Têtes coupées, ou l'inverse ?
Par Berlol, vendredi 1 février 2008 à 23:46 :: General :: #903 :: rss
Heures à colliger proprement en un
seul document les
informations éparses du stage d'Orléans
(identités
des étudiants, adresse des familles d'accueil, informations
diverses). Après je l'envoie à mon chef.
Déjeunons au Saint-Martin. Ça nous fait sortir un peu. Et puis on s'y remet. T. est à nouveau en plein dans les mazarinades, comme un poisson dans l'eau, ça fait plaisir à voir.
En
fin d'après-midi, je me translate à la Maison
franco-japonaise, où je ne suis pas
allé depuis plus de six mois, pour la conférence
d'Éric Avocat sur les
Orateurs de la Révolution française,
thème qui était le sujet de sa thèse.
Angle du
permanent hiatus interprétatif entre historiens
et littéraires, notamment au travers d'une suite historique
de
manuels scolaires français : ce qu'on y met,
fragmenté comment, dans quel but non-dit.
Tu compléteras, Éric ! Pour moi, c'est détaillé, clair, vraiment intéressant, un peu long du fait de la traduction consécutive, ce qui est inhérent à l'exercice ici.
Dommage que le temps manque pour traiter de la performativité, c'est-à-dire de comment les manuels scolaires rendent compte (ou pas) de l'effet des discours — ce que je résumerai en une seule question (à laquelle on sera prié de répondre quand le blog refonctionnera) : plus d'éloquence et plus de rhétorique, cela aurait-il fait plus de têtes coupées, ou l'inverse ?
Avant et après, dans le métro, je lisais ceci, qui commence très fort, très dans (le) ton :
« Par un beau soir glacial de février, la vachère Krotova, sous l'empire de la boisson, se disputa avec son mari, s'empara d'une hache pour fendre les bûches et lui coupa une jambe. Le coup fut si puissant que l'os fut sectionné net, et que le médecin des urgences eut seulement à finir de détacher la peau qui restait.» (Alexandre Ikonnikov, « La Jambe », dans Dernières Nouvelles du bourbier, Paris : Le Seuil / L'Olivier, 2003, p. 9, traduit du russe par Antoine Volodine et de l'allemand par Dominique Petit)
Déjeunons au Saint-Martin. Ça nous fait sortir un peu. Et puis on s'y remet. T. est à nouveau en plein dans les mazarinades, comme un poisson dans l'eau, ça fait plaisir à voir.
En
fin d'après-midi, je me translate à la Maison
franco-japonaise, où je ne suis pas
allé depuis plus de six mois, pour la conférence
d'Éric Avocat sur les
Orateurs de la Révolution française,
thème qui était le sujet de sa thèse.
Angle du
permanent hiatus interprétatif entre historiens
et littéraires, notamment au travers d'une suite historique
de
manuels scolaires français : ce qu'on y met,
fragmenté comment, dans quel but non-dit.Tu compléteras, Éric ! Pour moi, c'est détaillé, clair, vraiment intéressant, un peu long du fait de la traduction consécutive, ce qui est inhérent à l'exercice ici.
Dommage que le temps manque pour traiter de la performativité, c'est-à-dire de comment les manuels scolaires rendent compte (ou pas) de l'effet des discours — ce que je résumerai en une seule question (à laquelle on sera prié de répondre quand le blog refonctionnera) : plus d'éloquence et plus de rhétorique, cela aurait-il fait plus de têtes coupées, ou l'inverse ?
Avant et après, dans le métro, je lisais ceci, qui commence très fort, très dans (le) ton :
« Par un beau soir glacial de février, la vachère Krotova, sous l'empire de la boisson, se disputa avec son mari, s'empara d'une hache pour fendre les bûches et lui coupa une jambe. Le coup fut si puissant que l'os fut sectionné net, et que le médecin des urgences eut seulement à finir de détacher la peau qui restait.» (Alexandre Ikonnikov, « La Jambe », dans Dernières Nouvelles du bourbier, Paris : Le Seuil / L'Olivier, 2003, p. 9, traduit du russe par Antoine Volodine et de l'allemand par Dominique Petit)
Commentaires
1. Le samedi 9 février 2008 à 07:05, par eric :
Réponse tardive, car, retour de Tokyo, les affaires courantes ont rudement repris, me mettant à la traîne de ce métronome imperturbable, le JLR (étonnement admiratif toujours renouvelé : la somme de ces petits exploits quotidiens finit par en faire un grand!).
Allons-y sur la performativité mesurée au nombre de têtes coupées.
Question aporétique, la parole des orateurs étant insérée dans une trame serrée de causalités multiples. Mais question cruciale, pierre de touche des représentations de l'éloquence révolutionnaire dans la mémoire collective, et des conceptions de la place de la parole dans le jeu politique démocratique.
Une scène mythique comme point de départ : Robespierre, le 9 thermidor, empêché physiquement de monter à la tribune de la Convention, ses adversaires redoutant que son verbe ne fasse capoter la conspiration. C'est en tout cas le fil conducteur que Romain Rolland (coucou, patapon) a donné au dénouement de cette magnifique pièce de théâtre, "Robespierre".
C'est un peu à l'ombre de ce mythe que bon nombre de philosophes ont réfléchi aux types de discours capables d'alimenter la machine terroriste : Myriam Revault d'Allones, Claude Lefort, Bernard Manin... Je dis "mythe", car cela consiste à isoler un facteur sur lequel on fait porter l'énigme et la fascination inépuisables de ces événements, à la faveur du "linguistic turn" qui s'est imposé en sciences humaines.
Au delà, il est intéressant d'étudier comment on a pu :
- d'un côté, établir une corrélation entre la nocivité meurtrière du discours terroriste et la dégénérescence de ses formes littéraires et de ses modes politiques ("l'éloquence de carrefour", l'irruption des barbares dans une pratique codifiée selon les règles d'une haute culture) : moyen de préserver les canons esthétiques d'une histoire de la rhétorique coupée de l'histoire réelle (Chateaubriand, Taine, etc.).
- et, d'un autre côté, à partir des mêmes faits et d'un jugement identique sur ces faits, opérer une démarcation rigoureuse entre la part sombre de l'expérience révolutionnaire, caractérisée par le règne de la violence nue, et sa part lumineuse, portée précisément par la langue des Lumières qui accouche de toutes ses promesses de fondation sociale, morale, politique (en gros, les romantiques, Hugo, Michelet, Quinet, auxquels Jaurès fait encore écho).
Le plus intéressant, tant l'écart entre les présupposés de départ est mince, est la lecture de textes où les deux postulations coexistent et entrent en tension : ainsi Le Nouveau Paris de Louis Sebastien Mercier, où cette contradiction est résolue par la forme fragmentaire et diariste de l'ouvrage.
Mais que voilà l'espace des commentaires presque saturé!
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