Depuis quelques jours ou semaines, je n'écris plus le soir-même mais le lendemain. Le soir, la motivation manque, d'autres choses prennent le pas, ou rien, mais les idées n'apparaissent ni ne se développent plus comme auparavant. Ce n'est peut-être qu'une période comme ça. Je ne me demande pas pourquoi j'écris ce journal, encore moins si je dois l'arrêter, mais simplement je ne le fais pas. Et tôt le lendemain matin, ou plus tard, parfois à trois ou quatre reprises dans la journée, je m'essaie à une sorte de sauvetage, de rattrapage. Dont je vois bien que c'est aussi un rebouchage, un masquage — le mouvement d'écriture et d'esprit qui normalement ficelle d'un coup d'un seul plusieurs éléments n'ayant pas lieu. J'imagine que ça se ressent dans la lecture, que dans leur for intérieur certains se disent que ça baisse par ici, au moins pour ceux qui ont estimé un tant soit peu mes propositions journalières depuis plus de quatre ans. À moins que cette variabilité ait toujours existé et que je me sois illusionné sur une sorte de constance, de note tenue.

En fait, j'ai l'impression qu'à tenter de retrouver ce que fut la veille, je suis complètement dans l'artifice d'un vouloir avoir quelque chose à dire, au lieu simplement d'avoir quelque chose à dire...
Ce qui fait, à mon avis, l'intérêt de ce journal, et sa littéréticularité, c'est l'ouverture potentiellement complète — et imprévisible — du spectre thématique, la liberté d'aborder n'importe quel sujet (littérature, bien sûr, mais aussi sites, médias, politique, Japon, cuisine, cinéma, plantes, vie intime, etc.), à la différence de celles et ceux qui se limitent, par conviction ou par timidité, à un seul thème, un seul domaine dont ils tiennent, comme un service offert, l'actualité (surtout dans les technologies mais aussi dans l'actualité de l'édition ou des arts, par exemple). Or, quand l'écriture du jour ouvre des brèches frémissantes avec un certain enthousiasme, l'écriture du lendemain s'astreint à ramasser péniblement quelques poussières inertes et vite mises en boîte — pour qu'au moins il reste ça. La nuit, le sommeil, la frontière entre deux états de présence ont vite et incompréhensiblement changé la donne. C'est même plus problématique que cela puisque l'orientation épuisante vers cet hier déjà insaisissable retarde ou perturbe la saisie du jour tel qu'il se présente.

Évidemment, j'écris cela un vendredi matin, lendemain d'un jeudi encore bien rempli (cours, discussions avec collègues et étudiants, écoute de médias si justement consacrés à Bétancourt), dont les interstices entre les cours ont été eux-mêmes employés au développement du Flux Litor dont j'essaie de cerner les missions et l'esprit (on peut faire des suggestions) et dont je n'annoncerai l'ouverture officiellement que la semaine prochaine.

Et je m'arrête pour aller au centre de sport...