Journal LittéRéticulaire

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jeudi 22 février 2007

Ce pli n'était pas innocent...

Thé au jasmin contre léger mal de tête. Ça passe.

Au centre de sport pour remettre ça à sa place. Et finir en beauté en quarante transpirantes minutes le roman de Jean-François Paillard.
« Mort-né ? Je considère ce pli sur le drap du lit. Je pense à cette ville. À cette ville entière qui a fini par pousser dans ma tête. Une ville monstre. Une ville quadrillée de parois de cinq mètres de haut qui jaillissaient sans cesse du sol pour me couper en deux : s'acharner ou laisser tomber ? révéler ou enfouir ? dire ou ne pas dire ? Soudain, j'ai comme un déclic. Je dis : D'accord. Je dis : Tu as raison, j'arrête. Je dis : Je laisse tomber. Et une grande sérénité se fait en moi. Ma femme se lève : Allez viens. Viens, me dit-elle. Elle pose sa main sur ma main : Viens te préparer. On va finir par être en retard chez Christian et Sophie » (Pique-nique dans ma tête, p. 218-219)
C'est marrant mais il y a deux semaines j'avais tout de suite pensé que ce pli n'était pas innocent... Qu'il était même structurant. Or le fait d'avoir repéré cela n'a pas enrayé mon plaisir de lire, ne m'a aucunement privé des surprises de l'intrigue. Bien au contraire, ayant pris ce pli pour ce qu'il était, une mise en abyme des possibles narratifs, j'étais en éveil pour les voir advenir, ces possibles.
Et maintenant désolé — tant c'était bien — que ce soit fini.

Après déjeuner, soleil et plus de 15 °C, je vais en (vrai) vélo à la mairie d'arrondissement pour des pièces à apporter au dossier de visa permanent (certificat de résidence et relevés d'imposition) — obtenues en moins de dix minutes.
Retour et affaires courantes jusqu'au soir.

Bonne nouvelle par courriel, de source officielle, aujourd'hui, pour les Français travaillant au Japon :
« La prise en compte coordonnée des périodes d'assurance effectuées dans les deux Etats est l’une des principales avancées de l’accord en ce qui concerne l’assurance vieillesse. En effet, alors que le droit à pension est acquis auprès du régime français dès le premier trimestre cotisé, il suppose au Japon une durée de cotisation minimale de 25 ans, à défaut de laquelle l’intéressé ne perçoit qu’un capital forfaitaire de montant réduit. L'accord permettra donc aux ressortissants français de réunir plus facilement la condition de durée d'assurance de 25 ans exigée par le régime japonais, grâce à la comptabilisation des périodes d'assurance effectuées en France pour l'ouverture des droits, la prestation versée par le régime japonais, selon les règles de la législation japonaise, étant ensuite ramenée à une prestation prorata temporis correspondant aux périodes prises en compte et rémunérées par le seul régime japonais. Ce droit à une pension de retraite à la charge d'un régime japonais ne privera d’ailleurs pas l'assuré de ses droits à pension de retraite à la charge d'un régime français. Les périodes d'assurance seront de la même façon totalisée par le régime français, le montant de la pension lui-même ne correspondant qu’aux seules périodes validées par le régime français.»
Ce qui signifie que les années durant lesquelles j'ai travaillé et cotisé en France avant de venir au Japon pourront compter dans mon total de 25 ans, ce qui réduit d'autant les années qui me restent à faire pour avoir simplement, au Japon, le droit à une retraite (dont le montant dépendra ensuite de ce que j'aurai cotisé au total, si je comprends bien).
Il avait déjà été question de cette convention, quand elle était en préparation, le 4 février 2004 (c'est sur la longueur qu'on voit l'intérêt de tenir un journal).

mardi 20 février 2007

Un milk-shake d'un quart de siècle !

