Sans danger bactériologique quatre fois moins cher
Par Berlol, samedi 24 mai 2008 à 23:59 :: General :: #1017 :: rss
Cours Gracq (notes de 6 à 8, en piste de 10 à
11h30). Belsenza invite Aldo, qui fréquente maintenant
assidument Vanessa et Maremma, à venir assister à
l'office de Noël en l'église syncrétique
de Saint-Damase (Vanessa est partie quelques jours en lui disant qu'il
saurait maintenant quoi faire...).
On assiste à la superposition diégétique et textuelle de la mise au monde de la conscience d'Aldo par Vanessa, qui passe de « grosse » (162) à « accouchée » (168), et de la réactualisation de la naissance du Christ et du christianisme sous la forme de l'aventure de vivre en vivant l'aventure, enfin, de la guerre désirée. Gracq fusionne ça très bien dans le sermon (176-179). Aldo est paré pour l'au-delà !
Vite à l'université d'Aoyama Gakuin rejoindre mes coreligionnaires de la Société japonaise d'études hugoliennes quand Didier Chiche finit son exposé Politique, rhétorique et histoire chez Victor Hugo — quelques réflexions sur un discours de circonstances dont on n'aura pas d'enregistrement puisque personne n'enregistre (sera peut-être publié).
Éric est déjà là. T. nous rejoint, transfuge des dixseptiémistes, pour que la petite troupe se dirige vers le restaurant réservé dimanche dernier, Les Cristallines. Menu de déjeuner à moins de 2000 yens, plutôt bon, bonne ambiance, conversation agréable, assez rapide pour les collègues qui ont des obligations au congrès l'après-midi de la Société Japonaise de Langue et Littérature françaises.
T. et moi retournons sur les lieux avec les autres, rencontrons amis et contacts dans les avenues de la fac, une petite heure durant, mais n'entrons pas au congrès proprement dit.
En ce qui me concerne, je le considère comme inutile, du point de vue de la recherche universitaire. Et plutôt d'essence mafieuse, si on y regarde franchement. Peut-être ai-je moi aussi fait preuve d'hypocrisie par le passé en croyant y croire alors que je ne faisais que m'en servir, à petite échelle mais comme les autres. Maintenant, je refuse de payer l'adhésion annuelle pour un mérite que je ne vois pas. Sans parler du tarif exorbitant de la réception où la nourriture est quelconque et insuffisante. Debout pendant près de deux heures, les congressistes s'y gavent de bière et de sushis déjà à l'étal depuis le début de l'après-midi... Ce qui coûterait sans danger bactériologique quatre fois moins cher dans un restaurant où il serait possible d'être assis et servi.
Après un café avec un ami balzacien, rentrons à la maison en taxi à travers une ville en larmes — les 70% de chances de pluie ayant eu raison des 30% de chances de beau temps...
J'emploie beaucoup mieux mon temps à faire la sieste avant d'écouter attentivement les Mardis littéraires dont voici quelques extraits de qualité.
«
Ce qui m'a intéressé dans ce cycle de nouvelles
tout particulièrement, ce sont des termes comme organisation, agent, contact, procédure.
Et en suivant un petit peu la trame des intrigues parfois
redoublées que nous présente donc cet
écrivain
fictif, Lutz Bassmann,
on ne peut pas s'empêcher de penser qu'il
y a à travers ces textes une sorte de mise en perspective
historique qui s'effectuerait par rapport à une tradition
beaucoup plus longue. Moi, je donnerais, quitte à quitter
pour
un moment la question de l'hétéronymie, je
donnerais
comme point de repère cet ensemble, ce cycle de
récits
qui a été construit par Charles Plisnier en 1937, qui
s'appelle Faux Passeports
et qui est une histoire d'agent du Komintern, et je verrais un petit
peu plus loin, autour des années 79 comme second point de
repère le livre de Danilo
Kis, Un Tombeau pour Boris Davidovitch.
