Journal LittéRéticulaire

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dimanche 30 septembre 2007

Quelques fleurettes dans un bocage

Dites ! C'est très joli, le bandeau d'@rrêt sur images ! Z'avez-vu ? Avec les têtes de quelques hommes célèbres. Et quand on passe la souris dessus, ça surbrille. Et quand on clique sur une des têtes, ça ouvre une page qui détaille, vidéos à l'appui, pourquoi la personne en question était heureuse de voir s'arrêter cette émission dérangeante.
Moi, je ne m'en lasse pas. Ce qu'ils sont en train de faire, mine de rien, à @rrêt sur images (maintenant que ça s'appelle comme ça), c'est tout simplement génial ! Déjà 15.000 abonnés déclarés, sur la confiance qu'ils avaient dans l'émission télévisée, avant le démarrage du site à pleine vitesse le 7 janvier 2008. Et déjà chroniques et enquêtes écrites rythment l'attente, souvent vidéos à l'appui, je le répète — de quoi embarrasser quelques anciens copains des médias et en stresser quelques autres pour l'avenir...

Il pleut, il pleut, il pleut — et c'est de ma faute. Je m'en suis souvenu ce matin. Il y a trois jours, je répondais à Laure qui m'avait envoyé des livres ; je la remerciais et j'ajoutais mon souhait qu'il pleuve afin d'avoir plus de temps pour lire... Franchement, est-ce que j'avais besoin de lui écrire ça ?
Eh ben voilà, c'est arrivé.
Voyant la grisaille, on est resté au lit.
Vers onze heures, je suis allé à l'Institut voir si je pouvais avoir deux billets pour Lady Chatterley. Et j'en ai eu.

Pierre Michon, Jacques Serena, Jérôme Gontier, Richard Morgiève, Antoine Volodine. Belle brochette ! Tels sont les noms des personnes dont j'ai enregistré les voix parmi celles que recevait Alain Veinstein cette semaine, dans Surpris par la nuit et dans Du jour au lendemain (à noter que cette dernière émission a enfin un bouton d'écoute unique ; depuis son décalage en partie au-delà de minuit et à cause de je ne sais quel problème technique, il y avait deux boutons correspondant aux deux parties de l'émission, ces deux parties n'étant d'ailleurs jamais au même niveau sonore, mais n'en parlons plus). Je les écouterai dans des trains.
J'ai un peu avancé mes notes sur L'Étranger. Pas vite. Vaut mieux pas.

Vers 16h30, on est allé à l'Institut et il y avait comme prévu beaucoup de monde pour l'une des deux seules séances de Lady Chatterley sans coupure au Japon (la seconde sera mardi à 18h30), qui plus est suivie ce soir d'un entretien avec Pascale Ferran. Le film qui sortira en salles (une ou deux) à Tokyo puis qui sera distribué en dévédé en version sous-titrée japonais sera amputé (châtré) d'une vingtaine de minutes, sans doute parmi les plus belles.
C'est un film qui prend son temps, mais prendre son temps est dans son propos. Parce que découvrir l'attirance réciproque puis l'amour puis la confiance quand on est de deux milieux très différents juste après la Première Guerre mondiale dans l'Angleterre corsetée et industrialisée, ce ne sont pas des choses qui se font en cinq minutes. Parce que montrer l'être humain qui essaie d'entrer en harmonie avec son milieu naturel quand il se sépare un tant soit peu de son milieu social, c'est une chose très difficile, qui ne se fait pas en filmant juste quelques fleurettes dans un bocage. Surtout quand on veut respecter une œuvre littéraire visiblement exigeante.
Pour le texte, je ne l'ai pas lu. Je n'ai donc pas à me poser la question de l'adaptation. Mais ce que j'ai vu ce soir, c'est de l'excellent cinéma, sans aucune réserve. Avec en prime Hippolyte Girardot campant un mari diminué par une blessure de guerre alors que je pensais à lui hier en évoquant le film d'Éric Rochant.

