dimanche 4 mai 2008
D'ennui contre un meuble contondant
Par Berlol, dimanche 4 mai 2008 à 23:59 :: General
Où avais-je la tête ! Hier, en fait,
c'était le jour de la Constitution... Lisant le journal ce
matin, T. m'enseigne qu'il y
avait des manifestations de freeters,
dont une
à Shinjuku (550 personnes environ ; mais pour ici,
c'est déjà beaucoup). Et, à Yurakucho,
plus de 4000 personnes — waoooh ! —
pour
défendre ladite Constitution
(toujours
menacée d'une réforme, imminente, qui annulera le
pacifisme
japonais). Mais aussi une contre-manifestation des camions noirs
jusqu'au milieu de Ginza — Lionel y était et quand
T. m'a téléphoné, elle ne devait pas
être très loin... Par ailleurs —
décidément — il y avait du monde pour
voir le film Yasukuni,
à l'une des quelques séances finalement
ménagées
après qu'une assemblée d'extrême-droite
s'était prononcée en faveur de sa diffusion
(promettant implicitement qu'il n'y aurait ni manifestation ni
agression).
Pour ce qui est d'aujourd'hui, la simonade continue. Pour
éviter l'ankylose, je sors faire une heure de
vélo et quelques courses au Seijo Ishii de Korakuen. Je fais
aussi des pauses blogueuses, pour donner relâche à
mes neurones — et parfois exciter mes humeurs... Mais lisez
plutôt.
« [...] Et je ne saurai dire pourquoi j’ai pensé à Catherine, comme une évidence, en traversant le Pont de Sèvres, Catherine Robbe-Grillet, et son Journal de Jeune mariée (Fayard, 2004), la période 1957-62, dont elle nous dit que son écrivain de mari n’en savait rien et qu’il ne l’aurait lu qu’avant parution. Du « nouveau roman » je dois bien avouer que je ne comprenais grand-chose, si ce n’est une volonté de casser le champ traditionnel de l’écriture en se débarrassant du réalisme, de la normalité et du naturalisme, en opposition aux grandes machines romanesques du XIXe siècle, Balzac en tête. Les Robbe-Grillet, Samuel Beckett, Michel Butor, Robert Pinget, Claude Simon, Nathalie Sarraute, Claude Ollier, auxquels se joindront plus tard Jean Ricardou et Marguerite Duras, cette « école de Minuit », dérivé du nom de la maison dont le directeur Jérôme Lindon sera le premier à prendre le risque de publier et de fédérer des écrivains inconnus, aux textes déconcertants et à petits tirages, n’étaient pas les premiers : déjà avant eux Proust à sa manière cassait la structure classique de la narration en s’aventurant dans le labyrinthe de sa mémoire, Valéry se demandant comment on pouvait écrire des phrases aussi vaines que « La marquise sortit à cinq heures », et Céline prédisant au romanesque traditionnel des heures sombres s’il s’entêtait à « copier » la réalité.
Bref, je résume. En matière de littérature, de musique et d’art en général, il y aura toujours des expérimentateurs, des avant-gardistes... de génie parfois. Mais que l’on m’autorise à rester vulgairement orthodoxe dans mes choix, voire ringard, je le revendique. Dès lors qu’il me faut l’aide d’un mode d’emploi pour entrer dans une œuvre et y éprouver du plaisir, je baisse les bras. Et je reste persuadé qu’une œuvre est un tout qui doit se suffire à lui-même et s’appréhender sans aide extérieure, si ce n’est parfois, seule concession de ma part, un surplus de culture générale pour le resituer dans son contexte. Le nouveau roman qui revendique la mise en danger du lecteur en lui retirant tous les conforts de lecture est un exercice de style qui m’assomme. [...] » (Philippe Vébret, extrait de « Catherine, veuve Robbe-Grillet », La Presse littéraire, n°14, mars-mai 2008. C'est moi qui souligne.)
Commentaire :
« O. sort de sa poche un stylo-mine et écrit dans la marge : Incurable bêtise française.» (Claude Simon, La Bataille de Pharsale, p. 238) — alias la bataille de la phrase... Autant dire que la guerre contre les tièdes et les pantouflards de la littérature est toujours ouverte.
Mais comment peut-on vouloir se consacrer à la littérature contemporaine, comme c'est le cas de Vébret, de la bonne volonté duquel je ne doute pas, et avoir si peu de goût pour l'expérimentation littéraire ? Cela veut dire tout bonnement qu'il souhaite lire et promouvoir toujours la même chose, ou tout au moins des productions qui restent dans les cadres sages des conventions. Et ce, comme si la nouveauté d'il y a 50 ans était toujours aussi dangereusement insupportable — ce qui est d'ailleurs lui faire compliment !
Je puis respecter le goût d'autrui mais pas laisser écrire des contre-vérités. Qu'une œuvre doive être un tout qui se suffit (seconde citation soulignée), on ne peut en faire un argument contre les auteurs dits du Nouveau Roman puisque c'était précisément un des seuls points sur lequel ils s'accordaient. Ils allaient même jusqu'à refuser que l'on fît appel aux connaissances extérieures et à la culture générale, souhaitant installer dans l'œuvre, que ce soit de façon claire ou déguisée, tous les éléments nécessaires à sa compréhension.
