Journal LittéRéticulaire

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samedi 30 septembre 2006

On ne fera pas que ça n'en sera plus

Tiens ! De nouveaux Mocky arrivent en dévédé ! J'espère que l'Institut va en mettre quelques-uns de plus dans ses rayonnages (il n'y en a eu que 5 ou 6, que j'ai vus dès leur apparition, l'an dernier, et puis plus rien...).

Daniel Schneidermann dit un peu comme moi, dans ses « Rebonds » de Libé. Ça me fait de la peine que quelqu'un répète ce que j'ai déjà dit... (Je plaisante, là : au contraire, ça me conforte dans l'idée que ce que j'ai vu cette semaine dans l'émission Ce soir ou Jamais est en effet un nouveau ton, ou l'abandon d'outrances qu'Ardisson incarnait. En revanche, DS aurait pu écrire qu'il y avait un site web, rediffusion et forum... Lui qui est devenu totally wired, c'eut été la moindre des choses.)

À Waseda en vélo, beau temps, frais mais vite lourd. Pas se plaindre. Laurent est arrivé, on s'est inscrit au colloque Borderless Beckett. Conférence d'Évelyne Grossman, À la limite..., c'est son titre. Connaissant un peu Beckett, j'aurais pu à la limite ne pas venir. J'en retiens tout de même — et je ne serais donc pas venu pour rien — que pour Beckett le temps ne passe pas, il s'entasse dans l'être, que l'être n'est pas fait de matière prise (issue de poussière et prête à y retourner) mais d'infiniment de particules prises dans de minuscules glissements, subreptices, sournois, comme si c'était interdit...
Et sur une table, le volume Beckett de l'ADPF, dû à Bruno Clément et François Noudelmann, gracieusement offert (comme il se doit, alors que la Docu le vendait scandaleusement 20 euros !).
Déjeuner avec Laurent et notre collègue de Waseda, Fumio Chiba. Où il est question aussi d'Antoine Volodine et de qui serait qualifié pour le traduire...

À l'occasion d'un rangement nécessité par le nettoyage professionnel du climatiseur, T. propose de changer tous les meubles de place, peu ou prou, dans notre salon salle à manger bureau. Deux heures plus tard, la forme de la pièce a complètement changé, mon poste de travail a traversé la pièce et je suis maintenant face à la porte-fenêtre, dans le chant des dernières cigales de l'été mourant.

Il y a des formes, celles des choses qui nous entourent, par exemple. Une pomme, une poire. Leur différence, en tant que formes, c'est... leur forme ! Ou leur apparence plastique (volume, espaces, contours, couleurs, etc.). Nous structurons notre connaissance du monde des formes en mémorisant nos rencontres avec elles, puis y associons d'autres choses, personnelles et/ou au contraire familiales, sociales, culturelles (pomme avec Adam ou Newton, poire avec crétin ou belle Hélène...). Donc structures plastiques, OK ?
Par ailleurs, il y a des signes arbitraires que nous avons créés, qui ne correspondent pas à des formes naturelles mais que nous avons chargés de représenter ou de signifier des choses par convention (et qu'il faut apprendre à l'école ou ailleurs) : les lettres p-i-e-d ne dessinent pas un pied (ni les lettres j-o-u-i-r l'idée de jouir). Il y a donc une (des) structure(s) graphique(s), et ça, partout dans le monde, y compris en Chine et en Égypte où il y a peut-être eu d'abord des formes d'objets dessinées pour signifier mais très rapidement simplifiées, stylisées, mêlées de signes arbitraires. Donc structures graphiques, OK ?
Et comment ça se passe entre ces deux types de structures ? Indépendance, parallélisme, rien à voir, ou au contraire entrelacs permanent, allers-retours productifs de sens depuis des millénaires ? Quoi qu'il en soit, il y a et aura toujours une différence entre les deux. Et donc, toujours, pour chaque chose, deux faces, la graphique et la plastique, symboliquement séparées par l'indicibilité du rapport entre elles. Et depuis longtemps, des générations, ces passages dans nos sens, perceptions, discours, vies d'une face à l'autre construisent une part importante de nos sociétés et de nos destins humains, donc structures de structures, celles que Catherine Malabou, avec toute la constance dont elle est capable, parce qu'il en faut, tente de comprendre.
C'est en tout cas une bonne partie de ce que j'ai compris, personnellement. Et l'illumination (c'est une lumière intellectuelle et non religieuse) vient du fait de dire cela clairement. De me dire cela clairement, maintenant, en un temps, oui Vinteix, où je m'interroge sur ce que forme et construit ce journal de bientôt trois ans, expérience que je mène pour la première fois de ma vie et qui en change le sens et le cours (comme d'autres choses en changent chaque jour le sens et le cours).

Or, comme nous avons un jour été au soir de vivre dans les arbres, ou au soir de faire des sacrifices humains, nous sommes maintenant au soir de l'écriture, sous la forme de l'écriture qui a été connue pendant quelques dizaines de siècles, simplement parce que l'emploi électrifié de 1 et de 0 dans des circuits propulse l'espèce humaine vers un autre matin (après peut-être une nuit de métamorphose qui ne s'annonce pas très gaie). Bien sûr, l'écriture que nous connaissons durera encore quelques dizaines ou centaines d'années, mais elle fera place à des formes de communication et de discours qui se passeront d'elle, de plus en plus.

On pourra toujours appeler ça écriture, si on veut — comme je dis écrire quand je tape sur mon clavier, ce qui est déjà une métaphore depuis vingt ans pour moi, comme des cinéastes, Mocky, pourquoi pas, peut dire écrire quand il filme — mais, de génération en génération, on ne fera pas que ça n'en sera plus #$%~¤_____ ___ __ _ erreur système _ hors service _ mode sauvegarde autom...

vendredi 29 septembre 2006

Vite dans le débat troll et stérile

« Pour entrer dans le soir, je vous invite à lire mes textes comme formant une seule et même tentative, celle de situer, sur chaque face des œuvres ou des problèmes étudiés, la brisure symbolique entre l’élément plastique et l’élément graphique de la pensée. Je cherche en effet à lier la question de la structure différentielle de la forme et, à l'inverse, celle de la structure formelle de la différence à l'énigme du rapport entre figure et écriture. Je tente de comprendre, avec toute la constance dont je suis capable, les relations de transformation entre les deux et la raison pour laquelle le dialogue entre forme et écriture s'impose justement comme une structure (Catherine Malabou, La Plasticité au soir de l’écriture / Dialectique, destruction, déconstruction, Paris : Éditions Léo Scheer, 2005, p. 16)

Quand j'ai lu ça, je n'y croyais pas. Je me suis frotté les yeux. J'ai relu, plusieurs fois (faites-le aussi, vous verrez). J'étais posté devant le grand Laox d'Akihabara, j'attendais Jean et Masako pour acheter quelques babioles électroniques, et ce que je lisais était en train de me transpercer de part en part de sa justesse, de m'éclairer de l'intérieur sur mon propre questionnement mieux que ne le faisait le soleil caressant de la fin septembre. Des foules traversaient l'avenue, puis cédaient la place perpendiculairement aux voitures qui à leur tour...

J'ai vécu le reste de la journée dans la tranquillité de cette révélation. Jean a choisi un I-River d'un giga de mémoire et équipé d'un micro (j'ai vu d'ailleurs ce que je pourrai bientôt ramener à Cécile). Nous avons rejoint T. au Saint-Martin où il n'y avait plus de poulet-frites mais du très consolant gigot d'agneau. Un voyage en Grèce s'est esquissé pour l'année prochaine (Jean travaille à Athènes, où il retourne demain), ce qui a atténué la tristesse de se quitter quelques instants plus tard. Puis je suis revenu à la maison et me suis enfermé pour travailler.

J'en suis sorti pour dîner et regarder l'émission Ce soir ou Jamais d'hier soir. Fred Vargas était là, un peu décevante, pour parler de Battisti et non de littérature — elle voudrait surtout que cette affaire finisse pour ne plus avoir à s'instrumentaliser elle-même. Amusement (non moqueur) ensuite des débats sur Emmanuelle, film qui a plus de trente ans... Sylvia Kristel, Just Jaeckin, Jean-Pierre Mocky, Catherine Breillat sont là, tentent d'en parler, de ce qui s'est passé (ou pas) depuis, mais on retombe vite dans le débat troll et stérile de la différence entre érotisme et pornographie. Alors je salue à la Dubuffet et je retourne à Malabou.

jeudi 28 septembre 2006

Recette de comment faire deux journées en une

Levez-vous à 6h30 pour vous préparer à donner trois cours.
Après le premier, profitez d'un trou d'une heure avant le déjeuner pour préparer votre planning semestriel.
Allez déjeuner d'un plateau repas de matsutake gohan (de saison) avec quatre collègues sympathiques et volubiles.
Enchaînez sans veste sur le cours de lecture & prononciation sinon ce sera auréoles sous les bras parce que pour animer la grosse vingtaine d'étudiants et leur faire discriminer les « r » des « l » et réciproquement il faut se transformer en comédien de foire.
Finissez par un séminaire de cinéma avec visionnage d'une moitié de Tanguy.

Prenez votre petite valise à roulette et acheminez-vous vers la gare où vous prendrez un shinkansen tranquille dans lequel vous lirez la moitié d'Aimer la grammaire de Pierre Bergounioux avant de faire un petit somme bien mérité.
Foncez directement à l'Institut franco-japonais où votre ami Jean Maiffredy fait une conférence impertinente sur la francophonie — c'est d'ailleurs pour ça que votre seconde journée est entée sur la première.
Écoutez ensuite quelques autres acteurs historiques du Congrès mondial de la FIPF de 1996 (où vous étiez aussi) commémorer encore ce dixième anniversaire, notamment Miura Nobutaka et Kato Haruhisa.
Soyez agréablement étonné d'un propos d'une grande justesse du directeur de l'Institut, Bruno Asseray, que vous n'aviez à votre honte jamais entendu s'exprimer depuis un an qu'il est en poste (au sujet de la caducité des concours d'une éloquence apprise par cœur, que remplaceraient judicieusement des improvisations d'argumentation).
Alors que vous croyiez passer la soirée tranquille avec T., votre ami et sa compagne, consentez à suivre la petite troupe d'une invitation officielle dans une izakaya de Kagurazaka (où vous mangerez et boirez très bien, finalement, rien à redire, même T. discutera franchement avec son voisin de table et en sera très contente).