Sept, comme ici, sept chapitres d'une même histoire,
où
l'on voit comment la perspective militante et
déjà
malheureuse de Plisnier se retourne au contact de la
réalité de ce qu'a été la
vie des militants
et la condition des militants dans l'URSS historique. Et alors
ici [chez Lutz Bassmann] on aurait des histoires qui seraient
apparentées puisque, pour une part, ces personnages qui sont
situés à la fin de l'histoire, dans des
décors
frappés de délabrement, de
décomposition et de
solitude, tiennent encore par un certain nombre de liens à
une
idéologie internationaliste et à des pratiques
à
la fois politiques et policières qui très souvent
se
retournent contre eux.» (Jean-Pierre Morel aux Mardis littéraires
du 20)
« Il y a effectivement une espèce de remontée du contenu dont parlait Jean-Pierre vers le paratexte, du texte vers tout ce qui est censé accompagner le texte et d'investissement de tout ce qui est censé accompagner le texte parce que ce qui est censé accompagner le texte aurait davantage de quotient de réalité, en somme. Et donc il y aurait là une prise de réel plus forte. Mais ce à quoi je suis le plus sensible en réalité, aussi bien donc dans cette pratique qui est aussi la mienne que dans celle de tous les autres écrivains qui l'ont employée depuis, on peut en citer trente-six, mais celui dont je me sens le plus proche c'est le Larbaud de Barnabooth. Mais on peut essayer de penser ce que cette pratique soit révèle du contenu soit dissimule du contenu. Et quand je pense à dissimule je devrais dire même plutôt fait diversion. C'est-à-dire qu'en ce qui me concerne en tout cas, cette pratique c'est une manière de détourner l'attention de quelque chose qui se passe ailleurs, et, ce que pointe justement alors Jean-Pierre, de quelque chose qui est beaucoup plus d'ordre thématique, disons, que d'ordre formel, tout se passant comme si la forme était là pour détourner l'attention d'un contenu.» (Jean-Bernard Puech, ibid.)
« Je ne sais pas si Antoine Volodine — dont vous avez précisé au début que c'est aussi un pseudonyme, donc toutes ces choses sont un peu compliquées — nous écoute : il doit être ravi qu'on prenne au sérieux tout ça parce que je pense que c'est aussi un joueur, c'est aussi un jeu. On doit préciser d'ailleurs qu'Avec les Moines-soldats, la dernière entrevoûte, la septième, est aussi le texte d'un autre écrivain qui est présenté dans un texte précédent. Enfin, tout ça est très compliqué, et aussi très drôle... S'il n'y avait pas le nom de l'auteur, les Moines-soldats, c'est pas comme dans votre quatuor, on entend la voix de Volodine dès la première phrase. Il ne cherche pas à donner le change par un style ou un univers différent des autres noms qu'il a utilisés. Oui, parce que c'est un écrivain, il fait ce qu'il veut, et on reconnaitra sa voix quoi qu'il écrive. On la reconnaît aussi dans les haïkus. Non, je crois que c'est juste un écrivain, un véritable, qui a créé un monde, qui ne l'a pas créé de toutes pièces puisqu'il nous en fait supporter la responsabilité puisque c'est le monde, il disait dans les Songes de Mevlido, c'est à la fin de l'avenir, c'est quand l'avenir sera fini, où il se situe, eh bien il doit s'y sentir tellement seul qu'il invente d'autres noms. Mais je pense qu'il ne faut pas perdre de l'idée qu'Antoine — appelons-le Antoine, je ne sais même pas si c'est son vrai prénom — s'amuse.» [...]
« Quand on demande à Volodine ce qu'est le post-exotisme et qu'il n'a droit qu'à une phrase, il dit que c'est une littérature étrangère écrite directement en français. Donc on peut considérer que ces haïkus, dans la langue d'origine d'où il les a traduits, respectaient la métrique [japonaise], et ce n'est que la traduction qui ne la respecte pas...» (Jean-Baptiste Harang, ibid.)
« Il y a un détournement du genre du haïku qui, pour le coup est un genre bien attesté dans la littérature, pour faire jouer au haïku un autre rôle que celui qu'il joue habituellement et en particulier pour produire un récit à toute vitesse, très court, très rapide, très incisif, en trois parties, un récit implacable qui mène les prisonniers à un camp et tout ça avec un humour... Détournement aussi de la nature poétique du haïku puisqu'en fait c'est une poésie du... barbelé...
— Bien sûr, c'est une poésie de la légèreté, des pétales de cerisiers en fleurs...
— alors il utilise la concision du haïku pour produire des images poétiques saisissantes, sauf que ce sont des images soit d'assassinat... parfois ce sont des images de reflets de la lune sur les murs de la prison. Puis par ailleurs, il y a un effet de composition un peu sérielle, musicale, c'est-à-dire que certains personnages, certaines situations, certains motifs reviennent comme ça dans le récit. Donc il y a une dimension non seulement narrative percutante mais en même temps poétique... » (David Ruffel, brièvement interrompu par Pascale Casanova...)