samedi 29 septembre 2007

Troupeau ayant passé mécaniquement le gué

Matinée ratée, commencée tard et qui n'a débouché sur rien. Je sais ce que j'ai à faire (lire des livres, préparer des cours, écrire de la correspondance), mais je n'ai pas l'esprit disponible. En plus, c'est déjà midi, presque. T. aussi se met à ranger et ça n'avance pas vite. Faut pas croire qu'on déprime. Mais on ne se remet pas facilement de la première semaine de cours. Ça laisse des traces, et d'abord en bordel dans la maison. Après, normalement, les semaines suivantes, c'est mieux réglé...
Le déjeuner au Saint-Martin nous remet d'aplomb, dans un rythme de samedi. T. prend le lapin à la moutarde, moi je demande daurade-frites et on échange à mi-assiette, c'est très réussi.

À l'Institut franco-japonais, première séance de la 12e Semaine des Cahiers du cinéma, dont Pascale Ferran est le thème central, avec L'Âge des possibles (1995). Salle à moitié pleine. J'imagine que ça sera bondé demain, pour Lady Chatterley...
Bien que réalisé en 1995, le film me laisse l'impression de parler des jeunesses des années 80. Même le Minitel, dont un des personnages use pour faire des rencontres, me paraît plutôt dater des années 80 que des années 90. Mais peu importe. Le film est bien accordé à mon humeur de ce matin, à la grisaille un peu fraîche d'aujourd'hui, premier vrai jour de l'automne à Tokyo.
C'est une mosaïque de courtes scènes et de rencontres croisées d'une dizaine de personnages qui ont tous leurs hauts et leurs bas mais qui doivent faire des choix pour avancer dans la vie. L'amour, ou ce qu'on s'en figure, les boulots pas gratifiants, la fin des études pas vraiment utiles, ça fait beaucoup de choses assez lourdes, et même des jeunes gens plutôt privilégiés par leur milieu social (ou surtout ceux-là, peut-être), avec quand même pas mal de joie de vivre et d'énergie, ont du mal à passer pas le trou de l'entonnoir pour se socialiser.
Si le film est agréable et bien fait dans le genre tranche de vie collective, l'idée d'un âge spécial pour un passage à l'état adulte me paraît piégée car elle sous-entend d'abord que tout le monde passe l'entonnoir plus ou moins au même moment, et surtout qu'une fois l'entonnoir passé, tout va aller comme sur des roulettes pour le reste de la vie. Alors qu'en fait à trente ans, à trente-cinq, à quarante, etc., beaucoup de gens continuent à avoir l'impression que des choix radicaux s'offrent à eux et que la vie peut encore partir dans une direction inconnue, bonne ou mauvaise — alors que d'autres sont dès l'âge de huit ans sur des rails dont ils ne sortiront que pour aller en bière. Pascale Ferran joue la tranche d'âge en caricaturant la synchronie des socialisations, qui deviennent ainsi des destins, et l'humanité un troupeau. Elle donne à un ou deux personnages une lucidité et une bonté d'âme qui provoquent d'intéressantes causeries mais en laissant un arrière-goût d'inanité à leur existence, à l'exception de celle qui décide de quitter la ville (Strasbourg) et dont la lettre filmée est un beau moment de cinéma. Non que l'inanité soit fausse, en tout cas c'est aussi ma vision de la vie, mais elle ne change rien à l'impression de troupeau ayant passé mécaniquement le gué. Dans mon souvenir, un film comme Un Monde sans pitié (E. Rochant, 1989) donnait une amertume plus parfumée à ces égarements de la jeunesse qui réfléchit (un peu).
Mais faudrait que je le revoie parce que des fois, le souvenir, hein...