Quand vers 23 heures la petite troupe pas du tout pénible comme vous l'aviez craint (misanthrope que vous êtes parfois !) consentira à se diriger vers les transports en commun, allez finir à quatre comme vous l'escomptiez depuis tout à l'heure dans un endroit tranquille pour vous narrer tout ce qui s'est passé dans vos vies depuis trois ou quatre ans que vous ne vous étiez pas vus (en l'occurrence au Royal Host devant un mont-blanc de saison et pas trop sucré).
Enfin, vers minuit et demi, fixez rendez-vous à demain (tout à l'heure) et rentrez. Démarrez votre ordinateur. Écrivez en une heure chrono votre recette de comment faire deux journées en une.
Et quand le tour est joué, mettez la viande dans le torchon, comme on disait dans...

mercredi 27 septembre 2006

Des écrans et la cause

Quand je parlais, il y a un an et demi, de la future et lointaine sortie du film Indigènes, j'étais loin d'imaginer d'abord qu'il aurait un tel succès à Cannes, qu'il ferait maintenant la une des journaux et des télés, que les politiques s'en empareraient (pour de la poudre aux yeux ou pour une véritable revalorisation ?) et qu'il susciterait autant de débats polémiques... J'espère surtout qu'il marchera bien en salles, tout simplement, suis-je tenté de dire.
La présence d'un ancien combattant et de deux acteurs du film au 20-heures de France 2 hier soir m'ont ému et amusé ; je n'aurais pas voulu manquer ce moment-là — qui était pour moi celui du petit déjeuner.
Mais ce n'est pas tout ! Passons à Ce soir ou Jamais — que je regarde en dînant. Grosse surprise : faire fort une première fois, comme lundi (lien direct vers la vidéo), c'est exceptionnel, mais faire aussi fort dès le lendemain, pour de la télévision, c'est miraculeux ! Dans cette deuxième émission, on a d'abord eu droit à un débat sur le cinéma et les séries télé, gentiment chahuté par des metteurs en scène qui semblaient tout droit sortir du Mazarin un jeudi, mais quand même intéressant. Puis une interview d'Amélie Nothomb (qui a de très belles reparties et l'intelligence de considérer la Princesse de Clèves comme un grand livre érotique) et un entretien poétique et républicain avec Abd Al Malik, avant d'en arriver au débat final sur... Indigènes, avec réalisateur, acteurs et quelques autres intervenants — où l'on essaie de départir le film en tant qu'œuvre à projeter sur des écrans et la cause qui va faire son chemin dans la société, là encore de façon vive et constructive. Il faudra quand même attendre la fin pour qu'Anna Moï rappelle l'étymologie du mot indigène, qui veut qu'un étranger s'adressant à des Français en France parle à... des indigènes.

Malheureusement, je ne verrai pas le film tout de suite mais je devrai subir tout son bruit médiatique... ce qui pourrait gâcher mon futur plaisir. Bah..., il ne faut pas s'en faire, et puis il y a tellement de livres à lire. Ce que je n'ai même pas le temps de faire : les jours de reprise des cours sont assez chargés. Surtout quand il y a en sus une réunion, comme c'est le cas aujourd'hui. Alors je me contente de quelques blogs... 
Darrieussecq, dans Télérama, avouant que Duras était le premier auteur vivant qu'elle ait lu, puis la dénigrant pour valoriser son propre « métier » d'écrivain — ce qui doit être indiciel de ce pourquoi je n'apprécie pas ses livres. Pour effacer cette bêtise, commande d'un livre sur Échenoz, annoncé sur Fabula et qui a l'air passionnant. Début de téléchargement des œuvres de Daniel Defoe, je me dis que j'arriverai bien à en lire une ou deux avant d'être à la retraite...

Enfin, je renonce à aller au sport. Il vaut mieux me reposer en prévision de demain et aller retrouver le plaisir d'ouvrir un livre au lit... (L'internet ne me fait pas oublier ça.)

mardi 26 septembre 2006

D'une position retranchée et armée...

Enfin, entrer dans l'arène ! (J'en dormais mal... étais-je prêt ?...) Mais mes fauves étaient gentils, et tellement désireux d'apprendre ! (Au moins au premier cours du semestre, après, ça va peut-être baisser... Le cas échéant, ça pourrait bien être de ma faute...)

D'une position retranchée et armée, il m'arrive de percevoir des échos du productivisme, de sentir les effluves des ravages du stress du travail, et notamment du travail mal fait. La littérature s'en est déjà (toujours) fait l'écho. Zola, bien sûr. Mais Hugo aussi. Récemment, j'en ai lu des évocations chez François Bon et chez Yves Pagès, chez Lydie Salvayre et chez Nicole Caligaris. Et beaucoup d'autres. Les styles importent, toujours, ils disent le degré auquel l'écriture a pénétré l'enfer (et des livres dénonciateurs en apparence peuvent s'avérer tout à fait serviles (pas ceux des auteurs cités ici, bien sûr)).
Il faut croire que les dirigeants ne lisent pas ces livres. C'est une faute professionnelle grave, de leur part. On devrait les démettre de leurs fonctions car ils font mal leur travail. S'ils lisaient ces livres, ils sauraient que leurs méthodes manageuriales finiront par leur retomber sur le nez, sous forme de maladies professionnelles, de démotivations contre-productives, de grèves et de révoltes, voire un jour de révolution — mais là faut pas rêver...

La presse nationale s'en fait l'écho et, pour une fois, je l'en remercie — je pourrais même aller jusqu'à la soutenir ! Non parce qu'elle va dans le sens de mes idées, mais parce qu'il y a dans l'article suivant un vrai travail de journalisme, un vrai questionnement, une vraie préoccupation d'informer citoyennement. Je lui donne même du Garamond. Est-ce que tout le monde affiche correctement le Garamond ?

Vite fait mal fait
Contraintes ubuesques, pressions hiérarchiques, obsession du chiffre : de plus en plus de salariés éprouvent de la honte à devoir bâcler leur travail. Une souffrance morale contre-productive.
Par Luc PEILLON
QUOTIDIEN : Lundi 25 septembre 2006 - 06:00
Antoine n'a pas changé d'entreprise. Ni même de bureau. Salarié d'une grande banque postale dans la région lilloise, il a pourtant le sentiment d'avoir totalement changé de travail. D'employé administratif, il est passé, dit-il, à « ouvrier spécialisé ».
Celui qui suivait les dossiers clients « de A à Z » fait aujourd'hui du monotravail à la chaîne : 8,5 dossiers à l'heure. Interdiction, désormais, de prendre les clients au téléphone. Antoine doit se limiter à exécuter les ordres qui arrivent du front office, une plate-forme téléphonique où une armada de téléopérateurs répondent en 3 minutes chrono aux demandes des clients. A la fin de chaque appel, Marie, préposée au combiné, doit terminer l'entretien par une proposition commerciale. Les dossiers clients sont morcelés en tâches successives, dans un travail « qui n'a plus de sens », symbole du processus d'industrialisation des services à l'œuvre depuis plusieurs années. Antoine ne comprend plus son travail. Lui qui aimait fignoler les dossiers ne tient pas la cadence.
Marie, dans la pièce d'à côté, craque. Il faut bâcler l'entretien téléphonique tout en essayant de vendre un produit bancaire, même si le client n'en a nul besoin. Les dossiers sont mal remplis, les clients mal renseignés. Les réclamations pleuvent. Et Antoine comme Marie ont le profond sentiment de faire du « mauvais boulot ».
Malaise. Aides-soignantes en sous-effectif, employés de pompes funèbres travaillant à la chaîne, téléopérateurs infantilisés, policiers et agents de préfecture soumis à la culture du chiffre (lire ci-contre), des salariés issus de métiers aussi divers ressentent aujourd'hui un malaise identique et impalpable : l'impression de mal faire son travail. Parfois jusqu'à la honte. Ce sentiment est alimenté sous des formes variées par un phénomène de plus en plus répandu : l'intensification du travail. Car, contrairement à une idée reçue et sans avoir attendu les 35 heures, le travail en France, depuis vingt ans, n'a cessé de pousser ses cadences. Les salariés français sont parmi les plus productifs du monde. Entre 1984 et 1998, la proportion de salariés estimant faire un travail répétitif est passée de 20 à 29 %, selon les chiffres du ministère de l'Emploi. Le nombre de ceux qui travaillent sous la contrainte de normes ou sont soumis à des délais a évolué, dans le même temps, de 30 à 61 %. Parallèlement, le secteur des services s'industrialise, l'appétit des actionnaires se fait toujours plus insatiable, les procédures qualité et la concurrence entre salariés se généralisent, et des hordes de consultants proposent leurs remèdes uniformes pour booster la compétitivité des entreprises.
« Le monde du travail a toujours évolué, mais ce qu'il vit aujourd'hui en France est unique et dangereux. Dangereux pour la santé des salariés comme pour la survie des entreprises, explique François Daniellou, professeur en ergonomie à l'université Bordeaux-II. Il n'y a jamais eu autant de démarches qualité, et jamais autant de salariés n'ont eu le sentiment de faire du mauvais travail.» L'intensification, poursuit le chercheur, n'est pas seulement « une atteinte faite aux personnes, c'est bien souvent une négation de l'idée même de travail, de ce que peut signifier le travail bien fait. C'est se faire de plus en plus mal à produire quelque chose dont on est de moins en moins fier. Et, dans certains cas, dont on a franchement honte».
Consultants. Laurence Théry, inspectrice du travail et responsable confédérale CFDT à la santé, a dirigé l'ouvrage le Travail intenable (1) . Pour elle, « travailler n'est pas qu'une question d'argent. C'est aussi et surtout une nécessité pour l'équilibre humain, notamment par la satisfaction du travail bien fait : réaliser une belle pièce, boucler correctement un dossier client, s'occuper pleinement d'une personne âgée. Quand le salarié estime ne plus pouvoir faire un travail de qualité, il le vit comme une indignité personnelle ».
Dans les services, la taylorisation des procédures a standardisé une relation client à l'origine personnalisée. Pris entre deux feux contradictoires, les salariés de ce secteur doivent donner une réponse minutée à un public divers et demandeur d'un suivi individualisé. Plus largement, les certifications qualité qui envahissent les entreprises figent des méthodes de travail sans rapport avec la réalité du terrain. « On écrit ce qu'il faut faire, on fait ce qui est écrit et on écrit ce que l'on a fait. Le problème, c'est que le travail ne se laisse pas écrire comme ça. Si les travailleurs se limitaient à faire exactement ce qu'il y a dans les classeurs, la production ne sortirait pas souvent, explique François Daniellou. Les travailleurs veulent faire de la qualité, mais il faut que l'on écoute leurs difficultés. Les matières premières qui varient d'un jour à l'autre, les outils qui s'usent, les machines qui prennent du jeu, les changements de production en urgence parce qu'un client a haussé le ton.» De nouvelles manières de faire sont même parfois inventées, qui économisent les efforts et feraient gagner de l'argent à l'entreprise. « Mais on ne change rien, car la prochaine certification est dans deux ans. Si un audit surprise intervient, la certification risque de sauter.» De leur côté, les cabinets de consultants reproduisent des schémas identiques pour toutes les entreprises, de façon parfois improductive, en « plaquant indifféremment les mêmes méthodes à Fleury Michon ou à la Maif », souligne Laurence Théry. Découper du jambon ou assurer les sociétaires passe ainsi à la même moulinette de la réorganisation.
L'intensification qui alimente le travail « mal fait » résulte aussi de la mise en concurrence des salariés eux-mêmes, par des systèmes d'évaluation ubuesques qui soumettent les employés à des objectifs intenables et irréels. Comme dans cette banque où les résultats de chacun sont régulièrement comparés aux meilleurs résultats de salariés virtuels, obtenus en fusionnant cinq critères d'excellence qu'aucun salarié ne remplit en totalité dans la vie réelle. « C'est en permanence une image d'échec qui est renvoyée aux agents, puisqu'ils ont toutes les probabilités de ne pas être en tête au moins sur l'un des critères, analyse Bernard Dugué, docteur en sociologie à Bordeaux-II. Atteindre les objectifs n'est d'ailleurs pas suffisant, il faut créer les conditions pour que les salariés fassent eux-mêmes plus que ce qu'on leur demande. On utilise la rhétorique du sport et, à grand renfort de challenges, il va s'agir de vaincre, d'être parmi les meilleurs, voire d'écraser les concurrents.»
Une logique de l'excellence dénoncée par Vincent de Gaulejac, professeur de sociologie à Paris-VII et auteur de la Société malade de la gestion (2), qui considère que « ce n'est pas le travail lui-même qui suscite la honte, mais le fait de ne pas remplir les objectifs fixés, dans un cadre d'évaluation déconnecté de la réalité du terrain, de ce que les salariés estiment être un travail bien fait ».
Tendinites. Les conséquences de ce sentiment de mal faire son travail sont multiples. Notamment sur les collectifs professionnels. « Quand il est impossible de faire du bon travail, de soulager celui du collègue, c'est du chacun pour soi, note François Daniellou. L'infirmière qui n'a pas le temps de se laver les mains entre deux patients ne va pas le montrer à la stagiaire. Se rendre compte que le métier fout le camp, c'est très dur à se dire à soi-même et encore plus à partager avec les collègues.» Comme la malbouffe, le « mal-boulot » nuit à la santé. Les salariés se taisent, se renferment et développent un sentiment de honte. Les problèmes physiques et psychologiques arrivent ensuite : dépression, sentiment de harcèlement, troubles musculo-squelettiques en plein développement (tendinites, etc.). Selon les chercheurs, la question « Avez-vous les moyens de faire un travail de qualité ? » est celle qui permet le mieux de prévoir les atteintes portées à la santé.
« Quête illusoire ». Revaloriser le travail, ce n'est finalement pas travailler plus. C'est peut-être, tout simplement, travailler mieux, « en supprimant cette quête illusoire de l'idéal productiviste, ce management par l'excellence et la qualité totale, impossibles à atteindre et qui donnent le sentiment aux salariés d'être nuls », estime Vincent de Gaulejac. C'est aussi comprendre que le travail est le lieu de la réalisation personnelle, une activité humaine qui peut être source de plaisir, en redonnant au salarié ses marges de manoeuvre décisionnelles. Car avoir honte de son travail, c'est en souffrir et devenir moins productif. Du fraiseur au cadre supérieur.

