Alternativement, je dors ou je continue
Par Berlol, vendredi 23 mai 2008 à 23:59 :: General :: #1018 :: rss
Je vais essayer de
raconter vendredi après en avoir fini avec samedi...
D'abord, j'ai rendez-vous au bureau à 10h30 avec notre agent immobilier. Je dis notre parce qu'on le connaît depuis 2000, d'abord en pas très bons termes puisqu'il était l'agent de la propriétaire du premier appartement loué à Nagoya, une conne de bourge dont il a su se détacher à temps, puis en gars sympa qui se déplace pour me faire signer tous les deux ans un contrat d'assurance incendie, enfin en intermédiaire, visité en décembre avec David, en vue d'une acquisition prochaine. Renouvellement de l'assurance, donc, ce matin, mais il apporte aussi des annonces de maisons à vendre selon les critères de prix et de lieux que je lui avais indiqués, ainsi, Ô surprise !, qu'une invitation pour un chanko nabe dans un temple lors du prochain tournoi de sumo à Nagoya ! Là, mon chef et moi, on en reste sur le derrière ! On ira, bien sûr.
Je retourne enfin — j'en ai enfin le temps — au centre de sport. J'ai compté que je n'y suis pas venu depuis trois mois et demi ! (Et pendant tout ce temps, j'ai payé l'abonnement mensuel, évidemment...) Federman m'accompagne en vélo jusqu'à la transpiration, avant quelques machines, mais sans trop forcer.
Passage au supermarché (toujours pas de beurre) pour déjeuner rapide à la maison et retour à la fac où un attaché universitaire de l'ambassade de France vient nous rendre visite pour promouvoir les Bourses du gouvernement — alors que nous n'avons plus de doctorants. On peut toutefois faire circuler l'information vers les facultés où des candidats scientifiques pourraient y prétendre sans nécessité de maîtriser le français.
Dans le train, alternativement, je dors ou je continue Federman.
Le soir, en dînant avec T., A Mighty Heart (Un Cœur invaincu, Winterbottom, 2007 ; film assez moyen sur l'enlèvement et l'assassinat de Daniel Pearl. Me laisse l'impression, sans que ce soit un jugement sur le film et toute compassion mise à part pour les personnes réelles, que les Américains — les États-Uniens, devrait-on dire puisque les Brésiliens ou les Péruviens semblent peu concernés — donc, l'impression que les États-Uniens ne comprennent pas que 1. leur modèle n'est pas exportable et 2. l'hypocrisie de leurs intentions est visible même des populations qu'ils jugent moins intelligentes qu'eux, ce qui entraîne systématiquement que 1. leurs tentatives échouent et 2. le nombre de leurs ennemis augmente au lieu de diminuer.
« Pour retrouver cette enfance, il était nécessaire de revisiter le cabinet de débarras et raconter, une fois pour toutes, ce qui s'est passé ce jour de juillet 1942. Comment, pendant les longues heures dans le noir, le petit garçon que j'étais, après avoir tâtonné les murs et fouillé à l'aveuglette tous les recoins du débarras, trouva derrière un tas de vieux journaux une boîte de sucre. Sans doute achetée au marché noir.
Assis sur le tas de journaux, pendant des heures, il suça des morceaux de sucre pour calmer sa faim et sa peur. Mais sa peur lui donna envie de faire caca. Alors il ouvrit un journal, l'étala par terre, et dans le noir, accroupi comme un sphinx, se tenant la quéquette avec deux doigts pour ne pas se mouiller, il chia dans le journal, puis il en fit un paquet, un paquet honteux dont il sentit la chaleur et l'humidité sur ses mains. Il le plaça près de la porte, et le lendemain matin, quand il osa sortir du débarras, il prit son paquet de merde, grimpa la petit échelle qui menait à la verrière, l'ouvrit, et déposa sa peur sur le toit.