Suite au bel article d'Amette sur le déclin de Todorov, et comme je n'ai rien de mieux à faire, je me suis rappelé que Georges Picard avait dégoté, pour la poésie, un autre cassandre : « Dans Adieux au poème (José Corti, 2005), Jean-Michel Maulpoix croit constater son agonie : "La poésie touche à sa fin. Elle s'achève à présent. [...] Les contemporains renoncent à se mesurer à l'impossible avec des mots."» (Tout le monde devrait écrire, p. 140)

Lisant Picard, j'avais fini par être énervé de ses flous artistiques. Des choses écrites pour soi, où il se comprend, sans mettre de nom ou de précision, et qui concrètement ne veulent rien dire... Au total, ça penche du côté du bon goût, d'un élitisme qui ne dit pas son nom, par bienséance et par peur des conséquences. Cela s'accorde d'ailleurs à la fois avec son peu d'intérêt, ai-je cru comprendre, pour les auteurs dits du Nouveau Roman, quelle que soit la valeur de ce terme, et avec le dénigrement du structuralisme et de la pensée de la déconstruction (que je n'amalgame pas).
De Finkielkraut à Picard (que je n'amalgame pas non plus, évidemment), se développe ces temps-ci un mouvement de dénigrement des ouvertures théoriques des années 50-70 — et un retour plus ou moins violent de la critique de bon goût, celle qui dit que quand c'est beau on le sait et qu'on n'a pas besoin d'expliquer parce que l'explication va tuer la beauté. Au diapason de ces voix ne se sont pas encore tues, on trouvera de nouveaux intellos, enseignants, auteurs, etc., qui s'estiment victimes du structuralisme, à cause de ses déclinaisons scolaires, alors qu'en fait ils n'en connaissent pas les textes canons. Faisant l'économie d'une véritable réévaluation du structuralisme (qui existe par ailleurs, et qui peut être sévère), ce dénigrement se fonde uniquement sur les effets néfastes de sa vulgarisation. C'est parce que la vulgarisation du structuralisme dans les programmes scolaires fait des ravages que le structuralisme serait mauvais. C'est parce qu'on fait faire connement des recherches de champs lexicaux ou d'isotopies en classe que champs lexicaux et isotopies seraient des conneries. C'est parce que les mauvais ersatz de chocolat pas chers font gerber et rendent obèse que le chocolat en soi devrait être proscrit...
Allez ! On mélange tout et on tire la chasse !

Soit la floue citation suivante... Qu'on me dise si j'ai tort de comprendre que Picard parle à la fois du structuralisme linguistique et littéraire, de la déconstruction et de l'ensemble de ce qui s'appelait la nouvelle critique, soudain amalgamés à la production de masse et aux avant-gardes. Un milk-shake d'un quart de siècle !
« La "déconstruction" critique a bien failli avoir sa peau [celle de la poésie], comme celle de l'imagination romanesque, de l'inspiration mélodique, comme celle d'une certaine représentation unifiée du monde. Ce travail de sape, entrepris dès les années 50 dans une fièvre générale de démystification, a servi sur un plateau les restes pantelants de la littérature et des arts à une société marchande qui les a cyniquement recyclés dans des productions d'avant-garde, dans le même temps où elle continuait à diffuser massivement les navets commerciaux habituels. [...] La vraie mort de la poésie, c'est son affadissement dans le quotidien, c'est cette poésie de prisunic et de ministère de la culture, écœurante de ridicule.» (George Picard, Tout le monde devrait écrire, p. 140-141)
L'amalgame est-il assez visible ? Vingt-cinq... Que dis-je ? Cinquante années écrasées en dix lignes, et sans bavure. Et comme on ne peut qu'être d'accord avec la fin (prisunic & ministère), si on n'y fait pas gaffe, on acquiesce à tout ce qui précède ! Efficace, hein !