(1) Le Travail intenable, sous la direction de Laurence Théry, la Découverte, 2006, 236 pp., 19 €.
(2) La Société malade de la gestion, Vincent de Gaulejac, Seuil, 2005, 276 pp., 19


D'une position retranchée et armée... Qu'est-ce que ça veut dire ?
Ça veut dire que depuis mon premier petit boulot, il y aura bientôt trente ans, un erratique parcours (guichetier, vendeur, pompiste, etc.) m'a permis, par hasard, de me faire une idée assez précise de ce qu'on attendait de moi sur le marché du travail normal, c'est-à-dire si, sortant de l'université, j'étais allé m'employer dans une (des) entreprise(s) du secteur tertiaire à tendance plus ou moins culturelle et/ou administrative, voire commerciale. C'est un constat, pas du dénigrement. J'ai aussi admiré des personnes cultivées et critiques, jusqu'à la licence ou la maîtrise, devenir après quelques mois d'embauche moutons modèles, comme lobotomisées par le stress et les perspectives de carrière...
Ai-je suivi la pente de la facilité en allant vers l'enseignement universitaire ? Le Japon a-t-il été la chance de ma vie ? Rien n'est sûr, mais j'ai par corrections successives pu trouver un lieu géographique, professionnel et intellectuel d'où je peux être en guerre contre le libéralisme, le productivisme bobo et les langues de putes de bois — et le dire.

« Si je vais demain chercher un travail, effectivement, je pense que j'ferai ma fayotte...» (Diam's discutant sur le langage, à la première de Ce soir ou Jamais, nouvelle émission culturelle de France 3).

lundi 25 septembre 2006

À bon port, ma valise d'Orléans et moi

Avec le shinkansen, je retrouve le plaisir de l'écoute attentive de France Culture. En effet, les yeux vagabondant d'un passager à l'autre, du couloir à telle ou telle fenêtre, dans les détails du paysage, le Pacifique d'un côté, de l'autre côté le mont Fuji, sans jamais avoir à se concentrer comme ils le doivent devant un écran, une vaisselle ou pour marcher sur un trottoir. Et pourquoi pas commencer par la plus strictement littéraire des émissions de France Culture, celle qui comble le mieux mon goût de la critique réfléchie et raisonnablement disputée, c'est-à-dire Jeux d'épreuve, par exemple dans son édition d'avant-hier — dont je suis maintenant certain de vouloir lire deux des quatre livres présentés :

« C'est indiscutablement un grand livre. Accidentellement, [Christophe] Bataille nous précise à la fin qu'il a commencé ce livre en 1998 pour le finir en 2005. Sept ans d'écriture pour un livre assez bref, au fond — 1998, en fait, c'est l'année où il rentre chez Grasset, n'est-ce pas. Et en fait, ce livre est pour moi un grand tombeau de l'édition, dans le genre littéraire du tombeau. C'est un grand tombeau de l'édition dans ce sens où peut-être que ce phénomène que là Bataille nous décrit d'une manière tellement vertigineuse, ce phénomène de l'édition n'a peut-être existé que quelques décennies. Autour de quelques personnages comme ce Bernard Grasset, mais aussi Gaston Gallimard, il faudrait parler de Jacques Julliard et quelques autres... Il y a eu un moment où Paris était le centre de l'intelligence et où il y avait quelques types comme ça qui faisaient commerce, en fait, des plus belles intelligences et des plus belles sensibilités que le monde a peut-être jamais portées.
Et dans ce commerce, il y avait quelque chose de maudit. Et cette malédiction de l'édition, c'est de cela dont nous parle Bataille — ce qu'il a dû éprouver peut-être lui-même le premier jour où il est rentré chez Grasset. C'était effectivement ça, il allait devenir un vendeur, il allait faire commerce du commerce de l'intelligence. Et ça, c'est évidemment abyssal. Au fond, on pourrait dire, Grasset, c'est évidemment Bataille. Peut-être que si Christophe Bataille était entré chez Gaston Gallimard, il nous aurait offert le portrait de Gaston Gallimard, qui aurait beaucoup à faire avec les fameuses lettres de Céline à Gallimard. Oui, l'édition, c'est quelque chose entre la démiurgie, créer des mondes, et le fait d'être un maquignon, vraiment de foire, en train de palper des croupes. Et le mélange des deux est un mélange à la fois abominable et suave; Et c'est cette folie que le livre de Bataille non pas raconte, mais exprime, donne, livre, d'une manière tellement impudique et obscène que ça en devient quasiment génial, réellement, dans le style, dans la scansion, dans le rythme, etc. C'est un exorcisme ! Ce livre est un immense exorcisme et en même temps, c'est un livre à la gloire de quelque chose qui est peut-être révolu... Nous portons, n'est-ce pas, les soleils de l'édition comme des soleils révolus...»
(Jean-François Colosimo, à propos de Quartier général du bruit de Christophe Bataille, Paris : Grasset, 2006)

Et les autres interventions sur ce livre sont aussi élogieuses, ce qui est rarement le cas. Le second livre que je retiens s'intitule Courir dans les bois sans désemparer (Sylvie Aymard, Éd. Maurice Nadeau, 2006).
Arrivé à Nagoya, je vais au Bic Camera pour acheter une montre pas chère, ma Tissot s'étant encore arrêtée hier (elle est bonne pour la réparation...). David me rejoint pour déjeuner dans le quartier, nous échangeons les dernières informations sur la reprise des cours ainsi que nos impressions sur la soutenance de T., puis il me ramène à bon port, ma valise d'Orléans et moi.
Après, c'est travail de bureau et réunion de département. Puis sport, d'où je pédale pour m'évader encore vers l'Amérique centrale de Patrick Deville...

