Billet de loterie à la fac
Par Berlol, mardi 5 février 2008 à 23:53 :: General :: #906 :: rss
« Je
sentis qu'il s'élançait.
Sans le regarder, je me jetai sur la droite, vers le cageot que j'avais repéré. Il y avait sur ma route des grilles posées par terre et des moellons. Je dus faire un écart, je zigzaguais et, au bout de quatre pas, je me rendis compte que je tournais le dos à Glück. Je n'avais plus le temps de changer de tactique. Je ne réfléchissais plus. J'avançai la main vers les bouteilles. Le présent se décomposait en intuitions violentes. Le dos orienté vers Glück, en position de faiblesse, je m'inclinai au-dessus des récipients de verre. Derrière le cageot, les deux rats de nouveau dérangés bougeaient en direction d'un abri plus sûr. J'entendis Glück poser un pied sur une plaque de fer. Je ne suis pas gaucher, mais j'avais saisi la bouteille de la main gauche. Je venais de refermer les doigts sur le goulot quand Glück arriva sur moi. Glück arrivait sur moi en plein élan. Je bloquai ma respiration et, tout en pivotant, je cassai la bouteille contre le mur. Je ne pouvais pas voir quelle forme avait pris le morceau de verre que je tenais. J'ignorais si ce que je tenais allait être efficace ou non. Glück était déjà en train d'abattre sa machette pour me fracasser la tête ou l'épaule. J'étais, moi, en train de me retourner. Comme je ne pouvais plus m'effacer, je m'introduisis souplement dans son mouvement, j'entrai dans sa garde sans me heurter à sa lame. Je ne sais pourquoi, à la suite de quel déclic secret, j'avais brusquement l'aisance d'un expert. Les leçons reçues pendant les stages portaient ici leurs fruits. La lame mortelle sifflait à trois centimètres de mes chairs, et j'évoluais avec une assurance dont mes instructeurs auraient été fiers. Tout se déroulait en un temps très court, guère plus d'un tiers de seconde. Les fragments de la bouteille éclatée n'avaient pas encore tous rejoint le sol. Je balafrai légèrement le poignet d'Alban Glück et je fis remonter le tesson avec force afin de lui taillader l'intérieur du coude. C'était l'occasion ou jamais de découvrir si mon arme improvisée avait les qualités que j'attendais d'elle. Or le verre coupait comme un rasoir.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 367-368)
Et c'est reparti ! Cette fois, c'est par le shinkansen de 7h13
— dans lequel je n'interromps ma lecture que pour
photographier le Mont Fuji — que je m'en vais tirer mon
billet de loterie à la fac, c'est-à-dire
connaître les jours pendant lesquels je serai astreint
à la surveillance des concours d'entrée. Je ne
suis pas contre cette mission, elle est inhérente
à notre activité, mais m'énerve au
plus haut point le fait que l'on tienne secrètes ces
informations jusqu'à trois jours avant le début
des concours. Être dans telle ou telle salle, je m'en fous
royalement. Mais que ce soit samedi, dimanche et lundi m'importe
énormément, et je suis très
fâché de ne le découvrir que ce matin.
Cela va m'obliger à annuler le dernier cours sur Rimbaud,
sans possibilité de rattrapage. En revanche, T. va pouvoir
finir son travail sans que je la dérange...
Déjeuner avec David. Je lui indique la perle du livret d'instruction de nos concours, à propos du traitement des erreurs découvertes dans les énoncés. Tout le monde peut comprendre l'ellipse, mais tout de même... Il y est écrit (en anglais) que les erreurs et les corrections sont préparées à l'avance.
Très instructif Ce soir ou Jamais d'hier. Un beau numéro d'équilibriste, aussi, puisqu'il faut aider notre cerveau à passer de la trivialité contemporaine des salles de marché financiers aux mystères de la Ronde de nuit de Rembrandt il y a plus de 350 ans. Avec une prof comme Hélyette Geman, d'un côté, Peter Greenaway et Charles Matton de l'autre, on a l'impression d'y arriver sans difficulté — c'est le talent de Frédéric.
