Journal LittéRéticulaire

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lundi 31 mars 2008

Allongé là, un impensé me sidère

Fortes pluies, un temps à regarder une vidéo bien de chez soi...
À l'hôpital Toranomon de 10 heures à 16 heures. Quand j'ai commencé à chercher des informations sur la coloscopie, il y a quelques mois, j'ai lu qu'en France elle se faisait sous anesthésie générale. Mazette ! Pas une mince affaire. Les grands moyens ! Et puis quand j'en ai parlé à T., elle m'a dit que pas du tout, en tout cas au Japon. Je me suis souvenu que Manu y était allé et qu'il ne m'avait pas parlé d'anesthésie, ni totale ni partielle... Certes, les techniques évoluent et ce qui était l'usage il y a dix ou même seulement cinq ans, peut être totalement dépassé aujourd'hui, mais de là à passer du tout au rien d'un pays à l'autre, il y avait de quoi s'inquiéter un peu...
Une fois sur place, on n'a plus guère le temps de se poser des questions. Deux litres de laxatif salé pour se vider en deux heures, soit un verre en dix minutes. Je lis un peu mais l'effet semble se produire aussi sur les yeux qui accomodent moins bien. On discute, T. et moi, quand je ne suis pas aux toilettes, du fonctionnement de l'hôpital, des boîtes de dossiers médicaux qui passent sans arrêt sur des chemins de fer fixés au plafond, s'interrompent à des aiguillages et repartent sur d'autres rails.
Quand c'est l'heure, nous descendons au sous-sol, sommes accueillis et informés du mode opératoire. Des détails dont on n'a pas besoin ici. Ce qui importe, c'est la découverte en quelque sorte cinématographique et en direct d'une zone interne de son propre corps. Allongé là, un impensé me sidère : je ne connais de mon corps que l'extérieur, par les yeux, le toucher, l'odorat ; le miroir, la photographie ou la vidéo ont élargi ma connaissance ; mais l'intérieur reste inconnu, invisible. Comme il n'y a pas ou très peu de nerfs dans les intestins, la vision haute définition est presque détachée de la réalité, comme on regarderait une canalisation ou l'intérieur d'une baleine...
Cependant, affaibli, craintif, au bord de l'évanouissement, je ferme les yeux pour ne pas voir le processus (pourtant techniquement extraordinaire) de l'ablation de polype, comme une volonté de ne pas relier perceptivement l'acte incisif, l'image et la sensation qui pourrait se produire — je ne sens que de vagues mouvements, vaguement répugnants. Pendant ce temps, le chirurgien joue du joystick, propulse de l'eau, de l'air, tourne la caméra, actionne les instruments et quand je rouvre les yeux, je vois tantôt des pastilles argentées collées sur la paroi albâtre, tantôt des petits clips qui pincent les zones blessées.
Il faut maintenant se reposer une heure, écouter les recommandations, rentrer à la maison, éviter les efforts, faire la diète sans graisse ni fibre au moins une semaine. Et réfléchir, réfléchir à ce qu'on a vu. À ce qu'on peut décider, ce que chacun peut décider pour soi, sans rien avoir à dire à personne, compte tenu de ces preuves : tous les jours, à chaque repas, à chaque grignotage, chaque cantine, chaque sandwich, chaque gueuleton, ce dont on peut éviter de s'intoxiquer bien qu'on y ait goût.
Où l'intime rejoint l'universel, encore une fois... C'est comme si je n'avais pas parlé de moi.
Je ne crois pas que faire la morale aux enfants pour qu'ils mangent plus de haricots verts ou qu'ils boivent moins de sodas soit la solution ; par esprit de contradiction, ils iront souvent dans l'autre sens. C'est un autre mode de pensée qu'il faudrait instaurer avec eux comme avec tout le monde : la magie de la transformation alimentaire, le jeu vidéo de la nutrition, les mille possibilités de comprendre qu'on devient ce qu'on mange — une ontologie de l'absorption, me suggère T.
Une ingérence dans l'ingestion, dans le non-dit de l'indigestion, pour faire mon lacanien.

Pour dîner, ce soir, je n'ai droit qu'à un bol de udon — fins et bons comme des linguine, mais en bouillon de soupe, dont T. mange les légumes en me narguant gentiment...
À l'hôpital, j'ai opportunément commencé Alerte, d'Yves Ravey...

Ma vue s'étant rétablie, j'ai repris les blogs avant d'aller au lit. Beaucoup de conneries das le peu que je vois, même dans les blogs prétendûment littéraires (Blogauteurs, Lilas, Buzz, etc.). Il reste tout de même des choses qui se relient et m'inspirent un commentaire :
Petites ou grandes, il arrive souvent que les institutions déçoivent...
(Merci à Hubert Guillaud et à Philippe De Jonckheere de prêter involontairement leur concours à cette proposition lapidaire.)

Ce qui finira le mois, et l'année fiscale au Japon.

dimanche 30 mars 2008

Façons de mettre dans le mille

Nevers
sa botte
sa cave
deux conceptions de l'écriture
deux façons de mettre dans le mille

On parlait humour, hier. T. cherche des informations et des témoignages sur la coloscopie, en japonais. Un patient raconte que pendant son examen il y a eu un tremblement de terre. Pas très grave mais la frayeur a fait lâcher un instrument et... un polype qui venait d'être incisé a été perdu de vue. On l'a retrouvé à la sortie de la caméra.
Ne pas confondre coloscopie et cœlioscopie (je dis ça pour Christine). En tout cas, deux mots qui fleurent bon.

Qu'il faille déployer 2000 policiers pour que la flamme puisse être remise aux autorités chinoises, c'est déjà un constat d'échec de l'esprit olympique.

Après plusieurs courriers à quatre ou cinq hôtels et réponses pendant la nuit, en plein changement d'heure, j'ai finalement réservé mes cinq nuits de mai rue des Écoles. C'est confirmé, imprimé, on n'en parle plus. Je reviens à mon article et, tandis que je boucle ceci pour m'aller dormir, il est achevé aux quatre cinquièmes. Fierté ! (Sauf qu'il devra encore être réduit d'un tiers.)

Incitations à lire, pour plus tard, quoique très différentes : chez Raphaël Sorin, le livre de Virginie Linhart ; et ce site Tête baissée, dont je ne sais rien sinon qu'il est fait par Anaïs Denaux, qui en donnait le lien sur la Place de la toile.

samedi 29 mars 2008

Intermèdes de l'écriture (cela existe-t-il ?)

À fond dans un article à finir. J'ai bien regardé mon calendrier, lui et moi les yeux dans les yeux, et il m'a dit qu'il fallait y aller, écrire, écrire, récrire, sans maugréer sans récrier. Sinon, c'est le plantage assuré. J'ai senti qu'il avait raison, quelque chose s'est résigné en moi, a vaincu la résistance habituelle, l'appel du dehors. Alors pas de films à l'Institut, le minimum de sortie, donc juste pour déjeuner au Saint-Martin. Et le soir, en dînant, une bonne distraction, le Bossu (De Broca, 1997, avec Daniel Auteuil).
Dans des intermèdes de l'écriture (cela existe-t-il ?), je cherche un hôtel à Paris, pour cinq jours en mai. Je visite des pages web, j'envoie des courriers. Je découvre le monde réel : les prix exorbitants des chambres d'hôtels dans le centre de Paris. Comme c'est pour un colloque, j'aurai un budget pour ça — mais tout de même... Hôtels de caractère ou de charme, avec un peu de soin dans la décoration, rien à moins de 100 euros la nuit, et plutôt dans les 150.

Au lit, l'horreur : je serai bientôt expulsé du Port intérieur. Par sa fin.
La finitude et son nuage de conscience est vraiment ce qui définit le mieux l'homme, en ce qu'il veut-et-ne-veut-pas la fin des choses. L'aporie de la finitude se répète pour chaque chose, chaque heure et chaque vie, produit des millions d'indécidabilités, et dans notre tête ce nuage d'incessants mouvements bipolaires — et tout qui se décide quand même. Nous avançons. Ceux qui se tiennent, ceux qui se lâchent, ceux qui tournent le dos, tous avancent cependant.
J'ai déclaré depuis plusieurs années un attachement inconditionnel et irréversible à Volodine (à ses œuvres, aux auteurs dont il est le porte-parole) parce qu'il est au cœur, pour moi, de ce combat quand même. Tout est déjà perdu mais on y va quand même. Presque tout est décidé par d'autres, par les conditions qui nous contraignent, mais on veut quelque chose quand même. Et ça nous fait rire... Parce que (c'est) dans le quand même (que) gît profond l'humour de notre race.

Devinette : de quel aliment s'agit-il ?
« Gloria demandait au vendeur de fendre l'écorce à la machette. Elle aimait cette pulpe qui a une texture de dessert crémeux, comme une glace à la vanille en train de fondre sous une membrane jaune, jaune pâle, mais qui, pour la narine peu aventureuse, répand une odeur inélégante, repoussante, même, un cocktail d'excrément et d'ail, avec un zeste de carton humide et une giclée de butane.» (Antoine Volodine, Le Port intérieur, p. 187-188)

Art martial :
« Qu'est-ce que vous cherchez, demanda-t-il.
Je me suis trompé, dit Breughel en se relevant. C'est ailleurs.
Ailleurs ? s'indigna le tueur.
J'ai confondu deux sentiers, dit Breughel. C'est plus à droite, à une centaine de mètres.
Et il faut remonter, je suppose, grogna Kotter.
Oui, dit Breughel.
Il contourna le tueur et il lui indiqua une étroite dizaine de degrés qui conduisaient à une nouvelle esplanade funéraire, avec table et bancs en ciment.
Par là, dit-il.
Ils repartirent dans le dédale. Kotter désormais talonnait Breughel avec la certitude que celui-ci ne cherchait pas à l'abuser. L'erreur avait restauré la confiance entre les deux êtres.
Ensuite, on ne sait pourquoi, après avoir enjambé un arbre mort, Kotter précéda Breughel sur deux ou trois mètres, et, alors qu'il allait dire qu'il ne voyait rien, il sentit autour de son cou un fil coupant qui l'étranglait.» (Ibid., p. 202-203)

vendredi 28 mars 2008

Le sépia des jours attaque

« Hélianti », m'a répondu ma correspondante orléanaise. C'était donc de l'hélianti, la purée avec le canard, le 12. Ce succulent légume dont le goût était entre la châtaigne, l'artichaut et la pomme de terre...
Eh oui, et déjà, on se souvient de cela avec moult pleurs intérieurs, des avalanches d'émotions et d'images au bord desquelles le sépia des jours attaque la mémoire, corrode les détails, décroche des pans entiers d'heures vécues, comme nous tombent chaque jour, en silence, les squames trépassées.

Repos à la maison, courrier à traiter et émissions à enregistrer. Et puis il faut que je me réadapte, que je reprenne enfin les travaux de longue haleine, que j'arrête de sortir tout le temps pour éviter de comprendre que je suis revenu et qu'il faut s'y mettre... Ce colloque, dans un mois et demi, ça ne va pas se faire tout seul...

À l'Institut pour voir comment se présente la rentrée, emprunter deux livres.

Tout arrive d'avant-hier (merci de m'avoir averti, Richard !) avec Kijû Yoshida (cinéaste des années 60-70) et Mariko Okada (actrice vedette devenue sa compagne) ; rétrospective au Centre Pompidou, pour ceux qui peuvent ; pour moi, ça va faire des dévédés à commander !
Après le déjeuner au Saint-Martin (petit salé et jarret d'agneau), j'écoute en détail l'émission Place de la toile du 14 mars.
Oui à Place des libraires ! Mais faudrait qu'il y ait un peu plus de librairies dans la liste. Et puis pourquoi pas des librairies à l'étranger ; si leur catalogue est numérisé, ce n'est pas plus compliqué que pour une librairie en France. On aura beau me vanter ce beau réticule boutiquier, pour l'instant, du Japon, je n'ai guère d'autre choix qu'Amazon. Je réserve mon commentaire sur le fond parce que c'est déjà l'heure de dîner (et du dernier épisode des Rois maudits, quand commence, finalement, encore, la guerre...).