« À la consternation du général Trinidad Muñoz, qui s'apprêtait à achever les blessés légitimistes à la baïonnette, le jeune médecin en redingote noire [, William Walker,] ordonne à son chirurgien de campagne, le docteur Jones, de les soigner. Puis la troupe reprend sa marche vers l'est, et le général Walker, qui s'offre dans ses Mémoires des apartés géographiques dans le style d'Alexandre de Humboldt, consigne dans un carnet la végétation sauvage, prend le temps de décrire les plantations de cacaoyers aux feuilles velues. Il grimpe au sommet d'une colline [...]
William Walker ordonne une nouvelle fois de soigner les blessés ennemis, et cette coutume, exotique en Amérique centrale, finit par porter ses fruits : un soldat légitimiste, le musicien Acebedo, lui apprend que Granada, la capitale du président Chamorro, est quasiment sans défense, et que ses mille soldats font route à marche forcée vers le sud et Rivas qui leur semble la plus menacée.»
(Patrick Deville, Pura Vida, 104-105)

dimanche 24 septembre 2006

Le goût d'angostura des révolutions manquées

Après travail rédactionnel du matin, grand tour en vélo avec T., par très beau temps. Habituel jusqu'à Ginza. Puis nouveaux paysages après Tsukiji et le long de la Sumida. On rentre quand ça fraîchit. Total : 18 km. Pas beaucoup, je me dis. Mais avec nos petites roues... Et puis il y a trois mois, T. ne voulait même pas s'asseoir sur une selle...

Je viens de retrouver mon livre, que je cherchais depuis un quart d'heure. Il était dans un seau de linge sale. Où je l'avais déposé pendant mon bain, quand de délassement mes yeux se fermaient.
Comme on apprécie un cocktail inconnu en voulant deviner ce qu'il contient, mon esprit vagabondait à la recherche des composants du texte devillien. Du récit, oui... de l'érudition, oui... mais aussi de la désinvolture... celle d'un narrateur à la première personne qui roule sa bosse et qui n'en est pas à ses débuts... mais qui ne veut pas trop la ramener non plus... Et puis le goût du jeu, avec sa mémoire (le narrateur) et avec le lecteur (l'auteur)... La thématique des révolutions, mais toutes manquées, alors. Et des héros tous morts... Leur mémoire à honorer, à restituer par bribes... Thèmes et méthodes à assimiler au post-exotisme volodinien ; quand j'en parlais, l'autre fois, je n'étais pas bien sûr, mais ça se précise. Oui, décidément, c'est le goût d'angostura des révolutions manquées, derrière le curaçao du récit nonchalant.

« Le nouveau président Alemán accuse certains sandinistes de s'être ainsi enrichis avant d'avoir quitté le pouvoir, d'avoir fracturé les caisses de l'État comme une piñata pour se partager le magot.
Mais nous qui ne sommes pas amnésiques, qui disposons des souvenirs du futur comme des nouvelles du passé, qui survolons l'histoire comme un champ de ruines fumantes, et disposons déjà des journaux du siècle prochain, nous savons bien que ce président Alemán, investi depuis quelques semaines, et apparemment si pointilleux, quittera le pouvoir en 2001, et qu'on découvrira quelques mois plus tard, en juin 2002, que ce somoziste aux petits pieds aura dilapidé le peu de fortune du Nicaragua en utilisant une carte de crédit frauduleuse, et sera parvenu à claquer en quatre ans plusieurs millions de dollars dans plus de trente pays en achats d'appartements et de propriétés, de bijoux, de tapis, en nuitées dans les palaces, en restaurants de luxe et en cures d'amaigrissement.»
(Patrick Deville, Pura Vida, p. 52)

« Une longue oisiveté cubaine ainsi qu'un goût purement abstrait pour la stratégie avaient fait de moi, il y a quelques années, un spécialiste d'autant plus incontesté des anciennes tentatives de débarquement sur l'île que les prytanées militaires eux-mêmes méprisent absolument le sujet — sans doute parce que peu d'épopées offrent une accumulation d'échecs aussi impropre à édifier de jeunes officiers.» (Ibid., p. 58)

samedi 23 septembre 2006

Ratés de peu, toi et moi

Cher Jean-Claude,

Te remercier, tout d'abord. Parce que sans toi, je ne serais pas allé écouter l'émission de Jean Lebrun de mardi dernier, le 19. Et pas seulement parce que ma tête était toute occupé de la soutenance de T., mais surtout parce que j'estimais en avoir soupé de Lebrun, de son ton, de sa mise en scène, de son survol des sujets, de l'amusement public à quoi il ramène tout — tout du moins, est-ce ce que j'en perçois...
Et ça n'a pas raté. J'étais quand même content moi aussi d'écouter Bruno Vercier. Je crois que je n'avais pas entendu sa voix depuis 1987 ou 1988. Je ne l'aurais pas reconnue. Son hésitation, son rythme, oui, peut-être ; mais la tessiture, non. Et je ne te parle même pas de Haenel, dont j'ai lu Évoluer parmi les avalanches et qui plane avec Meyronnis — et Sollers comme boussole (et comme lest, pour plus tard) — sur un nihilisme esthétisé qui cache sa fumisterie intellectuelle derrière des noms comme Lautréamont et Rimbaud, répétés à l'envi. Les passages de Travaux publics sur Annie Ernaux, Christine Angot et François Bon sont plutôt minables, fonctionnant sur l'énonciation de goûts personnels auxquels se raccrochent de vilaines anecdotes pour épater les badauds d'El Sur. As-tu remarqué que Vercier qui citait F. Bon comme un auteur important laissait ensuite Haenel parler de « misérabilisme » littéraire en prétextant que le passage lu de Tumulte n'était pas des meilleurs ? Je t'avouerai que j'ai beaucoup de mal avec ce genre de concession médiatique — que j'appelle tout simplement trahison.
J'en ai profité pour écouter l'émission du lendemain, sur le Japon. Le pleutre Bernard de Montferrand, ancien et peu regretté ambassadeur de France au Japon, y était plus disert que pour défendre la langue française lorsqu'il était notre commis... Heureusement, François Macé était là pour parler de culture japonaise et resituer quelques lieux communs.
J'ai fait ma cure de Lebrun. Ne m'en recommande plus, s'il te plaît.

Ne te presse pas d'écrire ce que tu penses de la lanceuse de gobelet vide car je n'ai pas encore fini son dernier opus ! Ceci dit, quand tu sentiras que c'est pour toi le moment, n'hésite pas. Je mettrai ça sous le boisseau.
C'est que, malheureusement, je n'arrive pas à lire autant que je le voudrais. Je viens de finir Le Slip d'Alain Sevestre et suis en plein milieu de Pura Vida de Patrick Deville, deux auteurs que je te recommande chaudement. Et une pile d'autres, on en reparlera.
Et tellement de choses à faire, quand ce n'est pas T. qui me prend pour terrain d'essai de nouveaux masques gommants... Je dois mettre en ordre mes notes sur Poil de Carotte pour un cours qui commencera dans deux semaines, finir des articles commencés ainsi que les Actes de Cerisy, sans oublier mes cours de langue qui reprennent mardi — dans trois jours, mon dieu !

Il est passé bien vite, cet été ! Et nous nous sommes ratés de peu, toi et moi. L'attente de ma valise m'a coincé la première semaine à Paris, puis l'infarctus de ton frère t'a rendu indisponible durant la seconde (je lui souhaite d'ailleurs un prompt rétablissement). J'espère que nous aurons plus de succès lors de mon prochain passage, fin novembre. Je viendrai notamment pour une journée d'étude à la BnF...
Il faudrait aussi que nous reparlions de cette notion d'intimité. Si elle se définit mieux par celui qui est censé la produire ou par celui qui la reçoit, si elle est constante ou non dans le temps, la géographie, les cultures, les couches sociales. Si les nouveaux médias, et notamment nos blogs et journaux en ligne contiennent de l'intimité, dans quels cas, à quelles conditions... Et les styles, comme celui de Philippe De Jonckheere... N'y en a-t-il pas de plus intimistes que d'autres ?
Et les genres ? Poster une lettre comme celle-ci, qui n'est adressée qu'à toi, et qui sera pourtant lue par des millions centaines de personnes, cela est-il intime ? Sont-ils plus indiscrets que les autres jours, ceux et celles qui lisent ta lettre au lieu du (en guise de) billet quotidien ? Et que se passera-t-il ensuite ? Rien, comme la plupart des jours ? (Je me rappelle avoir dénoncé l'asymétrie billet/commentaires, il y a fort longtemps déjà...) Une réponse de toi ? En commentaire ci-dessous ? Dans ton journal en ligne ? Par courriel ? Comme ce n'est pas prémédité, ta réaction est imprévue... Et les tiers ? resteront-ils aussi discrets que d'habitude ?
Cela fait beaucoup de questions, mais ne m'empêchera pas de dormir. C'est au réveil, comme le matin de Noël, que je viendrai voir ce qu'il y a sous mon sapin. En attendant, je te joins ces trois photos du jour. L'une pour la beauté des moutons, la deuxième pour le parfum de l'olivier odorant et la troisième, disons... pour un contact visuel.
Bien amicalement.

vendredi 22 septembre 2006

La succession des échecs n'empêche pas les nouvelles vocations

« Pendant tous ces mois passés en compagnie de William Walker, à parcourir l'Amérique centrale sur les traces de son armée fantôme, j'avais peu à peu découvert que certaines de ces vies, emplies d'actes de bravoure admirables, de traîtrises immenses et de félonies assassines, ne le cédaient en rien à celles des hommes illustres qu'avaient rassemblées Plutarque. Et il m'était apparu que cette région du monde, pendant les deux derniers siècles, n'avait pas été plus avare de héros, de traîtres et de lâches que ne l'avaient été les provinces grecques et latines de l'Antiquité : là aussi, des hommes avaient rêvé d'être plus grands qu'eux-mêmes et avaient échoué. Et l'idée m'était venue de rassembler certaines de ces vies.» (Patrick Deville, Pura Vida, p. 30)

L'orgueil et la vanité font que la succession des échecs n'empêche pas les nouvelles vocations.

Travail toute la journée sauf deux heures de vélo, avec T., jusqu'à une terrasse de café près de Yurakucho où nous prenons des jus de fruits à la paille. Au retour, achat de pain chez Viron, près de la gare centrale de Tokyo. Pour agrémenter le dîner, T. va cueillir sur le balcon cinq ou six de nos petites tomates, justes mûres à point.
Nous dégustons nos derniers jours de tranquillité (qui ne sont pas des jours à ne rien faire) avant la reprise des cours.

