Des partisans encollent sauvagement
Par Berlol, vendredi 2 mai 2008 à 23:59 :: General :: #996 :: rss
Il pleut que c'en est dégoûtant. On ne sort pas.
Après quelques heures de travail et un rapide
déjeuner,
je m'installe pour
une séance de cinéma... Un Balcon en forêt,
loué par le site de l'INA (voir hier), est un long mais bon
téléfilm, respectueux de l'ambiance et du rythme
gracquiens (aujourd'hui, on en ferait une série en trois ou
cinq
épisodes). Je n'ai pas ici le livre pour vérifier
les
répliques mais elles paraissent justes. Je fais quelques
pauses
parmi ces grands calmes, en profite pour vérifier les dates
avec le peu que le film nous laisse voir, notamment le 10 mai 1940, en
effet jour de l'invasion de la Hollande et de la Belgique par les
troupes allemandes. Ce jour-là, un des personnages
dit : « Ici,
on est peinards. On n'est pas de la fête comme les cavaliers.
Ceux-là, ils vont en baver.»
Un des cavaliers qui en ont bavé, Claude Simon, en a témoigné... Gracq publie Un Balcon en forêt en 1958, Simon La Route des Flandres en 1960. Belle coïncidence — même si la critique, bouchée par les préjugés, ne les a pas jugés du même bord...
Pour la soirée, T. me laisse choisir entre deux films et je prends un Woody Allen qu'elle n'a pa encore vu, Scoop (2006), que j'ai vu en février. D'habitude, elle ne l'apprécie guère ; j'étais donc étonné qu'elle le ramène parmi les dévédés empruntés à la fac. Elle sourit une ou deux fois mais trouve l'intrigue faible et diluée — et considère globalement que Woody Allen parle trop... Définitif.
Quant à moi, je suis déjà reparti nager dans les index simoniens...
Un
courriel me tire de mes dragages et de la pluie incessante. Écoutez !
Regardez !...
Là-bas, tout là-bas, derrière la brume des continents, Lutz Bassmann sort des prisons et des cartons des libraires. Époussetant ses fières jaquettes, il s'étale sur les tables et grimpe dans les rayonnages.
Des blogs fleurissent et rougissent la blogosphère. Lutz défile dans mai qui redémarre.
Partout, ses amis vantent son génie âpre, des partisans encollent sauvagement la ville, au péril de leur vie.
Regardez ici, ces mains expertes qui s'emparent de lui avec doigté, le feuillettent en tous sens, lui soupèsent la volodine substance...
J'en vois une qui fait la moue — pourquoi choisir celui-ci plutôt qu'un autre...
Un qui compte et recompte ses sous — pourquoi les livres sont-ils si chers.
Ah ! en voilà un qui le glisse sous le rabat de son sac — livre volé, livre adoré !
Et celui-ci, et celle-là, jeunes étudiants qui courent vers la caisse, chacun avec un volume lutzien à la main. Ils se heurtent, les livres tombent, leurs yeux dessus, il voit qu'elle a pris les Moines-soldats, elle voit qu'il a pris les Haïkus de prison. Accroupis, je vois qu'ils se sourient en balbutiant des excuses, puis ils paient, sortent et s'invitent au café.
Ils se découvriront d'autres goûts, se promettront l'échange des livres, d'autres échanges. Ensemble, ils entreront dans l'amour clandestin du post-exotisme.
Un des cavaliers qui en ont bavé, Claude Simon, en a témoigné... Gracq publie Un Balcon en forêt en 1958, Simon La Route des Flandres en 1960. Belle coïncidence — même si la critique, bouchée par les préjugés, ne les a pas jugés du même bord...
Pour la soirée, T. me laisse choisir entre deux films et je prends un Woody Allen qu'elle n'a pa encore vu, Scoop (2006), que j'ai vu en février. D'habitude, elle ne l'apprécie guère ; j'étais donc étonné qu'elle le ramène parmi les dévédés empruntés à la fac. Elle sourit une ou deux fois mais trouve l'intrigue faible et diluée — et considère globalement que Woody Allen parle trop... Définitif.
Quant à moi, je suis déjà reparti nager dans les index simoniens...
Un
courriel me tire de mes dragages et de la pluie incessante. Écoutez !
Regardez !...Là-bas, tout là-bas, derrière la brume des continents, Lutz Bassmann sort des prisons et des cartons des libraires. Époussetant ses fières jaquettes, il s'étale sur les tables et grimpe dans les rayonnages.
Des blogs fleurissent et rougissent la blogosphère. Lutz défile dans mai qui redémarre.
Partout, ses amis vantent son génie âpre, des partisans encollent sauvagement la ville, au péril de leur vie.
Regardez ici, ces mains expertes qui s'emparent de lui avec doigté, le feuillettent en tous sens, lui soupèsent la volodine substance...
J'en vois une qui fait la moue — pourquoi choisir celui-ci plutôt qu'un autre...
Un qui compte et recompte ses sous — pourquoi les livres sont-ils si chers.
Ah ! en voilà un qui le glisse sous le rabat de son sac — livre volé, livre adoré !
Et celui-ci, et celle-là, jeunes étudiants qui courent vers la caisse, chacun avec un volume lutzien à la main. Ils se heurtent, les livres tombent, leurs yeux dessus, il voit qu'elle a pris les Moines-soldats, elle voit qu'il a pris les Haïkus de prison. Accroupis, je vois qu'ils se sourient en balbutiant des excuses, puis ils paient, sortent et s'invitent au café.
Ils se découvriront d'autres goûts, se promettront l'échange des livres, d'autres échanges. Ensemble, ils entreront dans l'amour clandestin du post-exotisme.
Commentaires
1. Le vendredi 2 mai 2008 à 23:45, par brigetoun :
comme l'incollable semble aimer cette place sous mon ancien chez moi, la librairie où l"on se heurte pourrait être sur le trottoir de droite en remontant vers la Roquette.
Chez Simon, beaucoup de "paisible"
2. Le samedi 3 mai 2008 à 16:34, par Un membre de la Brigade :
Le collage ne fait que commencer!
3. Le samedi 3 mai 2008 à 16:41, par Un membre de la Brigade :
L'Art du collage sauvage, article 1: "Ne te demande pas si on peut le décoller, demande toi plutôt si tu es capable de le coller"
4. Le samedi 3 mai 2008 à 17:19, par Berlol :
J'en veux! J'en veux !
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