« Nous apprécions d’avoir dans le quartier un petit fromager, un excellent volailler, une fruiterie approvisionnée chaque jour, et de longer les devantures de ces boutiques pittoresques en nous rendant d’un bon pas au supermarché.» (Éric Chevillard, L'Autofictif, n° 178)

Comparaison en ligne des tarifs aériens de ANA, JAL et Air France. Ces deux dernières compagnies, en vertu de leurs accords, proposent des vols communs, mais la réservation & paiement par JAL coûte près de 20.000 yens de plus que via Air France. Sans aucune raison puisque c'est le même avion, les mêmes sièges... Enfin, bon, ça y est, c'est fait. J'ai même déjà choisi ma place dans les deux sens.

jeudi 27 mars 2008

On admire l'entretien du désuet

Rendez-vous 10h10 sortie sud du JR Hamamatsucho. Temps voilé, un peu plus frais qu'hier mais on annonce du soleil et 18°C, avec des cerisiers ouverts à 100 % (chiffre officiel pour le parc de Ueno). T. et moi retrouvons David et son frère. Un petit air de fête quand T. offre des marrons grillés de chez Yakiguri. Direction, l'embarcadère de Hinode. Arrivons pour le bateau de 10h40. Sept cent soixante yens pour remonter la Sumida jusqu'à Asakusa, avec une boucle un peu plus haut spécialement pour la période hanamique (お 花見).

Promenade entre deux ponts sous les cerisiers, d'un côté du fleuve puis de l'autre. Déjeuner dans un restaurant qui fut un bar historique, le Kamiya Bar, créateur d'un apéritif, le denkibran. On admire l'entretien du désuet.

Et puis c'est la visite classique du temple d'Asakusa :

la longue allée de boutiques rouges,
les gâteaux secs sucrés ou salés,
les gravures, les poupées, les porte-clés,
la quincaillerie bouddhiste,
les couteaux, les sabres et les éventails,
les postiches et les masques,
tous âges toutes catégories de gens étrangers et autochtones
se suivent se croisent se bousculent gentiment
se photographient se filment s'interpellent téléphonent fument
et tout au bout, après la zone commerciale, si je puis dire,
les augures à 100 yens en tirant une baguette d'une boîte
qui donne un numéro
qui correspond à un tiroir
où vous trouvez
la feuille
qui vous
dit...
l'aspersion de fumée d'encens,
la montée des escaliers dans la musique, aujourd'hui, d'une cérémonie,
les calmes rues latérales,
les boutiques refaites comme avant, mais quand même vivantes.

Un dernier café avec petit gâteau traditionnel avant de foncer sur Ginza ; les macintoshiens veulent vérifier des prix chez Apple. Comme il se fait tard et que nos deux amis doivent rentrer à Nagoya, nous les ramenons à l'entrée du JR Yurakucho ; ils auront un train avant 17h30. Et nous un quatrième épisode des Rois maudits avec le dîner (après rapide passage au Bic Camera, voir les prix des appareils en lice pour trôner sur l'audio chez nous — mais l'achat n'est pas encore pour aujourd'hui).

Merci à Chloé d'avoir fait connaître Karoline Georges, ses sonographies avec texte sont d'une grande beauté — à écouter au casque ou sur du bon matériel...

Où l'on reparle de Lautréamont, pour changer, grâce à ce solide article de Valéry Hugotte dans Remue.net, dont voici un extrait alléchant :
« Le lecteur des Chants, comme plongé dans un cauchemar inavoué d’enseignant surmené, est en effet confronté à un interminable défilé de fautes d’orthographe, de maladresses syntaxiques, de solennités risibles et d’excès morbides adolescents. Jamais, sans doute, aura-t-on à ce point lâché la bride. Une agression : une certaine critique universitaire suffirait à en témoigner, qui s’est depuis longtemps employée à neutraliser une copie si dérangeante, un défi si manifeste au bon goût établi et aux valeurs instituées. Pensons à tous ceux (la plupart, à vrai dire) qui, depuis la première édition maudite de 1869, ont proposé des éditions corrigées du texte, comme s’il suffisait de se réclamer des convenances orthographiques ou des habitudes de lecture, tel un texte divin gravé dans le marbre, pour justifier le châtiment. Un châtiment – dès lors que, sûr de son bon droit, on réprime les mauvais instincts d’un texte, ces mauvais instincts qui l’amènent à transgresser ses limites autorisées et à bafouer les puritanismes de la langue.
Je veux donc dire que ce texte fonctionne comme un piège. [...] » (Le bon Hinstin et les mauvais instincts)

mercredi 26 mars 2008

Douce et même pression en tout point

C'est fou comme les jours passent vite ! Même quand on agit peu.

Agir peu
est-ce le meilleur moyen
— écologique —
de profiter de son temps...
ou pas ?

Une petite sortie à Ginza. T. veut rendre compte à Monsieur Noguchi, chausseur, de l'état de son œuvre, à lui, et de ses pieds, à elle, après les essais progressifs qu'il avait recommandés en février, puis le voyage en France, etc. Elle est très satisfaite que le pied soit tenu — et non serré — d'une douce et même pression en tout point, gage d'aucun excès nulle part (rappelons qu'il s'agissait de sur mesure).
Au téléphone portable, David confirme que nous pouvons les retrouver, lui et son frère, sur le quai de Yurakucho pour aller à Akihabara, lieu d'attraction s'il en est pour les nouveaux arrivants comme pour les touristes. On commence par un café pour papoter (Washington Hotel, y'a rien d'autre, tout est plein ou plein de fumeurs...) et quand T. nous a quittés, c'est la déambulation dans les immenses rayons du Yodobashi Camera. Mes deux macintoshiens vont à leur rayon tandis que je recherche la meilleure combinaison pour chez nous, remplacer la chaîne Onkyo dont le lecteur de CD ne marche plus, économiser de la place et pouvoir brancher (docker) l'ipod de T. — on hésite entre Bose, pour sa qualité de son, son nouveau système portable, un Denon, beau compact un peu cher, et le SS1 de Nakamichi pour la fiabilité du lecteur CD...
Bose part gagnant, ici.

Troisième épisode des Rois maudits. Nous apprécions de plus en plus les d'Artois (Mahaut, alias Jeanne Moreau et Robert, joué par Philippe Torreton), alors même que nous savons que leurs querelles et leurs forfaits seront partiellement causes de la Guerre de Cent Ans. Pour faire mon Pangloss, je me demande ce que nous serions aujourd'hui s'il n'y avait pas eu cette guerre-là !...
— Ah, pauvre Jeanne, ton sacrifice fut-il nécessaire à l'Histoire ? On ne le saura jamais.
— Mais c'est quoi, cette Jeanne que tu nous sors là ? En bonne victime du bourrage de crâne scolaire, artistique et médiatique, tu nous refais le coup de la gamine éclairée que les puissants vont se déchirer, la belle historiette décorative de ta nation bien construite, belle palissade enluminée devant le chantier bourbeux des réalités historiques, parce que c'est quoi ta Guerre de Cent Ans ? : des centaines de milliers de jeunes hommes balancés sur les routes, occis dans les fracas des troupes, affamés dans des marches sans retour, et autant de femmes et d'enfants victimes colatérales, victimes d'épidémies et de sous-nutrition quand ce n'est pas de viols ou de rapts.
— Oui, bah, la soldatesque habituelle ! Ici comme ailleurs ! Et comme aujourd'hui...

(Citation à venir, je n'ai pas le livre sous la main...)

mardi 25 mars 2008

Je n'ai pas les moyens d'être comptable

« Les blogs, c'est tout et n'importe quoi.», lis-je chez François (mais ce n'est pas de sa plume). Et les éditeurs, alors ? N'est-ce pas tout et n'importe quoi ? Et ça ne date pas d'hier. Et les écrivains ? Et la presse ? Et les critiques littéraires ? Franchement, s'en prendre aux blogs, comme média ou comme format, c'est comme accuser le train de faire cailler le lait dans le pis des vaches, ou en vouloir à la lune de nous faire de méchantes marées. Celui qui profère une telle assertion se retire de lui-même du nombre des gens raisonnables. Il n'est point besoin de converser avec lui. On peut le tenir pour nul ou absent.

Tout et n'importe quoi. C'est cependant une formule dont on pourrait être fier. Si on la regardait bien... C'est comme le pire et le meilleur — dans quoi il y a tout de même le meilleur. C'est même quelque chose qu'on devrait revendiquer. Oui, je suis, nous sommes, tous, tout et n'importe quoi ! Ah, ça fait du bien !...
Exemple au hasard, malotru !, prenons le JLR. Eh bien, voici un blog, comme vous dites, dans lequel il a été question de centaines de livres depuis plus de quatre ans, positivement, voire laudativement, la plupart du temps, avec des citations et des liens, avec des commentaires et parfois la participation des auteurs eux-mêmes, bien que ce ne soit pas sollicité. Visité des centaines de fois chaque jour, je n'ai pas les moyens d'être comptable des requêtes qui mènent chez moi avec un nom d'auteur ou d'œuvre. Et tout ça pour quoi ? Monsieur l'éditeur, Monsieur le critique ? Vous qui vivez du travail des écrivains, l'un en amont, l'autre en aval, je vous le demande. Pour rien. Pour la gloire. Pour la mémoire des siècles. Pour le plaisir de la conversation.

« On me voit avec un Montaigne, un Joyce, un Kafka, mais en vérité, sous les couvertures arrachées de ces livres, je dissimule sournoisement un petit carnet vierge dans lequel, feignant de lire, j’écris de la littérature facile.» (Éric Chevillard, L'Autofictif, n°174, du jour)

Hôpital Toranomon à 8h30. Fonctionnement exemplaire (accueil, ouverture de dossier nouveau patient, rendez-vous avec gastro-entérologue. Le médecin est d'accord, Philippe donne l'exemple : il faut entuber Berlol. Ce sera pour le 31.
Proches du quartier d'enfance de T., nous y promenons dans le soleil enfin revenu. Les collines ont été en partie remodelées, les tramways effacés du paysage, les avenues élargies. Et l'on ne parle pas des maisons.
Ici, vivait Nagai Kafu ; c'est maintenant une tour d'appartements de luxe, des batteries de donzelles coiffées y caquètent.
Déjeuner aux Bacchanales d'Ark Hills. Pas mal et surtout pas chère, la nouvelle formule de déjeuner — où en France trouverait-on un menu qui baisse ?...
La promenade continue ensuite jusqu'à Roppongi Hills, en passant par l'immeuble Axis, où je trouve, chez Living Motif, un stylo plume Pelikan Junior . Pour écrire.

Soirée, suite de la soupe de légumes et des Rois maudits (épisode 2). Qui n'en veut ?

lundi 24 mars 2008

Le tourment pascal tiraille la praline

Comme en France (les autres pays, je ne sais pas), il faut passer par un généraliste pour aller voir un spécialiste. Le surcoût d'aller demander directement un rendez-vous chez un gastro-entérologue sans avoir la recommandation du médecin référent est bien supérieur à la note du généraliste. T. m'emmène donc chez son médecin habituel, à deux pas du Saint-Martin. Il regarde mes trois feuilles d'analyses issues des visites médicales de la fac en 2003, 2004 et 2006, et conseille en effet l'endoscopie en préparant une lettre de recommandation pour l'hôpital Toranomon. On ira demain.

Rapide déjeuner au très chic et très japonais Torijaya. Le nouveau lunch à 890 yens, soit 6 euros — essayez de trouver un meilleur rapport qualité-prix à Paris !
Reflet de T. dans la table laquée ; j'en retravaille le cliché renversé. Elle semble regarder le texte.

Plus tard, au sport. En chemin, le tourment pascal tiraille la praline et nous nous livrons à la Décadence du chocolat, dans Mark City. Juste une barre chocolatée avec gaufrette et riz soufflé sur notre chemin de croix, mais tellement bonne que je n'en mange que la moitié après le croque de T.

Après, c'est pénitence : vélo, sueur et fontes — et pas encore sorti du Port intérieur ; les vents contraires de la passion littéraire m'y tiennent à l'ancre. Il m'arrive parfois de rester sur trois phrases comme un naja fasciné par une flute, comme un pingouin devant un mur, comme subjugué par une fusion réussie entre le Robbe-Grillet de la Maison de rendez-vous ou de la Reprise et le Simon du Palace ou de Triptyque...