Que la presse meure, si elle en est  ! Et que vive le feu ! Le feu des blogs et de la critique citoyenne et républicaine, bien sûr... Pas le feu aux voitures. Ni le feu au lac.

jeudi 21 septembre 2006

Vice-versa une fois dans l'urne

Ça y est, il est enfin (de nouveau) possible d'écouter entièrement l'émission Du jour au lendemain. Le nouvel horaire de l'émission, comme je le signalai le 12 septembre, avait entraîné depuis fin août la disparition des dix dernières minutes. « Entièrement », mais en deux parties, parce qu'il y a des appareils chez France Culture (m'a-t-on un peu expliqué) qui ne comprennent pas qu'à 00h00, on change certes de jour mais que la vie continue...
Alors, j'enregistre et je recolle les morceaux ; il y a au moins une quinzaine d'invités intéressants (et matière à savoir quels livres éviter...). J'en ai pour plusieurs jours, parce que c'est toujours en marge d'autre chose (en ce moment la rédaction d'un article pour une revue).

Le 11 juin, je détaillais la procédure de vote électronique que j'avais suivie. Le 16 juillet, je découvrais sur Internet.Actu les possibilités de fraude. Aujourd'hui, j'apprends de la même source que ça a été testé : les machines de vote électronique sont truquables et virusables (mot récent).
À quand les faux bulletins de vote en papier électronique sur lesquels votre Royal se changera automatiquement en Sarkozy ou vice-versa une fois dans l'urne ?...

« S'il arrive à un imbécile de rencontrer une idée juste, il est rare qu'il lui donne une portée juste.» (Hector Talvart, cité dans l'Alamblog — il faut y aller pour y lire d'autres citations désopilantes et précieuses du susnommé).

Ce matin, de liane en liane, je suis arrivé en un lieu au titre escarpé, qui promettait Encyclopédie des Expressions. Mais à peine avais-je fini la deuxième phrase d'un billet que je tombais de haut, me retrouvant chez des analphabètes. De billet en billet, une conviction se formait : c'était du pillage, du scannage, du collage, sans vérification orthographique ni grammaticale, et à dessein sans identité, comme si cela tombait du ciel ou d'une institution altière. J'avoue que j'ai du mal à comprendre, psychologiquement, la démarche des personnes qui décident d'agir de la sorte. Car le bénévol@t n'autorise nullement le massacre des objets donnés (oui, je me répète, je sais...) — à moins qu'il ne s'agisse pas de bénévolat.

Me référant au billet « Dresser le couvert » et en citant d'abord une phrase pleine d'erreurs, j'envoyai le message suivant (c'est moi qui souligne) :
« "En effet, avant tous les convives mangés dans un même plat puis les rois et les seigneurs furent les premiers à se faire servir indivuduellement."
À modifier en : "En effet, avant, tous les convives mangeaient dans le même plat, puis les rois et les seigneurs furent les premiers à se faire servir individuellement."
Et ce n'est qu'un petit exemple de tout ce qu'il faudrait modifier dans ce billet ! Sans parler de la perle des perles : "l'empoissement". Comment ne voyez-vous pas vous-même(s) qu'il s'agit du mot "empoisonnement" ?
Croyez-vous réellement servir la langue et la culture, voire seulement servir à quelque chose en publiant des textes aussi fautifs ?
Ou alors, faites un wiki pour que d'autres passent derrière vous pour écrire quelque chose de compréhensible !"»

Que croyez-vous qu'il arriva ? Quelques heures plus tard, avant midi heure française, le texte du billet était corrigé comme proposé. Mais mon commentaire, lui, n'a pas été mis en ligne. Soit ! Ça a profité. Mais je n'ai pas reçu de petit courriel pour me remercier discrètement de ma contribution.
Analphabètes. Et malotru.

Plus généralement, puisque c'est la deuxième fois en une semaine que je suis témoin de cette malhonnêteté (censure de commentaires qui ne sont ni insultants ni diffamants, à seule fin de ne pas entacher l'image publique d'un site qui se prétend communicant et contributif — mais qui ne l'est donc pas tant que ça), il convient de dénoncer l'actuelle possibilité de dérive générale des blogs.
Simulant une transparence et une science trompeuses, certains instrumentalisent leurs lecteurs, soit dans un but d'orgueil (blog La Littérature, Cf. JLR du 14/09) soit pour des revenus publicitaires (Encyclopédie des Expressions, sous Dotclear mais avec annonces Google), soit pour d'autres raisons, l'avenir le dira.

Allez, pour ceux que la vanité n'étouffe pas : rigolons un peu, voici l'apologie du branleur.

mercredi 20 septembre 2006

À ras de terre, en rez-de-vie

Des choses graves se passent mais je ne suis pas sûr qu'on en mesure bien la portée. Pendant que chacun s'occupe de son petit truc, ici thèse, là livre, ailleurs bébé, vous avez un panorama de merdes en puissances qui se met en place : un premier ministre réac tendance dure au Japon, l'extrême droite qui revient dans l'Est de l'Allemagne, les Talibans qui reprennent du poil de la bête, un train déstabilisant à Lhassa, encore plus de religion aux États Unis, un pape qui choisit bien mal ses citations, Ségolène Sarkozy bientôt à l'Élysée, la banquise qui fond et le corail qui meurt, la Chine qui pompe toute l'énergie de la planète... Etc.
Pris un par un, chaque problème semble s'insérer dans un environnement qui le freine, l'assoit, le rend pépère, le laisse penser contrôlable ou compensable. Mais lorsqu'on prend de la hauteur, par l'esprit, les possibilités d'aggravations, de réactions, d'interactions entre ces différentes situations (et bien d'autres que je n'ai pas nommées) donnent le vertige. Mais précisément, c'est parce qu'on a pris de la hauteur... C'est peut-être un tort.

Il vaut peut-être mieux rester à ras de terre, en rez-de-vie. Ou alors, c'est à cause de X-Men 3...
Oui, aujourd'hui T., malgré ses émotions d'hier, devait reprendre les cours. Ça s'est bien passé, m'a-t-elle dit (pendant que je travaillais à la maison puis allais manger des pâtes avec Manu à Kanda), mais après, alors que je pensais qu'elle voudrait se reposer, dormir, voilà-t-il pas qu'elle voulait se distraire — c'est bien compréhensible, aussi. Alors en prenant tranquillement un thé vert et en regardant certaines petites tomates qui virent au rouge, nous nous sommes interrogés, puis mis en tête d'aller au cinéma, à Hibiya, pour voir comment se débrouillaient les mutants (depuis Strange que je lisais tout gosse, ils ont fait du chemin).
Sur grand écran, c'est une très belle distraction. Non dénuée de matière à réflexion, d'ailleurs. Comment des minorités peuvent-elles voisiner la doxa, la pensée majoritaire — quand celle-ci se pique de devenir unique ? Ce n'est pas une question anodine. Des homosexuels, des juifs, des noirs, des tziganes, des handicapés, des albinos, des daltoniens, des faibles d'esprit, des jeunes, des grands, des gros, des maigres, et de nombreuses autres minorités, à un moment de leur histoire, quand des conditions historiques les constituent en groupe, en communauté, alors même qu'ils pouvaient, pour certains d'entre eux, ne pas en avoir conscience, ne pas en avoir besoin, ont été confrontés à cette question. Avec machiavélisme, ils ont parfois été sollicités avantageusement pour former groupe afin, dans un second temps, de pouvoir les stigmatiser. Oui, tout cela n'est pas nouveau. Mais quand on n'apprend plus rien à l'école ou que l'on est décervelé par les roues à pognon, cela redevient nouveau. Et quand c'est nouveau, on ne sait pas quoi en penser ni comment réagir, alors on passe à côté et on laisse faire ceux qui savent quoi faire. Tout juste, à un moment, a-t-on envie de lever la main dans l'assemblée, ou de questionner ces hommes en armes. Mais on a un peu peur et on ne veut pas passer pour un imbécile, ni être regardé de travers par sa concierge. Alors on remet sa main dans sa poche et on laisse passer les trains de mesures spéciales.
Or, c'est ce qui se passe dans X-Men 3. Un laboratoire a fabriqué un produit qui peut rendre les mutants humains — ramener les mutants à la condition de simple mortel. Et des mutants mal dans leur peau de ne pas être normaux, ce n'est pas ce qui manque... Et quand le langage utilisé (LTI ou LQR du moment) est de faire croire qu'être mutant est une sorte de maladie, et que le produit miracle est une cure...
Pour le reste, je vous laisse voir le film.
Mais voyez, c'est ça qui m'avait fait prendre de la hauteur. À tort, je le reconnais maintenant. J'étais victime d'une distraction. Il vaut mieux que j'en revienne à notre terre-à-terre français, à notre tête-à-tête désir de sécurité et désir d'avenir. Et que j'aille me coucher.

mardi 19 septembre 2006

Triplette de Cassiodore

Ça y est : T. est docteur ! Euh, docteure ? doctoresse ? « Ès » quoi ? 言語情報科学 !, soit gengojouhoukagaku, soit « science de l'information sur les langues » — traduction qui n'est pas du tout satisfaisante, je vais me renseigner... Je sais qu'en anglais on le traduit (simplifie ?) en Liberal Arts, et donc en français « arts libéraux » — expression pas si courante que l'on sache bien ce que cela recouvre, mais après vérification, tout à fait dans le sens originel.
Donc, disons comme ça : docteure ès arts libéraux. (Option triplette de Cassiodore...)

Levés tôt pour la cause des Mazarinades (qui ont maintenant, préparé par la Mazarine — c'est presque un scoop — leur catalogue en ligne). Il fait bien tiède, ce matin, et pas seulement à cause de la fébrilité. Grosse valise pour les nombreux volumes à poser sur la table (LA valise achetée avec Antoine Volodine à Orléans, précisément — voyez comme les choses se chargent de symboles, quand on veut bien y prêter attention !). Taxi pour nous véhiculer à midi au campus de Komaba de l'Université de Tokyo. Installation dans une salle tranquille (et climatisée) — T. se concentre pendant que je vais au Mac Do du coin (il n'y a que ça, et je n'ai qu'une demi-heure). Quand je reviens vers le bâtiment 18, j'aide des invités à trouver un passage dans les énormes travaux des bâtiments voisins (David, venu de Nagoya, Christian, Satoko, Kyoko, Fumie, Daniella, Christine et d'autres éminents professeurs). Il y aura finalement une grosse vingtaine de personnes, jury compris, pour rester enfermées trois heures durant à écouter successivement la postulante, puis, jonglant avec les volumes de thèse, de catalogues et d'annexes, chacun des cinq membres du jury — qui finiront, questions épineuses arrachées, coquilles ramassées, conseils délivrés, par féliciter chaleureusement l'impétrante.