« Mais le gamin s'agitait comme un ludion. Aïe ! Tu me fais mal. je dois y aller. Ils sont là-bas. Il faut que j'y aille. Il y a ma mère et mon frère, là-bas. Tu ne bouges pas d'ici, répétait Joe Heydecker, ses doigts s'enfonçant posément dans la peau du gamin. Tu restes avec moi. Mais l'enfant se tortillait comme un asticot : Ils m'ont vu. Je dois y aller. Non tu n'iras pas, s'entêtait Joe Heydecker. C'est trop risqué. Ce risque, tu ne le prendras pas. Mais ma femme me disait tout le contraire. Il n'est même pas question de ne pas le prendre, ce risque, disait-elle. Il est là. L'enfant est là. Il bouge, disait-elle. Saisissant ma main et la posant d'autorité sur son énorme ventre : Sens-le bouger. Essayant de me regarder dans les yeux : Tu l'as senti bouger ? Insistant pour que je garde longtemps ma main sur son ventre : Tu le sens bouger ? Oui, oui. Je sentais bien quelque chose sous ma main. Quelque chose de dur. Mais j'étais un bloc. Je ne voulais pas le prendre, ce risque. Je n'en démordais pas. Je répétais sans cesse : Il n'a pas dit un certain risque ; il a dit un risque certain. Alors tu restes ici. J'ai dit tu restes ici. Ce risque, tu ne le prendras pas. Mais l'enfant s'accroupissait, puis il se détendait comme un ressort. Laisse-moi. Tu me fais mal, protestait-il. Je veux pas le savoir. Tu restes ici. J'ai dit tu restes ici, répétait Joe Heydecker. Le tirant en arrière, parvenant tant bien quel mal à l'entraîner vers la rue Lubecklego. Et puis tout à coup sous ma main, ce coup net. Et puis ce deuxième coup, et ce troisième coup sous ma main. Plus net encore. Alors tu vois ! a triomphé ma femme. Tu vois bien qu'il » (Jean-François Paillard, Pique-nique dans ma tête, 143-144)
Ainsi, je devrais dire que j'aime bien le texte de Paillard, point barre. Mais pas essayer de m'expliquer, pas parler d'isotopies, etc. Mais bon, j'en parle quand même. Et je n'en parle pas juste pour poser qu'il y a une isotopie de la perte d'enfant et en donner des preuves, mais pour dire qu'elle sert à quelque chose et que sa réception a une efficacité (illocutoire) sur le lecteur.
Il y avait donc depuis le début du livre l'enfant du ghetto, « ludion », « asticot », un gavroche polonais (et un de plus !), dans le projet de roman. Et il y avait, dans la vie du narrateur-romancier (fictif), un avortement médicalement provoqué, qui semble être un profond regret en même temps qu'un moteur d'écriture. Voilà que les deux se rejoignent au mot « risque », au moment du risque de perdre le gavroche, alors même que le narrateur est paralysé dans un jardin par la montée en puissance de son projet... Rapprochement progressif et « translocation » textuelle montrent ainsi à l'œuvre la puissance du vécu traumatique sur la création de fiction. (Et je n'implique pas l'auteur véritable, qui n'est pas sommé de nous dire s'il y a du biographique dans tout cela.)

Non, les contemporains ne renoncent pas à se mesurer à l'impossible avec des mots, c'est juste que leur façon de faire n'est plus visible de MM. Maulpoix & Todorov. Et je dis Maulpoix & Todorov comme je pourrais dire Picard & Finkielkraut... Ou d'autres. Là, j'ai essayé de montrer cela avec Jean-François Paillard (qu'il m'excuse de l'avoir un poil instrumentalisé...). Demain je le montrerai avec Laure Limongi, puisque j'ai enfin eu le temps de passer à la bibliothèque universitaire et de sortir quelques-uns des livres d'Al Dante que j'avais commandés, et qui sont tous là, maintenant, bien rangés...

En attendant, deux choses. L'une est la mise en ligne de Mon Corps et moi, de René Crevel (1925), par le groupe Mélusine de Paris 3. La seconde, qui n'a rien à voir, c'est une Marseillaise des visas — parce qu'il faut que je m'occupe du mien...

dimanche 18 février 2007

La maîtrise et la trituration — qui ne sont pas la même chose

Pluie sur le Kanto, pluie sur le marathon de Tokyo, nous restons à la maison.

