La flamme inolympique est arrivée au Japon. Suite au rejet des Schtroumpfs par les autorités japonaises, un accord a été passé pour rebaptiser flam-attendant les gorilles bleus de Chine qui n'ont plus le droit de tabasser les contestataires. Dès ce matin, six heures, dit-on, une nuée d'hélicoptères survolait Tokyo, sans doute pour protéger un déplacement secret de la chose vers Nagano où elle sera confinée. Arts martiaux contre des poings (points ?) levés, langues de bois contre langues coupées, carburants par tonnes all over the world pour la pureté des Jeux, frais d'hôtels, de bouche et de taxis pour la nuée encadrante, le coûteux et inécologique symbole attilesque grille où il passe, en réalité, tout espoir de paix.

Encore une belle sortie de Raphaël Sorin. Après le coming out de ses relations avec des Belges, cette belle pièce d'artillerie : « Jonathan Littell, qui s’est illustré en publiant une énorme choucroute indigeste, a eu une sorte de remords. Il a exhumé le livre d’un Belge, Degrelle, fasciste wallon, inventeur du « rexisme », variante criminelle et crétine du nazisme, qu’il avait lu au cours de ses recherches pour Les Bienveillantes et dont il fait l’exégèse. L’ouvrage, intitulé La campagne de Russie, est étudié d’une façon telle que j’ai cru d’abord à un pastiche de Barthes, Deleuze et Guattari par Patrick Rambaud qui aurait abusé l’éditeur (L’arbalète/Gallimard), en inventant aussi de toutes pièces un auteur allemand non traduit, Klaus Theweleit.»

Après une matinée de rangement de documents dans l'ordinateur et le disque externe, déjeuner avec David au Downey, un hamburger fait maison, ça faisait longtemps. On discute du désarroi de certaines de nos étudiantes de 4e année (pas toutes) qui, doutant que les études servent à quelque chose, sentent que c'est bientôt pour elles l'heure du grand saut dans le vide de la société. Partir en France ? Ailleurs ? Se marier ? Continuer des études ?... Notre rôle ? Les aider à réfléchir... Oui mais si c'est avec des idées de libération et d'indépendance, au prétexte de réalisation de soi à la française, ça peut aussi, dans la société japonaise, produire de graves catastrophes. Ce ne sont pas des cobayes pour expériences de pédagogues...
Au bureau pour finir un programme de cours et préparer le voyage : Bashung (Bleu Pétrole) dans le baladeur mp3, à écouter à pied et dans le métro, et dans l'ordinateur portable un Ce soir ou Jamais pour le shinkansen ; celui du jeudi 17, débats sur OGM et crise alimentaire, TRÈS instructifs... — Et combien de plantes modifiées dans ces champs que le train traverse ? Et combien de morts de la faim pendant que j'écoute parler d'eux ? Et combien je coûte à la planète, à bouger comme ça, de 700 kilomètres chaque semaine ?

Bashung (voir liens mercredi). Des ambiances musicales très marquées, qui vont profond dans la tête et jusqu'à la peau parfois, l'impression rare d'être chez quelqu'un et d'y être bien. Comme un Légo, puissance neuf minutes, et cette reprise de Suzanne, d'une incroyable simplicité — mais personne n'avait osé ça. Osez, Joséphine, qu'il disait. Suis moins convaincu par Il voyage en solitaire, problème de guitares, mais surtout parce que, là, Manset complètement indépassable.

En dînant, une demie-heure de Nouvelle Vague, le Godard de 1990, pour savoir si je peux l'utiliser au séminaire sur le thème du double, dédoublement, double personnalité. Mais pas possible : j'essaie d'imaginer les têtes en face de cette merveilleuse — pour eux ahurissante et ennuyeuse — construction. Que dis-je ? Sublime ! Mais que je ne saurai leur expliquer, ou même seulement leur présenter, incompétent que je suis, là. (Et pas que là.)
On continue la soirée avec Ridicule (Leconte, 96), film moyen, déjà connu, bien clairement narratif, bonne leçon. Pas désagréable du tout. À mon niveau ?