Translation du groupe pour Lever son verre de Mumm ! Buffet d'excellente façon et vins pour ceux qui mélangent. Mais surtout, discussions — explosions de discussions après la retenue des trois heures et avec quelques convives supplémentaires, Ako, Jean-François, Jean-Philippe, Josef, Thomas (son postérieur a mémoire du squash).

Je complèterai demain si je vois d'autres choses à dire. À moins que d'autres ne s'en chargent...

lundi 18 septembre 2006

Des hélices n'apprécieraient pas

Veillée d'armes. Verbales (je serai assistant).

Réouverture du Saint-Martin, la patronne est bronzée. Les frites aussi, mais toujours très bonnes. T. prend une salade niçoise, moi du poulet. On retrouve comme de temps en temps un collègue de l'Institut qui est aussi professeur de l'université Keio. Après le café, je vais à sa table pour lui  parler du Biblio Roll — François Bon l'intègre d'ailleurs dans sa réflexion actuelle, toujours pesant sur le passé pour se tourner vers l'avenir. Si je pouvais avoir un rendez-vous, assister à une démo, enregistrer une interview..., dis-je. Le collègue va se renseigner.
À suivre.

Ayant une course à faire à Omote-Sando, je me promène un peu, jusqu'à l'université Aoyama. Les fortes pluies de la nuit alourdissent l'air et je ne supporte pas bien la veste qui poisse. À l'emplacement du supermarché Kinokuniya, auquel avait temporairement succédé le Nakata Café, dédié au football le temps d'un mondial, il y a maintenant une vaste place blanche bétonnée, avec un cercle surélevé, comme pour accueillir un hélicoptère, et des drapés bleus où le vent joue, que des hélices n'apprécieraient pas.
De quoi s'agit-il ? Les badauds, les familles vont et viennent dans l'espace. Aucune information, aucune fonction visible. Une installation filmée pour découvrir comment les gens s'en emparent ?

Dans le métro puis à la maison, j'ai fini Le Slip. Hier et avant-hier, déjà, j'avais avec lui traversé la Corse (où je ne suis personnellement jamais allé — mais il y aurait à comparer les Corse littéraires d'écrivains non-Corses, comme celles traversées par Mérimée, Jean-Philippe Toussaint, Alain Sevestre, et bien d'autres...).
Avec lui, je me suis glissé dans le nouveau style d'un narrateur transfiguré par son désir de jambe et son passage à l'acte. Renouvellement du blason poétique. Ses atermoiements, qui reviennent à savoir si la jambe désirée est synecdochique (la jambe pour le corps), métaphorique (sa jambe à son cou, pour fuir le monde) ou névrotique (une jambe (ré)fléchie vers une mère où régresser), inquiètent le lecteur qui ne croit pas beaucoup à la prétention philosophique du narrateur et craint un glissement (to slip) dans la folie — ce qui n'arrivera pas (les slips ont des élastiques : « C'est eux qui délimitent mon territoire.», p. 245).

Ma vie réticulaire.
J'ai signé la pétition pour la version non coupée d'Arrêt sur Images. J'ai participé aux débats litoriens sur la presse (faut-il sauver Libération ? défendre la presse papier payante ?, etc.) ; Dominique Hasselmann a relayé dans Remue.net (merci !). J'ai pris position sur l'éthique des blogs chez Giffard. J'ai relu Marie-Claire par l'Alamblog, puis ai eu besoin de prendre l'air avec Antoine Emaz chez Poezibao. J'ai vu toutes les belles photos patrimoniales de Brigetoun. J'ai découvert des voisins de palier pas tous désagréables dans la Home_blogs_de_lecteurs de ZazieWeb. Et tant d'autres pages ouvertes...
Ah, oui, j'allais oublier !, j'ai récupéré un émouvant Atelier de Création radiophonique du 23 juillet, que j'avais déjà raté en 2005 : Ceci est un exercice de rêve, d'Hélène Cixous.
Avant de me coucher, par pur masochisme, je me suis encore repassé le dernier film catastrophe de l'an prochain...

dimanche 17 septembre 2006

Plié en deux, cherchant de l'air

Je ne sais pas comment commencer. Peut-être par le matin. Donc matin, rien.
Midi. Une heure, en fait. Je fais des pâtes, sauce parfaitement réussie avec deux grosses tomates, ail sauté, huile d'olive, sucre, sel, poivre, poivre de Cayenne, coriandre et, en fin, des tomates séchées à bien écraser dans la sauce. Et puis ça me fait des sucres lents pour après. On ne laisse rien dans la casserole. Ensuite, on travaille ou on essaie.
Vers 17h45, il bruine depuis quelques heures. L'étudiant français qui a repris l'appartement d'Arnaud au bout du couloir frappe à la porte, mouillé, en T-shirt, slip et pieds nus... Il explique. Il fumait une cigarette sur son balcon et le loquet un peu lâche de la porte-fenêtre a tourné... Il a escaladé le balcon, a descendu un étage, fait le tour du bâtiment et le voilà, désemparé. On le fait entrer, T. propose de téléphoner à un serrurier — alors qu'elle est en train de rédiger son discours de mardi — et commence à chercher des numéros (je rappelle que c'est dimanche soir). Je vais sur notre balcon pour voir si l'on ne pourrait pas glisser quelque chose entre les deux portes-fenêtres pour faire tourner le loquet de l'extérieur. Un objet fin et dur est bloqué par une rainure, mais un fil de fer un peu sérieux devrait se courber et passer la rainure pour atteindre le loquet et le faire descendre... Pas chez nous parce qu'il est un peu dur. Après plusieurs tests, je décrète que ça doit le faire. En théorie. Pendant ce temps, T. a pris des tarifs et on est prêt à fixer le rendez-vous. Le voisin veut tenter le coup du fil de fer, on demande quelques minutes au serrurier. Et le voilà reparti — je ne l'accompagne pas parce que je prépare mon sac — faire le tour du bâtiment, escalader son balcon et — un moment passe — revenir frapper à notre porte... après avoir réussi avec le fil de fer, un gros trombone déplié, en fait. Et une bonne bouteille de vin en cadeau pour nous. T. décommande le serrurier et j'ouvre la bouteille, un Rouge Cabernet & Le Noir Négrette 2004, du comté tolosan. On sert dans des verres à pied en faisant les présentations (on ne se connaissait que de vue). Je finis mon sac, aussi (j'y mets Le Slip de Sevestre mais j'oublie d'y mettre un slip de rechange, je ne m'en rendrai compte qu'après, bien sûr). Vers 18h45, le voisin retourne normalement chez lui, bien content. Peut-être même qu'il va essayer d'arrêter de fumer. Cinq minutes après, je pars, laissant T. dîner seule et finir son discours.

Squash, c'est le squash. Au Do Sports de Shinjuku. Thomas et moi avons réussi à fixer cette date et à s'y tenir. Je suis allé au sport hier pour me remettre en train, vérifier les muscles, le souffle et tout (puisque je n'avais rien fait depuis un mois, sinon marcher dans Paris). J'ai mangé des pâtes au déjeuner exprès. Et je me dis que c'est peut-être bien le verre de vin de Frédéric, le voisin, qui va faire la différence (euphorie + calories). Eh bien, ça n'a pas raté ! J'ai battu Thomas 17 à 15. Une seule partie qui a duré près de trente minutes, avec beaucoup de changements de service. Mais au bout de vingt minutes, Thomas, qui place mieux ses balles que moi, qui rattrape mieux dans les coins, qui anticipe aussi très bien, Thomas n'a plus de souffle. Christine passe nous faire un coucou et s'inquiète un peu pour lui. Je remonte de 9-12 à 12-14, puis on reste un bon moment sur 14-15, 15-14. Finalement, j'en place quelques dernières quand Thomas est plié en deux, cherchant de l'air... Moi, rien. Ni hypoglycémie, ni soif, ni genou qui claque, même pas essoufflé. On dirait un autre.
Ensuite c'est bain chaud, bain froid, sauna, bain froid et retour en métro tous les trois. J'ai mis mon pantalon sans slip. J'explique pourquoi à Thomas et Christine qui me racontent ensuite leur journée, assez mouvementée aussi. Assiette froide à la maison, en trois fois le temps de la version ultra-courte du Big Lebowski.
Un dimanche enlevé.

samedi 16 septembre 2006

Fragmentaire, partial, frustré et interrompu

Vingt-trois heures et déjà un peu difficile d'arquer. Et même assis pour taper, avec les épaules douloureuses, ce n'est pas évident. Mon retour au sport a été magnifique et j'ai l'impression que je vais le payer cher. Donc, le plus tôt au lit sera le mieux.

Ce matin, reprise de contact avec Patrice Julien, en poste à l'Institut quand j'arrivais au Japon, aujourd'hui exerçant un métier indéfinissable... et fascinant. En quelque sorte, professeur de vie. Mais je ne dis pas cela pour me moquer de lui, au contraire. J'ai de l'amitié pour lui et de l'admiration pour sa ténacité dans une voie pas évidente il y a dix ans. Hier, 4 pages dans le journal Asahi, sur lui et son épouse ; T. me les a données. Sorte de publi-reportage où l'on associe conseils culinaires, art de vivre et... publicités pour les produits et les instruments (kitchen design shop, services à thé, Alaska Seafood, moutarde Pommery ou grossiste de viande de porc).
La plupart des magazines font ça, me direz-vous. Avec une personnalité à qui on fait endosser tous les rôles moyennant cachet. Mais avec PJ, c'est différent, car c'est assurément à partir du mode de vie qu'il s'est créé et qu'il enseigne que s'est construit le publi-reportage. Après quoi, j'ai visité son nouveau site web, puis son blog. Il est un peu plus loin sur la voie où je l'avais laissé la dernière fois, il y a deux ou trois ans... et ça m'a fait très plaisir. On va se voir.

