Séance de sport avec l'Entre les Murs de Bégaudeau, de quoi pédaler sans sentir la demi-heure.
Déjeuner avec David au Downey, reprise d'une bonne habitude. On parle de nos étudiants, du rythme des cours et des écarts de notes par rapport à l'an dernier, dûs peut-être au changement de manuel, au rodage de Métro Saint-Michel. Je lui explique aussi comment ça s'est passé avec Wizzgo, qu'il a installé mais pas encore utilisé, la révolution que c'est pour notre désenclavement et ce que ça pourrait être pour nos étudiants, l'accès à des programmes quand même nettement plus variés que ceux de TV5 Monde, l'enregistrement de la copie individuelle qui peut être librement repassée, copiée, embarquée dans un baladeur vidéo, etc.
De retour au bureau, je remplis ce qui sera — peut-être — le dernier document administratif relatif au colloque à Paris. On en est à 14 pages de formulaires divers, plus les pièces justificatives (invitation, programme, factures), en tout 25 pages — et les 5 pages de ma communication. On voudrait nous dissuader d'aller communiquer à l'étranger qu'on ne s'y prendrait pas autrement...
Je range le dossier sans m'énerver et je m'en vais prendre le train et continuer ma lecture.

« [...] Encore faut pas vous plaindre parce que nous au début on voulait le dire aux parents.
— Mais fallait l'faire, pourquoi vous l'avez pas fait ? j'les attends vos parents.
— Oh là là dites pas ça, mon père il apprend que vous m'avez insultée de pétasse il vous tue, j'vous jure sur la vie d'mes enfants de plus tard.
J'avais la bouche pâteuse d'avoir peu dormi, mais ça mitraillait.
— Premièrement on dit pas insultées de pétasse, on dit insultées en disant que vous étiez des pétasses, ou alors on dit traitées de pétasses, mais « insultées de » ça se dit pas, commence par apprendre le français si tu veux t'en prendre à moi, deuxièmement je vous ai pas traitées de pétasses, j'ai dit que vous avez eu une attitude de pétasses, ça n'a rien à voir, t'es capable de comprendre ça ou non ?
— T'façon tout le collège est au courant.
— Au courant de quoi ?
— Que vous nous avez insultées de pétasses.
Je criais à voix basse, dents serrées.
— Je vous ai pas traitées de pétasses, j'ai dit qu'à un moment donné vous aviez eu une attitude de pétasses, si tu comprends pas ça la différence t'es complètement à la rue ma pauvre.
— Vous savez c'est quoi une pétasse ?
— Oui je sais c'est quoi une pétasse, et alors ? La question se pose pas puisque je vous ai pas insultées de pétasse.
— Pour moi une pétasse j'suis désolée mais c'est une prostituée.
— Mais c'est pas du tout ça une pétasse.
— C'est quoi alors ?
Mon haut débit s'est un peu enrayé.
— Une pétasse c'est... c'est... c'est une fille pas maligne qui ricane bêtement. Et vous au CA à un moment vous avez eu une attitude de pétasse. Quand vous vous êtes esclaffées, c'était comme des pétasses.
— Pour moi c'est pas ça, pour moi une pétasse c'est une prostituée.
Elle a pris à témoin le cercle de filles qui, béates, me regardaient postillonner depuis cinq minutes.
— Les filles, pétasse ça veut dire prostituée ou pas ?
Toutes ont acquiescé. [...] » (François Bégaudeau, Entre les Murs, Paris : Éditions Gallimard, collection Verticales | Phase deux, 2006, p. 82-84)

Où l'on constate, dans le registre réaliste, que la syntaxe erronée gêne moins la communication que le désaccord sur le sens des mots. Par ailleurs, le quiproquo étymologique est de longue date un ressort littéraire. Surtout ici, l'ironie du fait que ce soit le prof qui en arrive à parler comme l'élève plutôt que le contraire... Quant à la compréhension de la nuance, c'est pas gagné du tout !