Lecture au bain. (On devrait toujours contextualiser sa lecture avant d'en parler...)
« Comment ça rien ? On n'écrit jamais sur rien, s'exclame Damiana Legowisko. C'est drôle, mais sur ce banc, je ne me sens plus du tout ivre. Peut-être un peu fatigué. Peut-être un peu assoiffé. Peut-être un peu émoustillé, aussi. Écoutez, si un jour je devais vraiment m'y mettre. Je veux dire écrire vraiment, souligné-je d'une voix qui s'égare dans les aigus, ce serait comment dire sur le mode d'un long... D'un long ? demande Damiana, qui me regarde comme le cheval regarde le caillou. Et son pied droit, nu, chaussé d'une tong, commence de s'agiter, faisant claquer en trilles mates sa face plantaire contre la semelle de cuir souple, au gré des contractions convulsives des muscles pédieux et des tendons extenseurs de ses orteils. Malgré cela, je sens qu'une manière d'allégresse monte en moi : ... D'un long dérapage, finis-je par émettre entre mes dents. Vous plaisantez ? suggère Damiana. Non, non : Ce serait une histoire qui déraperait constamment, dis-je. Vous vous fichez de moi, persiste Damiana. Une histoire qui sauterait comme un vieux disque rayé, si vous voulez. Avec des va-et-vient, des hauts et des bas, qui reflèteraient en quelque sorte l'état d'esprit du. Tout à coup, j'ai comme un doute. Des hauts et des bas qui refléteraient l'état d'esprit du. Des hauts et des bas qui reflèteraient » (Jean-François Paillard, Pique-nique dans ma tête, p. 102-103)

Le concept de dérapage, appliqué à l'histoire, est séduisant. Et c'est en partie ce que Paillard met en œuvre dans les échanges entre les trois plans signalés avant-hier. L'analogie avec le disque rayé n'est qu'une des possibilités du dérapage mais voilà que le narrateur se met à bégayer d'un doute dont on ne voit pas l'objet, précisément comme un disque rayé... C'est qu'il ne porte pas sur la narration mais sur l'orthographe, sur l'emploi d'un accent aigu ou d'un accent grave.
Or toute personne qui écrit le sait, nous rappelle ainsi JFP : si hautes que soient les ambitions thématiques, narratives, conceptuelles, elles sont le plus souvent tributaires du matériau de base, la langue, dont la maîtrise et la trituration — qui ne sont pas la même chose — conditionnent, voire produisent véritablement l'œuvre, parfois au détriment des ambitions de départ...

Dès soleil, nous sortons. Marche, métro, quelques magasins. Déclin du jour sur Ginza. Découverte d'un café nommé "Le Temps", décoré à l'ancienne et regorgeant de toutes sortes de pendules, tableaux... J'y reviendrai (nous y reviendrons).

vendredi 16 février 2007

Lignes qui ont défilé comme une seule

Allons enfin au centre de sport, à Shibuya, où je pédale près de 50 minutes en exsudant les toxines et les mauvais sentiments. Pique-nique dans ma tête m'y aide efficacement. Étant arrivé dans les pa(ra)ges 90, je commence à voir en volume mental toutes ces lignes qui ont défilé comme une seule, diversement interrompue (sans parler de mes propres interruptions de lecture qui sont, disons, indépendantes de ma volonté). Ce sont les interruptions, justement, qui guident. Ici, l'unité de base n'est pas la phrase, mais le paragraphe. Et tous les paragraphes que j'ai lus s'achèvent par une phrase coupée avant sa fin grammaticale. Parfois reprise, parfois non. Parfois simple à terminer par le lecteur, juste ellipse — figure de grammaire, donc. Parfois inimaginable, suspense — figure de pensée, alors. Polysémie d'un procédé qui veut signifier l'inachèvement et la reprise, la vitesse et le sur-place, la procrastination et le désarroi d'un narrateur-auteur en qui personne ne croit (fors lui-même, et encore), et qui met formellement en abyme les propos tenus, ceux des affres de la création (à l'instar d'une Sarraute précisément Entre la vie et la mort). Jusque là, c'est du commentaire linéaire. Le volume naît des connexions effectuées par le lecteur, invité par les ouvertures que constituent les paragraphes inachevés, entre les trois plans narratifs identifiés pour l'instant (s'il y en a d'autres après, on verra) : le passé, le présent, le futur. Banal, dira-t-on de prime abord, ces trois plans sont en fait trois pans, et ne renvoient pas aux mêmes espaces, voire pas aux mêmes univers. Et comme ils ont deux par deux des rapports directs, ils se mettent en triangle, et ça bouge.