Après le déjeuner, achat de champagne Mumm à Yamaya de Shibuya, bouteilles que je porte au restaurant Lever son verre en prévision de mardi...

Puis au sport, où je transpire beaucoup en pédalant 40 minutes et en continuant Le Slip, avant d'aller déplacer des poids dans divers sens durant une petite heure. Pas trop de monde, moins en tout cas que sur la bretelle suspendue au-dessus du carrefour devant les baies vitrées — bien que ce soit samedi, il y a toujours autant de trafic sur cette avenue.
Dans les pages que je lis, je retrouve plusieurs exercices sevestriens de soirées trop arrosées. Même si je n'ai pas d'exemple à l'esprit (de bonnes âmes en apporteront peut-être), je suis sûr que c'est un topos littéraire (avec déroulement de soirée, entrées et sorties, attitudes, conversations, disputes, dénombrement de bouteilles, de nourritures et autres substances, fins de parties). Alain Sevestre s'en tient toujours à la subjectivité de son narrateur : un récit fragmentaire, partial, frustré et interrompu par la sortie brutale ou la perte de mémoire... L'Affectation  et Revolver offraient aussi ce genre de scène, avec pas mal de similitudes.
C'est tout de même paradoxalement la difficulté de communication du personnage-narrateur qui est toujours au centre de l'écriture : il ne trouve pas les bonnes personnes, ou les bons mots au bon moment, il est ivre et maladroit, ou déconneur à contretemps, et il souffre souvent de voir les autres fusionner. Mais globalement, c'est quand même quelque chose qui semble lui plaire, où il croit toujours pouvoir réussir ce qu'il a raté la fois précédente. Je ne suis pas psychanalyste — de l'auteur et du personnage, je ne sais d'ailleurs pas qui devrait passer sur le divan. Mais c'est dans ces scènes que le ton et le phrasé me rappellent ceux de Robert Pinget.

« Randall fouille la poubelle, renverse tout, mange des sushis poissés de marc de café et de grains de riz raclés dans les assiettes débarrassées. Sur chacune de ses chaussures, un petit terril de café est tombé. Simon lui demande de ne pas bouger, bouge pas, donne-moi tes chaussures, et les lui passe sous le robinet. Maintenant, il a les pieds trempés. Bien fait. Quelqu'un sonne à la porte. Simon descend ouvrir, remonte sourcils en vrac, suivi de Tony et Roberte, le pas pompeux. C'est une entrée. Fiévreux, sarcastique, Tony rejoint un bout de la table, sort un carnet de chèques en tremblant d'un énième cartable en Nylon.
— À combien tu estimes la location de ta chambre du bas ?
— Arrête, Tony, dit Simon.
— J'ai dit à combien tu estimes mon séjour ? Voilà, je suis entré en novembre et je suis parti en avril. Ça fait six mois ?
Tito lui dit d'arrêter, qu'il est lourd.
— Toi, le turfiste, j't'ai rien demandé, fait Tony. [...] »
(Alain Sevestre, Le Slip, p. 172-173)

vendredi 15 septembre 2006

Moi-même dans le filigrane

Pâlot, mais quand même un peu de soleil, aujourd'hui. Matinée de travail à la maison. Déjeuner itou.
Puis travail à la médiathèque de l'Institut (je n'ai pas encore de catalogue en tube permettant de tout faire à la maison...), avec dans les oreilles, alternativement et pour comparaison, le Radio Blog Club et le Blogmusik...
Afin d'éviter de prendre racine sur nos fauteuils, nous allons marcher une bonne heure, et dîner à Jimbocho, au restaurant italien Buona Maia, qui n'est pas mal et sert de la bière blanche.

« Je ne suis toujours pas Chloé Delaume. Je suis encore plus que son corps et j'ai des choses à ajouter. Des choses comme. Si j'ai perdu le foie j'ai conservé la langue. Quinze centimètres carrés de tissus musculeux nervures volontaristes. Quinze centimètres carrés c'est tellement peu pour me défendre. Ma langue râpeuse papier de verre est isolée dernier bastion de résistance. Et puis. Surtout. J'ai peur de perdre mes mots. Les miens. A moi toute seule.» (Chloé Delaume, La Vanité des somnambules, Ed. Léo Scheer / Farrago, 2002, p. 77)

« L'os
de ma langue »

(Dominique Meens, Eux, et nous, Ed. Allia, 1996, p. 125)

Ah, oui, j'oubliais. Nathalie m'a dit qu'elle travaillait maintenant à Florilettres avec Corinne Amar, dont elle savait qu'elle avait habité à Tokyo. Je me souviens, oui. Je ne la connaissais pas vraiment, mais je me souviens d'elle, de l'avoir croisée, d'avoir échangé quelques mots.
Dans la médiathèque de l'Institut, je trouve son livre...

« En rentrant chez moi, je longe le canal d'Iidabashi. Je passe devant Kagurazaka, mon Mouffetard à moi. Il y a toujours du monde. Des groupes, des couples, des groupies, sur les trottoirs, dans les brasseries, les bars à sushi, les boui-boui à saké... Toute la vie nippone est là, rouge aussitôt d'ivresse tranquille, et bruyante, et moi je me sens toute noire...» (Corinne Amar, L'Acte d'amour, Gallimard / L'Arpenteur, 1999, p. 12)
Plus loin dans le texte (entre dépouillé et romantique, qui me rappelle un peu le style d'Yves Simon, justement), sentiment étrange d'être moi-même dans le filigrane de l'histoire... En effet, elle évoque le Salon du Livre de Tokyo de janvier 1998, où la France était invitée (et où j'ai fait travailler mes apprenants d'une formation sur les outils informatiques), puis le colloque Genet de mars 1998 (pour lequel j'ai fait des pages web et du graphisme).
De même pour le vol ANA 206, je l'ai déjà pris et je le reprendrai, mais ça, c'est déjà beaucoup plus courant....

Hier soir, avant de dormir, je m'interrogeai encore une fois sur ce qui me fait apprécier Le Slip. Je me suis rendu compte qu'avec son air de rien, ce que je prends pour une politesse supérieure en littérature, Alain Sevestre avait tantôt du Sarraute, tantôt du Pinget, sans qu'on sorte du Sevestre, car c'est ça le but du jeu, bien sûr. Je me demande combien de lecteurs, voire d'éditeurs aperçoivent ça. J'y reviendrai.

« Dans leur appartement tout frais acheté, la moquette coquille d'œuf se révélera cache-misère à un plancher pourri, taché, troué, aux lattes disjointes mais, en attendant dans la cuisine, ils s'enflamment pour ce placard d'une joie non partageable. Leur enthousiasme dépasse, selon moi, l'objet qui le provoque. J'ai du mauvais en moi, je suis difficile mais vraiment ce placard, comment l'encenser ? Bricolé autour du conduit d'évacuation des eaux usées qui, avec bruit, traverse de haut en bas la pièce, il ne calfeutre pas, on s'en rend compte au cours de la soirée, le fracas des chasses des niveaux supérieurs. Bien au contraire, il fait guitare. C'est un assemblage de planches peintes et repeintes pour masquer. Rien de plus, je vous assure. Oh non, même pas ça, ils me font bénéficier d'une complicité alors que nous ne sommes pas amis et que je suis amoureux de Sandrine. Déjà, ce placard, ils se ravissent de l'ouvrir un jour et qu'il sente les confitures et les fruits, les herbes ou les épices, et toute une ribambelle d'aliments vomitoires à destination commémorative (quatre-heures gourmands, repas fins, crème d'amis) et de provenance littéraire. Ou plutôt je me sens mal. J'entends même Sandrine répondre à la question de ce que j'ai.
— Oh ! tu sais, Alain se vexe pour un oui ou pour un non.»
(Alain Sevestre, Le Slip, p. 119)

jeudi 14 septembre 2006

Un concombre reste un concombre

À la pause blogs, je me promène dans les nouveautés littéraires et je trouve, via La Feuille, ce post polémique de l'auteur masqué du blog La Littérature. Il y a déjà une vingtaine de commentaires et j'y vais de mon premier (ci-dessous).

« On écoutera avec attention la volée que se prend Chloé dans Les Mardis littéraires du 5 septembre. Elle fait moins la fière, là ! »

Il faut attendre la modération pour la mise en ligne, ce qui devrait n'être qu'une formalité pour mon commentaire. Et puis, pendant le dîner, ça me turlupine, cette histoire de liste d'auteurs innovants de moins de 40 ans... Alors je regarde dans mon index du JLR, et j'en trouve un bon nombre qui doivent être en deçà de l'âge de la décrépitude selon Delaume. Donc, je me fends royalement d'un deuxième commentaire, pas spécialement méchant, je pense.

« Rien qu'en regardant dans mon index, je trouve au moins une trentaine de noms d'auteurs dont l'écriture est innovante, disons, selon les critères de Chloé Delaume (de Frédérique Clémençon à Olivia Rosenthal, en passant par Laure Limongi, tiens, pour ne citer que des jeunes auteures). Et je crois qu'à plusieurs on pourrait facilement doubler ou tripler ce nombre. La question est : pourquoi Chloé réduit-elle la liste à 20 ? (et corollairement, pourquoi notre hôte la réduit-il à 3 ?)
Sans doute pour, sans y paraître, occuper elle-même beaucoup plus de place dans le panorama qu'elle nous propose (et notre hôte lui servant la soupe en rajoute dans le zèle).
Sur ce coup-là, et par son absence d'argumentation devant Thomas Clerc dans l'émission que je citai tout à l'heure, elle m'a beaucoup déçu, Chloé. Et la vulgarité n'arrange rien. Savez-vous ce qu'elle répond à Thomas Clerc sur l'accusation de ne pas avoir su exploiter la valeur poétique de la télévision ? Elle lui demande quel est son livre préféré de la rentrée, comme quoi ça éclairerait bien des choses... Le questionnement esthético-littéraire de l'un se réduit ainsi à un hit-parade des dernières nouveautés. Lamentable, non ? »

Eh bien, aucun de ces commentaires ne sera publié. Le concombre masqué de La Littérature nous sort quinze minutes après le commentaire suivant : « Petite précision sur les commentaires qui sont postés sous ce billet : SVP arrêtez de taper sur Chloé Delaume. Si vous avez des trucs à lui dire, allez lui dire en face directement sur son blog.
(obligé de refuser plusieurs commentaires trop critiques et parfois injurieux contre elle) »

Il est drôle, le concombre masqué ! Il lance un pavé dans la mare, et puis il s'étonne que la mare se rebiffe ! De plus, il essaie de nous faire croire que Chloé Delaume accepte les commentaires sur son blog. Arrfff, lol ! Ça se saurait ! (ce que je lui ai répondu, d'ailleurs, mais ça non plus n'a pas été publié, ce qui n'empêche pas qu'il se soit tout pris dans les dents, le blogueur mystère — voir mon principe de l'anonym@t non protecteur contre les blessures narcissiques).
Nouvelle question : qu'est-ce qui, dans mes deux commentaires, serait trop critique ou injurieux ? Je ne vois rien. Rien qui soit moins injurieux, en tout cas, que de dire qu'il n'y a que trois bons auteurs vivants ayant moins de 40 ans. Je crois surtout que ce blogueur novice censure parce qu'il ne souhaite pas que tout le monde soit informé de l'existence d'une émission de radio qui risque de ternir un peu celle qu'il veut faire briller... Voire de brouiller l'image de son blog.
C'est bien beau de mettre un masque, le feu et de se prétendre La Littérature, mais un concombre reste un concombre. Moi, je dis.

