Entre le matin et le soir, un échange de commentaires avec Raphaël Sorin. Je ne m'accroche pas au sujet de Villepin mais je milite pour la communication de documents, notamment de documents anciens, rares, etc. Pour que chaque chroniqueur à bouteille qui franchit le mur de la blogosphère offre de temps en temps, à son gré, des articles du temps passé.
Certains n'y verront que vieux rogatons mais les vrais amateurs de littérature sauront bien faire la différence...

Allons au centre de sport, à Shibuya. Comme l'autre jour, T. à la piscine, et moi vélo et machines, à suer masochistement...
Je continue avec grand enthousiasme Ikonnikov, sa vision crue, amère, ironique — sabrée — de la Russie. Ici, on s'économisera quelques cours d'histoire en amphi surpeuplé :

« En fait, la prétendue âme russe se réduit à quatre composantes : la croix russe, la langue, la vodka et le bonheur dans la souffrance. Commençons par la croix russe. Du nord sont arrivées des tribus finno-ougriennes, qui en plus de la chasse et de la pêche adoraient faire la guerre. C'est le fondement, pour nous. De l'est sont venus les Tatars, les Mongols. Le Tatar est assis sur son cheval et il chante. Il chante ce qu'il voit. Et voilà la littérature russe ! Tourgueniev, Dostoïevski, Boulgakov, tout ça, c'est des Tatars !
Iouri Vassilievitch jette son mégot et se rallume une cigarette. Il poursuit :
— Du sud sont venus, par Byzance et la Grèce, la religion et l'écriture. De l'ouest, Pierre le Grand a emprunté des éléments à la culture occidentale. Ce qu'on a fini par avoir au centre de tous ces croisements, impossible de se le représenter sans avoir vidé une bouteille.
[...] Et la quatrième composante, le bonheur dans la souffrance. Autrement dit, les Russes ne peuvent pas être heureux sans souffrir.
— Vous voulez dire qu'ils sont masochistes.
— Non, ce n'est pas du masochisme. Prenons l'Allemand, par exemple. Il va s'inventer un problème, mais aussitôt il va arranger une solution pour le contourner. Et nous, paf ! Dès qu'on a réussi à faire quelque chose, on se retrouve immédiatement avec des problèmes plein le cul ! » (Alexandre Ikonnikov, Dernières Nouvelles du bourbier, p. 57-58)

[Ajout du 6 février : Le 7 septembre 2004, Antoine Volodine était l'invité des Mardis littéraires pour son Bardo or not Bardo, et pour les traductions des Slogans de Marïa Soudaïeva et de Lizka et ses hommes d'Alexandre Ikonnikov... Écoutez ! C'est un petit cadeau pour mes lecteurs, secoués ces derniers jours par la panne du JLR.]

Déjeuner chinois en haut de Bunkamura, ça faisait longtemps qu'on n'y était pas passé. On se rappelle, amusés, les temps maintenant lointains de notre rencontre. Il nous reste un étage à monter pour être dans les plantes et accessoires de jardinages, parmi lesquels nous élisons une grille en fer avec des arrondis en haut pour servir de tuteur à notre jasmin.
On rentre et je m'en occupe. C'est la réinstallation des plantes sur le balcon du 4e, après que les peintures sont sèches.
Avec le reste de purée d'hier, des oignons et de la viange hachée, je confectionne pour la première fois de ma vie un hachis-parmentier, gratiné au Beaufort — もっ たいない !, dit T., mais je crois au contraire que c'est un des éléments de sa finition dorée au four.