« Les enseignes partout chantaient au-dessus des têtes un mélange sino-portuguais dont je ne m'étais lassé encore. Son regard sautait de l'une à l'autre, s'attardait. Il s'y aventurait chaque jour avec un plaisir neuf.
KAM POU, café.
Artigos electricos SUN KAI.
Bicicletas I LEI.
Farmacia CHUN CHEONG.
Livraria HO TAI. [...] » (Antoine Volodine, Le Port intérieur, p. 98)

« De temps en temps, je lui brandissais sous le nez mon faux M. 39 Smith & Wesson et je le frappais sous les pommettes avec la crosse, mais, le plus souvent, il parlait spontanément.» (Ibid., p. 134)

J'y reviendrai.

Le soir, dévédé acheté 10 € aux puces à Orléans, premier épisode des Rois maudits, nouvelle version. Bonne surprise. Moi qui m'attendais à une bouse télévisée, j'ai plaisir à entendre d'excellents acteurs soignant leur diction dans des décors fantasmagoriques.
Par parenthèse, je vois que le coffret neuf n'est plus disponible, qu'il est d'occasion dans les 15 € sur Amazon et que l'internaute est pris pour vache à lait chez Imineo : les 5 vidéos à télécharger coûtent 35 € ! Faut pas s'étonner qu'il y ait des réseaux clandestins !

dimanche 23 mars 2008

Me téléguider une caméra dans le

Des enregistrements d'émissions de France Culture, la fin d'un article en retard (et il y en a encore un autre à finir en urgence), la recherche d'un hôpital où l'on voudrait bien me téléguider une caméra dans le tréfonds, quelques courses pour dîner simplement.

Comme film, nous avons choisi Le Parfum (Tykwer, 2006), d'après Süskind. L'histoire elle-même est fort intéressante et les rôles très bien joués par les acteurs et actrices mais la mayonnaise olfactive ne prend pas (avec nous). C'est trop long, trop narratif, trop complaisant avec l'émotion que l'on veut susciter chez le spectateur : voix off, nappes de musique, effets spéciaux — malgré tout ça, on n'arrive pas à rien ressentir comme Grenouille. Il faut attendre près de deux heures et demie pour voir la seule scène marrante, la foule en furie d'amour...

Si j'ai le temps, je mettrai un bout de lecture. Mais rien n'est sûr...

samedi 22 mars 2008

Rien à voir avec la bravoure et le sacrifice

Maintenant qu'il y a du soleil, il faut que je travaille sur un article à rendre le mois dernier...

Déjeuner au Saint-Martin. Des groupes de touristes japonais partout dans Kagurazaka. Peu après, nous sommes nous aussi déviés par le beau temps, vers une rue ensoleillée, un parc puis jusqu'au sanctuaire Yasukuni. Là, nous retrouvons sans problème le cerisier-étalon. Tout le monde est en train de le photographier parce que, justement, sa branche étayée vient de commencer à fleurir.

Comme chaque année, cela sera sans doute annoncé ce soir aux informations : l'ouverture de la floraison des cerisiers, 開花宣言 (kaikasengen).

Comme il n'y a pas trop de monde, T. m'invite à visiter le musée de la guerre... Pas drôle, mais bon, faut bien, au moins une fois dans sa vie. Beaucoup à lire et à apprendre, même en anglais. Les origines ne sont pas datées, on n'a même pas essayé, c'est mythique... La datation commence au 8e siècle. Des résumés en anglais jalonnent les panneaux. Il faut voir comment le patriotisme est toujours assimilé à la sujétion à l'empereur — un amalgame qui est toujours l'aporie identitaire du peuple japonais.
Parmi les sabres, les fusils, les canons, les uniformes et les documents paraphés, tous témoins du masculin, du viril, cette corde tressée des cheveux de 10.000 jeunes femmes de la région de Sendaï, don aux armées impériales (vers 1894-1895).
Plusieurs salles contiennent des panneaux avec chacun des centaines de portraits photographiques de soldats morts pour la patrie l'empereur durant la Seconde Guerre mondiale (et sans doute parmi eux des criminels de guerre). En revanche ni photo ni représentation ici des bombes atomiques qui ont entraîné la reddition inconditionnelle du Japon ; c'est juste écrit dans quelques panneaux, comme un fait avéré, pas plus important qu'un mouvement de troupes. Cela n'a en effet rien à voir avec la bravoure et le sacrifice des citoyens fidèles.
Mais le plus étonnant pour moi, c'est de constater de façon synoptique ce que l'on sait déjà : la vitesse à laquelle ce pays est passé d'un état féodal et rural (fin d'Edo, vers 1860) à un état d'industrialisation et d'expansionnisme colonial (vers 1900). L'envers de ces formidables capacités d'adaptation étant sans doute une profonde dégradation morale, dont Sôseki puis Mishima pourraient avoir été à la fois (parmi) les révélateurs et les victimes, quoique de façon bien différente l'un de l'autre.

Retour et suite du travail d'écriture.
Après le dîner, l'excellent Ce soir ou Jamais du 28 février sur le futur, avec notamment Jacques Attali, Joël de Rosnay et Bernard Stiegler.

vendredi 21 mars 2008

Pas de message monolithique

Je venais de lire l'élection de Molinié, le 14, à la Sorbonne, à la place de Pitte la honte. Et je me demandais ce que ça signifiait, sur un plan plus large. Et si Pécresse allait réussir son coup tordu. En fait, Michel Bernard m'avait déjà répondu :
« [...] les présidents sortants qui ont promu et défendu la loi LRU sont battus [...]
[...] Nous ne pensons pas, comme M. le président de la République, que celui qui veut étudier les langues anciennes doive payer ses études ; nous ne pensons pas, comme Mme la ministre, qu’il ne doive plus rester sur le territoire français qu’une dizaine de « pôles d’excellence » ; nous ne pensons pas, comme Mme la présidente du MEDEF, que nous devions nous accommoder de la précarité et y habituer nos étudiants.

La bataille contre la loi LRU continue, moins visible, plus profonde, plus large. Comme un corps vivant rejette la greffe maladroite. [...] » (Universités: rentrée dans l'ordre ?, Fabula, le 5 mars)

Suite de l'archéologie radiophonique : récupération de l'entretien des Vendredis de la philosophie avec Giorgio Agamben, le 1er février. Je parlais de lui il y a peu, au sujet de la biométrie aéroportuaire, banalisée, contre laquelle on ne peut plus rien — sauf si on n'a vraiment que ça à faire.

Tiens, un livre sur François Bon ! Les autres auteurs annoncés dans cette nouvelle collection de Bordas, Écrivains au présent, sont aussi à acquérir. Je rends hommage à l'énergie et à la persévérance de Dominique Viart. Un DV qui sera d'ailleurs — gros coup de blues pour moi qui n'y pourrai aller — aux Deuxièmes Rencontres littérature / Enjeux contemporains du 3 au 5 avril au Petit Palais... J'vous dis pas la liste des auteurs ! Nous, ici, on se consolera avec Jean Échenoz, prévu au Japon vers la mi-avril.

Avec T., dans le gris venteux (on dit qu'il fera beau demain), au service des permis de conduire de l'arrondissement de Shinjuku, pour renouvellement du sien. Puis déjeuner dans un excellent restaurant chinois (Jade Garden du Hyatt Regency Tokyo, juste à côté du restaurant Troisgros). À l'heure du thé, visite chez Christine, maman depuis peu et à qui ça va plutôt bien.
Avec le dîner, Code Unknown (Haneke, 2000). Étonnant puzzle ; il faut réfléchir aux relations entre les séquences pour se construire des hypothèses. Pas de message monolithique, ou seulement fédérateur des séquences (comme dans Babel). Juste la possibilité que les hommes normaux soient à l'image de ces enfants sourds et muets qui jouent à deviner ce que mime l'un d'entre eux. Pas plus doués, mais pas moins...
On y voit — c'est triste pour nous tous — que les conséquences d'un acte ne sont que rarement celles prévues par l'intention initiale.

* *
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Yves Pagès : Little Big Pyromane
« Il y a longtemps que cela sent le cramé chez Yves Pagès. Ce gamin de Prières d'exhumer qui "brûle en lui plus de charbons ardents que vingt destins criminels" et menace comme une braise, "foyer dormant d'une insurrection". Et maman qui fume en cachette dans Le Théoriste, où remontent des souvenirs d'enfance épidermiques, dont cette histoire de court-circuit criminel à cause duquel l'immeuble d'à côté part en fumée. Jusqu'à ces Gauchers (1) où des mômes de 13 ans s'inventent des jeux pour mieux déjouer le huis clos familial ou scolaire et se racontent des bobards en menaçant de mettre le feu à l'école...
Nous voilà, quoique en pleine fiction, sur le chemin de cendres froides qui mène peut-être à ce qui hante l'auteur depuis le début des années 1970 : l'incendie du CES Edouard-Pailleron. On retrouve dans Le Soi-Disant la propension du jeune narrateur (11 ans, cette fois) à disparaître, se faire oublier, se cloîtrer dans sa chambre pour dévorer des livres. On respire encore l'odeur du feu quand il raconte comment, fils d'un projectionniste sorti fumer sa clope dehors parce que c'est interdit dans la salle des machines, il est incapable d'arrêter le projecteur en surchauffe et laisse la pellicule se carboniser.
On comprend vite que nous avons affaire à une graine d'affabulateur, mais Romain Yves Emile Anselme, né le 22 septembre 1962, se retrouve vite fait au commissariat, suspecté d'avoir allumé le brasier criminel qui a coûté la vie à vingt de ses camarades, d'autant qu'il aurait dû y être, dans sa classe de sixième, au lieu de s'initier à la philosophie avec un certain Kant, aux trousses duquel se lance la police pour vérifier son alibi.
On comprend surtout que l'adolescent, fugueur halluciné et contestataire inné, tente d'agir selon ce qu'il a lu, cru comprendre ; qu'il est troublé par cette injonction du Traité de philosophie pratique mettant en garde contre la tentation de faire de son désir intime une loi universelle, ce péché d'orgueil ; bref, qu'il a du mal à choisir sa vocation, entre le principe de plaisir et le principe de réalité.
Soumis au diagnostic d'un expert, le môme est épinglé atteint d'un "complexe d'identification bipolaire", "responsable de ses actes au moment où il ne les avait pas commis", "consentant par omission et fautif par divergence" (c'est Yves Pagès qui gratifie l'expert d'un humour assez rare dans la profession). Tandis qu'on le soigne, sous contrôle judiciaire et accompagné d'une protection psychologique adaptée, Romain raconte sa vie, son enfance, en fouillant les tiroirs de sa soeur, attisant sa conscience embrouillée par des images volées aux films cultes de l'époque, dans lesquels il se projette en hors-la-loi bizuté par des chasseurs de Sioux, "Little Big Pyromane", "Indien métropolitain en lutte armée avec la planète entière".
Ce psychisme voué à l'insurrection lui fait attendre l'heure des brasiers, manifester du bon côté de la barricade, se réjouir que les lycées brûlent et chanter "l'Internationale sera le genre babouin" Romain ne déterre pas seulement sa hache de guerre contre le ministre de l'éducation nationale et les détracteurs de dieux à barbe rousse (Hugo, Fanon, Jésus et Marx). Il s'en prend à son père qui programme des navets hollywoodiens au lieu de sortir un Wiseman, un Marker ou un Watkins, qui envoie chier "les branlotins de la Nouvelle Vague" et "les marginaux du ciné-tract". Y'a du grabuge chez les parents. Pendant que papa éructe contre les "mao-cryptiques", maman file sur les hauts plateaux du Larzac ou aux portes des usines Lip à Besançon, prétendument pour rapporter des fromages de chèvre ou une montre.
La prose d'Yves Pagès est un feu d'artifice, son autoportrait délirant la confession d'un idéaliste calciné. L'instinct des antinomies naturelles et des oppositions de principe, l'inguérissable esprit de contradiction le poussent à jouer au lecteur un bon tour. A-t-il ou non brouillé les pistes exprès, faut-il croire tout ce qu'il raconte ? Trou noir, souvenirs d'emprunt, fantaisie psychanalytique ? Devant les juges, sa parole contre la leur, ça compte pour presque rien. Au tribunal de la littérature, Pagès est acquitté, avec les félicitations du jury.»
Article de Jean-Luc Douin sur Le Soi-disant (verticales), dans Le Monde des livres du 6 mars 2008.

jeudi 20 mars 2008

Sans arrêt des abîmes

Printemps de chien ; refroidissement et pluie toute la journée. Je ne sors pas, travail à l'ordinateur. T. assiste à une conférence sur une mystérieuse statue... Passionnant, dit-elle.