Après la guerre, quand je suis revenu chez nous à Montrouge pour la première fois, je suis monté tout de suite voir si mon paquet de merde était encore sur le toit. Il n'y avait plus rien. Est-ce que le vent avait fait envoler ma merde ? Est-ce que la pluie avait désintégré ma peur ? Est-ce que les oiseaux avaient picoré mon sale paquet ? On ne le saura jamais. Mais ce jour-là, j'ai éclaté de rire en me posant ces questions.» (Raymond Federman, Chut, p. 27-28)
D'abord, j'ai rendez-vous au bureau à 10h30 avec notre agent immobilier. Je dis notre parce qu'on le connaît depuis 2000, d'abord en pas très bons termes puisqu'il était l'agent de la propriétaire du premier appartement loué à Nagoya, une conne de bourge dont il a su se détacher à temps, puis en gars sympa qui se déplace pour me faire signer tous les deux ans un contrat d'assurance incendie, enfin en intermédiaire, visité en décembre avec David, en vue d'une acquisition prochaine. Renouvellement de l'assurance, donc, ce matin, mais il apporte aussi des annonces de maisons à vendre selon les critères de prix et de lieux que je lui avais indiqués, ainsi, Ô surprise !, qu'une invitation pour un chanko nabe dans un temple lors du prochain tournoi de sumo à Nagoya ! Là, mon chef et moi, on en reste sur le derrière ! On ira, bien sûr.
Je retourne enfin — j'en ai enfin le temps — au centre de sport. J'ai compté que je n'y suis pas venu depuis trois mois et demi ! (Et pendant tout ce temps, j'ai payé l'abonnement mensuel, évidemment...) Federman m'accompagne en vélo jusqu'à la transpiration, avant quelques machines, mais sans trop forcer.
Passage au supermarché (toujours pas de beurre) pour déjeuner rapide à la maison et retour à la fac où un attaché universitaire de l'ambassade de France vient nous rendre visite pour promouvoir les Bourses du gouvernement — alors que nous n'avons plus de doctorants. On peut toutefois faire circuler l'information vers les facultés où des candidats scientifiques pourraient y prétendre sans nécessité de maîtriser le français.
Dans le train, alternativement, je dors ou je continue Federman.
Le soir, en dînant avec T., A Mighty Heart (Un Cœur invaincu, Winterbottom, 2007 ; film assez moyen sur l'enlèvement et l'assassinat de Daniel Pearl. Me laisse l'impression, sans que ce soit un jugement sur le film et toute compassion mise à part pour les personnes réelles, que les Américains — les États-Uniens, devrait-on dire puisque les Brésiliens ou les Péruviens semblent peu concernés — donc, l'impression que les États-Uniens ne comprennent pas que 1. leur modèle n'est pas exportable et 2. l'hypocrisie de leurs intentions est visible même des populations qu'ils jugent moins intelligentes qu'eux, ce qui entraîne systématiquement que 1. leurs tentatives échouent et 2. le nombre de leurs ennemis augmente au lieu de diminuer.
« Pour retrouver cette enfance, il était nécessaire de revisiter le cabinet de débarras et raconter, une fois pour toutes, ce qui s'est passé ce jour de juillet 1942. Comment, pendant les longues heures dans le noir, le petit garçon que j'étais, après avoir tâtonné les murs et fouillé à l'aveuglette tous les recoins du débarras, trouva derrière un tas de vieux journaux une boîte de sucre. Sans doute achetée au marché noir.
Assis sur le tas de journaux, pendant des heures, il suça des morceaux de sucre pour calmer sa faim et sa peur. Mais sa peur lui donna envie de faire caca. Alors il ouvrit un journal, l'étala par terre, et dans le noir, accroupi comme un sphinx, se tenant la quéquette avec deux doigts pour ne pas se mouiller, il chia dans le journal, puis il en fit un paquet, un paquet honteux dont il sentit la chaleur et l'humidité sur ses mains. Il le plaça près de la porte, et le lendemain matin, quand il osa sortir du débarras, il prit son paquet de merde, grimpa la petit échelle qui menait à la verrière, l'ouvrit, et déposa sa peur sur le toit.
Après la guerre, quand je suis revenu chez nous à Montrouge pour la première fois, je suis monté tout de suite voir si mon paquet de merde était encore sur le toit. Il n'y avait plus rien. Est-ce que le vent avait fait envoler ma merde ? Est-ce que la pluie avait désintégré ma peur ? Est-ce que les oiseaux avaient picoré mon sale paquet ? On ne le saura jamais. Mais ce jour-là, j'ai éclaté de rire en me posant ces questions.» (Raymond Federman, Chut, p. 27-28)
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