mercredi 23 avril 2008
Le temps qui leste
Par Berlol, mercredi 23 avril 2008 à 23:59 :: General
Dans mon agrégateur de fils rss, ça
commençait sérieusement à bouchonner.
Surtout dans la catégorie Littérature
et Livres. Je me suis donc décidé, il
y a une huitaine de jours, à faire une catégorie Auteurs
et à les y placer. C'est qu'il commence à y en
avoir ! Et c'est ce que je lis en premier. Le matin, le soir,
dès que possible. Du coup, c'est plus net : dans
l'autre catégorie on a divers types de commentaires
littéraires, les revues, les journalistes, critiques ou
pseudo. J'ai aussi fait du ménage dans la
catégorie Techno,
dédiée aux informations techniques sur l'internet
et le web ; en fait, trois ou quatre suffisent parce qu'ils
répètent tous plus ou moins la même
chose, et dans des styles assez peu intéressants (et je ne
parle même pas de l'orthographe, devenue un truc
extra-terrestre). Pareil dans ma catégorie Politique,
n'y en a plus que trois.
Bien sûr, d'aucune catégorie, je ne dirai qui en est. Dans ce sens, je suis réseau-social-résistant.
Cours de lecture & phonétique de 2e année. Pour bien lire, il faut d'abord bien respirer, donc choisir où faire des pauses. Pour que les étudiants mémorisent, un truc ludique, je leur explique : pose tes pauses ! celles qui s'imposent et celles que tu supposes ! (Et hop, trois verbes de la même famille...) Après, on peut regarder où on fait des liaisons et des enchaînements, où viennent les accents toniques, mettre la mélodie. Ça marche bien ; les deux tiers, ce sont mes étudiants boostés à Orléans.
En déjeunant, je réussis à finir Il est plus facile pour un chameau, film de Valeria Bruni Tedeschi (2003). Hors-norme, très personnel, allant dans tous les sens et pourtant centré sur la famille et l'agonie du père. Des scènes d'enfance et des scènes oniriques très belles, parfois on se demande si des personnages existent. Et puis on voit la petite sœur, Bianca, alias Carla, avant qu'elle ne chante ou qu'un Sâr Cosy ne l'embarque.
Arrivée d'un colis Amazon. Trois films d'Antonioni, quatre de Rossellini, c'était en promo, Les Fleurs du mal de Charles par Léo par Murat, c'est ce que j'écoute d'abord, ainsi que son dernier, Tristan — même si je n'oublie toujours pas Dordogne ou Réversibilité — le Bleu Pétrole de Bashung, trois gros livres sur Claude Simon, réédition de La chine m'inquiète de Jean-Louis Curtis et un Chevillard.
Lecture en réunion (ça sonne comme un délit...). Comme prévu, presque, j'entre dans le cercle textuel juste quand le temps en a épaissi la matière. En effet, la « Lettre du roi à la reine / Lettre dite "du 14 juillet" » (p. 35), revient sur leurs débuts amoureux, par liste hétéroclite, comme ils étaient en beauté et puissance dix-huit ans avant. Soudain ce temps qui a passé donne sens à l'état actuel compliqué et regrettable qui ne me touchait pas jusqu'ici... Une pointe de nostalgie, peut-être. Mais surtout l'impression que c'est le temps qui leste, qui permet aux lieux de signifier quelque chose.
« Nous étions des empereurs de Chine, des ambassadeurs extraordinaires, des caravaniers Kirghiz, des cavaliers Kazakhs, des Princes de la Terre, nous étions des milliardaires impatients, des espions indolents, nous étions des femmes du monde, des amoureux excentriques & nous nous pressions tous dans les wagons du Simplon Orient Express [...]
Ce qui devait vous séduire surtout, c'était la beauté de ces paysages à toutes les heures du jour & de la nuit [...] vous aimiez vous endormir en caressant inévitablement la crinière argentée de notre monture où nous emmêlions l'initiale de nos noms — car nous ne faisions presque plus qu'un alors.
J'utilisais des pieds d'alouette pour vous écrire à la place des campanules car le bleu des campanules en séchant devient marron. Mais la liste est inexistante pour trouver d'autres images que je ne peux ou ne veux plus trouver : ce ne sont plus que des images de satellites anciens.» (Pascale Petit, Manière d'entrer dans un cercle & d'en sortir, p. 42-43)
Régis Jauffret chante ! Vous le saviez ! Et c'est pas mal ! Je viens de voir ça dans le live de Ce soir ou Jamais d'hier. Enfin, si on appelle ça chanter... Il clâme surtout « Petite salope » comme un autre criait Aline.
