Pâte à modeler par une poignée d'hommes
Par Berlol, vendredi 25 janvier 2008 à 23:56 :: General :: #896 :: rss
Ici, arrivée du canapé-lit dit des gardes-malade,
parce qu'acquis lorsque le père de T. nécessitait
des soins permanents ;
il me permettra maintenant de ne plus dormir par
terre — quand on dort à la japonaise, sur
léger
matelas et futon, on sait tout de même qu'on dort par
terre ;
même T. n'aime pas ça. Au même moment,
pour elle,
livraison du nouveau DELL, deux gros cartons que je trouverai dans
l'entrée et que nous n'aurons pas le temps d'installer avant
dimanche.
Pendant que j'attendais la livraison, j'ai visionné le dernier Ce soir ou Jamais disponible, celui de mercredi, sur l'urbanisme des cités depuis les années 1960 — devrait être obligatoire : pour les images d'archives et pour les débats entre Roland Castro, Jacques Barrot, Azouz Begag (que je ne porte pas dans mon cœur), etc. ; une bonne leçon d'histoire.
À quoi chaque témoin peut apporter son grain de sel : j'ai d'excellents souvenirs de Garges-lès-Gonesse de 1963 à 1975 ou 76, le Suma, la librairie-papeterie, le marché, le patronage le jeudi, la cité où nous habitions délimitée par des champs au sud, la ligne de train à l'est, la route nationale au nord, et pas de limites vers l'ouest puisqu'on marchait souvent jusqu'au centre commercial de la Dame blanche.
À partir de 1971, ma mère habitant à Choisy-le-Roi, j'ai commencé à faire des allers-retours entre Choisy et Garges, où j'étais moins souvent, et j'ai vu le commencement de la dégradation du paysage urbain et du tissu social : le Suma a fermé et a été remplacé par un supermarché moins décoré, d'autres commerces ont fermé, la boulangerie est devenue un dépôt de pain...
Faudrait que j'interroge mon père ou que j'aille fouiller dans toutes mes vieilles affaires qu'il a gardées.
Premier échange de courrier avec l'ami retrouvé hier. Il me raconte brièvement son parcours depuis plus de vingt ans que le contact était perdu... Impression étrange (mais pas désagréable), son visage me revient, des bribes d'images de chez lui, de virées dans Paris ou ailleurs.
Pat, je te dédie cet extrait de Mauche :
« Lorsque du saut à l'élastique n'est livrée à temps que la chute libre – retard dû au transitaire –, l'intéressé, salarié néanmoins, espère encore que s'ouvre, merveilleusement irisé, un de ces golden parachutes, dont il tire trop vite, croyant la ficelle, nerveusement, trop tôt, la cordelette des stock-options, lesquelles coincent, invendables légalement. Et socialement déjà se voit-il plus bas que terre, retenu in extremis par le maillage serré amical-familial qui le maintient, très cher payé. Alors que s'il était indépendant artisan et que, fenêtre ouverte, il s'était penché sur le vide économique, fuyant un monde injuste mais bien sympathique, il aurait vu voleter autour de lui la concurrence émulatrice, la satisfaction toute personnelle euphorisante qui donne des ailes, bourrée d'hélium, malgré la chute ou la faillite, et, un bref instant ou moins, fait ascensionner dans les airs.» (Jérôme Mauche, La Loi des rendements décroissants, p. 36)
Dans le train du retour, je dors un peu puis je commence à trier des fichiers, entre le disque dur du portable et le nouveau disque dur externe. À la maison, dîner de tofu et de poisson en regardant le film sur les derniers jours d'Hitler, La Chute (Der Untergang, Hirschbiegel, 2005). Les critiques négatives du fait d'une certaine humanisation d'Hitler ne me paraissent pas recevables ; de toute façon, c'était un homme, pas un extra-terrestre.
Pour ma part, je trouve qu'on voit bien la déchéance mentale, l'indécision de l'entourage, le problème moral et politique — et éternel — que représente le constat d'incapacité du chef. Ces suicides des responsables en cascade après qu'ils ont bien foutu le bordel partout, voilà qui est bien la preuve ultime et à peine paradoxale de leur totale irresponsabilité, sorte d'héritage tordu d'un idéalisme romantique — un monde pâte à modeler par une poignée d'hommes — qui ne résiste pas à l'épreuve d'une réalité progressivement apparue sous forme de Russes, d'Américains, de Canadiens, de Français, etc., et même d'Allemands totalement appauvris, désemparés, blessés, amputés voire morts et par conséquent incapables d'obéir aveuglément plus longtemps...
Pendant que j'attendais la livraison, j'ai visionné le dernier Ce soir ou Jamais disponible, celui de mercredi, sur l'urbanisme des cités depuis les années 1960 — devrait être obligatoire : pour les images d'archives et pour les débats entre Roland Castro, Jacques Barrot, Azouz Begag (que je ne porte pas dans mon cœur), etc. ; une bonne leçon d'histoire.
À quoi chaque témoin peut apporter son grain de sel : j'ai d'excellents souvenirs de Garges-lès-Gonesse de 1963 à 1975 ou 76, le Suma, la librairie-papeterie, le marché, le patronage le jeudi, la cité où nous habitions délimitée par des champs au sud, la ligne de train à l'est, la route nationale au nord, et pas de limites vers l'ouest puisqu'on marchait souvent jusqu'au centre commercial de la Dame blanche.