On assiste à la superposition diégétique et textuelle de la mise au monde de la conscience d'Aldo par Vanessa, qui passe de « grosse » (162) à « accouchée » (168), et de la réactualisation de la naissance du Christ et du christianisme sous la forme de l'aventure de vivre en vivant l'aventure, enfin, de la guerre désirée. Gracq fusionne ça très bien dans le sermon (176-179). Aldo est paré pour l'au-delà !
Vite à l'université d'Aoyama Gakuin rejoindre mes coreligionnaires de la Société japonaise d'études hugoliennes quand Didier Chiche finit son exposé Politique, rhétorique et histoire chez Victor Hugo — quelques réflexions sur un discours de circonstances dont on n'aura pas d'enregistrement puisque personne n'enregistre (sera peut-être publié).
Éric est déjà là. T. nous rejoint, transfuge des dixseptiémistes, pour que la petite troupe se dirige vers le restaurant réservé dimanche dernier, Les Cristallines. Menu de déjeuner à moins de 2000 yens, plutôt bon, bonne ambiance, conversation agréable, assez rapide pour les collègues qui ont des obligations au congrès l'après-midi de la Société Japonaise de Langue et Littérature françaises.
T. et moi retournons sur les lieux avec les autres, rencontrons amis et contacts dans les avenues de la fac, une petite heure durant, mais n'entrons pas au congrès proprement dit.
En ce qui me concerne, je le considère comme inutile, du point de vue de la recherche universitaire. Et plutôt d'essence mafieuse, si on y regarde franchement. Peut-être ai-je moi aussi fait preuve d'hypocrisie par le passé en croyant y croire alors que je ne faisais que m'en servir, à petite échelle mais comme les autres. Maintenant, je refuse de payer l'adhésion annuelle pour un mérite que je ne vois pas. Sans parler du tarif exorbitant de la réception où la nourriture est quelconque et insuffisante. Debout pendant près de deux heures, les congressistes s'y gavent de bière et de sushis déjà à l'étal depuis le début de l'après-midi... Ce qui coûterait sans danger bactériologique quatre fois moins cher dans un restaurant où il serait possible d'être assis et servi.
Après un café avec un ami balzacien, rentrons à la maison en taxi à travers une ville en larmes — les 70% de chances de pluie ayant eu raison des 30% de chances de beau temps...
J'emploie beaucoup mieux mon temps à faire la sieste avant d'écouter attentivement les Mardis littéraires dont voici quelques extraits de qualité.
«
Ce qui m'a intéressé dans ce cycle de nouvelles
tout particulièrement, ce sont des termes comme organisation, agent, contact, procédure.
Et en suivant un petit peu la trame des intrigues parfois
redoublées que nous présente donc cet
écrivain
fictif, Lutz Bassmann,
on ne peut pas s'empêcher de penser qu'il
y a à travers ces textes une sorte de mise en perspective
historique qui s'effectuerait par rapport à une tradition
beaucoup plus longue. Moi, je donnerais, quitte à quitter
pour
un moment la question de l'hétéronymie, je
donnerais
comme point de repère cet ensemble, ce cycle de
récits
qui a été construit par Charles Plisnier en 1937, qui
s'appelle Faux Passeports
et qui est une histoire d'agent du Komintern, et je verrais un petit
peu plus loin, autour des années 79 comme second point de
repère le livre de Danilo
Kis, Un Tombeau pour Boris Davidovitch.