Double reprise de Ce soir ou Jamais. Celle de Frédéric Taddeï mardi soir, après plus de deux semaines de vacances, et la mienne après un gros mois d'indisponibilité. Inégales interventions sur les élections municipales, sur le Tibet et sur le boycott de l'invité du Salon du livre. J'en retiendrai surtout, en fin d'émission, le plaidoyer de Daniel Cohen en faveur des écrivains israéliens, souvent eux-mêmes très critiques vis-à-vis de leur état, et qu'il aurait fallu ne pas inviter si l'on avait écouté ceux qui, comme Gisèle Halimi, protestent contre la dimension étatique de l'invitation.
Cette dernière a fini par affirmer que « la paix n'aura jamais lieu », et, à demi-voix, « Je crois qu'Israël n'aura jamais la paix »... Ouah ! (vers 1h 04 min.)

Quant au rattrapage, j'ai du boulot. Il faut que je remonte jusqu'au 11 février. J'ai un peu commencé l'émission avec Thomas Langmann, sur Astérix aux Jeux olympiques. Il est beaucoup question de « bling-bling », là aussi, eu égard au budget et aux stars du sport. Mais comme j'ai vu le film et que je suis plutôt d'accord avec les critiques négatives, j'en saute une bonne partie... Pour arriver au débat Bourseiller-Rouzaud sur la New Wave. Je n'y apprends rien que je ne sache déjà, sinon la prochaine sortie en dévédé du film sur Joy division (Control, Corbijn, 2007).

Quoi ? Fabula ouvrirait une librairie en ligne pour les études littéraires et les sciences humaines (version béta) ? Excellente idée... si les ouvrages y sont bien décrits (comme c'est le cas généralement dans Fabula), s'il y a possibilité d'y trouver aussi des publications scientifiques de petits éditeurs, d'éditions universitaires étrangères, etc., toutes choses qui sont presque impossibles ailleurs. Mais s'il ne s'agit que d'une sélection limitée et temporaire, associée à un geste « militant », là, je suis moins intéressé... Attendons, on verra.

Fin de la saison 3 de Lost. Nous le pressentions hier mais le vérifions ce soir : ces deux épisodes sont bien ceux que nous avions vus à Carnac en septembre dernier. Double déception. Celle d'avoir déjà vu la fin ; le suspens ne marche pas. Celle de découvrir que c'était en effet la fin, ce que nous ignorions en septembre, et qu'elle ne nous convient pas parce qu'elle laisse trop de questions sans réponse. Sans doute est-ce le prix à payer pour avoir une quatrième saison.
Ceci dit, dans la vie, c'est pareil. La plupart des informations que je reçois, sur mes voisins ou sur le bout du monde, ouvrent sans arrêt, si objectives soient-elles, des abîmes de questions sans réponse.

mercredi 19 mars 2008

Manière littéraire d'exister

Suis arrivé au Japon un 19 mars...

Après une journée très calme à deux, tirant du gris sur la pluie, bureautique à la maison, gros retards, puis centre de sports avant courses et dîner à la maison avec épisodes de Lost 3, je me suis soudain demandé — allez savoir pourquoi ! — de quoi étaient faites les nouilles translucides de la salade chinoise que nous avions mangée. Quelles graines ? quelle farine ? T. me dit que ça s'appelle ryokutou (緑豆). Ni mon dictionnaire, ni le web ne permettent d'en connaître la traduction en français ou en anglais, excepté pois verts. Via une photo de boîte de soupe, je découvre que ça s'appelle aussi mung bean, ce qui en français donne haricot mungo ou ambérique vert, famille mieux référencée et souvent vendue sous le nom de pousses de soja. Ça alors ! Autant dire que tout le monde en mange ! Et en plus, c'est bon pour la santé.

Oui, je cause cuisine, souvent. Ici ou là on m'en fait la remarque, parfois avec un léger esprit de reproche, j'ai l'impression. C'est des menus, des produits, ce que j'ai mangé ou cuisiné. Dumas a fait un grand livre de cuisine, Rabelais nous a laissé des tonnes de listes de bouffe, et je n'ai pas l'impression qu'on le leur reproche par principe, après ça dépend du style.
Mais, franchement, je ne gêne personne. J'essaie juste d'écrire avec ce que je vis. Ça a rapport ou pas avec la littérature, c'est selon chacun. Selon moi, oui, mais je peux me tromper.
C'est que je n'ai pas besoin d'inventer des aventures, moi, pas besoin d'être un étonnant voyageur !
Pas comme ce Le Bris. Franchement, j'écoutais ce débat hallucinant au Salon du livre, vendredi 14 (Du Grain à moudre, avec Michel Le Bris, Jean-Marie Laclavetine, Hugues Jallon et Marianne Alphant). Déjà rien qu'au paquet de clichetons qui sert d'intro à Julie Clarini, je savais qu'on allait se poiler... Comme si Robbe-Grillet « détestait » Balzac ! Mais faut lire, Julie ! Il y a même un feuilleton d'histoire littéraire de France Culture en 20 ou 25 épisodes dans lequel ARG explique en long et en large Balzac, entre autres, et pourquoi il l'aime. Je reviens à M. Le bris. Écoutez-le, s'il vous plaît. Je comprends qu'on puisse ne pas aimer certains livres d'ARG, de Sarraute ou de Simon. Mais la haine de ce type contre le Nouveau Roman est pathologique, faut qu'il se fasse soigner. Faut l'assigner à résidence sur un îlot breton. Les jugements et les insultes qu'il profère en mettant des noms d'auteurs dans un sac poubelle font de lui un type au moins aussi insupportable que ceux auxquels il reproche, Ricardou, par exemple, d'avoir terrorisé les lettres dans les années 60-70. N'y a-t-il personne autour de lui pour le lui faire remarquer ? Ou bien tout le monde en a la trouille ? Peur de ne pas être invité à son Salon à lui ? C'est qu'il a du pouvoir, maintenant. Maintenant que ses ennemis sont tous morts...
Marianne Alphant s'efforçait de garder son calme, je souffrais pour elle. Mais on est au Salon en direct, on va pas se mettre dessus. Je sentais que ça bouillait, quand même. Moi, je serais parti.

Mieux vaut faire un large et salvateur détour par la Chine et écouter Jean-Philippe Toussaint parler de Robbe-Grillet. À François, grand merci du lien. À Jean-Philippe, très grand merci d'élever cette voix.

Vous trouvez qu'il n'y avait pas beaucoup de critique, littéraire ou autre, pendant que j'étais à Orléans. Paradoxalement, quand je suis en France, ça s'éclipse. C'est que j'étais trop occupé ailleurs. Mais rien n'est perdu pour autant. J'ai accumulé pas mal de trucs entendus, lus, vus, à lire, et qui vont revenir petit à petit.

Dans son entretien signalé hier, Laurent Turcot évoquait la naissance de la civilité, aux XVIe et XVIIe siècles, du fait de la codification des rencontres et des attitudes dans l'espace public urbain. Depuis, j'y réfléchis presque tout le temps. Hospitalité dans la maison, civilité dans la rue. Se croiser sur le boulevard, si on ne risque pas de se faire renverser par une charrette, nécessite un costume, un port de tête et de chapeau, une gestuelle variable selon la personne rencontrée. De proche en proche, tout l'espace public est porteur des codes de la civilité d'une ville.
Ainsi, quand T. me dit qu'elle ressent une certaine insécurité à Paris (par rapport à ce qu'elle ressent à Tokyo) parce que les trottoirs sont sales, parce que les merdes de chiens sont étalées et répandues par les semelles et la pluie, parce que des rues sont sombres ou des trottoirs trop étroits, parce que des voitures sont garées n'importe comment, parce que des téléphones portables rapent trop fort, etc., il s'agit bien de différentiels de civilité.
Et que devient la civilité quand des personnes se trouvent compressées dans une rame de métro ou de RER, qu'elles doivent faire abstraction de leur dignité le temps d'un voyage, ravalées au rang de sardines en boîte, d'ailleurs consommées par les entreprises qui les emploient ? Comment peuvent-elles considérer leur vis-à-vis ? Ou justement, s'entraîner à ne pas le considérer. Tous les jours. Puis dans la rue, ne pas voir. Les sans-abris, les loqueteux, les sacs de couchage et les cartons. (D'où le choc de la visibilité des tentes.) Ne plus voir tout cela comme quelque chose qui a du sens, comme quelque chose qui relève de son propre comportement, de sa propre participation à la société. Oui, tout cela relève de la civilité, de sa dégradation
Alors parler de l'incivilité, de ses causes et de ses conséquences, en allant du chômage à la politique municipale, ce serait finalement une bonne chose, oui, un vrai moyen de réfléchir à la société, à l'urbanisme, à l'architecture, à la place de l'art. D'où peut-être qu'en tant que Japonais, on se sente mieux à Orléans qu'à Paris. Des fois que quelqu'un me le demanderait.

« [...] je me levai, essuyant la sueur qui me piquait les yeux, et j'allai remuer les paperasses qui s'amoncelaient près de la machine à écrire, cherchant un élément qui aurait pu donner un élan nouveau à la conversation, et je tombai aussitôt sur une phrase où mon nom apparaissait, et je lus L'air chaud sentait le renfermé animal et semi-humain, l'huile de sésame, les joues de poisson grillées, Et Kotter suffoquait à grosses gouttes, et je me tournai vers Breughel et je dis Vous avez une manière littéraire d'exister dans votre propre existence, Breughel, et, comme il ne répondait pas, je dis C'est désagréable pour ceux qui discutent avec vous, et, tout en tirant sur la ficelle afin de poursuivre le dialogue, je répétai très, très désagréable, Breughel, à un point que vous ne.» (Antoine Volodine, Le Port intérieur, p. 124-125)

mardi 18 mars 2008

Gallica fait bling-bling avec les éditeurs

Ce matin, je prends une heure pour (re)tester Gallica 2, ou Gallica 2.1, avec éditions contemporaines. Toujours pas de menu de recherche par date de publication. Je vais passer par la liste des éditeurs. Au hasard, je sélectionne Fayard. Je vois en effet qu'il y a des ouvrages de 2008, par exemple Cortès, de Christian Duverger. OK, je me connecte et je commence à feuilleter. Pages de titre puis... la page 70. Entre les deux, un petit message qui dit : « Les pages 6 à 67 ne font pas partie de la section consultable de ce livre.» Ce sera ensuite le cas des pages 104-128, 134-191, 197-232, 238-309, 315-366, 372-424, 430-486. Soit 407 pages indisponibles sur un total de 491. Ou encore seulement 17 % du livre effectivement lisible grâce à l'accès Gallica 2 / Numilog. C'est même pas des tranches, c'est des miettes ! Merci, Gallica ! Merci, Numilog ! Merci, Fayard ! Vous vous êtes bien foutus de nous !
J'arrête tout de suite ou je continue ? Allez, je vais choisir un ouvrage un peu plus ancien, pour lequel je me dis que l'éditeur ne sera pas à cran, par exemple Richard Cœur de lion de Régine Pernoud, 1988 — on ne peut pas espérer en vendre encore des milliers, tout de même... Eh bien, mêmes tranches de pages supprimées. Cette fois, pour moi, c'est clair. Et ce n'est pas le projet Gallica d'origine qui est en cause, mais bien une dérive récente que j'imputerai à la course contre Google lancée par le précédent président de la BnF et transformée en opération Gallica fait bling-bling avec les éditeurs depuis la nouvelle présidence (BnF comme République).
D'accord, pas d'accord ? En tout cas, ça suffira pour aujourd'hui.