« Mais le public ne l'entendrait pas de cette oreille. Jouissant de la liberté insolente qui lui serait donnée d'applaudir librement une star mondialement connue pour sa notoriété, le public continuerait d'applaudir, jusqu'à ce que, la mesure étant à son comble, il cesserait d'applaudir sur ordre du chauffeur de salle. [...] »
« Au bout d'un moment, Christian B. a posé le verre vide sur la table basse, il a levé haut les mains et il les a claquées sur ses bonnes grosses cuisses. Il s'est levé avec difficulté, il a murmuré quelque chose, puis il s'est dirigé vers le couloir en clopinant, comme s'il allait aux Indes avec un pied gonflé. j'ai écrasé ma cigarette dans le cendrier. J'ai cuvé un moment en examinant mon verre. Brusquement, j'ai eu cette envie de tout lâcher. Et puis j'ai regardé ma femme. Ma femme assise, un peu plus loin. Devisant avec ce type, là. Ce
Alors je me suis levé d'un bond et j'ai décidé de traquer jusqu'au bout Christian B. Comme si j'avais quelque chose à lui faire payer. Quelque chose que je ne nous pardonnerais jamais. Sa démarche torve d'ours mal léché l'avait mené au bout du couloir. Il allait pénétrer dans la cuisine : Mais tu peux pas dire que je ne l'ai pas, cette histoire, Christian. Je l'ai, le lieu : cette ville dont on ne sait trop par la suite si elle est virtuelle ou » (Jean-François Paillard, Pique-nique dans ma tête, p. 66 et 70).

Le présent, c'est celui d'un narrateur qui cherche à écrire un roman en même temps qu'à le placer chez un éditeur, Christian B., comme s'il avait besoin d'être sûr de le publier pour commencer à l'écrire, comme si l'a-valoir lui conférait le grade d'écrivain... En filigrane, bien sûr, une certaine obscénité du système.
Le futur (d'une ville peut-être présente ou imaginaire où sont recyclées des images de luxe, de sécurité et de spectacularisation générale de la société) et le passé (d'un ghetto futur ou imaginaire où sont recyclées des images de camps comme celles de la Seconde Guerre mondiale) sont accessibles par le projet du romancier, par le jeu vidéo en réseau d'un adolescent ou par le thème du regroupement de population... Le chapitre 2 est d'ailleurs intitulé : « Une ville-club et une ville-ghetto » (les titres de chapitres ne sont pas tous aussi explicites).

Après le sport, T. me demande si je suis entré dans le bain d'eau froide. C'est un challenge entre nous. L'été, il est acquis que ça ne pose plus de problème (pour moi qui n'y pouvais pénétrer de peur, croyais-je, d'en mourir instantanément de catalepsie et d'hypothermie). Mais l'hiver, je n'y entrais jamais car même l'exercice débridé du squash, par exemple, ne m'échauffait pas suffisamment pour qu'il soit possible — et agréable — d'entrer dans l'eau froide.
Et oui, j'y suis entré en quatre temps (après le vélo, le mist sauna et le jacuzzi), d'abord jusqu'aux cuisses (le premier saisissement), puis jusqu'à la taille (respirant vite et fort), puis assis jusqu'à la poitrine (soufflant comme un bœuf), enfin allongé jusqu'au cou (zen, presque mort). Une minute trente en tout... Suivie de dix minutes dans le sauna — les deux premières d'insensibilité à peu près totale.
D'autres y vont comme on prend le métro. L'inégalité règne.

