Toujours crevant, un jeudi de cours. Alors un jeudi de reprise, pensez !
En plus, avec un nouveau collègue, fort sympathique, au demeurant, mais il faut du temps pour se parler, s'écouter. D'ailleurs, il vient d'arriver au Japon avec un visa working holiday, première expérience — oui nous on accueille aussi des premiers emplois et ça va sûrement se passer très bien.
Pour le séminaire de cinéma, j'ai laissé le choix pour commencer entre Cléo de 5 à 7 et De battre mon cœur s'est arrêté. La majorité s'est portée sur ce dernier. Je n'avais pas fait attention à quel point les dix premières minutes sont dans le noir (ça se passe la nuit, ils mettent des rats dans des immeubles) ; les étudiants étaient effarés, ne comprenaient rien, même avec les sous-titres. Ensuite, ils ont compris que c'était fait exprès. On n'a vu qu'une trentaine de minutes en s'arrêtant chaque fois au rendez-vous entre Thomas et son père ; ce sont ces rendez-vous qui rythment le films et le découpent en autant d'épisodes...

Encore un excellent Ce soir ou Jamais — je suis désolé de ne pas tarir d'éloges sur cette émission, et d'habitude je ne laisse pas mon tour pour dire ce qui me déplaît ici ou là. Mais là c'est le format, le ton, les plateaux, les contenus moins convenus qu'en aucune autre émission. C'est comme au pachinko, on tient la bonne position, on ne bouge pas et on laisse tomber les billes, en l'occurrence les remarquables débats qui se suivent, ne se ressemblent pas sauf sur les qualités d'intelligence et de convivialité. Bref, cette fois, c'est l'émission d'hier, intitulée comment sortir du bla-bla sur Mai 68 ? On peut reprocher ses positions à tel ou tel (July ou Glucksmann, par exemple), mais on doit reconnaître que leurs propos font avancer des idées en nous, en moi en tout cas.

Plus tard, je garde mon cap d'excellence en finissant le livre envoûtant d'Emmanuelle Peslerbe. Juste dommage qu'il ne soit pas trois fois plus long, même si je sais que la brièveté est dans son cas constitutive du projet d'écriture.

« Un soir, en regardant sa toile, elle se dit que cela ne donnerait rien. Cela ressemblait à s'y méprendre à un dégât des eaux.» (Emmanuelle Peslerbe, Un Bras dedans, un bras dehors, p. 106)

« Elisa avait redescendu à la cave le 60 marine et avait remonté une ribambelle de huit figures, bien plus facile à tendre et à manipuler. Elle les prépara toutes à l'épreuve de l'eau. Elle aimait mener plusieurs chantiers de front. Elle commença les auréoles, géantes, des traînées telles des rivières, des moisis comme des forêts. Un monde mystérieux, géographique. Nul besoin de montrer la fissure. À cette échelle, elle aurait pris des allures de Grand Canyon. Quand elle peignait, Elisa se sentait loin de tout, à l'abri de tout. Elle disparaissait aux yeux de tout. Dans le triangle des Bermudes. Elle pleurait de temps en temps. Sans savoir pourquoi. À cause du désastre. Des dégâts. Elle vivait dans son bocal. Personne pour l'observer. Dieu n'existait pas. C'était tant mieux.» (Ibid., p. 108-109)