À la médiathèque où je traîne un peu après le film, je suis littéralement happé par les premières pages du Dernier Monde de Céline Minard, récemment arrivé, et je repars avec, moi qui ne voulais surtout rien emprunter tant j'ai de livres déjà commencés.
En dînant, nous regardons Une Nuit au musée, film emprunté au vidéo-club, qui fait à peine sourire, dont on aurait pu se passer et qu'on ramène tout de suite après. Comparativement, oui, L'Âge des possibles, c'est du vraiment bon cinéma ! On peut critiquer, comme ci-dessus, mais il y a quand même une échelle de valeur à ne pas perdre de vue.

vendredi 28 septembre 2007

Le « je » gigogne de notre condition

« Je peux décrire comment ça se passe je peux c'est quand je cherche un mot ou un nom je sais que je l'ai connu mais je n'arrive pas à le faire venir chaque fois que je m'approche il s'éloigne il s'enfonce il tombe c'est comme un trou dans lequel les mots les uns après les autres s'engloutissent je m'efforce je descends je plonge vers eux pour les rattraper les faire sortir à la lumière mais beaucoup m'échappent beaucoup chutent dans le tourbillon je suis obligé de trouver des substituts je tourne autour je circonlocutionne je ne peux plus viser directement dans le mille » (Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître, p. 169)

Il y aurait une concordance à faire, un herbier littéraire de toutes les tentatives de formulation du mot sur le bout de la langue. Ici, la crainte d'une perte de mémoire plus conséquente, alzheimerement irréversible, évoque directement le travail d'écriture et ce que devient l'écrivain qui perd son acuité lexicale. À coup sûr, auteur, narrateur et lecteur se trouvent réunis dans le « je » gigogne de notre condition langagière.

C'est ce que je commençais à me dire en pédalant. De retour au centre de sport où je n'étais pas venu depuis cinquante jours, j'y retrouve intacts le plaisir de l'échauffement en lecture et la tranquillité de la salle des machines le matin (après 18 heures, c'est nettement plus bruyant et il faut attendre devant certaines machines).
Pour le déjeuner, je retrouve David au Downey, ce qui achève le cycle de la reprise. Après le mois passé en France, le sentiment d'élargissement des perspectives, des activités et des nouvelles rencontres, le retour à la normale (cours, réunions, collègues, sport, etc.) pourrait être déprimant, accompagné qu'il est par l'arrivée de l'automne. Mais au contraire, c'est un plaisir, au moins pour les premières semaines. Le plaisir du terrier, de se lover dans la gangue tiède d'où l'on était sorti très imprudemment, de retrouver ses marques familières et ne plus avoir à tout calculer. D'autant que s'amorce déjà la systole, les futures activités, les futures lectures, le programme de cinéma de l'Institut, le voyage de février-mars, etc.
C'est donc sans tristesse que j'achève mon dossier administratif de cet été en envoyant à un responsable de bureau ma communication sur Mérimée et mon rapport final sur la mission. Avec gratitude, plutôt, car l'université — dans un pays où le statut d'enseignant-chercheur est encore un statut honorable — m'a d'ailleurs octroyé des crédits de recherche et de conférence à l'étranger qui ont couvert, pour une personne, le coût du billet d'avion et du séjour à Cerisy.

Dans le train qui me ramène à Tokyo et avant de dîner indien avec T., je regarde un dévédé que David a eu la gentillesse de m'enregistrer mercredi soir : le troisième épisode de Petits Meurtres en famille que France 2 avait diffusé durant l'hiver et que TV5 Monde reprend ces jours-ci (j'ai vu les deux premiers épisodes la semaine dernière). Je trouve très distrayante et très réussie cette adaptation d'Agatha Christie dont la lecture me tomberait des mains. Et revoir Frédérique Bel (La Minute blonde) ou Grégori Derangère (Bon Voyage) ne m'est pas désagréable. Robert Hossein, en revanche, moins je le vois, mieux je me porte, et ça tombe bien parce que son personnage est déjà mort assassiné depuis le début — on cherche d'ailleurs qui a fait le coup.

jeudi 27 septembre 2007

Ça ne cloche pas, parce que c'est moebien

J'ai récrit quatre fois quelques lignes sur la Birmanie et puis je les ai effacées. Elles ne voulaient rien dire, ne servaient à rien. Sinon à écrire ce qui l'était déjà et à rendre pitoyable l'impuissance d'une pseudo compréhension. Comme si les quelques informations qui parviennent permettaient de savoir ce qui se passe. Et il sera trop tard quand nous pourrons comprendre.
Préférer une fin heureuse et incompréhensible — hélas peu probable.