Vous voulez aussi le son et l'image de l'édition contemporaine. Essayez d'écouter en même temps la foire aux livres et aux chroniqueurs qu'est le Bateau Livre échoué sur les sables du Salon ! Un tissu d'âneries commerciales et promotionnelles.

Et pour un peu plus de sérieux en littérature et pensée contemporaines, on écoutera attentivement Éric Chauvier, Yves Ravey et Daniel Foucard dans les Mardis littéraires du 11, on remontera au Du jour au lendemain du 3 pour entendre Laurent Turcot parler du Promeneur à Paris au XVIIIe siècle, ou plus loin encore, au 26 février avec Lise Benincà, au 22 avec Fred Deux. Bref, on a encore de quoi faire.

Nota bene : la structure des adresses des fichiers son de Du jour au lendemain a récemment changé, délivrant deux leçons. Leçon pratique, tout d'abord. Auparavant, la structure contenait la date à l'envers, type « http://www.tv-radio.com/ ondemand/ france_culture/ JOUR_LENDEMAIN/ JOUR_LENDEMAIN20080214.ram » (sans espace après slash, ajouté ici pour aller à la ligne), cette adresse-ci pour écouter Dominique Meens parler d'Aujourd'hui demain. Depuis un certain temps les tentatives de récupération doivent se faire avec la date à l'endroit, type « http://www.radiofrance.fr/ play_aod.php?BR=3403&BD=14022008 » (aussi sans espace après le slash, si on veut l'utiliser), cette adresse permettant d'écouter la même émission. Puisque c'est la même date. Vous suivez, oui ou non ? Du coup, avec la liste des archives, on peut écouter Butor le 7 janvier, Comment le 17/12/2007, ou ce que vous voudrez jusqu'au 18 septembre (Jean Hatzfeld) ; avant non, ça commence là, la double structure.
Leçon médiologique, ensuite. Le changement du nom de domaine pourrait signifier que France Culture gérerait en propre les fichiers son, précédemment sous-traités par TV-Radio.com. Après expiration d'un contrat ? Embauche d'un pool d'informatique complet chez Radio France, alors qu'on ne jure partout que par la sous-traitance ? Parce que ça revient moins cher ? Ça, on ne le saura peut-être jamais.
Subsidiairement, on peut supposer que 3403 est le code de Du jour au lendemain et que chaque émission a le sien. Débrouillez-vous avec ça.

lundi 17 mars 2008

Ce dont les moines sont capables, et humour garder

Ça devient un vrai puzzle, mon calendrier à remplir — mon remplissage de calendrier, devrais-je dire.

Remplir ou pas remplir, ça dépend avec quoi.

Rattrapages d'enregistrements sur France Culture : les trous de la mémoire coloniale, conférence de Marc Ferro à la BnF (canal des Chemins de la Connaissance, le 11 février 2008) ; Yves Pagès et Nicolas Fargues invités de la seconde partie de Tout Arrive le 25 février (mais pas celle de vendredi dernier avec Marie Ndiaye au Salon du livre, sans intérêt) ; les Mardis littéraires du 19 février, sur Alain Robbe-Grillet, dont rediffusion d'un entretien de 2001 (que j'ai déjà, mais meilleure qualité sonore en 2008 qu'en 2001).

Dans des intervalles, on déjeune au Saint-Martin. Eh oui, faut bien qu'on retourne au poulet-frites de base — surtout quand il est excellent. On récupère quelques plantes laissées en gardiennage à Yukie.
Et puis, je passe à la banque, voir mon compte et faire un transfert pour restituer à l'université un budget de secours. À la gare pour un carnet de billets de shinkansen. Passer l'aspirateur dans tout l'appartement.
Et enfin, enfin... la reprise de la lecture des blogs. Les quantités de billets sont vertigineuses, je ne les donne même pas. Plus d'un mois pour chaque, à peu d'exceptions près.
Mais un mois de Crouty Family, par exemple, ça n'est pas mal du tout. Lus à la file, les billets forment un flip book, une tranche de vie. Un mois de Bikun's Times, et on passe de Menton au Népal ! Beau parcours, même si pas encore lancé... Euh, attention, tout de même, ça chauffe un peu par là. Te recommande lecture urgente de Bardo or not Bardo (de Volodine), pour voir ce dont les moines sont capables, et humour garder.

dimanche 16 mars 2008

En bouche au subtil mélange

Fait rarissime : lever vers midi. Nous avons donc dormi plus de 12 heures. Ajoutées aux huit heures du décalage horaire, ça nous fait une journée entière de perdue. dans une une vie de quelques milliers, ça fait tout de même un petit pincement. Ces dernières années, je vois un peu plus le sommeil comme un plaisir. Adolescent puis étudiant, j'en avais horreur, je le réduisais à cinq heures, je le contingentais strictement. Veilleur de nuit, je le mettais en plein jour, plutôt en matinée pour qu'il me reste quelque chose à vivre sous le soleil. Je ne pourrais plus le faire.

Révision du JLR du 12, si ça intéresse.

Au cimetière d'Aoyama dans une tiédeur étonnante pour nettoyage du tombeau familial et fleurs printanières. Onigiris d'Ony, sur le chemin du métro Gaienmae, pas mauvais, ça cale pour un moment.

Au centre de sport, vélo sudatoire quarante minutes, avec Port intérieur. Au lieu (ou en sus) d'un capteur de pulsations cardiaques, on devrait attacher à chaque vélo un livre, le changer chaque semaine et à chaque vélo... Ou mieux, faire arriver le texte directement sur l'écran de contrôle, avec choix de langue. — 'Tain, pourquoi tu la gardes pas pour toi c'tt'idée ! t'ouvres une start-up dans une pépinière et quand ça monte en flèche, tu revends tout... — Une nouvelle filière marketing, phénixité, idée-phénix, pour une industrie en plein chant du cygne (sans le savoir). Ceci dit, le jour où sera recherchée l'origine de cette idée géniale, on atterrira ici, ce 16 mars 2008. Passons aux machines d'entretien musculaire. Pour T., c'est marche et nage en piscine, elle qui veut perdre un peu de poids (bien qu'elle n'en ait presque pas pris en France, finalement). Je retrouve l'ami culturiste et lui propose de dîner avec nous, T. m'ayant annoncé qu'elle m'inviterait dans la sushi-ya du 8e étage de Tokyu Honten (à côté de Bunkamura).

Histoire de revoir de près ce que c'est que des sushis (après l'expérience peu probante du Jin d'Orléans).

Y dînons donc tous les trois.
L'excellence du sushi se ressent en bouche au subtil mélange des ingrédients. Il faut donc — outre la qualité du riz vinaigré sans acidité, du poisson ni séché ni visqueux, de la sauce de soja — qu'il ne soit ni trop gros, ni trop tassé, ni trop salé, ni trop odorant. Les sushis tests seraient le ikura et le uni. Le premier, aux œufs de saumon, est la rolls du sushi, à condition que les œufs ne soient ni trop durs ni trop salés. On peut s'en servir de test de goût. Le second, à l'oursin, ne doit pas ou peu dégager d'iode en bouche. Il peut servir de test de fraîcheur. Ici, parmi tous les poissons et coquillages disponibles, nulle trace de saumon (sinon en œufs). Les bons restaurants de sushis n'en servent pas, c'est même à ça qu'on peut les reconnaître.
Pas la peine de citer Barthes, on s'en passe très bien.

« Breughel ensuite avala un bol de bouillie de riz et deux saucisses. Il avait changé de station. On entendit un chanteur de canto-pop moduler du chagrin d'amour, puis deux journalistes minaudèrent en cantonais. Je crois qu'ils relisaient les indices boursiers de la veille. À mi-voix, pour s'exercer l'oreille, Breughel répéta quelques chiffres. Je ne saisissais rien d'autre.
J'avais toujours souhaité faire des progrès en langue locale, mais Gloria n'était plus là pour m'enseigner ce qu'elle avait grappillé sur les marchés ou dans la rue. Quant aux méthodes pour autodidactes, elles ne s'accordaient pas sur les données phonétiques de base, ce qui, dès la première leçon, avait tendance à me.
Exemples :
« There are basically six tones in Cantonese ».
« There are seven tones in Cantonese ».
« There are nine tones in the Cantonese dialect ».
Après avoir épandu quelques-unes de mes amertumes sur ce sujet, je consacrai cinq minutes à un rangement sommaire. J'avais ouvert la porte afin d'aérer la pièce. Sur le seuil était une blatte défunte, figée dans une posture naturelle, certes, mais défunte. Je l'écartai du passage.» (Antoine Volodine, Le Port intérieur, p. 95-96)

samedi 15 mars 2008

Temporellement suspendus, somnolents et vidéastes

On ne sait jamais où mettre le début de la journée, dans ces retours de France. On flotte entre deux continents. Temporellement suspendus, somnolents et vidéastes. Gardant un œil sur mes étudiants embarqués, alentours, qui, pour beaucoup, m'ont tout l'air d'écrire leurs souvenirs (un conseil de Takeshi, peut-être, pour servir à une narration qui leur serait demandée ultérieurement), je regarde plusieurs films. Seuls deux méritent qu'on s'en souvienne. Atonement (en français Reviens-moi, J. Wright, 2008), malgré la faiblesse de la seconde après un début de très belle facture : chaleurs anglaises des adolescentes, trahison et mensonge jusqu'à la guerre. Puis Catch me if you can (en français Arrête-moi si tu peux, Spielberg, 2002), vraiment excellent (pour un homme coincé douze heures dans un avion).
Arrivée à 12h30, heure japonaise, à l'aéroport Centrair.
Mon premier contrôle d'identité avec empreintes digitales numériques des deux index et photo faciale — on a beau être contre, avoir signé la pétition, force est de reconnaître notre impuissance devant l'évolution catastrophique du monde, à mon avis une blessure narcissique à ajouter aux autres, infligée, celle-ci, par les médias plus encore que par les politiques car ce ne sont pas les politiques qui nous informent. Et en plus, il faut remplir une carte de déclaration douanière même quand on n'a rien à déclarer — ce qui est réellement mon cas cette fois (d'habitude, j'ai toujours un saucisson, des boîtes de thé ou de pâtés, voyez le genre).
Le directeur de notre département est là, bien sûr, à la sortie. Après vérification que tout le monde est bien arrivé, attendu par sa vraie famille ou capable de rentrer par ses propres moyens, nous quittons le groupe. Il me ramène chez moi en voiture, occasion de reprendre le fil du stage, les points à rediscuter, ce qu'on peut déjà prévoir pour l'année prochaine, etc.

Il fait 18 ou 19°C, ici ! Bain chaud (pas pris depuis un mois). Tri du courrier papier (au moins deux kilos de pubs et journaux gratuits). Passage au bureau pour y télécharger le courrier électronique (c'est d'ici que le logiciel a ordre d'effacer le courrier stocké sur le serveur). Ouverture de la valise et des sacs pour composition d'un nouveau bagage, direction Tokyo. Je n'ai en effet aucune raison de rester ici ce soir.
Dans le shinkansen, tentatives de lecture mais le sommeil vient fort...

« Je pourrais allumer, faire un peu de chinois, réapprendre les caractères que j'ai oubliés depuis mon assoupissement de l'heure précédente. Je pourrais aussi ouvrir un de mes cahiers et écrire quelques phrases sur le Parti, le Paradis, sur Gloria, ou rédiger une nouvelle version d'un rêve de Gloria, ou continuer à inventer des épisodes de mon combat contre Kotter.
Mais je reste immobile, avalant sans force ni plaisir l'air étouffant de la chambre, ce gaz si pauvre en oxygène et si riche en parasites et en germes.
J'attends.» (Antoine Volodine, Le Port intérieur, p. 84)

vendredi 14 mars 2008

Notre dernière demie-baguette

Je sors comme un voleur, porté par une bourrasque, pour tout de même acheter notre dernière demie-baguette.
Fin des rangements, pas de ménage à faire. On boucle et on verrouille, les bagages sont prêts. Derniers coups de téléphone.
À 11 heures, le car stoppe pour nous devant le Centre de conférences. Puis au point de rendez-vous, où familles et étudiants attendent. Je soupèse chaque valise avant son chargement et j'indique pour certaines qu'il y aura peut-être problème : on doit être plus près de 30 que de 20 kilos. Semblerait que peu de familles disposent d'une balance...
À midi, nous sommes sur la route ; les larmes finissent de sécher et la fébrilité est convertie en rires nerveux qui fusent dans l'autocar. Comme toujours, bien sûr, les adieux ont été déchirants. Les étudiantes, surtout, pleurent mais les mères d'accueil aussi, et même parfois les pères. Quel est donc cet attachement qui leur est arrivé en un mois ?

