Journée chargée. Au service des ancêtres. Mais pas seulement.
Ça commence par le cimetière, à Aoyama, où l'on va nettoyer la concession (quelques mauvaises herbes, un bon coup de balai, des fleurs nouvelles) avant Obon — sachant qu'Obon a lieu, à Tokyo, un mois plus tôt qu'ailleurs dans le Japon, pour une raison que j'ignore.
Pas mal d'animation au cimetière, en cette saison. Les gens viennent tôt, pleins d'entrain pour un grand nettoyage, avant que la chaleur ne devienne pénible. On finit en une demi-heure. Après un petit en-cas dans un Starbuck, où je trouve le café pas trop mauvais, pour une fois, nous filons au centre de sport de Shibuya. J'y pédale et y transpire comme en plein soleil avec Dominique Sylvain, que je me suis enfin décidé à lire (ayant acheté deux livres d'elle il y a plus de six mois...). Comme vendredi, j'empoigne quelques machines de musculation en faisant très attention à l'épaule droite, le triceps devenu douloureux depuis deux semaines. Je peux tirer et pousser devant et vers le haut mais pas sur le côté. Et puis c'est le bain, au moins vingt minutes dans le mist-sauna. Pour le sauna sec, pas la peine, on a déjà l'extérieur.

« Les Françaises. Elles parlaient égalité des sexes quand ça les arrangeait mais avaient vite déballer la séduction en cas d'urgence. Même leurs voix changeaient dans ces moments-là. Elles parlaient doux et elles allaient même jusqu'à se taire, assez souvent, laissant le mâle croire qu'il menait la barque en même temps que la conversation. On avait alors l'impression que l'Histoire s'enroulait en sens inverse à la manière d'une vieille moquette, la sensation que les féministes n'avaient jamais brûlé leurs soutiens-gorge en symbole de libération. Qu'on avait toutes eu une illusion d'optique et que les ardentes batailleuses du women power n'avaient été qu'un club de charmantes ladies aspirant à s'échanger la recette du cake au citron entre deux tasses de thé. Qu'aucune d'elles n'avait jamais dit : les hommes sont de Mars, les femmes de Vénus. Jamais.» (Dominique Sylvain, Passage du désir, J'ai lu / policier [rééd. de Viviane Hamy, 2004], p. 22)

Je ne le fais pas exprès. Un film de Vadim avec Brigitte Bardot sur TV5 Monde, pris en cours de route. La Bride sur le coup (1961), avec son intrigue désespérément normative et sa jeune fille maladivement honnête et droite, se prétendant descendante de... Colomba ! Et donc maniant le fusil ! Rien moins que ça. Montage et musique tout de même très originaux. Saviez-vous que BB y fait du bobsleigh ? Enfin, un plan de trois secondes... Mais aussi une excellente version de la Bamba, chanson qui habituellement m'exaspère (ici spécialement pour ce film, par les Aymara & Arvanitas Quintet — dont j'ignorais le nom jusqu'à cet instant).

Nous nous dépêchons de finir de dîner : il faut effectuer le rite d'accueil des ancêtres chez nous avant 21 heures, sinon il risque d'y avoir aussi des mauvais esprits parmi ceux qui entreront. T. a préparé les simulacres d'animaux avec un concombre et une aubergine, auxquels elle a fixé des pieds en morceaux de paille, les a disposés sur une tapis, également de paille, devant l'autel familial. Ceci fait, nous sortons sur le trottoir pour allumer un petit feu dans une coupe en terre cuite, il doit servir de repère aux esprits des ancêtres pour qu'ils ne se trompent pas de chemin. Nous-mêmes devons passer trois fois au-dessus des flamèches pour être protégés.

La Fête nationale délocalisée à l'Institut ? le bal des lampihonte ? Mais je ne sais même pas de quoi il s'agit. Mépris souverrain.