Et même pas de beaux combats
Par Berlol, dimanche 25 mai 2008 à 23:59 :: General :: #1019 :: rss
Journée tranquille (on ne va pas au congrès). Du
courrier, de la lecture, des blogs et des films.
En déjeunant avec ma salade tomates concombres mozarelle + spaghettis sauce tomate à ma façon, nous regardons La Sirène du Mississipi (Truffaut, 1969), d'abord pour voir si l'on s'en souvient, la réponse est négative — sauf que T. se souvient d'un remake avec Antonio Banderas... — ensuite pour savoir comment ça finit.
Oublié d'écrire qu'hier soir on avait regardé un film prêté par un collègue cinéphile à qui j'avais demandé des titres de films sur des problèmes d'identité : Dédales (René Manzor, 2003) que nous avons trouvé tout à fait excellent et dont nous avons parlé jusque tard dans la nuit...
Les deux films seront pour le séminaire.
Radio.
Enregistrement du Surpris par la nuit du 9 mai consacré à Remy de Gourmont, très intéressant. Et de l'excellente prestation de Claro pour Madman Bovary dans Du Jour au lendemain de vendredi soir.
Pour marcher, allons dans la tiédeur humide — près de 80 % d'eau dans l'air — jusqu'au Seijo Ishii de Korakuen faire quelques courses. Miracle ! il y a du beurre ! Et pas à un prix exorbitant. Mais un message précise poliment mais en rouge qu'on n'a droit qu'à une plaquette par passage en caisse... Comme on n'en consomme pas beaucoup, ça ne nous gêne pas.
La copie d'Y aura-t-il de la neige à Noël ? (Veysset, 1996) sur TV5 Monde est très jaune (film à 19 heures parce qu'il n'y a pas de football). On dirait un film des années 70... Mais je n'arrive pas à me concentrer dessus, tout juste à ressentir que l'attitude du mari salaud déborde le tableau de vie rurale et la critique sociale que semble proposer courageusement le film. À revoir un jour où je pourrai y accorder le temps nécessaire.
Constantine à la télé japonaise. Un film fatigant, surchargé de symboles chrétiens mal digérés (contrairement à la mythologie grecque revitalisée dans Dédales) — et même pas de beaux combats.
« Quand je suis rentré à Montrouge à la Libération, après les trois ans à la ferme, et que je suis monté chez nous, au troisième, j'ai découvert que tout avait disparu. Tout avait été pillé. Sans doute par les locataires de la maison et les gens du quartier. Eux, ils disaient que c'était les Allemands qui étaient venus tout prendre. Mais je crois que ce n'est pas vrai.
Le plus curieux, c'est que dans l'appartement de Léon et Marie tout était comme avant. Je veux dire avant qu'ils foutent le camp. Léon et Marie et mon cousin Salomon étaient partis en zone libre quelques jours avant la Grande Rafle. Tout le monde savait qu'il allait y avoir une rafle et que tous les juifs allaient être arrêtés.
J'ai appris plus tard que c'était Marius qui était venu prévenir Léon qu'il devait y avoir une rafle.
Marius avait un beau-frère qui était agent de police et c'est lui qui a dit à Marius qu'on allait ramasser tous les juifs du quartier.
Les juifs riches qui pouvaient se le permettre avaient foutu le camp en zone libre en payant des passeurs. C'est là que les frères et les sœurs de ma mère se sont tous retrouvés. Ils avaient les moyens. Et c'est pour ça qu'ils ont tous survécu.
On a pas assez dit que ce sont surtout les juifs pauvres qui ont été arrêtés pendant la Grande Rafle. Oui, les pauvres. Ceux qui ne pouvaient même pas se permettre des billets de train. Ceux qui ont été abandonnés par leur famille, comme l'ont été mes parents.
Quelques jours avant la Grande Rafle, ma tante Marie est montée chez nous. Mon père n'était pas là. Et elle a dit à ma mère : Prends les gosses et viens avec nous, et laisse-le, lui.
Lui, c'était mon père que toute la famille de ma mère détestait. J'étais là, et mes sœurs aussi, quand ma tante Marie a dit cela à ma mère. Et j'ai vu comment ma mère a craché au visage de sa sœur avant d'éclater en sanglots.
Oui, j'ai été témoin de cette scène. Elle est restée gravée en moi.» (Raymond Federman, Chut, p. 60-61)
En déjeunant avec ma salade tomates concombres mozarelle + spaghettis sauce tomate à ma façon, nous regardons La Sirène du Mississipi (Truffaut, 1969), d'abord pour voir si l'on s'en souvient, la réponse est négative — sauf que T. se souvient d'un remake avec Antonio Banderas... — ensuite pour savoir comment ça finit.