Amusant que cela vienne après l'entretien de François Hollande avec Didier Éribon, Daniel Bensaïd et Emmanuel Todd. Que je n'ai pas pu suivre intégralement parce que la connexion s'interrompt après 51 minutes. Encore un coup de la censure ? Je le saurais en le téléchargeant. Mais je crois que je ne vais pas le faire, ce que j'en ai vu était déjà stérile.
Bien sûr, d'aucune catégorie, je ne dirai qui en est. Dans ce sens, je suis réseau-social-résistant.
Cours de lecture & phonétique de 2e année. Pour bien lire, il faut d'abord bien respirer, donc choisir où faire des pauses. Pour que les étudiants mémorisent, un truc ludique, je leur explique : pose tes pauses ! celles qui s'imposent et celles que tu supposes ! (Et hop, trois verbes de la même famille...) Après, on peut regarder où on fait des liaisons et des enchaînements, où viennent les accents toniques, mettre la mélodie. Ça marche bien ; les deux tiers, ce sont mes étudiants boostés à Orléans.
En déjeunant, je réussis à finir Il est plus facile pour un chameau, film de Valeria Bruni Tedeschi (2003). Hors-norme, très personnel, allant dans tous les sens et pourtant centré sur la famille et l'agonie du père. Des scènes d'enfance et des scènes oniriques très belles, parfois on se demande si des personnages existent. Et puis on voit la petite sœur, Bianca, alias Carla, avant qu'elle ne chante ou qu'un Sâr Cosy ne l'embarque.
Arrivée d'un colis Amazon. Trois films d'Antonioni, quatre de Rossellini, c'était en promo, Les Fleurs du mal de Charles par Léo par Murat, c'est ce que j'écoute d'abord, ainsi que son dernier, Tristan — même si je n'oublie toujours pas Dordogne ou Réversibilité — le Bleu Pétrole de Bashung, trois gros livres sur Claude Simon, réédition de La chine m'inquiète de Jean-Louis Curtis et un Chevillard.
Lecture en réunion (ça sonne comme un délit...). Comme prévu, presque, j'entre dans le cercle textuel juste quand le temps en a épaissi la matière. En effet, la « Lettre du roi à la reine / Lettre dite "du 14 juillet" » (p. 35), revient sur leurs débuts amoureux, par liste hétéroclite, comme ils étaient en beauté et puissance dix-huit ans avant. Soudain ce temps qui a passé donne sens à l'état actuel compliqué et regrettable qui ne me touchait pas jusqu'ici... Une pointe de nostalgie, peut-être. Mais surtout l'impression que c'est le temps qui leste, qui permet aux lieux de signifier quelque chose.
« Nous étions des empereurs de Chine, des ambassadeurs extraordinaires, des caravaniers Kirghiz, des cavaliers Kazakhs, des Princes de la Terre, nous étions des milliardaires impatients, des espions indolents, nous étions des femmes du monde, des amoureux excentriques & nous nous pressions tous dans les wagons du Simplon Orient Express [...]
Ce qui devait vous séduire surtout, c'était la beauté de ces paysages à toutes les heures du jour & de la nuit [...] vous aimiez vous endormir en caressant inévitablement la crinière argentée de notre monture où nous emmêlions l'initiale de nos noms — car nous ne faisions presque plus qu'un alors.
J'utilisais des pieds d'alouette pour vous écrire à la place des campanules car le bleu des campanules en séchant devient marron. Mais la liste est inexistante pour trouver d'autres images que je ne peux ou ne veux plus trouver : ce ne sont plus que des images de satellites anciens.» (Pascale Petit, Manière d'entrer dans un cercle & d'en sortir, p. 42-43)
Régis Jauffret chante ! Vous le saviez ! Et c'est pas mal ! Je viens de voir ça dans le live de Ce soir ou Jamais d'hier. Enfin, si on appelle ça chanter... Il clâme surtout « Petite salope » comme un autre criait Aline.
Amusant que cela vienne après l'entretien de François Hollande avec Didier Éribon, Daniel Bensaïd et Emmanuel Todd. Que je n'ai pas pu suivre intégralement parce que la connexion s'interrompt après 51 minutes. Encore un coup de la censure ? Je le saurais en le téléchargeant. Mais je crois que je ne vais pas le faire, ce que j'en ai vu était déjà stérile.