Arrivons à Roissy à 14h15, terminal 2F. Le temps de traverser le bâtiment, on peut presque tout e suite commencer l'enregistrement. J'observe que l'hôtesse des groupes laisse passer plusieurs de nos bagages au-delà de 25 kilos. Je ne suis donc pas très chaud pour l'ouverture d'un autre guichet mais une autre hôtesse, apparemment plus haut gradée, nous fait signe et je suis bien obligé de lui envoyer des étudiantes.
Je ne sais pas comment se font la formation et la hiérarchie des personnels au sol mais ce que je constate, sur plusieurs années de passages, c'est que les moins gradés sont les plus humains. Les autres ont dû suivre des stages de machinisme, de marketing, des lavages de cerveau qui ne leur laissent entrevoir que le respect des ordres et le bénéfice de l'entreprise. Et ils en sont fiers, ils gagnent plus (j'espère pour eux) et ils font gagner plus. C'est bien dans l'air du temps. Surtout quand on y met les labels sécurité, lutte contre le terrorisme, etc.
Donc, ça ne rate pas : peu après, l'hôtesse des groupes prend d'autres clients que nous et la nouvelle signale les dépassements de poids, oblige à en enlever ou à payer. Pour Air France, le kilo supplémentaire est à 30 euros, mais pour JAL, il est à 64 euros. Or notre vol est un vol Air France opéré par JAL. Saisissez la subtilité ? C'est le prix de JAL qui s'applique. Je la retiens, cette hôtesse-là ! Beau zèle ! Grands déballages, enflement des bagages à main, et deux étudiantes, drapées dans leur carte de crédit, qui préfèrent payer que de rouvrir leur valise. C'est Takeshi qui les accompagne, très loin, là où l'on paie pour cela. Cependant, compte-tenu du temps que prennent maintenant les contrôles des passeports et la fouille au corps, je ne peux pas retenir l'ensemble du groupe pour attendre les deux retardataires. Je donne donc l'ordre d'entrer, et rendez-vous à la porte F49 vers 16h10, pour commencer l'embarquement à 16h15. Quand Takeshi revient, nous nous disons au revoir, il rentre au Mans finir sa thèse. Je salue également Mme M., cadre du SRI d'Orléans, qui nous a accompagnés jusqu'ici. Pendant ce temps, T. s'est aussi enregistrée pour le vol de Tokyo, qui partira après le nôtre. Je la quitte vers 16h25, après que deux étudiantes ont eu leur carte d'embarquement inversée, incident heureusement réglé en trois minutes.
Le reste, sans T., n'appartient plus à aucun espace ni à aucun lieu car...

jeudi 13 mars 2008

Ne dépasse pas les bornes demain

Pour notre dernier déjeuner en ville, nous suivons un faisceau de recommandations qui mène droit à la Dariole, rue Étienne Dolet. J'étais un peu réticent, à cause du nom — comme un risque de variole, c'est stupide, je sais — mais deux personnes nous l'ayant encore vanté hier...
Menu entrée et plat, ou plat et dessert à moins de 20 euros, décor agréable, service impeccable. Autant de choses devenues presque impossibles à Paris. Et, comme prévu, un festin pour les papilles : terrine de lapereau, cœur de filet de bœuf saignant sauce forestière truffée pour moi, dos de bar au fenouil et gâteau sauce orange pour T.

Compte tenu des dévédés et des livres que j'ai récoltés et achetés en un mois (même sans aller au Salon du Livre), il faut un autre sac, pas trop gros, pour le garder en cabine. Ce sera un Kipling, que nous trouvons... chez Badinier, évidemment.

Au campus pour quelques documents à collecter, et voir ce que les étudiants préparent pour les cérémonies de la fin de stage.
Allons ensemble au château du Parc floral, qui est aussi la Présidence de l'université. Dans le cadre des cours dispensés (salut à D., présent sur la photo), ils ont appris des saynètes à deux ou trois personnages, jouant subtilement sur des bases linguistiques, ainsi que trois chansons en français. Étonnement toujours de cette réalisation, des étudiants en fin de première année de français, encore tout hésitants, saccadés, les gestes timides, qui se produisent devant un parterre d'au moins soixante-dix personnes (principalement composé des familles d'accueil). Le débit de Il jouait du piano debout est très bien respecté, articulé.

Et pour quelles raisons étranges
Les gens qui ne sont pas comme nous
Ça nous dérange...

Puis, la nouveauté de cette année, deux chansons en japonais, répétées le jour-même et dont la réussite chorale laisse tout le monde sur le... flanc.
Puis officielle remise des certificats de stage par le directeur de l'IDF, représentant le président, toujours retenu par d'autres obligations, comme on dit.
Je prends aussi la parole. Pour les remerciements d'usage mais surtout pour une ultime exhortation aux familles, plus qu'aux étudiants, pour que le poids des bagages ne dépasse pas les bornes demain, rappelant les problèmes des années précédentes et l'excès payé très cher au kilo. Juste après, pot d'adieu. Oublieront-ils tout dans le kampaï mousseux ? Sortiront-ils les pèse-personne, comme nous avons l'habitude de le faire ?
Laissons place à la cohue photographique, au défilé des très beaux petits fours salés et sucrés. Aux questions parfois étonnantes de certains parents, comme celle-ci, d'un débarqué de la lune ce soir : ils sont en quelle année de français, ces étudiants ? À moins que je doive le prendre comme un compliment...

Retour voituré et dîner de restes dans notre appartement, avec Takeshi. Excellente soupe de poisson, achetée à Carrefour il y a presque un mois.
Enfin, rangement et quasi-fermeture de valise.

mercredi 12 mars 2008

Là, pour moi, un gros empêchement

Oui, je sais, il manque VSD de la semaine dernière... Ça va venir.
Il faudra que Laure me dise quand elle fait commencer la « Saison 2 » du JLR... Ceci dit, je trouve très intéressante, l'idée d'un rapprochement entre blogs littéraires et séries télévisées. Tout à fait dans le sens de ma réflexion de l'an dernier sur les (dis)continuités (Glottopol, 10, juillet 2007).

Nuit agitée, dehors. Des vents à faire peur, à se demander, pris dans les rêves, si la fenêtre double vitrage va tenir. Et vers cinq heures du matin, réveillés en sursaut par la pluie qui se jette à l'horizontale contre le verre, ajoutant aux sifflements des claquements comme de la grêle.

Après quelques détails à régler avec l'université, notre dernière séance de cinéma, pour la sortie de MR 73, d'Olivier Marchal, par ailleurs petit nom d'un manurhin qui trouvera son usage, à retardement. Excellente histoire, excellente prestation de Daniel Auteuil, mais, par dessus tout, une époustouflante qualité de la photo, des cadrages et du grain de l'image. Et une belle histoire, oui, aussi.
Avant, il y avait encore eu cette bande-annonce pour le film de Philippe Claudel. Je ne sais rien de son film. Ni pour, ni contre. Mais je suis dégoûté du film d'avance, et T. itou, par cette bande-annonce racoleuse, gros-plans chialeurs, étalage de sentiments de spectateurs façon clients après échange de barils de lessive. Là, pour moi, un gros empêchement.

Déjeuner rapide au Grand Martroi (tiens, des quenelles !), puis courses diverses dans le quartier.
Impossible de trouver le baume après-rasage hydratant du Givenchy Blue Label. Dans tous les magasins qu'on a fait à Orléans, il y a l'eau de toilette, mais pas d'après-rasage. Je ne fais pas du consumérisme gratuit, en évoquant ce produit rebelle — dont je ne suis pas dupe mais. Il se trouve que c'est celui qui va le mieux à ma peau.
À moins d'avoir une peau bonne pâte, arrangeante, c'est tout de même un brûlant problème, pour les hommes. En fait, c'est ma peau qui est rebelle, pas moi...

Encore un superbe M. Chat, cette fois, dans le jardin de la Vieille Intendance...

Dîner dans une famille d'accueil, à deux rues de chez nous. On est invités tous les trois, on n'a que le parvis du théâtre à traverser.
Mme L. donne aussi des cours de cuisine, en plus de son travail, et monsieur L. nous voiture tôt au campus quand c'est possible. Petites entrées apéritives, dont pâtissons à l'aigre-doux, foie gras sur pain au cacao, brochettes de tomates et mozarelle roulée dans le parmesan (piquées sur un chou), verrine de crevettes et pamplemousse, etc., accompagnées d'un excellent pastis bleu d'origine secrète (cobalt qui rappelle les eaux toxiques dans le cratère du mont Shirane...).
À table, en entrée, une pressée de quinoa (merci, Takeshi, pour ce rappel de la graine en commentaire). Puis magret de canard sur purée d'un légume dont je n'ai pas retenu le nom, sinon qu'il commence par un h. Légume d'autrefois, qui revient dans les pratiques de grands chefs, avec un goût entre la pomme de terre et l'artichaut. reste difficile à trouver, si j'ai bien compris.
Expériences culinaires très réussies. Gardons privées les conversations, elles aussi bien agréables. Et expérience encore, pour l'étudiante à résidence, sans doute une des plus gâtées du stage (T. m'a dit qu'elle avait parfois accompagné des étudiants au restaurant français, à Tokyo, et que certains avouaient n'avoir jamais utilisé une serviette de table, ou ne pas savoir comment utiliser le service à poisson, ou ne pas comprendre l'ordre des trois fourchettes et couteaux dans un menu complet...).

mardi 11 mars 2008

La pleine forme que je leur ai connue

Au café d'Austerlitz, dans la salle de la fresque Napoléon, notre voisin, style cadre bien habillé, barbe bien taillée, qui avait pris un plat du jour, excédé par la lenteur d'un serveur seul pour une vingtaine de tables, finit par partir, tranquillement et récriminant encore, sans payer. Nous témoignons ensuite, auprès du serveur courroucé, qu'il est parti après avoir appelé et attendu. T. fait remarquer qu'il aurait pu laisser sur sa table la valeur de son plat... La volonté de punir a été plus forte que l'honnêteté.

Dernier aller-retour à Paris, donc, uniquement pour voir mon père à l'hôpital Mondor de Créteil.
Il est maintenant seul dans une chambre, avec la télé, un lit, une chaise, un fauteuil et un cabinet de toilettes — grand choix de positions. Des couleurs au visage, et des expressions, des récriminations contre le personnel soignant. Bref, il est tel qu'en lui-même.
Nous lui apportons le téléphone portable de T., acheté le mois dernier à Orléans et dont elle n'aura plus besoin dans trois jours. Bien sûr, il faut expliquer les fonctions de base et enregistrer tous les numéros dont il pourra avoir besoin. Il semble très content de cela. Ou bien, c'est de sentir qu'on s'occupe bien de lui.

Dans le métro de retour, un appel de mon cousin. Il est à Hendaye parce qu'un oncle il y a trois jours, puis une tante hier viennent de quitter ce monde. Suis surpris de la coïncidence, sincèrement attristé. On ne peut cependant pas prévenir mon père tout de suite, dans son état...
Pas vus depuis longtemps, plus de quinze ans, je garderai d'eux le souvenir de la pleine forme que je leur ai connue dans les années 80.
Entre Bastille et Gare d'Austerlitz, annonce d'incident technique. Sortons pour y aller à pied. Superbe soleil sur fond de nuages sombres, situation photogénique par excellence. Un vrai cadeau, cet incident.
Prenons le train de 18h03, bien plein de gens qui reviennent du travail. Un peu de France Info pour entendre parler des magouilles électorales puis lecture paradoxalement salvatrice, comme toujours, jusqu'aux éoliennes.