Oublié d'écrire qu'hier soir on avait regardé un film prêté par un collègue cinéphile à qui j'avais demandé des titres de films sur des problèmes d'identité : Dédales (René Manzor, 2003) que nous avons trouvé tout à fait excellent et dont nous avons parlé jusque tard dans la nuit...
Les deux films seront pour le séminaire.
Radio.
Enregistrement du Surpris par la nuit du 9 mai consacré à Remy de Gourmont, très intéressant. Et de l'excellente prestation de Claro pour Madman Bovary dans Du Jour au lendemain de vendredi soir.
Pour marcher, allons dans la tiédeur humide — près de 80 % d'eau dans l'air — jusqu'au Seijo Ishii de Korakuen faire quelques courses. Miracle ! il y a du beurre ! Et pas à un prix exorbitant. Mais un message précise poliment mais en rouge qu'on n'a droit qu'à une plaquette par passage en caisse... Comme on n'en consomme pas beaucoup, ça ne nous gêne pas.
La copie d'Y aura-t-il de la neige à Noël ? (Veysset, 1996) sur TV5 Monde est très jaune (film à 19 heures parce qu'il n'y a pas de football). On dirait un film des années 70... Mais je n'arrive pas à me concentrer dessus, tout juste à ressentir que l'attitude du mari salaud déborde le tableau de vie rurale et la critique sociale que semble proposer courageusement le film. À revoir un jour où je pourrai y accorder le temps nécessaire.
Constantine à la télé japonaise. Un film fatigant, surchargé de symboles chrétiens mal digérés (contrairement à la mythologie grecque revitalisée dans Dédales) — et même pas de beaux combats.
« Quand je suis rentré à Montrouge à la Libération, après les trois ans à la ferme, et que je suis monté chez nous, au troisième, j'ai découvert que tout avait disparu. Tout avait été pillé. Sans doute par les locataires de la maison et les gens du quartier. Eux, ils disaient que c'était les Allemands qui étaient venus tout prendre. Mais je crois que ce n'est pas vrai.
Le plus curieux, c'est que dans l'appartement de Léon et Marie tout était comme avant. Je veux dire avant qu'ils foutent le camp. Léon et Marie et mon cousin Salomon étaient partis en zone libre quelques jours avant la Grande Rafle. Tout le monde savait qu'il allait y avoir une rafle et que tous les juifs allaient être arrêtés.
J'ai appris plus tard que c'était Marius qui était venu prévenir Léon qu'il devait y avoir une rafle.
Marius avait un beau-frère qui était agent de police et c'est lui qui a dit à Marius qu'on allait ramasser tous les juifs du quartier.
Les juifs riches qui pouvaient se le permettre avaient foutu le camp en zone libre en payant des passeurs. C'est là que les frères et les sœurs de ma mère se sont tous retrouvés. Ils avaient les moyens. Et c'est pour ça qu'ils ont tous survécu.
On a pas assez dit que ce sont surtout les juifs pauvres qui ont été arrêtés pendant la Grande Rafle. Oui, les pauvres. Ceux qui ne pouvaient même pas se permettre des billets de train. Ceux qui ont été abandonnés par leur famille, comme l'ont été mes parents.
Quelques jours avant la Grande Rafle, ma tante Marie est montée chez nous. Mon père n'était pas là. Et elle a dit à ma mère : Prends les gosses et viens avec nous, et laisse-le, lui.
Lui, c'était mon père que toute la famille de ma mère détestait. J'étais là, et mes sœurs aussi, quand ma tante Marie a dit cela à ma mère. Et j'ai vu comment ma mère a craché au visage de sa sœur avant d'éclater en sanglots.
Oui, j'ai été témoin de cette scène. Elle est restée gravée en moi.» (Raymond Federman, Chut, p. 60-61)
Commentaires
1. Le lundi 26 mai 2008 à 02:08, par Philippe De Jonckheere :
Tu ne vas quand même pas me dire que tu n'avais aucun souvenir de Catherine Deneuve se changeant debout dans une voiture décapotable. Pour ma part cette scène est restée gravée en moi.
Et pour "Y aura-t-il de la neige à Noël?", si tu avais été photographe, tu aurais scotché une gélatine bleue sur ton téléviseur et le tour était joué, mais cela n'aurait pas amélioré la qualité intrinsèque de ce film particulièrement poussif.
Amicalement
Phil
2. Le lundi 26 mai 2008 à 05:01, par Berlol :
En revoyant certaines scènes, je me rappelais qu'elles venaient de là, comme celle que tu évoques — et surtout, après, la voiture qui finit dans l'arbre, qui recule et repart sans demander son reste, le tout en images légèrement accélérées pour faire burlesque.
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