Avec aisance j'escaladais des toits
Par Berlol, vendredi 8 février 2008 à 23:59 :: General :: #910 :: rss
Départ dans une semaine, le compte à rebours
commence.
Tout se met en place, un vrai puzzle, et j'ai du mal à
m'occuper
d'autre chose — il le faut pourtant, ne serait-ce que pour
noter
les rapports de 3e année ou finir la version texte de ma
communication sur Mérimée de
l'été dernier.
En revanche, je n'ai — hélas — pas
à
préparer le cours sur Rimbaud pour demain matin. Au lieu de
cela, j'irai faire les cent pas dans des salles
surchauffées
où je risquerai trois jours durant de ramasser des microbes
qui
n'attendront ensuite que l'atmosphère de l'avion pour éboluer en
béga rhube... À moins que je ne me
masque.
Réveillé en sursaut dans un rêve inspiré de Volodine (que je lisais avant de fermer l'œil). Tout était calme et propre, une ambiance de petit matin humide et tiède en Thaïlande, avec aisance j'escaladais des toits de hauts pavillons exotiques pour échapper à quelque chose, j'y remontais pour chercher un sac à dos oublié, un enfant accroupi près d'une gouttière me demandait avec douceur si je reviendrai, il savait déjà que je dirais non.
Je me suis levé vite pour ne pas me souvenir de ce que je fuyais.
Ai-je déjà été si lent à avancer et finir un livre ? En même temps, je me demande comment des gens de bonne foi peuvent lire Songes de Mevlido en un, deux ou même trois jours. C'est un peu comme regarder un film en accéléré et dire après qu'on l'a vu.
« Elle avait une voix rocailleuse, envoûtante, très ample. Je frissonnai de nouveau. J'aime cette voix, pensai-je. Il faut que je la rejoigne. Qu'elle s'adresse ou non à moi, il faut que je rejoigne cette voix. Il y a une ouverture, ce n'est tout de même pas une prouesse de se rendre de l'autre côté. Je consacrai plusieurs minutes à palper les briques et les rainures qui entouraient la brique. Le mur ne cédait pas. J'ai eu l'occasion déjà de vivre ou de rêver cela, pensais-je en raclant la paroi avec mes mains. Je ne sais comment, ensuite, il y eut sous mes phalanges un portillon de fonte. Il était froid. Je cherchai la targette qui permettait de le débloquer. Je me trouvais à l'envers de la fermeture, un peu comme lorsqu'on essaie de s'extraire d'un haut-fourneau ou même d'un simple poêle. Après quelques efforts, la plaque de métal s'écarta. Je me faufilai dans l'embrasure.
C'est bien ce que je pensais, marmonnai-je. Il suffisait de traverser le mur pour changer d'endroit.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 388)
Ce « changer d'endroit » est d'un double sens vraiment fantastique. Cela rappelle des tas d'images d'enfance, de l'imagination d'alors, et par exemple, tiens !, l'image, soudain, de Philémon, pénétrant dans le sol par une ouverture pour se retrouver quelques instants plus tard sur le A majuscule d'une carte de l'Atlantique.
En cherchant bien, on pourrait d'ailleurs trouver un jour une photo de moi avec Volodine — je n'aurai pas de col roulé ; un col montant à fermeture-éclair, c'est possible. Et nos biographes respectifs de s'assembler pour étaler leurs conjectures...
Suis allé à la bibliothèque universitaire pour rendre des livres et en emprunter d'autres, récemment arrivés, un sur les Contes de Perrault, deux de la collection Déplacements, et le Pléiade de Gracq, qui n'est pas récent.
Autant la spéciale Afrique était passionnante (je l'ai redit en commentaire tout à l'heure), autant le Ce soir ou Jamais d'hier sur les élections américaines est ennuyeux au possible. On n'y parle que personnalité et carrière des trois derniers en lice, résultats de primaires et extrapolations de résultats finaux — aux antipodes de ce qui faisait l'exaltation de la veille. Sur le même plateau ! Le contraste de ce diptyque est en soi un enseignement — à méditer — sur l'état de l'être humain dans le monde.
Réveillé en sursaut dans un rêve inspiré de Volodine (que je lisais avant de fermer l'œil). Tout était calme et propre, une ambiance de petit matin humide et tiède en Thaïlande, avec aisance j'escaladais des toits de hauts pavillons exotiques pour échapper à quelque chose, j'y remontais pour chercher un sac à dos oublié, un enfant accroupi près d'une gouttière me demandait avec douceur si je reviendrai, il savait déjà que je dirais non.
Je me suis levé vite pour ne pas me souvenir de ce que je fuyais.
Ai-je déjà été si lent à avancer et finir un livre ? En même temps, je me demande comment des gens de bonne foi peuvent lire Songes de Mevlido en un, deux ou même trois jours. C'est un peu comme regarder un film en accéléré et dire après qu'on l'a vu.
« Elle avait une voix rocailleuse, envoûtante, très ample. Je frissonnai de nouveau. J'aime cette voix, pensai-je. Il faut que je la rejoigne. Qu'elle s'adresse ou non à moi, il faut que je rejoigne cette voix. Il y a une ouverture, ce n'est tout de même pas une prouesse de se rendre de l'autre côté. Je consacrai plusieurs minutes à palper les briques et les rainures qui entouraient la brique. Le mur ne cédait pas. J'ai eu l'occasion déjà de vivre ou de rêver cela, pensais-je en raclant la paroi avec mes mains. Je ne sais comment, ensuite, il y eut sous mes phalanges un portillon de fonte. Il était froid. Je cherchai la targette qui permettait de le débloquer. Je me trouvais à l'envers de la fermeture, un peu comme lorsqu'on essaie de s'extraire d'un haut-fourneau ou même d'un simple poêle. Après quelques efforts, la plaque de métal s'écarta. Je me faufilai dans l'embrasure.
C'est bien ce que je pensais, marmonnai-je. Il suffisait de traverser le mur pour changer d'endroit.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 388)
Ce « changer d'endroit » est d'un double sens vraiment fantastique. Cela rappelle des tas d'images d'enfance, de l'imagination d'alors, et par exemple, tiens !, l'image, soudain, de Philémon, pénétrant dans le sol par une ouverture pour se retrouver quelques instants plus tard sur le A majuscule d'une carte de l'Atlantique.
En cherchant bien, on pourrait d'ailleurs trouver un jour une photo de moi avec Volodine — je n'aurai pas de col roulé ; un col montant à fermeture-éclair, c'est possible. Et nos biographes respectifs de s'assembler pour étaler leurs conjectures...
Suis allé à la bibliothèque universitaire pour rendre des livres et en emprunter d'autres, récemment arrivés, un sur les Contes de Perrault, deux de la collection Déplacements, et le Pléiade de Gracq, qui n'est pas récent.
Autant la spéciale Afrique était passionnante (je l'ai redit en commentaire tout à l'heure), autant le Ce soir ou Jamais d'hier sur les élections américaines est ennuyeux au possible. On n'y parle que personnalité et carrière des trois derniers en lice, résultats de primaires et extrapolations de résultats finaux — aux antipodes de ce qui faisait l'exaltation de la veille. Sur le même plateau ! Le contraste de ce diptyque est en soi un enseignement — à méditer — sur l'état de l'être humain dans le monde.
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