Après le dîner, je trouve un peu de temps pour me faire un Ce soir ou Jamais, celui de mardi, que vous disiez pénible. Et que je trouve assez comique, dans l'ensemble. Les passes — d'armes, mouchetées — entre Houria Bouteldja et Philippe Sollers. Dommage que Catherine Clément n'ait pas plus parlé — se ressent-elle encore des propos de Jean-Claude Milner chez Finkielkraut ? La rectitude de Bidar et la veine du cou d'Enthoven. Alexandre Jardin, mon dieu, est tellement enthousiaste qu'en effet si le monde est si simple pourquoi personne n'y avait pensé avant inventer l'eau chaude et le fil à couper le beurre tellement gentil et depuis une semaine ça remonte toutes les propositions de Ségolène vont être décortiquées et on saura ce qui est faisable et la où y'a d'l'abus et « quand on demande aux Français de « bosser pour leur pays », ils le font avec un sérieux impressionnant » — et gratuitement c'est cool bientôt on n'aura plus besoin des politiques ni même des administrations peut-être les Français feront tout et même le café ça s'appelle l'autogestion généralisée le monde entier a les yeux rivés sur la France ce petit pays qui vient d'inventer le régime politique du futur pour la Terre entière je m'appelle Alexandre Jardin et j'ai inventé...
Bon, je rigole, mais c'est peut-être une bonne initiative. En tout cas meilleure que se rallier au libéralisme avec des raisonnements trouvés aux magasins Houellebecq & Dantec Réunis ou de se tirer en Suisse Belgique Monaco pour garer ses gaufres des méchantes dents du fisc.

mercredi 7 février 2007

Comment éradiquer de la pensée humaine

Réduire voilure
Hausser lecture

Au centre de sport en matinée, quarante minutes de cyclo-lecture avec Pique-nique dans ma tête — cet art de la coupe et du mixage qui m'avait captivé il y a deux ans dans Un Monde cadeau. Non pas la reconstitution d'un flux de conscience, mais l'impression de direct, avec humeurs, sans savoir où l'on va (le côté pique-nique, sans doute).
Après, sur une autre machine où l'on ne lit pas, réflexion sur les camps dans la littérature. Longtemps un sujet éthique et philosophique, le camp. Pourquoi en existe-t-il ? Ce qui revenait à se demander comment éradiquer de la pensée humaine l'idée de camp, le recours au camp dans une gestion de société... Et là, avec Jean-François Paillard, comme récemment avec Antoine Volodine (qui est au-delà de tout, évidemment), mais aussi avec Luc Lang pas plus tard qu'avant-hier (réserves indiennes), l'idée de camp (loisir, refuge, tri, entraînement, quarantaine, concentration, extermination, avec les spécificités de chaque, à ne pas amalgamer) ne semble plus être discutée, discutable, l'idée et l'existence de camps paraît plutôt une fatalité, irréfragable — et alors comment s'en accommoder, ou pas. Je repense au parc humain, mais ce n'est déjà plus l'heure...

« Dans notre lit, bon sang. Je suis allongé sur le dos. Les paumes de mes mains collées à ma nuque. Ma femme est encore sous la douche. Elle ne m'a pas encore reproché d'avoir oublié d'étendre la serviette. Il y a ce bruit d'éclaboussure qui couvre tout. Je sors d'un rêve. Un rêve étrange. Je baisse les yeux et je vois ce pli sur le drap du lit. Au bout du pli, il y a comme une bifurcation. Je pense à un début possible de roman. Un de ceux dans lesquels je m'enlise depuis des mois. Je bascule mes pieds sur le côté. Ce roman n'est qu'un prétexte, m'avait dit un jour ma femme. C'est un cocon. J'ai tout de suite pensé que par « cocon », elle voulait dire « tombeau ». J'ai tout de suite pensé qu'elle voulait dire le compte à rebours a » (Jean-François Paillard, Pique-nique dans ma tête, Ed. du Rouergue, 2006, p. 17)

À propos de douche et de serviette...

