Sortir tôt rue Monge sous un petit crachin, faire cent mètres pour rapporter des croissants frais à une table nombreuse, voilà un petit plaisir que je trouve quand même trop rare... Et puis c'est encore un départ, des promesses de revoyures.

Train de 11h41, sans problème, avec un peu de Volodine quand France Info devient inaudible, après Athis-Mons (le tuner du i-river n'est pas très puissant). Il pleut sur Orléans. Déjeuner rapide à l'Entracte, devant la gare (pizza et pâtes moyennes).

Carré Saint-Vincent à 15 heures, il y a foule. Saluons une responsable du SRI, elle aussi venue pour la représentation. Robin Renucci nous sauve du vide théâtral d'Orléans (c'est toujours l'inter-saison quand je viens, il y a deux ans c'était Joël Pommerat qui m'avait sauvé la mise). Renucci est en scène avec Mikhaïl Rudy pour une adaptation dialoguée du roman de Wladyslaw Szpilman, Le Pianiste. Le dialogue entre les deux hommes mêmement habillés est en fait un monologue assuré par deux instruments, la parole et le piano. Sobres tous les deux, ils laissent les mots projeter en nous les souvenirs individuels et cependant toujours déjà connus : les uniformes, les rafles de Juifs, les regroupements de familles près de trains et de brouillards, les bombardements, les traques, les planques, les loques, les débris de nourriture, le froid, la peur, etc. Renucci n'ignore pas que son public a vu le film de Polanski plus souvent que lu le roman de Szpilman. Il ne pouvait pas faire comme si ce film n'existait pas. Il sait que nous savons déjà. Ses choix de sobriété, de diction presque neutre, de refus de jouer ou de costumer la souffrance et la misère lui permettent d'inscrire la parole et la musique dans la puissance des creux de nos images.
Et c'est aussi pour cela, sans doute, qu'à la sortie T. est réjouie de ne s'être point ennuyée, d'avoir pu suivre et apprécier texte, jeu et musique.

C'est qu'il n'est jamais très loin, le Renucci d'Escalier C (Tacchella, 1985)... Et l'on se prend à rêver de voir son Sempre Vivu !

Saucé par une bonne averse, je réussis enfin à faire des courses au Petit Casino de la rue Jeanne-d'Arc (y suis passé avant le théâtre mais n'est ouvert que de 16 à 19 heures, le dimanche — c'est déjà bien). Quand j'en sors, la pluie s'est arrêtée. Très beau soleil sur la cathédrale, sur fond de nuages noirs. J'ai oublié mon appareil-photo dans une autre poche. Dîner simple, salade et poulet froid, avec, en fond sonore, les commentaires de la soirée électorale. Pas d'estimations pour Orléans, c'est que ça doit être serré...