07:51. Ça y est ! Il est sorti du noir, Lutz Bassmann ! Il a même des visages. Enfin...

22:09. Trois cours, un déjeuner et un dîner plus tard, le tout sous des pluies qui n'intéressaient personne, je me rebranche au flux et je constate une recrudescence de connexions sur ce minuscule billet de seize mots. Je me dis : Waouh ! quel succès pour l'ami Lutz ! et en regardant le détail des arrivées, je constate qu'une bonne partie vient d'un billet de François Bon, le numéro 1250, lui-même branché sur Claro. Avec humour, le billet de François tente un enveloppement stratégique des récents champs de ruines volodino-bassmanniens, éventant et décryptant un complot mondial. Il fait même mine de croire qu'on pourrait se fâcher, lui et moi, à cause de ça — alors que je suis mort de rire, et Antoine, Maria et Lutz aussi sont morts de rire, et quelques autres aussi vraisemblablement. Et le 12 mai est encore loin. Je prédis qu'il y aura des queues dignes d'un lancement harry-potterien.
Mais qu'il me soit permis de revenir sur la figure sémantique assez baroque que nous propose le slogan bassmannien : « Seuls ceux que j'aime, seuls ceux que j'aime, écoutez ! » On remarquera tout d'abord qu'avant même d'être considérée en contexte dans un livre (p. 97 d'Avec les Moines-soldats qui n'est pas encore en librairie), l'adresse nous est proposée hors-contexte, c'est-à-dire universalisée : pouvant être reçue et entendue partout où le réseau s'immisce. La lecture de cette phrase implique, pour être comprise, que le lecteur, sans même s'en rendre compte, présuppose et envisage d'un même mouvement mental une communauté auditive, une sorte de foule à portée de voix dont il fait tout aussi soudainement partie. Toujours dans le même mouvement de pensée, cette foule est séparée en deux : ceux que j'aime et les autres — présupposant aussi que ceux que j'aime peuvent savoir que « je » les aime, qu'il y a donc une historicité permettant cette connaissance et conséquemment cette re-connaissance. Et il y aurait alors, postulée par l'apostropheur, la possibilité que ceux que j'aime écoutent, et seulement eux. C'est-à-dire que les autres, ceux que je n'aime pas et qui doivent bien le savoir devraient pouvoir ne pas écouter, en l'occurrence partir, disparaître ou avoir le don de se rendre sourds. Sans compter que le « je » reste indéfinissable, peut-être seulement reconnaissable par ceux qu'il aime, justement... Mais dont on ne sait s'ils l'aiment.
Vu de l'extérieur par un lecteur qui ne se prend pas pour un de ceux que j'aime, ce slogan propose un empilement d'au moins quatre présupposés impossibles, ou fortement irréalisables, manifestant par là l'extrême et absurde idéalisme de celui qui parle — dont on est convaincu à l'avance, par un retournement intellectuel de la figure sémantique, qu'il parle dans le désert, sans aucune chance d'être écouté par qui que ce soit. Alors même que nous sommes en train de l'écouter...
Faite de mots simples, et en apparence banale, cette apostrophe est en réalité une véritable bombe mentale — pour qui veut bien réfléchir.

23:59. (Seuls ceux qui pensent, seuls ceux qui pensent, réfléchissez ! )

31:23. L'apostrophe dichotomisante n'est toutefois pas impossible par principe. Que l'on pense à :
  • Seuls ceux qui ont déjà leur billet, montez dans le train !
  • Seuls ceux qui ont mangé du jambon du lot 45872, rendez-vous aux urgences de l'hôpital !
  • Seuls ceux qui sont très fortunés, soyez exonérés d'impôts !