jeudi 31 août 2006

Bien titiller du contentieux

D'habitude, c'est moi qui lui téléphone. Alors, quand T. m'a appelé ce matin, je me suis dit qu'il devait y avoir du nouveau. Et en effet, avec toutes les infos que je lui avais envoyées, elle a téléphoné au ministère japonais des transports, à British Airways, à je ne sais quels bureaux de la consommation, elle a signalé diverses pratiques peu recommandables de British Airways (comment British Airways essaie de s'arranger des mesures antiterroristes), des pratiques qui affectent, fait-elle découvrir, une petite centaine de citoyens japonais sans valises... Et elle a obtenu des bureaux de British Airways Japon la précieuse référence de ma valise égarée entre Londres et Paris (qui n'est bien sûr PAS le tag bagage délivré à Narita), celle qui permet d'accéder au service Worldtracer, référence que je n'avais pas pu obtenir de Paris parce qu'aucun numéro de téléphone du service concerné n'a jamais répondu à un des cent ou cent cinquante appels depuis six jours ! (Voir billet de lundi.)
Parce qu'il n'est pas concevable au Japon qu'une entreprise ne réponde pas au téléphone. Parce que le Japon est un pays où le service client est extrêmement important. Et parce que T. aime bien titiller du contentieux.
Ceci dit, ça ne change pas grand-chose. Cette référence me permet de vérifier que mes adresses et numéros de téléphone au Japon et en France sont corrects, ce qui est déjà une bonne chose. Mais elle ne permet pas de localiser mon bagage. Ni de savoir quand on me le rendra...
(Je ne vérifierai d'ailleurs cela que ce soir, quand j'aurai réparé la connexion, câble seulement, qui ne fonctionnait plus depuis ce matin, sans qu'on sache pourquoi... On testera d'ailleurs de l'attente téléphonique et de l'aide en ligne de Noos et c'est pas du joli joli...)

Ai reçu le livre (merci !) de Jean-François Paillard, Pique-nique dans ma tête, aux Éditions du Rouergue. À suivre...

De la bûche à la bouche.
Pour l'heure, il fait beau, pas besoin de parapluie, je sors en emportant l'ordinateur, en vue de trouver du wifi quelque part. Du bus 47, j'aperçois le restaurant la Bûcherie, près de la librairie Shakespeare & Co., qui est un des noms signalés par Bikun à qui j'ai demandé tout à l'heure de regarder ça pour moi dans le web (en fait, ça n'avait rien à voir, il m'avait signalé un café rue de la Bûcherie, carrément de l'autre côté du square...). J'y vais, demande s'ils ont du réseau (Ozoneparis.net), on me dit que oui et je prends un chocolat chaud et ça marche, gratuitement (etc., voir commentaire d'hier).
Plus tard dans l'après-midi, au Bastille, j'aurai de l'Ozone payant mais prendrai un gratuit du coin... Ce sera avant de voir Lorenzo Soccavo pour premier contact et discussion technique, puis Jean-Paul Collet, l'ami libraire de La Boucherie, qui me permettra, lui, d'utiliser directement son ordinateur pour vérifier les commentaires et le spam (pas beaucoup ces jours-ci alors que juillet-août ont été assez pollués, quelques commentaires ayant même réussi à s'incruster dans les fils RSS avant nettoyage).

« Tout concorde : les pièces sont vides, rien ne laisse supposer qu'il s'agisse d'une autre situation que celle d'un homme visitant un appartement dans le but de l'acheter, accompagné d'une employée de l'agence immobilière. De plus, je n'avais rien d'autre à faire avant le coup de fil de mon ex-beau-père et il se peut que j'aie pris rendez-vous, l'aie oublié, mais que mes pas inconscients m'aient conduit ici, le cerveau développant des qualités d'agenda derrière moi, un ensemble de choses arrive dans mon dos.» (Alain Sevestre, Le Slip, Éditions Gallimard, 2001, p. 39)

Avec Alain au Mazarin, angle rues Mazarine et Jacques Callot. Ici, c'est lui qui fait du vélo, c'est son Kagurazaka, son Saint-Martin à lui. Pour notre deuxième fois, j'ai apporté Le Slip, commencé dans l'avion. Il ne déjeune pas. Dédicace pendant mon entrecote. Conversation inrendable, agréable. Tout y passe. En partie sur l'ellipse. Puis on se quitte. Il ne m'invite pas pour le soir, au même endroit. Ce n'est pas bien grave. Et puis il a peut-être de bonnes raisons pour cela.

Tiens, puisque j'ai soirée libre, récupération et mise en ligne des dernières entrées du Lexique de l'actuel de Pierre-Marc de Biasi, avec toujours de quoi faire tourner les méninges. Je crois que c'est fini pour cet été puisque la grille de rentrée de France Culture est prête...

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