Après ça, quel beau moment j'ai passé avec Yves Simon !
Non, il n'était pas à Tokyo (je ne l'y ai pas vu depuis 1996), mais à la radio, dans le précis et intelligent Hasards, rencontres et création des Histoires d'écoute d'hier.

Oublié de dire (ça m'a mis dans le désordre, cette censure masquée), que j'ai déjeuné avec Christine, à la crêperie Le Bretagne de Kagurazaka, en face de Bisha Monten. Entre deux averses, il faisait plus frais et j'ai enfin pu m'habiller décemment (autre chose que short et polo). Je lui ai passé le cadeau que Marguerite m'avait donné pour elle et Thomas ce même mardi 5 (dans la matinée duquel je n'avais pas pu écouter en direct Gailliot, Delaume et Limongi chez Pascale Casanova puisque j'allais aux Galeries Lafayette pour ne pas trouver de valise...), avant que nous allions voir cette daube, disais-je, tout à l'heure en substance à Christine, cette daube de Particules élémentaires, film aussi plat qu'un épisode de l'Inspecteur Derrick, à quoi Christine me répliqua en finesse, je résume, que c'était sans doute en accord avec du Houellebecq, ce derrickisme.
Ah, j'ai oublié de te dire, Christine, Marguerite m'a dit de te dire que tu me le passes après l'avoir vu, ton cadeau... (et que je te le rendrai après, bien sûr).

mercredi 13 septembre 2006

Nouvelle économie, mêmes crabes

Journée boulot. Ça roule... Dehors, il pleut obstinément et copieusement. Ça aide à la concentration. Ou à l'évasion vers une bulle de bleu, de l'autre côté de la terre (où j'ai entendu qu'il pleuvait aussi, maintenant).

Pause blogs dans l'après-midi. Étonnement à découvrir un peu par hasard combien le sort de Netizen est proche de ce que j'avais imaginé en mars après lecture du premier numéro. Officiellement en suspens, officieusement mort après 3 numéros, site bloqué, employés non payés, dispute entre les cadres et avec le personnel, etc., et aucune nouvelle depuis mai. Nouvelle économie, mêmes crabes. Ils ressortiront du panier, et il y aura de nouveaux imbéciles pour les suivre...

Radio : à signaler deux beaux épisodes du Carnet nomade, sur Tarquinia et ses petits chevaux, entre archéologie et durassie. Intempestifs et nécessaires : Maurice Scève et le Cardinal de Retz dans Une Vie une œuvre de ces deux derniers dimanches. Pour moi, ça suffit.
Sauf à dire — manière d'anniversaire — que ça fait un an que le JLR tourne sous Dotclear, un an que j'ai quitté la galère publicitaire de U-blog et que mon indépendance s'en porte très bien.

mardi 12 septembre 2006

Pas que du crabe

Il faut croire qu'on aime ça ! Nous venons, T. et moi, et après comparaison des sites web, de réserver deux billets d'avion pour la fin novembre. Ainsi que choisir nos places et payer, le tout sans sortir de chez nous — ça tombe bien, il pleut toute la journée. Deux billets pour Paris, oui. Nous volerons ensemble, sans soucis, sur ANA. J'aurai une journée de travail et T. ira revoir ses compagnons de mazarinades. Autour, on brodera.

Sinon, la reprise n'est pas évidente, alors que j'ai encore la tête pleine de Paname... Il faut ranger des affaires dans les placards et des informations dans les ordinateurs. De plus, les tâches à finaliser s'accumulent (un article, une conférence, un cours, un livre...). Et en même temps, j'essaie de suivre d'un œil et d'une oreille la rentrée littéraire, via les blogs et la radio.
Jeux d'épreuves tient superbement la route, alors que les Mardis littéraires du 5 tournent au règlement de compte avec Chloé Delaume (du 12, on appréciera le hors-sujet), et que Du Jour au lendemain est systématiquement amputé de dix minutes du fait du changement d'horaire qui n'a pas été répercuté...

On ne sort pas. On ne regarde que la moitié d'un film idiot en finissant de déjeuner (nous ne connaîtrons jamais le sort final de Kim Basinger dans The Gateway... (à ne pas confondre avec The Getaway de Peckinpah)).
Mais quand même, après le coucher du soleil, on se prépare pour sortir faire des courses, on marche en parapluie et on finit par dîner en tabehoudai de crabe à l'hôtel Edmont (il n'y a pas que du crabe, heureusement, mais c'est du très bon, de Hokkaido).

Attention : message à l'attention des tokyoïtes amateurs de fringues chics et pas chères, tendance british et pêche à la truite. Le magasin Avon House de Iidabashi brade tout, et c'est vraiment vraiment intéressant (du coup, j'ai acheté une veste d'hiver...).

« Comme je déballe des momies de couteaux et de fourchettes et de cuillères et de petites cuillères (3 couches de papier kraft chaque fois bridées de 3 bouts de ficelle que multiplient 12 couverts que multiplient 4 = 432, plus 9 pour la louche de tout à l'heure, = 441 bouts de ficelle pour la ménagère), je me retrouve devant de grandes plages à ne pas devoir réfléchir à ce que je fais et, sous le regard de son père, c'est très longtemps que je pars en souvenir autour de Marie-Agnès au cours de ces quelques quatre cents bouts de ficelle à trancher délicatement.» (Alain Sevestre, Le Slip, p. 92)
Quelqu'un recompte ?

lundi 11 septembre 2006

À l'heure et... vivant, parce que, hein !

Bien arrivé (valise itou). Fatigué mais à l'heure et... vivant, parce que, hein ! J'y reviendrai.

Dans le couloir de sortie, sur un panneau d'affichage, un mot pour moi, et une personne qui me passe un document à remplir pour dédommagement du retard de la valise et remboursement de la valise (total 70.000 yens, soit 470 euros, l'affaire sera officiellement réglée dès demain — que British Airways France en prenne de la graine !). Narita Express de 12h16 pour Tokyo et à la maison avant 14 heures. Bain, sieste et dîner japonais dans un restaurant de poulet (le Saint-Martin est fermé pour... vacances.)

Vivant, oui, disais-je.
Et T. qui voulait profiter de mon absence pour peaufiner sa soutenance n'a guère avancé. Démotivée, dit-elle. Or, d'où peut venir la démotivation, en comptant la part que peut y prendre l'achèvement d'une décennie de recherches, sinon du risque de mort qui pèse plus que d'habitude sur le vol en avion. Non que nous craignions la mort plus que d'autres, nous croyant ainsi plus important que d'autres... Non. Nous n'avons d'ailleurs aucune peur à l'idée de mourir ensemble, dans un accident, si possible rapide et violent. C'est même ce qui pourra nous arriver de mieux, mais pas tout de suite (sous-entendu juste avant que nous soyons grabataires et privés de notre libre arbitre). En revanche, mourir seul serait une trahison, un abandon de l'autre en rase campagne, le monde...

À compléter... Complet.

dimanche 10 septembre 2006

Mes mesures de représailles

Tout se passe à peu près bien à Roissy. (En arrivant avec près de quatre heures d'avance, c'est quand même normal.) Quand je demande si le vol British Airways partira normalement, on prend l'air mi-étonné mi-courroucé pour me demander ce que je veux dire par là... Plus pertinente, l'explication sur les bagages : on me dit qu'il reste des bagages du mois dernier non encore restitués, qu'ils sont traités à part, mais que les nouveaux sont traités normalement (sous-entendu, en temps réel et à vitesse normale).
Et alors après, que faire pendant les deux heures qui restent ? Des achats (avec les restrictions connues sur toutes les formes de liquide...) ? Se plonger dans un livre, avec le risque de ne pas entendre d'importants messages concernant mon vol, la sécurité, etc. ? Je fais bien un peu de sociologie des voyageurs mais je suis vite dégoûté. Non, il vaut mieux s'abstraire. À moins d'être un homme d'affaire qui révise ses contrats ou envoie des courriels au prix de la wifi d'aéroport, il convient de se laisser glisser dans un mode d'existence atonique. Les droits acquis ne le sont plus vraiment (n'importe quel individu badgé peut vous donner des ordres), les services ne sont plus garantis (retards, dysfonctionnements, discourtoisie proche de la soldatesque), la temporalité devient arbitraire (et même quand aucun horaire n'est respecté, il est possible que l'avion arrive à l'heure) et l'espace se réduit (aéroport, puis zone d'enregistrement, salle d'embarquement, couloirs et place d'avion). Une fois la ceinture bouclée, le corps ceinturé à quoi je suis réduit (comme tout un chacun, ici) n'a plus aucun pouvoir de décision — cette vérité n'est pas nouvelle mais la façon de la ressentir s'accentue du fait des menaces et des mesures de sécurité. Dans ces conditions, même faire une photo des nuages survolés est au-dessus de mes forces...

J'achète quand même deux disques. Une double compilation de Christophe (à cause des bandes-annonces de