Signifiance prise sur le fait
Par Berlol, dimanche 8 juin 2008 à 23:59 :: General :: #1034 :: rss
Moi !... Moi, j'avais raté la diffusion de Slogans et de Vociférations
dans les Fictions de France Culture !
(Seuls ceux que j'aime,)
Écoutez !
C'était le 11 mai ! Je comprends mieux... Me faire
ça à moi ! Un volodinophile
déclaré ! Un volodinomane
avéré ! « Ils »
ont attendu que je prenne l'avion, que je sois complètement
décalé, dans l'incapacité totale
d'être informé, histoire que le message secret ne
me parvienne pas... et que je ne puisse pas exécuter ma
mission : apprécier et passer l'info à
d'autres.
Perdu : c'est fait.
Aller-retour
à Ginza,
je reviens avec trois polos de chez Motoki (moins chers que ce qui
se vend à Matsuya Ginza), mais aussi avec une quiche aux
épinards et deux parts de tarte aux fruits rouges de chez
Kayser — T. aux anges. En revanche, je n'ai pas
trouvé le disque de Scarlett Johansson.
Peu après, pendant les fruits rouges et la chantilly, la télé diffuse le direct d'Akihabara... où plusieurs personnes viennent d'être poignardées au hasard : sept personnes décédées et une douzaine gravement blessées. Ni alcool ni drogue, le type de 25 ans était seulement désespéré, voulait en finir, avec préméditation.
Aux infos du soir, témoignages et journalistes hésitent entre folie pure et haine de la société. Mais il est peu probable qu'on aille bien loin dans le sens du procès de la société...
Sur le canal des Sentiers de la création, enregistrement et écoute partielle de cinq heures de gloses littéraires, Enjeux contemporains, enregistrés à la Maison des écrivains et de la littérature en janvier, si j'ai bien compris, avec Dominique Viart, Richard Morgiève, deux Emmanuelles, Pireyre et Pagano, Camille Laurens, etc. Globalement satisfaisant, à écouter en détail...
Survol de blogs. Travail sur des pages web. Nouveaux échanges avec Philippe... qui sème le désordre, comme d'habitude. Lecture de Bailly, repris après Federman après Bégaudeau (et avant Lutzmann qui piaffe d'impatience).
On comprendra mieux cette nature d'herbe envachée du lait dont je parlais l'autre jour. Mais il y a des démonstrations très réussies, belles de lyrisme retenu, comme la photo de Talbot, pas loin du Bachelard truellant du terre-à-terre. Ainsi de cette signifiance prise sur le fait qu'il serait presque possible d'attribuer à la vibrionnante activité blogosphérique.
« La photographie dit qu'il y a du réel, elle n'en certifie pas l'existence, elle la prolonge : comme une ombre détachée. Il y a par conséquent une sorte d'ombre qui se souvient de ce qui devant elle était présent. La photographie présente sans fin le présent qui fut. Sa présence à elle n'est rien d'autre que cette discrétion d'une trace qui s'inscrit comme on se retirerait. Sans fin la photo dit « il y a » : il y a en moi ce qui était devant moi, que j'ai pris, en le laissant. Mais ce sont encore là des façons de parler qui peuvent devenir assez vite trompeuses, puisque la photographie, qui n'est personne, est muette : son "il y a" est un "il y a" de chute, comme celui de la pensée, de la rêverie. Ce qu'elle montre est hors d'elle et son intériorité n'est faite que de ce pur dehors auquel elle a dû, quelle qu'elle soit, s'exposer. Et ce que l'on pourrait dire, ici, c'est que c'est dans la mesure même où elle se condense dans cette exposition qu'elle rencontre son plan d'immanence ou son champ d'exactitude.
Ce à quoi elle s'expose ainsi (le temps de cette exposition), c'est à la signifiance : le réel (la somme infermable de tous les référents possibles, la totalité champ / hors-champ, l'ouvert) est toujours en état de signifier, et dire cela, ce n'est là encore que reprendre d'une autre manière le « tout parle » de Novalis : le réel est ce fonds passif qui signifie, sur lequel ou contre lequel la photographie vient de poser, non comme un supplément (une ombre n'est pas un supplément) mais comme un voile. Le texture de ce voile est l'immobilité. Au flux fertile et mouvant de la signifiance est offert un temps d'arrêt, l'instant est extrait du flux et devient ce voile, cette "photo". Voile ou crible où la signifiance est prise sur le fait, en train d'agir comme agit un bain où toute existence, aussitôt qu'elle paraît, est trempée.» (Jean-Christophe Bailly, L'Instant et son ombre, p. 72-73)
Perdu : c'est fait.