Sans le regarder, je me jetai sur la droite, vers le cageot que j'avais repéré. Il y avait sur ma route des grilles posées par terre et des moellons. Je dus faire un écart, je zigzaguais et, au bout de quatre pas, je me rendis compte que je tournais le dos à Glück. Je n'avais plus le temps de changer de tactique. Je ne réfléchissais plus. J'avançai la main vers les bouteilles. Le présent se décomposait en intuitions violentes. Le dos orienté vers Glück, en position de faiblesse, je m'inclinai au-dessus des récipients de verre. Derrière le cageot, les deux rats de nouveau dérangés bougeaient en direction d'un abri plus sûr. J'entendis Glück poser un pied sur une plaque de fer. Je ne suis pas gaucher, mais j'avais saisi la bouteille de la main gauche. Je venais de refermer les doigts sur le goulot quand Glück arriva sur moi. Glück arrivait sur moi en plein élan. Je bloquai ma respiration et, tout en pivotant, je cassai la bouteille contre le mur. Je ne pouvais pas voir quelle forme avait pris le morceau de verre que je tenais. J'ignorais si ce que je tenais allait être efficace ou non. Glück était déjà en train d'abattre sa machette pour me fracasser la tête ou l'épaule. J'étais, moi, en train de me retourner. Comme je ne pouvais plus m'effacer, je m'introduisis souplement dans son mouvement, j'entrai dans sa garde sans me heurter à sa lame. Je ne sais pourquoi, à la suite de quel déclic secret, j'avais brusquement l'aisance d'un expert. Les leçons reçues pendant les stages portaient ici leurs fruits. La lame mortelle sifflait à trois centimètres de mes chairs, et j'évoluais avec une assurance dont mes instructeurs auraient été fiers. Tout se déroulait en un temps très court, guère plus d'un tiers de seconde. Les fragments de la bouteille éclatée n'avaient pas encore tous rejoint le sol. Je balafrai légèrement le poignet d'Alban Glück et je fis remonter le tesson avec force afin de lui taillader l'intérieur du coude. C'était l'occasion ou jamais de découvrir si mon arme improvisée avait les qualités que j'attendais d'elle. Or le verre coupait comme un rasoir.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 367-368)
Et c'est reparti ! Cette fois, c'est par le shinkansen de 7h13
— dans lequel je n'interromps ma lecture que pour
photographier le Mont Fuji — que je m'en vais tirer mon
billet de loterie à la fac, c'est-à-dire
connaître les jours pendant lesquels je serai astreint
à la surveillance des concours d'entrée. Je ne
suis pas contre cette mission, elle est inhérente
à notre activité, mais m'énerve au
plus haut point le fait que l'on tienne secrètes ces
informations jusqu'à trois jours avant le début
des concours. Être dans telle ou telle salle, je m'en fous
royalement. Mais que ce soit samedi, dimanche et lundi m'importe
énormément, et je suis très
fâché de ne le découvrir que ce matin.
Cela va m'obliger à annuler le dernier cours sur Rimbaud,
sans possibilité de rattrapage. En revanche, T. va pouvoir
finir son travail sans que je la dérange...Déjeuner avec David. Je lui indique la perle du livret d'instruction de nos concours, à propos du traitement des erreurs découvertes dans les énoncés. Tout le monde peut comprendre l'ellipse, mais tout de même... Il y est écrit (en anglais) que les erreurs et les corrections sont préparées à l'avance.
Très instructif Ce soir ou Jamais d'hier. Un beau numéro d'équilibriste, aussi, puisqu'il faut aider notre cerveau à passer de la trivialité contemporaine des salles de marché financiers aux mystères de la Ronde de nuit de Rembrandt il y a plus de 350 ans. Avec une prof comme Hélyette Geman, d'un côté, Peter Greenaway et Charles Matton de l'autre, on a l'impression d'y arriver sans difficulté — c'est le talent de Frédéric.
Commentaires
1. Le mardi 5 février 2008 à 12:06, par christine :
enfin ! je salue le retour du JLR d'entre les morts !
(un abus de post-exotisme, peut-être ..?)
2. Le mardi 5 février 2008 à 14:24, par Berlol :
Peut-on en abuser ?
Pour la réparation, je vais expliquer...
3. Le mardi 5 février 2008 à 22:41, par caroline :
Merci pour cette photo du Mont Fuji. Le mien de Mont Fuji, appelé ici Ventoux, est aussi couvert de neige.
4. Le mercredi 6 février 2008 à 00:33, par Berlol :
Je suis content qu'elle vous plaise. C'est tout à fait par hasard qu'à 270km/h on puisse avoir une photo sans câbles alors que par ailleurs le Fuji est dégagé !
5. Le mercredi 6 février 2008 à 00:48, par vinteix :
Je me joins au salut ! je commençais à m'inquiéter... bizarre, bizarre...
Sinon, "sans câbles", sans câbles... y'en a bien quelques-uns malgré tout... mais quasi invisibles, c'est vrai. Chapeau ! et le Fuji est superbe !
6. Le mercredi 6 février 2008 à 02:29, par pat :
Le mont fuji, le mont Ventoux, la ligne bleue des Vosges, encore un effort pour d'autres sommet vertigineux.
7. Le lundi 11 février 2008 à 08:50, par grapheus tis :
Vingt dieux ! Le vrai Fuji ! En première année de brevet, j'avais obtenu la meilleure note en rédaction dont le sujet était : décrivez une montagne que vous aimez bien. J'avais décrit le Fuji-Yama. Merci, Berlol, pour le "bon point" — ou plutôt la belle image — accordé(e) soixante ans après !
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