«Tu te lèves. Tu palpes l'espace et tu en enregistres les angles, pour le cas où tu devrais fracasser dessus un agresseur. Tu te rassieds.
Tu frissonnes.
Tu restes longtemps inerte. Tu penses à ton voyage du lendemain aux îles, et l'image de Gloria se dessine en toi, imprécise, au début, si conventionnelle que n'importe quelle inconnue à cheveux noirs pourrait s'y substituer, puis très détaillée, et soudain c'est un portrait magnifique de Gloria qui apparaît, éclairé par la lumière et par les transparences des îles. Gloria marche sur les galets. Elle ne va pas à ta rencontre, mais elle ne s'éloigne pas de toi. Le rivage scintille au soleil.
Elle existe, elle n'existe pas, c'est une inconnue à cheveux noirs, parfois tu inventes un passé au cours duquel tu as été heureux avec elle, longtemps, pendant une vie entière, et parfois tu ne lui as même pas adressé la parole, elle t'a simplement frôlé, dans des structures clandestines qui se donnaient pour objectif d'exécuter des nettoyeurs ethniques, des vendeurs d'armes, des idéologues de la boucherie, des seigneurs. Bien que souillé pour toujours par la guerre, tu es resté un homme qui rêve sa vie, un habitant de l'imaginaire. Sans mirages, tu sombrerais, tu aurais sombré, petit frère, tu aurais refusé d'aller plus loin dans cet enfer.»
(Antoine Volodine, Le Port intérieur, p. 61-62)

lundi 10 mars 2008

Le riz, ça ne va pas du tout

Comment éviter le calcaire dans l'eau des plantes ? Mettre une cuillère à soupe de vinaigre blanc par litre et demi, laisser reposer vingt-quatre heures et utiliser tel quel. C'est un conseil entendu sur France 2, ce matin.
T. trouve justement que l'eau, en France, en général, est trop dure, dit-elle. Ainsi d'un pays à l'autre, entre le Japon et la France, par exemple, les dosages des médicaments diffèrent en fonction de l'eau. C'est parfois du simple au double, selon que l'eau est peu ou très chargée en calcaire et minéraux.
T. n'ose pourtant pas essayer le vinaigre, même d'Orléans, dans ses préparations homéopathiques...
 
Déjeuner à la Chancellerie. Excellents, l'agneau de lait et le lapin à la tomate !
Un peu plus de temps que d'habitude, ensuite, pour passer tous les deux à la gare, acheter des billets pour demain. Puis à la FNAC. J'y repère quand même 4 volumes de la collection Déplacements, au Seuil, et prends celui de Lise Benincà, Balayer, fermer, partir, qui vient de sortir. Ainsi qu'Un Bras dedans, un bras dehors d'Emmanuelle Peslerbe (Rouergue, 2007), que JFP m'avait recommandé (si je me souviens bien).

Rejoignons une responsable du SRI de l'université d'Orléans. Elle nous a amicalement proposé de découvrir les Balnéades, à Ardon, tout près de La Source, où elle va de temps en temps, notamment pour les bains, sauna et hammam. On a ça un peu toutes les semaines, au Japon, mais ici, ça nous manque, on rouille, on a froid... Les centres de sport, ici, demandent de souscrire des abonnements réguliers.
Quand nous y arrivons, après quelques ronds-points, nous constatons avec effarement que c'est LA semaine de vidange et nettoyage des bains... La seule de l'année ? Le personnel de l'accueil ne s'en excuse même pas (sans doute marre de répéter ça à tout le monde).
Gros Jeans comme devant, mais sans trop de dépit, après tout, il n'y a pas mort d'homme, nous prenons un café et papotons tranquillement des stages, des étudiants, des modes de vie ici et au Japon, jusqu'à 19h30. Et pourquoi pas dîner ensemble ? Et pourquoi pas tester ce restaurant japonais branché, Jin, que nous avons repéré dans le centre-ville ? Téléphone, réservation, voiturage. On y passe un bon moment, chez Jin, place Louis XI. La déco nous plaît bien. On essaie d'oublier cette femme étrangement indifférente, peut-être mélancolique, qui casse l'ambiance à l'accueil, derrière le bar. Nous commandons 3 menus identiques, chacun avec 6 sushis, 6 sashimis et 6 makis, précédés d'une soupe et d'une salade de chou mariné. La soupe de miso n'est pas assez chaude. Bon, ce n'est pas grave. D'ailleurs, le poisson des sushis et sashimis est bon, voire excellent — c'est surtout le cas du saumon, selon T., qui d'habitude ne l'apprécie guère. En revanche, le riz, ça ne va pas du tout. Trop cuit. Trop écrasé. En trop grosse quantité sous les tranches de poisson. Et pas assez vinaigré. Serait-ce encore une question d'eau dure ? Le nori, autour des makis, est déjà un peu humide, comme s'il avait été sorti depuis une heure — ou pire, comme si les makis étaient préparés à l'avance... T. remarque également que les légumes crus tranchés fin, chou ou concombre, ont un arrière-goût de poisson. C'est-à-dire qu'ils ont été coupés sur la même planche que le poisson, voire avec le même couteau ou avec les mêmes doigts sans les laver entre deux actions. Dans tous les cas, une erreur grave pour le goût et pour l'hygiène.
On n'en mourra pas, mais on aura du mal à digérer.

dimanche 9 mars 2008

Dans la puissance des creux

Sortir tôt rue Monge sous un petit crachin, faire cent mètres pour rapporter des croissants frais à une table nombreuse, voilà un petit plaisir que je trouve quand même trop rare... Et puis c'est encore un départ, des promesses de revoyures.

Train de 11h41, sans problème, avec un peu de Volodine quand France Info devient inaudible, après Athis-Mons (le tuner du i-river n'est pas très puissant). Il pleut sur Orléans. Déjeuner rapide à l'Entracte, devant la gare (pizza et pâtes moyennes).

Carré Saint-Vincent à 15 heures, il y a foule. Saluons une responsable du SRI, elle aussi venue pour la représentation. Robin Renucci nous sauve du vide théâtral d'Orléans (c'est toujours l'inter-saison quand je viens, il y a deux ans c'était Joël Pommerat qui m'avait sauvé la mise). Renucci est en scène avec Mikhaïl Rudy pour une adaptation dialoguée du roman de Wladyslaw Szpilman, Le Pianiste. Le dialogue entre les deux hommes mêmement habillés est en fait un monologue assuré par deux instruments, la parole et le piano. Sobres tous les deux, ils laissent les mots projeter en nous les souvenirs individuels et cependant toujours déjà connus : les uniformes, les rafles de Juifs, les regroupements de familles près de trains et de brouillards, les bombardements, les traques, les planques, les loques, les débris de nourriture, le froid, la peur, etc. Renucci n'ignore pas que son public a vu le film de Polanski plus souvent que lu le roman de Szpilman. Il ne pouvait pas faire comme si ce film n'existait pas. Il sait que nous savons déjà. Ses choix de sobriété, de diction presque neutre, de refus de jouer ou de costumer la souffrance et la misère lui permettent d'inscrire la parole et la musique dans la puissance des creux de nos images.
Et c'est aussi pour cela, sans doute, qu'à la sortie T. est réjouie de ne s'être point ennuyée, d'avoir pu suivre et apprécier texte, jeu et musique.

C'est qu'il n'est jamais très loin, le Renucci d'Escalier C (Tacchella, 1985)... Et l'on se prend à rêver de voir son Sempre Vivu !

Saucé par une bonne averse, je réussis enfin à faire des courses au Petit Casino de la rue Jeanne-d'Arc (y suis passé avant le théâtre mais n'est ouvert que de 16 à 19 heures, le dimanche — c'est déjà bien). Quand j'en sors, la pluie s'est arrêtée. Très beau soleil sur la cathédrale, sur fond de nuages noirs. J'ai oublié mon appareil-photo dans une autre poche. Dîner simple, salade et poulet froid, avec, en fond sonore, les commentaires de la soirée électorale. Pas d'estimations pour Orléans, c'est que ça doit être serré...

samedi 8 mars 2008

Avec seulement deux tuyaux

À peine grassouillette matinée — jusqu'à 8 heures. De fait, on est en forme. Phase lumineuse de giboulées.
Départ à 11h10 pour choper de justesse le 11h43 pour Paris. Déjeuner à la gare d'Austerlitz (poule saveur des sous-bois, sauce un peu trop salée, en vérité). Traversée digestive du Jardin des Plantes. On admire les bourgeons de cerisiers (on n'en verra pas les fleurs, hélas...), le mimosa fleuri et odorant, nous « narines bées », près des serres en travaux (plus poli, le mimosa, n'a pas attendu qu'on soit parti), les wallabies qui sentent moins la fleur (se boucher le nez), le tout nouveau café restaurant La Baleine, qui paraît bruyant à l'intérieur et enfumé sur la terrasse...
La promenade continue par la rue des Écoles. La boutique L'Harmattan Vidéo où l'on trouve un documentaire sur les terroristes japonais des années 70-80, Japon : les années rouges, de Michaël Prazan (2001), ainsi que deux films réédités (y'a qu'en France qu'on se passionne comme ça pour ce cinéma japonais-là, pas au Japon, en tout cas) : La Bête aveugle (1969) et Tatouage (1966), de Yasuzô Masumura. On verra tout ça, là-bas.

Puis nous filons sur l'hôpital Mondor de Créteil pour voir mon père — c'est l'heure étroite des visites aux soins intensifs. Et puis je dois soigner sa notoriété réticulaire, maintenant que Philippe est passé par là. Il est dans la même chambre, toujours ouverte sur le couloir de service, mais assis dans un fauteuil, avec seulement deux tuyaux, et il lit un roman d'Agatha Christie. Sa fébrilité nerveuse et morale de mercredi dernier a disparu, il a de bonnes couleurs et une mine bien expressive. Au lieu de ne rester qu'une vingtaine de minutes pour ne pas le fatiguer, comme l'autre jour, nous nous installons, papotons sans regarder le temps passer, testons le matelas gonflable et électroniquement programmé jusqu'à l'heure de son repas, moment où d'ailleurs arrivent une tante et une cousine auxquelles nous cédons la place (pas plus de deux personnes par visite) avant de les retrouver dans la salle d'attente.
Retour place Monge pour dîner avec Hubert de Phalèse puisque Michel et Henri sont là (les avions vus séparément l'été dernier, en Corse puis en Bretagne). Retrouvailles façon strasbourgeoise puisque Titine, qui suit là-bas une prestigieuse formation continue, en a rapporté cet après-midi même un kilo et demi d'une excellente choucroute. Elle aussi, on lui a vu une grosse valise, tout à l'heure !

vendredi 7 mars 2008

Une qui menace glace

Petit déjeuner à 7h30, tout le monde est à l'heure. La responsable du SRI est épatée de la discipline de notre groupe. Mais on ne le fait même pas exprès.
Matinale route de la côte jusqu'à Saint-Malo.
Au point de rendez-vous, une guide professionnelle nous rejoint pour faire la visite, principalement sur les remparts, en plein vent, dans le froid. Des étudiantes sont obligées de se coller en rond comme des pingouins pour en réchauffer une qui menace glace. Je m'avance sur les remparts pour photographier de loin tout le groupe.

Aux deux tiers, je m'éclipse vingt minutes pour aller au Grand Bé, dont la marée descendante vient de libérer l'accès. J'admire trois secondes la volonté chateaubrianesque puis — les étudiants ont quartier libre jusqu'à 13h30 — je rejoins le groupe à La Licorne, restaurant en face de l'hôtel de ville. Enfin, le menu de mes rêves : six huîtres et des côtelettes d'agneau. Galettes pour T. et mes collègues.

Route du retour avec arrêt sur l'autoroute, à la station-essence, puis à Chateaudun, au pied du château, d'où je monte par la descente Saint-Pierre (200 marches) pour aller chercher du pain sur la place du 18-Octobre, où l'autocar s'était arrêté il y a deux ans. L'arrêt de cette année, au bord du Loir, est beaucoup plus impressionnant (et en plus, il y a des toilettes publiques et gratuites).