Sept, comme ici, sept chapitres d'une même histoire,
où
l'on voit comment la perspective militante et
déjà
malheureuse de Plisnier se retourne au contact de la
réalité de ce qu'a été la
vie des militants
et la condition des militants dans l'URSS historique. Et alors
ici [chez Lutz Bassmann] on aurait des histoires qui seraient
apparentées puisque, pour une part, ces personnages qui sont
situés à la fin de l'histoire, dans des
décors
frappés de délabrement, de
décomposition et de
solitude, tiennent encore par un certain nombre de liens à
une
idéologie internationaliste et à des pratiques
à
la fois politiques et policières qui très souvent
se
retournent contre eux.» (Jean-Pierre Morel aux Mardis littéraires
du 20)« Il y a effectivement une espèce de remontée du contenu dont parlait Jean-Pierre vers le paratexte, du texte vers tout ce qui est censé accompagner le texte et d'investissement de tout ce qui est censé accompagner le texte parce que ce qui est censé accompagner le texte aurait davantage de quotient de réalité, en somme. Et donc il y aurait là une prise de réel plus forte. Mais ce à quoi je suis le plus sensible en réalité, aussi bien donc dans cette pratique qui est aussi la mienne que dans celle de tous les autres écrivains qui l'ont employée depuis, on peut en citer trente-six, mais celui dont je me sens le plus proche c'est le Larbaud de Barnabooth. Mais on peut essayer de penser ce que cette pratique soit révèle du contenu soit dissimule du contenu. Et quand je pense à dissimule je devrais dire même plutôt fait diversion. C'est-à-dire qu'en ce qui me concerne en tout cas, cette pratique c'est une manière de détourner l'attention de quelque chose qui se passe ailleurs, et, ce que pointe justement alors Jean-Pierre, de quelque chose qui est beaucoup plus d'ordre thématique, disons, que d'ordre formel, tout se passant comme si la forme était là pour détourner l'attention d'un contenu.» (Jean-Bernard Puech, ibid.)
« Je ne sais pas si Antoine Volodine — dont vous avez précisé au début que c'est aussi un pseudonyme, donc toutes ces choses sont un peu compliquées — nous écoute : il doit être ravi qu'on prenne au sérieux tout ça parce que je pense que c'est aussi un joueur, c'est aussi un jeu. On doit préciser d'ailleurs qu'Avec les Moines-soldats, la dernière entrevoûte, la septième, est aussi le texte d'un autre écrivain qui est présenté dans un texte précédent. Enfin, tout ça est très compliqué, et aussi très drôle... S'il n'y avait pas le nom de l'auteur, les Moines-soldats, c'est pas comme dans votre quatuor, on entend la voix de Volodine dès la première phrase. Il ne cherche pas à donner le change par un style ou un univers différent des autres noms qu'il a utilisés. Oui, parce que c'est un écrivain, il fait ce qu'il veut, et on reconnaitra sa voix quoi qu'il écrive. On la reconnaît aussi dans les haïkus. Non, je crois que c'est juste un écrivain, un véritable, qui a créé un monde, qui ne l'a pas créé de toutes pièces puisqu'il nous en fait supporter la responsabilité puisque c'est le monde, il disait dans les Songes de Mevlido, c'est à la fin de l'avenir, c'est quand l'avenir sera fini, où il se situe, eh bien il doit s'y sentir tellement seul qu'il invente d'autres noms. Mais je pense qu'il ne faut pas perdre de l'idée qu'Antoine — appelons-le Antoine, je ne sais même pas si c'est son vrai prénom — s'amuse.» [...]
« Quand on demande à Volodine ce qu'est le post-exotisme et qu'il n'a droit qu'à une phrase, il dit que c'est une littérature étrangère écrite directement en français. Donc on peut considérer que ces haïkus, dans la langue d'origine d'où il les a traduits, respectaient la métrique [japonaise], et ce n'est que la traduction qui ne la respecte pas...» (Jean-Baptiste Harang, ibid.)
« Il y a un détournement du genre du haïku qui, pour le coup est un genre bien attesté dans la littérature, pour faire jouer au haïku un autre rôle que celui qu'il joue habituellement et en particulier pour produire un récit à toute vitesse, très court, très rapide, très incisif, en trois parties, un récit implacable qui mène les prisonniers à un camp et tout ça avec un humour... Détournement aussi de la nature poétique du haïku puisqu'en fait c'est une poésie du... barbelé...
— Bien sûr, c'est une poésie de la légèreté, des pétales de cerisiers en fleurs...
— alors il utilise la concision du haïku pour produire des images poétiques saisissantes, sauf que ce sont des images soit d'assassinat... parfois ce sont des images de reflets de la lune sur les murs de la prison. Puis par ailleurs, il y a un effet de composition un peu sérielle, musicale, c'est-à-dire que certains personnages, certaines situations, certains motifs reviennent comme ça dans le récit. Donc il y a une dimension non seulement narrative percutante mais en même temps poétique... » (David Ruffel, brièvement interrompu par Pascale Casanova...)
Commentaires
1. Le dimanche 25 mai 2008 à 00:26, par brigetoun :
merci du soin mis à transcrire,
est ce pour moi seulement que cette version écrite d'une parole rend nécessaire une lecture à mi-voix pour en trouver le sens ?
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