Levé à six heures pour finir la préparation du cours sur Le Bateau ivre, concentrer mes dix pages de notes et extraires les bonnes informations du web. Je dois dire que j'ai trouvé une aide substantielle chez Alain Bardel, que je recommande chaudement. Par ailleurs, j'adhère sans réserve à la thèse de Steve Murphy, qui voit le Bateau ivre, langage codé, comme un tombeau de la Commune de Paris et du vécu de Rimbaud pendant ces événements (je suis moi aussi totalement contre la vision spontanéiste, issue d'une lecture simplette des lettres dites du voyantsorry pour Étiemble...). On ne coupera donc pas à une révision de l'histoire de la Commune, avec ses « Peaux-Rouges », dixit Bismarck, son mai sanglant et ses pontons pour la Guyane.
En classe, j'essaie autant que possible, dans l'analyse, d'avoir du poème l'énergie, pas la fission : le son, le rythme, le sens, la forme sont à chaque instant un tout indivisible, commenté dans un certain désordre où chacun devra faire effort pour s'y retrouver selon soi. L'enjambement de « je me suis baigné dans le Poème / De la Mer » (6e strophe) m'est la clef des doubles sens, plus si affinités. Mais je ne refais pas tout...

Déjeuner au Saint-Martin avec T., Laurent et Bill. Un plaisir, de les revoir ensemble. Et de l'agneau toujours aussi goûteux. Comme il a un peu été question des bas de laine québécois et de la retraite, je dédie à Bill ce bout de Mauche :

« L'opérateur historique, soudain, à l'annonce d'un trou béant sous son talon – aucun besoin de se déchausser s'il se doutait que son tricot de corps, au pied, en pur fil d'Écosse, fût en si piteux état, à moins qu'il s'agisse encore d'une stratégie de communication, mais un peu éculée qui n'émeut, notamment, plus les petits épargnants accrochés à leur bas de laine. Façon de parler, car heureusement le secteur bancaire a révolutionné les produits susceptibles de drainer plus sympathiquement les réserves monétaires des particuliers, leur offrant d'autres horizons d'attente qu'une espèce de chausse peu ragoûtante et défraîchie en usage, ou pire encore qu'on aurait tricotée soi-même pour ses vieux jours, la froidure, etc., toutes sortes de concepts inadaptés dans une économie où l'on vit à cent à l'heure, pieds nus, à s'éclater sur une planète qui se réchauffe, en principe, à toute allure.» (Jérôme Mauche, La Loi des rendements décroissants, p. 43-44)

T. et moi, courses à Ginza. T. trouve les sous-vêtements chauds dont elle a besoin pour la France. En montant au 6e étage pour aller au café Chianti, nous tombons sur Christine et Thomas qui vont au rayon nouveau-né. Elle accouche en principe dans un mois, c'est dire sa rondeur extrême. Pleine forme, pourtant. Nous les accompagnons jusqu'au milieu des poussettes et taillons une bonne bavette. Grâce à eux, et au fait que nous les ayons accompagnés jusque-là, nous découvrons juste après le rayon sport, assez planqué, chez Matsuya. Or, il y a juste les bottines de marches qu'il faut à T., élégantes, confortables et soldées. ainsi que la veste Taras-Boulba dont je rêvais pour remplacer mon vieil Aigle, entré en phase de décomposition le mois dernier.

Au nid douillet notre addiction : dînant et après, quatre épisodes de Lost, série 3.