Aller-retour
à Ginza,
je reviens avec trois polos de chez Motoki (moins chers que ce qui
se vend à Matsuya Ginza), mais aussi avec une quiche aux
épinards et deux parts de tarte aux fruits rouges de chez
Kayser — T. aux anges. En revanche, je n'ai pas
trouvé le disque de Scarlett Johansson.Peu après, pendant les fruits rouges et la chantilly, la télé diffuse le direct d'Akihabara... où plusieurs personnes viennent d'être poignardées au hasard : sept personnes décédées et une douzaine gravement blessées. Ni alcool ni drogue, le type de 25 ans était seulement désespéré, voulait en finir, avec préméditation.
Aux infos du soir, témoignages et journalistes hésitent entre folie pure et haine de la société. Mais il est peu probable qu'on aille bien loin dans le sens du procès de la société...
Sur le canal des Sentiers de la création, enregistrement et écoute partielle de cinq heures de gloses littéraires, Enjeux contemporains, enregistrés à la Maison des écrivains et de la littérature en janvier, si j'ai bien compris, avec Dominique Viart, Richard Morgiève, deux Emmanuelles, Pireyre et Pagano, Camille Laurens, etc. Globalement satisfaisant, à écouter en détail...
Survol de blogs. Travail sur des pages web. Nouveaux échanges avec Philippe... qui sème le désordre, comme d'habitude. Lecture de Bailly, repris après Federman après Bégaudeau (et avant Lutzmann qui piaffe d'impatience).
On comprendra mieux cette nature d'herbe envachée du lait dont je parlais l'autre jour. Mais il y a des démonstrations très réussies, belles de lyrisme retenu, comme la photo de Talbot, pas loin du Bachelard truellant du terre-à-terre. Ainsi de cette signifiance prise sur le fait qu'il serait presque possible d'attribuer à la vibrionnante activité blogosphérique.
« La photographie dit qu'il y a du réel, elle n'en certifie pas l'existence, elle la prolonge : comme une ombre détachée. Il y a par conséquent une sorte d'ombre qui se souvient de ce qui devant elle était présent. La photographie présente sans fin le présent qui fut. Sa présence à elle n'est rien d'autre que cette discrétion d'une trace qui s'inscrit comme on se retirerait. Sans fin la photo dit « il y a » : il y a en moi ce qui était devant moi, que j'ai pris, en le laissant. Mais ce sont encore là des façons de parler qui peuvent devenir assez vite trompeuses, puisque la photographie, qui n'est personne, est muette : son "il y a" est un "il y a" de chute, comme celui de la pensée, de la rêverie. Ce qu'elle montre est hors d'elle et son intériorité n'est faite que de ce pur dehors auquel elle a dû, quelle qu'elle soit, s'exposer. Et ce que l'on pourrait dire, ici, c'est que c'est dans la mesure même où elle se condense dans cette exposition qu'elle rencontre son plan d'immanence ou son champ d'exactitude.
Ce à quoi elle s'expose ainsi (le temps de cette exposition), c'est à la signifiance : le réel (la somme infermable de tous les référents possibles, la totalité champ / hors-champ, l'ouvert) est toujours en état de signifier, et dire cela, ce n'est là encore que reprendre d'une autre manière le « tout parle » de Novalis : le réel est ce fonds passif qui signifie, sur lequel ou contre lequel la photographie vient de poser, non comme un supplément (une ombre n'est pas un supplément) mais comme un voile. Le texture de ce voile est l'immobilité. Au flux fertile et mouvant de la signifiance est offert un temps d'arrêt, l'instant est extrait du flux et devient ce voile, cette "photo". Voile ou crible où la signifiance est prise sur le fait, en train d'agir comme agit un bain où toute existence, aussitôt qu'elle paraît, est trempée.» (Jean-Christophe Bailly, L'Instant et son ombre, p. 72-73)
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