Arrivée au point de rendez-vous final, sur le campus d'Orléans, avec 3 minutes d'avance. Vraiment un excellent chronométrage. Trente minutes plus tard, hélas, une famille n'a pas encore récupéré son étudiante. Il fait trois degrés, il pleut, il fait nuit noire dans ce coin désert du campus... Y'a de l'abus. Je leur téléphone. Ils ont envoyé quelqu'un qui a dû se perdre dans le campus. Mais bon, la personne arrive quand même, peu après, et on peut rentrer se coucher. La prochaine fois, faudra qu'ils comprennent que c'est plutôt à eux de venir, tout de même...
On dormira bien, cette nuit. Mission accomplie.

jeudi 6 mars 2008

Me mitraillent avant la merveille

Lever à 4h30 pour départ une heure après. 6 heures, la noria des voitures des familles d'accueil prend fin, tous nos petits agneaux frileusement serrés sur le parking quand l'autocar arrive. Personne n'est en retard. La leçon de la semaine dernière a été retenue — ils apprennent bien, tout de même.
Routes et autoroutes calmes — tout le monde dort — jusqu'à l'aire de repos du Mans. Une petite demi-heure d'arrêt café, pipi, achats et ça repart. Dehors, les grains se succèdent, suivis de soleil. Impossible d'imaginer quel temps on aura dans une heure, sur le caillou. Près du Mont Saint-Michel, j'enlève un pull et j'arbore deux minutes mon tee-shirt rouge Tous les jours, c'est l'enfer, de Beppu, avant de remettre ma laine polaire — tous les appareils photos sortent et me mitraillent avant la merveille. T. et moi expliquons à Takeshi et à l'accompagnatrice d'Orléans de quoi il retourne, culturellement et linguistiquement, sous ce maillot.
Je me demande toujours si mes amis français à qui j'en ai offert un il y a deux ans l'ont porté ou le portent encore... Et quel effet cela a pu avoir sur leur entourage ou dans les rues.

Arrivée vers 11h30. Menons le groupe jusqu'aux Terrasses de la Mère Poulard, où sera le rendez-vous de 13h30, après ce premier temps libre. Le groupe s'égaille dans les rues, ruelles, chemins de ronde, toilettes, vous connaissez le Mont... Déjeuner à 4, tout à fait quelconque et service médiocre, à la limite du contestable, à la Vieille Auberge. C'est à se demander quel restaurant est bon dans ce cône !...
Visite de l'abbaye de 14 heures à 15h15, avec audioguide pour chacun, ici aussi. Liberté encore, jusqu'à 17h15, c'est le moment de faire les boutiques. T. et moi y sacrifions aussi. On trouve même quelque chose pour le nouveau-né de Christine et Thomas.
Enfin, les cinq dernières minutes de car de la journée, pour arriver à l'Hôtel Vert. Dîner à la Rôtisserie attenante où un menu saumon fumé, mousse de saint-jacques, agneau et omelette norvégienne a été confectionné pour notre caravane.

Éclairé, là-bas, le Mont Saint-Michel nous attire. Nous marchons vers lui, de nuit, sur l'étroit sentier, le long de la route noire, suivis quelques temps d'étudiants qui rient en trébuchant. Quand une voiture passe, nous devons nous arrêter car le relief du chemin n'est plus visible. C'est la première fois que nous faisons, bien couverts, cette superbe promenade. C'est peut-être aussi la dernière. Les travaux sur le Couesnon ont bien avancé et bientôt un pont avec petit train remplacera la route, l'eau circulera librement...
Comme nous avons recommandé aux étudiants de ne pas faire trop de bruit dans les couloirs de l'hôtel après dix heures, la soirée est plutôt calme. On s'endort sans difficulté avant minuit.

mercredi 5 mars 2008

Mes chats, rues désertes

10 heures. Soleil et vent froid. Orléans devenu Suède-sur-Loire.

J'accompagne T. à la médiathèque où elle a rendez-vous au fonds ancien. Je laisse ensemble les deux mazarinadières, destinées l'une à l'autre depuis deux ans, et m'en retourne plein nord dans le froid, le vent, le soleil. Je tourne d'abord dans le quartier Saint-Bannier, où Antoine Volodine m'a indiqué de grandes peintures murales de M. Chat. Après avoir vu un homme qui passe des journées entières dans les arbres, à les tailler, je rencontre mes chats, rues désertes, autour de l'Institution Serenne.

Le toponyme n'est pas une coïncidence, j'imagine, pour l'homme aux chats.

Une heure après, je vais à la FNAC pour me réchauffer. En sors avec 17 Fables de La Fontaine par Luchini, et No Sport, le dernier Rodolphe Burger. D'autres m'auraient intéressé, mais c'est trop cher, les disques.

Déjeuner avec T. à la Chancellerie. Jambon à l'os versus assiette périgourdine.
Cinéma : Les Femmes de l'ombre. Interviewé à la sortie, avis très positif. Bonne histoire, bien jouée. Un peu plus qu'une distraction. Pourra également servir en cours.

Depuis trois jours, emploi du temps oblige, nous nous demandons si nous pourrons aller voir Le Pianiste, adaptation théâtrale avec Robin Renucci, proposée par le CADO au Carré Saint-Vincent ces jours-ci. Or, tandis que nous arrivons près du théâtre, Robin Renucci, qui venait déjà de se rappeler à nous par un second rôle dans le film que nous venons de voir, marche naturellement sur le trottoir et nous croise. Sans que nous l'arrêtions, bien sûr. Mais ça fait trop de signes pour rester expectatifs. Nous allons droit au guichet prendre deux places pour dimanche.

Dîner de restes. On se couche tôt, sans blog et sans lecture. Pas seulement à cause du départ de demain.

mardi 4 mars 2008

Un choc, c'est positif et négatif à la fois

Matin à Orléans, après-midi à Paris.

Tout va bien, à la fac. Pas la peine d'en dire plus. Sauf que ça caille, sur le campus. Je préviens encore les étudiants de bien s'équiper jeudi et surtout de bien se réveiller à l'heure...
Retour au Grand Martroi pour déjeuner rapide avec T. J'ai trouvé pour elle à la FNAC des Contes de Perrault en bandes dessinées

Une chose est sûre, T. n'aime pas les giboulées. (Elle vient de se faire arroser de grésil par grand soleil en traversant la place du Martroi.)

Train pour Paris à 14h02. Faut pas le rater, celui-là, parce qu'il n'y en a pas d'autre avant 16h30 ! Changement aux Aubrais, évidemment. D'Austerlitz, près de vingt minutes pour aller à Bastille. Deux stations mais des problèmes de signalisation (sic)... On n'y croit guère. Enfin, une douzaine de stations pour arriver à l'hôpital Henri Mondor de Créteil. Soins intensifs de cardio, au 11e étage, nettoyage des mains au gel désinfectant, sonnerie à la porte sécurisée pour accès à la chambre paternelle.
Un choc, c'est positif et négatif à la fois. Voir son père vivant, après tout ce qu'il a vécu ces derniers mois et ces dernières heures (l'opération s'est bien déroulée), c'est une joie. Mais voir du couloir, toutes portes ouvertes, sa tête fatiguée au milieu d'un océan de draps, de fils, de tuyaux, d'appareils entreposés du sol au plafond, tenus par des bras mécaniques, c'est un peu dur. La gorge s'en noue.

Je trouve ceci ce soir, chez un universitaire anglais, bien rafraîchissant après les horreurs et mesquineries franco-françaises qui se sont imprimées ces derniers jours sur Robbe-Grillet. Et il y a encore quelques paragraphes bien sentis sur le Nouveau Roman à la suite...

« Robbe-Grillet was one of the founder members of the ‘Nouveau Roman’ or the new novel that took the intelligentsia by storm in the 50s and 60s. Rather in the way that modern art explores the visual by challenging, subverting or simply abandoning all traditional strategies of representation, so the new novel dispensed in a cavalier fashion with plot, characters, orthodox description and conventional endings to see what happened to this thing called the story. You will appreciate that the new novel is not always the easiest comfort read, but I cannot help but like them. Much in the way mechanics take motorbike engines apart to figure out how they function, any student of literature can never look at narrative the same way again, once it has been systematically dismantled by these novelists.» (du blog Tales fron the Reading Room)

lundi 3 mars 2008

Amalgame de quartiers morts où jamais rien ne prend

Déjeuner avec Antoine Volodine et T. au Grand Martroi. Belle entente. Fructueux échanges sur le cinéma, la littérature, les rites extrême-orientaux. Sans oublier la vie orléanaise, entre ville à échelle humaine où l'on vivrait tranquille et amalgame de quartiers morts où jamais rien ne prend.
En plus, y'a de l'agneau en plat du jour.

Refroidissement climatique subit. Marche dans la ville dans la belle lumière du couchant.

dimanche 2 mars 2008

Par haut débit au sinus gauche

Journée en deux temps. D'abord, déjeuner chez un des professeurs du stage, féru comme nous de littérature, entre autres, et par ailleurs lecteur du JLR. Ensuite, promenade en ville suivie d'une séance de cinéma purement distractive.

Parmi les interférences entre le texte en ligne et la vie en société, il faudra désormais citer le menu sous influence. En effet, ayant signalé l'autre jour l'ouverture de ma semaine de l'agneau, puis l'impossibilité d'en trouver dans les restaurants d'Orléans, le collègue inspiré que nous nommerons DB, DB, donc, David le reconnaîtra, a eu cette savoureuse idée de nous préparer un tajine d'agneau. Si le rhume finissant limite mon appétit (je ne reprends pas de tout trois fois), il ne m'empêche toutefois pas de sentir les arômes et d'apprécier l'excellent déjeuner. Les papilles neurotransmettent par haut débit au sinus gauche de me lâcher un peu le front, de remballer le piolet planté dans le lobe et de libérer un peu la parole pour suivre T., DB et son épouse dans la conversation.
Sans ordre ni fards, il est question de vie orléanaise, vie tokyoïte, littérature, enseignement de langue (qui nous concerne tous les quatre), et on en arrive même, signe de véritable connivence, aux confitures de figues...
Justement, la voisine leur en a donné deux pots faits maison l'an dernier et, le temps de retrouver le second, voilà-t-il pas qu'il est pour nous, dis donc !

Le film, tenez-vous bien, c'est Astérix aux jeux olympiques. Si si. On n'aura pas besoin de le voir deux fois mais ça nous distrait bien, sans complication. Un aspect pédagogique intéressant à signaler : les clins d'yeux sont tellement gros et appuyés qu'ils peuvent être expliqués à des personnes étrangères à la culture française de ces trente dernières années sans avoir besoin de mettre sur pause...

A compléter...

samedi 1 mars 2008

Se faire sucer les doigts par des carpes

Téléphone à mon père, pas opéré hier comme prévu. Ce sera pour lundi, et ça commence à l'énerver (l'idée qu'une urgence urgente a pu lui piquer sa place au bloc...).
Papeterie avec cartes postales de M. Chat, au coin de la place du Martroi (pas le temps, y revenir).
Rendez-vous avec ma mère et mon beau-père là où je les avais retrouvés il y a deux ans sous la neige, place du Martroi, mais cette fois au soleil. Récupération de la capuche en cuir de T. (s'agissait de fixer des passants élastiques pour faire tenir solidement la capuche à la veste, retouche parfaitement exécutée).

Vers La Ferté Saint-Aubin, histoire de voir un peu de forêt de Sologne. Puis Lamotte Beuvron. Entre les deux, un motel aperçu en passant et qui ressemble curieusement à celui d'Ascenseur pour l'échafaud...
Restaurant quelconque en bord de route (on verra exactement les mêmes queues d'écrevisses le soir-même dans notre supermarché), mais comme on a plein de choses à se dire tous les quatre, pas de problème.
On se décide pour l'Aquarium du Val de Loire. Donc, direction Amboise, de nouveau. T. et moi, à l'arrière, on fait grassement la sieste.
Ce n'est pas un super moderne aquarium, avec deux millions de variétés de toutes les couleurs et des groupes de visiteurs de trente-huit pays. Il y a quelques minables jeux et décorations en bois, pseudo pédagogiques et destinés aux enfants analphabètes du XIXe siècle. Mais tout de même une belle présentation des étapes poissonnières de la Loire, des bestioles de la source jusqu'aux énormes tanches et silures du fleuve adulte. Un des bassins, ouvert, permet de tremper sa main pour se faire sucer les doigts par des carpes gentiment visqueuses. Les éclairages délicats ont des effets thérapeutiques. Il faut dire qu'un petit rhume m'est venu depuis hier, que j'éternue et mouche modérément.

A compléter...