samedi 15 mars 2008
Temporellement suspendus, somnolents et vidéastes
Par Berlol, samedi 15 mars 2008 à 23:53 :: General
On ne sait jamais où mettre le début de la
journée, dans ces retours de France. On flotte entre deux
continents. Temporellement suspendus, somnolents et
vidéastes. Gardant un œil sur mes
étudiants embarqués,
alentours, qui, pour beaucoup, m'ont tout l'air d'écrire
leurs
souvenirs (un conseil de Takeshi, peut-être, pour servir
à
une narration qui leur serait demandée
ultérieurement),
je regarde plusieurs films. Seuls deux méritent qu'on s'en
souvienne. Atonement
(en français Reviens-moi,
J. Wright, 2008), malgré la faiblesse de la seconde
après un début de très belle
facture : chaleurs anglaises des adolescentes, trahison et
mensonge
jusqu'à la guerre. Puis Catch me if you can (en
français Arrête-moi
si tu peux, Spielberg, 2002), vraiment excellent
(pour un homme coincé douze heures dans un avion).
Arrivée à 12h30, heure japonaise, à l'aéroport Centrair.
Mon premier contrôle d'identité avec empreintes digitales numériques des deux index et photo faciale — on a beau être contre, avoir signé la pétition, force est de reconnaître notre impuissance devant l'évolution catastrophique du monde, à mon avis une blessure narcissique à ajouter aux autres, infligée, celle-ci, par les médias plus encore que par les politiques car ce ne sont pas les politiques qui nous informent. Et en plus, il faut remplir une carte de déclaration douanière même quand on n'a rien à déclarer — ce qui est réellement mon cas cette fois (d'habitude, j'ai toujours un saucisson, des boîtes de thé ou de pâtés, voyez le genre).
Le directeur de notre département est là, bien sûr, à la sortie. Après vérification que tout le monde est bien arrivé, attendu par sa vraie famille ou capable de rentrer par ses propres moyens, nous quittons le groupe. Il me ramène chez moi en voiture, occasion de reprendre le fil du stage, les points à rediscuter, ce qu'on peut déjà prévoir pour l'année prochaine, etc.
Il fait 18 ou 19°C, ici ! Bain chaud (pas pris depuis un mois). Tri du courrier papier (au moins deux kilos de pubs et journaux gratuits). Passage au bureau pour y télécharger le courrier électronique (c'est d'ici que le logiciel a ordre d'effacer le courrier stocké sur le serveur). Ouverture de la valise et des sacs pour composition d'un nouveau bagage, direction Tokyo. Je n'ai en effet aucune raison de rester ici ce soir.
Dans le shinkansen, tentatives de lecture mais le sommeil vient fort...
« Je pourrais allumer, faire un peu de chinois, réapprendre les caractères que j'ai oubliés depuis mon assoupissement de l'heure précédente. Je pourrais aussi ouvrir un de mes cahiers et écrire quelques phrases sur le Parti, le Paradis, sur Gloria, ou rédiger une nouvelle version d'un rêve de Gloria, ou continuer à inventer des épisodes de mon combat contre Kotter.
Mais je reste immobile, avalant sans force ni plaisir l'air étouffant de la chambre, ce gaz si pauvre en oxygène et si riche en parasites et en germes.
J'attends.» (Antoine Volodine, Le Port intérieur, p. 84)
Arrivée à 12h30, heure japonaise, à l'aéroport Centrair.
Mon premier contrôle d'identité avec empreintes digitales numériques des deux index et photo faciale — on a beau être contre, avoir signé la pétition, force est de reconnaître notre impuissance devant l'évolution catastrophique du monde, à mon avis une blessure narcissique à ajouter aux autres, infligée, celle-ci, par les médias plus encore que par les politiques car ce ne sont pas les politiques qui nous informent. Et en plus, il faut remplir une carte de déclaration douanière même quand on n'a rien à déclarer — ce qui est réellement mon cas cette fois (d'habitude, j'ai toujours un saucisson, des boîtes de thé ou de pâtés, voyez le genre).
Le directeur de notre département est là, bien sûr, à la sortie. Après vérification que tout le monde est bien arrivé, attendu par sa vraie famille ou capable de rentrer par ses propres moyens, nous quittons le groupe. Il me ramène chez moi en voiture, occasion de reprendre le fil du stage, les points à rediscuter, ce qu'on peut déjà prévoir pour l'année prochaine, etc.
Il fait 18 ou 19°C, ici ! Bain chaud (pas pris depuis un mois). Tri du courrier papier (au moins deux kilos de pubs et journaux gratuits). Passage au bureau pour y télécharger le courrier électronique (c'est d'ici que le logiciel a ordre d'effacer le courrier stocké sur le serveur). Ouverture de la valise et des sacs pour composition d'un nouveau bagage, direction Tokyo. Je n'ai en effet aucune raison de rester ici ce soir.
Dans le shinkansen, tentatives de lecture mais le sommeil vient fort...
« Je pourrais allumer, faire un peu de chinois, réapprendre les caractères que j'ai oubliés depuis mon assoupissement de l'heure précédente. Je pourrais aussi ouvrir un de mes cahiers et écrire quelques phrases sur le Parti, le Paradis, sur Gloria, ou rédiger une nouvelle version d'un rêve de Gloria, ou continuer à inventer des épisodes de mon combat contre Kotter.
Mais je reste immobile, avalant sans force ni plaisir l'air étouffant de la chambre, ce gaz si pauvre en oxygène et si riche en parasites et en germes.
J'attends.» (Antoine Volodine, Le Port intérieur, p. 84)