À partir de 1971, ma mère habitant à Choisy-le-Roi, j'ai commencé à faire des allers-retours entre Choisy et Garges, où j'étais moins souvent, et j'ai vu le commencement de la dégradation du paysage urbain et du tissu social : le Suma a fermé et a été remplacé par un supermarché moins décoré, d'autres commerces ont fermé, la boulangerie est devenue un dépôt de pain...
Faudrait que j'interroge mon père ou que j'aille fouiller dans toutes mes vieilles affaires qu'il a gardées.
Premier échange de courrier avec l'ami retrouvé hier. Il me raconte brièvement son parcours depuis plus de vingt ans que le contact était perdu... Impression étrange (mais pas désagréable), son visage me revient, des bribes d'images de chez lui, de virées dans Paris ou ailleurs.
Pat, je te dédie cet extrait de Mauche :
« Lorsque du saut à l'élastique n'est livrée à temps que la chute libre – retard dû au transitaire –, l'intéressé, salarié néanmoins, espère encore que s'ouvre, merveilleusement irisé, un de ces golden parachutes, dont il tire trop vite, croyant la ficelle, nerveusement, trop tôt, la cordelette des stock-options, lesquelles coincent, invendables légalement. Et socialement déjà se voit-il plus bas que terre, retenu in extremis par le maillage serré amical-familial qui le maintient, très cher payé. Alors que s'il était indépendant artisan et que, fenêtre ouverte, il s'était penché sur le vide économique, fuyant un monde injuste mais bien sympathique, il aurait vu voleter autour de lui la concurrence émulatrice, la satisfaction toute personnelle euphorisante qui donne des ailes, bourrée d'hélium, malgré la chute ou la faillite, et, un bref instant ou moins, fait ascensionner dans les airs.» (Jérôme Mauche, La Loi des rendements décroissants, p. 36)
Dans le train du retour, je dors un peu puis je commence à trier des fichiers, entre le disque dur du portable et le nouveau disque dur externe. À la maison, dîner de tofu et de poisson en regardant le film sur les derniers jours d'Hitler, La Chute (Der Untergang, Hirschbiegel, 2005). Les critiques négatives du fait d'une certaine humanisation d'Hitler ne me paraissent pas recevables ; de toute façon, c'était un homme, pas un extra-terrestre.
Pour ma part, je trouve qu'on voit bien la déchéance mentale, l'indécision de l'entourage, le problème moral et politique — et éternel — que représente le constat d'incapacité du chef. Ces suicides des responsables en cascade après qu'ils ont bien foutu le bordel partout, voilà qui est bien la preuve ultime et à peine paradoxale de leur totale irresponsabilité, sorte d'héritage tordu d'un idéalisme romantique — un monde pâte à modeler par une poignée d'hommes — qui ne résiste pas à l'épreuve d'une réalité progressivement apparue sous forme de Russes, d'Américains, de Canadiens, de Français, etc., et même d'Allemands totalement appauvris, désemparés, blessés, amputés voire morts et par conséquent incapables d'obéir aveuglément plus longtemps...
Commentaires
1. Le dimanche 27 janvier 2008 à 03:33, par vinteix :
A propos de pâte à modeler... un expert en la matière et autres raffarinades, qui n'a pas froid aux yeux, J.P.Raffarin, déclarait ouvertement et l'écrivait même : "la pâte à modeler, c'est de la pâte humaine, si tendre et si dure".
2. Le dimanche 27 janvier 2008 à 03:44, par brigetoun :
la pâte à modeler pas si dure sauf la minérale, la terre un combat pour moi que je ne veux pas important et auquel je reviens de façon brouillonne;
Les critiques sur les ensembles, bien sur la paresse dans le temps, et l'oubli de ce qui peut y amener la vie, mais j'ai toujours le souvenir des quartiers de taudis de mon enfance.
La chute, j'ai bien aimé, avec tout de même un petit recul devant le coté un peu malsain de la presque glorification, genre apocalypse, ne montre pas encore suffisamment le coté dérisoire de ces gens qui ont amené toutes ces douleurs
3. Le dimanche 27 janvier 2008 à 15:54, par christine :
si "chaque témoin peut apporter son grain de sel" , j'apporte le mien, et j'avoue ma perplexité devant ton "j'ai vu le commencement de la dégradation du paysage urbain et du tissu social" :
des Minguettes de mon enfance et de mon adolescence je n'ai rien vu de tel à ce moment là ; en revanche après en être partie pour une prépa lyonnaise, puis pour vivre à Paris, j'ai clairement vu cette dégradation ... il me semble que ce sont des choses qu'on voit surtout à distance, ou à travers le regard des autres, et le discours des médias
4. Le dimanche 27 janvier 2008 à 16:35, par Berlol :
Tu as peut-être raison, Christine. Il faut être parti et revenir pour voir le changement. Précisément, c'est ce que je faisais entre 72 et 76 puisque je passais la semaine à Choisy-le-Roi et certains week-ends à Garges...
5. Le lundi 28 janvier 2008 à 04:50, par pat :
A force de voir, nous devenons non voyant de ce qui nous entoure. A Force de se voir, on ne fait plus attention que nous sommes en train de vieillir. Il faut prendre des photos prises il y a des lustres pour constater la dégradation du visage urbain (sens, contre sens, sens unique, double sens) .
6. Le lundi 28 janvier 2008 à 07:50, par Berlol :
Heureusement que je n'avais pas écrit "Pat à modeler"...
Ajouter un commentaire