mardi 12 février 2008
Paralysée avec un couteau dans le dos
Par Berlol, mardi 12 février 2008 à 23:59 :: General
On s'était levé ; le petit
déjeuner était prêt. Juste avant que je
serve le thé et alors qu'elle allait monter le son pour
mieux voir les dernières images de Mars, — le son
pour les images, oui, je sais... — T. a eu la nette sensation
d'un coup de batte de base-ball dans le dos, au milieu. Je croyais
d'abord qu'elle déconnait, mais non. Après deux
ou trois minutes, elle a réussi à s'asseoir,
toujours comme paralysée avec un couteau dans le dos. Encore
quelques minutes et je l'ai accompagnée sur le lit
où elle a pu s'allonger sur le côté,
respirer, se demander ce qui lui arrivait.
Une bonne heure plus tard, la douleur, bien présente, ayant toutefois diminué au point de permettre les mouvements lents et bien contrôlés, elle put boire et manger un peu, se préparer et se rendre, avec une canne et moi, chez le docteur qui l'examina et conclut à une inflammation bénigne suite à une fatigue musculaire.
À cet instant, j'ai compris que ce n'était pas à cause du froid aux pieds ou du stress, mais à cause de ces trois ou quatre derniers jours qu'elle avait passés à écrire au clavier en tendant les bras par dessus ses catalogues, sans faire beaucoup d'exercice et sans même sortir pour marcher. En effet, les ergonomes de tout poil le disent, il faut absolument taper, surtout quand ça dure longtemps, en gardant les bras, des épaules aux coudes, au plus près du corps, laissant les avant-bras s'avancer horizontalement vers les touches.
Nous avons passé le reste de la journée à reprendre les préparatifs, attentifs à la miraculée dont le visage avait quelques instants porté le masque de la catastrophe (son voyage annulé, mon calvaire entre Loire et Loiret, etc.). C'est-à-dire qu'à tous les instants, les meilleures choses peuvent se changer en leur contraire. Qu'un fil se rompe, que l'épée s'abatte sur un sort en équilibre, comme tous les sorts, et les plus beaux projets, ciselés de mains d'orfèvres de l'emploi du temps, deviennent d'atroces obligations auxquelles il n'est pas toujours possible de pouvoir se dégager.
Il est bon que cela nous ait été rappelé, si je puis dire, gratuitement.
Retrouver la littérature est alors une douceur familière, que ce soit sous forme de coïncidence avec un François Bon à qui nous adressons un amical conseil de repos, à l'écoute d'un arboricole et toujours impertinent Dominique Meens ou au lit dans les dernières pages, faseyantes et impossibles, de Mevlido...
« Mingrelian alors hésite. Conclure tant d'épreuves sur un épisode unique ne lui plaît pas. Ni Les Attentats contre la lune ni Poulailler Quatre ne sont des romans d'aventures. Il a donc recours à la technique post-exotique du faseyage narratif, pourtant peu appréciée par les Organes — qui exigent des réponses sûres —, et haineusement critiquée par les adeptes de la littérature officielle — qui y voient une insulte de plus à leur théorie de la fiction. Comme si le vent noir de la narration était, à ce moment-clé, incapable de trouver une direction satisfaisante, l'histoire se replie bizarrement, se ramasse, prête à rebondir encore une fois, et soudain elle tremble sur elle-même. Trois versions vont alors coexister [...] » (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 427)
Une bonne heure plus tard, la douleur, bien présente, ayant toutefois diminué au point de permettre les mouvements lents et bien contrôlés, elle put boire et manger un peu, se préparer et se rendre, avec une canne et moi, chez le docteur qui l'examina et conclut à une inflammation bénigne suite à une fatigue musculaire.
À cet instant, j'ai compris que ce n'était pas à cause du froid aux pieds ou du stress, mais à cause de ces trois ou quatre derniers jours qu'elle avait passés à écrire au clavier en tendant les bras par dessus ses catalogues, sans faire beaucoup d'exercice et sans même sortir pour marcher. En effet, les ergonomes de tout poil le disent, il faut absolument taper, surtout quand ça dure longtemps, en gardant les bras, des épaules aux coudes, au plus près du corps, laissant les avant-bras s'avancer horizontalement vers les touches.
Nous avons passé le reste de la journée à reprendre les préparatifs, attentifs à la miraculée dont le visage avait quelques instants porté le masque de la catastrophe (son voyage annulé, mon calvaire entre Loire et Loiret, etc.). C'est-à-dire qu'à tous les instants, les meilleures choses peuvent se changer en leur contraire. Qu'un fil se rompe, que l'épée s'abatte sur un sort en équilibre, comme tous les sorts, et les plus beaux projets, ciselés de mains d'orfèvres de l'emploi du temps, deviennent d'atroces obligations auxquelles il n'est pas toujours possible de pouvoir se dégager.
Il est bon que cela nous ait été rappelé, si je puis dire, gratuitement.
Retrouver la littérature est alors une douceur familière, que ce soit sous forme de coïncidence avec un François Bon à qui nous adressons un amical conseil de repos, à l'écoute d'un arboricole et toujours impertinent Dominique Meens ou au lit dans les dernières pages, faseyantes et impossibles, de Mevlido...
« Mingrelian alors hésite. Conclure tant d'épreuves sur un épisode unique ne lui plaît pas. Ni Les Attentats contre la lune ni Poulailler Quatre ne sont des romans d'aventures. Il a donc recours à la technique post-exotique du faseyage narratif, pourtant peu appréciée par les Organes — qui exigent des réponses sûres —, et haineusement critiquée par les adeptes de la littérature officielle — qui y voient une insulte de plus à leur théorie de la fiction. Comme si le vent noir de la narration était, à ce moment-clé, incapable de trouver une direction satisfaisante, l'histoire se replie bizarrement, se ramasse, prête à rebondir encore une fois, et soudain elle tremble sur elle-même. Trois versions vont alors coexister [...] » (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 427)