Maintenant qu'il y a du soleil, il faut que je travaille sur un article à rendre le mois dernier...

Déjeuner au Saint-Martin. Des groupes de touristes japonais partout dans Kagurazaka. Peu après, nous sommes nous aussi déviés par le beau temps, vers une rue ensoleillée, un parc puis jusqu'au sanctuaire Yasukuni. Là, nous retrouvons sans problème le cerisier-étalon. Tout le monde est en train de le photographier parce que, justement, sa branche étayée vient de commencer à fleurir.

Comme chaque année, cela sera sans doute annoncé ce soir aux informations : l'ouverture de la floraison des cerisiers, 開花宣言 (kaikasengen).

Comme il n'y a pas trop de monde, T. m'invite à visiter le musée de la guerre... Pas drôle, mais bon, faut bien, au moins une fois dans sa vie. Beaucoup à lire et à apprendre, même en anglais. Les origines ne sont pas datées, on n'a même pas essayé, c'est mythique... La datation commence au 8e siècle. Des résumés en anglais jalonnent les panneaux. Il faut voir comment le patriotisme est toujours assimilé à la sujétion à l'empereur — un amalgame qui est toujours l'aporie identitaire du peuple japonais.
Parmi les sabres, les fusils, les canons, les uniformes et les documents paraphés, tous témoins du masculin, du viril, cette corde tressée des cheveux de 10.000 jeunes femmes de la région de Sendaï, don aux armées impériales (vers 1894-1895).
Plusieurs salles contiennent des panneaux avec chacun des centaines de portraits photographiques de soldats morts pour la patrie l'empereur durant la Seconde Guerre mondiale (et sans doute parmi eux des criminels de guerre). En revanche ni photo ni représentation ici des bombes atomiques qui ont entraîné la reddition inconditionnelle du Japon ; c'est juste écrit dans quelques panneaux, comme un fait avéré, pas plus important qu'un mouvement de troupes. Cela n'a en effet rien à voir avec la bravoure et le sacrifice des citoyens fidèles.
Mais le plus étonnant pour moi, c'est de constater de façon synoptique ce que l'on sait déjà : la vitesse à laquelle ce pays est passé d'un état féodal et rural (fin d'Edo, vers 1860) à un état d'industrialisation et d'expansionnisme colonial (vers 1900). L'envers de ces formidables capacités d'adaptation étant sans doute une profonde dégradation morale, dont Sôseki puis Mishima pourraient avoir été à la fois (parmi) les révélateurs et les victimes, quoique de façon bien différente l'un de l'autre.

Retour et suite du travail d'écriture.
Après le dîner, l'excellent Ce soir ou Jamais du 28 février sur le futur, avec notamment Jacques Attali, Joël de Rosnay et Bernard Stiegler.