Hirschbiegel, 2005). Les critiques négatives du fait d'une certaine humanisation d'Hitler ne me paraissent pas recevables ; de toute façon, c'était un homme, pas un extra-terrestre.
Pour ma part, je trouve qu'on voit bien la déchéance mentale, l'indécision de l'entourage, le problème moral et politique — et éternel — que représente le constat d'incapacité du chef. Ces suicides des responsables en cascade après qu'ils ont bien foutu le bordel partout, voilà qui est bien la preuve ultime et à peine paradoxale de leur totale irresponsabilité, sorte d'héritage tordu d'un idéalisme romantique — un monde pâte à modeler par une poignée d'hommes — qui ne résiste pas à l'épreuve d'une réalité progressivement apparue sous forme de Russes, d'Américains, de Canadiens, de Français, etc., et même d'Allemands totalement appauvris, désemparés, blessés, amputés voire morts et par conséquent incapables d'obéir aveuglément plus longtemps...