Pour ma part, je me suis souvent trouvé en bien plus grand danger de m'effondrer d'ennui contre un meuble contondant à cause d'un livre trop conventionnel qu'en restant éveillé pour traquer les sens d'un opus de Sarraute ou de Pinget.
Ah, tiens, pendant que j'y suis : le programme du colloque des 14 et 15 mai, en Sorbonne et à Censier, Claude Simon, à la lumière de l'histoire littéraire, de l'histoire culturelle et de la sociologie de la littérature. Un peu long, comme titre...
Pour ce qui est d'aujourd'hui, la simonade continue. Pour
éviter l'ankylose, je sors faire une heure de
vélo et quelques courses au Seijo Ishii de Korakuen. Je fais
aussi des pauses blogueuses, pour donner relâche à
mes neurones — et parfois exciter mes humeurs... Mais lisez
plutôt.« [...] Et je ne saurai dire pourquoi j’ai pensé à Catherine, comme une évidence, en traversant le Pont de Sèvres, Catherine Robbe-Grillet, et son Journal de Jeune mariée (Fayard, 2004), la période 1957-62, dont elle nous dit que son écrivain de mari n’en savait rien et qu’il ne l’aurait lu qu’avant parution. Du « nouveau roman » je dois bien avouer que je ne comprenais grand-chose, si ce n’est une volonté de casser le champ traditionnel de l’écriture en se débarrassant du réalisme, de la normalité et du naturalisme, en opposition aux grandes machines romanesques du XIXe siècle, Balzac en tête. Les Robbe-Grillet, Samuel Beckett, Michel Butor, Robert Pinget, Claude Simon, Nathalie Sarraute, Claude Ollier, auxquels se joindront plus tard Jean Ricardou et Marguerite Duras, cette « école de Minuit », dérivé du nom de la maison dont le directeur Jérôme Lindon sera le premier à prendre le risque de publier et de fédérer des écrivains inconnus, aux textes déconcertants et à petits tirages, n’étaient pas les premiers : déjà avant eux Proust à sa manière cassait la structure classique de la narration en s’aventurant dans le labyrinthe de sa mémoire, Valéry se demandant comment on pouvait écrire des phrases aussi vaines que « La marquise sortit à cinq heures », et Céline prédisant au romanesque traditionnel des heures sombres s’il s’entêtait à « copier » la réalité.
Bref, je résume. En matière de littérature, de musique et d’art en général, il y aura toujours des expérimentateurs, des avant-gardistes... de génie parfois. Mais que l’on m’autorise à rester vulgairement orthodoxe dans mes choix, voire ringard, je le revendique. Dès lors qu’il me faut l’aide d’un mode d’emploi pour entrer dans une œuvre et y éprouver du plaisir, je baisse les bras. Et je reste persuadé qu’une œuvre est un tout qui doit se suffire à lui-même et s’appréhender sans aide extérieure, si ce n’est parfois, seule concession de ma part, un surplus de culture générale pour le resituer dans son contexte. Le nouveau roman qui revendique la mise en danger du lecteur en lui retirant tous les conforts de lecture est un exercice de style qui m’assomme. [...] » (Philippe Vébret, extrait de « Catherine, veuve Robbe-Grillet », La Presse littéraire, n°14, mars-mai 2008. C'est moi qui souligne.)
Commentaire :
« O. sort de sa poche un stylo-mine et écrit dans la marge : Incurable bêtise française.» (Claude Simon, La Bataille de Pharsale, p. 238) — alias la bataille de la phrase... Autant dire que la guerre contre les tièdes et les pantouflards de la littérature est toujours ouverte.
Mais comment peut-on vouloir se consacrer à la littérature contemporaine, comme c'est le cas de Vébret, de la bonne volonté duquel je ne doute pas, et avoir si peu de goût pour l'expérimentation littéraire ? Cela veut dire tout bonnement qu'il souhaite lire et promouvoir toujours la même chose, ou tout au moins des productions qui restent dans les cadres sages des conventions. Et ce, comme si la nouveauté d'il y a 50 ans était toujours aussi dangereusement insupportable — ce qui est d'ailleurs lui faire compliment !
Je puis respecter le goût d'autrui mais pas laisser écrire des contre-vérités. Qu'une œuvre doive être un tout qui se suffit (seconde citation soulignée), on ne peut en faire un argument contre les auteurs dits du Nouveau Roman puisque c'était précisément un des seuls points sur lequel ils s'accordaient. Ils allaient même jusqu'à refuser que l'on fît appel aux connaissances extérieures et à la culture générale, souhaitant installer dans l'œuvre, que ce soit de façon claire ou déguisée, tous les éléments nécessaires à sa compréhension.
Pour ma part, je me suis souvent trouvé en bien plus grand danger de m'effondrer d'ennui contre un meuble contondant à cause d'un livre trop conventionnel qu'en restant éveillé pour traquer les sens d'un opus de Sarraute ou de Pinget.
Ah, tiens, pendant que j'y suis : le programme du colloque des 14 et 15 mai, en Sorbonne et à Censier, Claude Simon, à la lumière de l'histoire littéraire, de l'histoire culturelle et de la sociologie de la littérature. Un peu long, comme titre...