Trois cours du jeudi et en supplément la première séance de préparation des étudiants qui partiront à Orléans en février prochain. Ils doivent se faire faire des passeports, énoncer leurs vœux pour les familles d'accueil et remplir des documents administratifs. Leur joie n'a d'égale que leur inquiétude devant ce gouffre béant qui s'ouvre devant eux : la France !

Au séminaire de cinéma, très bon accueil d'un film de cinquante ans. Après une quarantaine de minutes, je me suis retourné et j'ai pu voir que tous les yeux étaient grands ouverts, les visages captivés. L'Ascenseur pour l'échafaud fonctionne donc encore. Je craignais que le noir et blanc, le jazz et la relative lenteur du montage n'aient un effet soporifique sur des jeunes gens gavés d'intrigues superposées et ultra-rapides. Il faut croire que c'est le contraire qui s'est produit. On n'a vu que les deux tiers ; je me suis arrêté pile quand le flic (Lino Ventura) dit à la noctambule involontaire (Jeanne Moreau) qu'on recherche l'ancien para (Maurice Ronet) pour un double meurtre au Motel de Trappes... Comment tout ça pourra-t-il finir ?

La seule chose qui cloche dans ce film pourtant très rigoureux, c'est ce qui constitue la preuve ultime — psychologique — de la culpabilité : les photos du couple dans l'appareil miniature. Car qui a pu prendre ces clichés dans de tels moments d'intimité ? Un passant, un ami ? Peu probable. Un retardateur automatique ? Où aurait-on posé l'appareil dans un tel cadre de verdure ? Non, ça ne colle pas.
Ces photos viennent décidément d'un autre monde que celui de la fiction. Elles viennent d'avant la nuit, celle qui vient de finir et celle de la prison à venir. Elles viennent du hors-champ d'une réelle séance de photos destinée à fabriquer la preuve cinématographique du secret des amants, « là, quelque part, réunis », dit la femme prise dans le flagrant délit du bain de révélation filmé. Et donc ça ne cloche pas, parce que c'est moebien.

mercredi 26 septembre 2007

La catastrophe reste possible (large choix)

J'y crois pas ? Poésie sur parole du 23 invitait les Poivre pour parler de Desnos ! Jusqu'où faut-il descendre pour faire de l'audience ?

Ça me fait penser au bichonnage du (porte-monnaie du) lecteur, façon Chevillard, qui a bien raison :
« On lui passe tout. On le couvre d’attentions, de prévenances. Monsieur est-il confortablement assis ? Désire-t-il un cognac, un cigare ? Madame devrait peut-être jeter un gilet sur ses épaules. On est aux petits soins pour lui. Je parle du lecteur français contemporain, traité avec beaucoup trop d’égards (et bien peu de considération).» (L'autofictif, #6, 25 septembre)

Pfff !... Guère de temps pour la littérature, aujourd'hui. Cours (2) et réunions (2) se suivent. Déjeuner en espagnol avec David et un collègue bolivien. Dîner en anglais avec Andreas et Benoît (excellent izakaya dans le quartier de Motoyama, j'ai habité pas loin pendant deux ans et n'avais jamais eu l'idée d'y entrer...). Et faut encore que je (re)visionne Ascenseur pour l'échafaud avant le séminaire de demain...

Juste écrire, pour ne pas oublier, qu'hier soir, ne pouvant dormir, finalement, j'ai regardé Ce soir ou Jamais de lundi, qui portait sur la vie sur Terre dans trente ans. Vision convaincante et plutôt positive des démographes (Emmanuel Todd et Youssef Courbage), possible rapprochement des modes de vie sur la planète malgré les différences de religion, surtout du fait de l'aphabétisation des femmes, et puis grande capacité des hommes à inventer de nouveaux moyens de produire de l'énergie en préservant l'environnement — sur ce dernier point, je reste assez sceptique. Il faut d'ailleurs un Alain Caillé pour plomber l'angélisme et rappeler que la catastrophe reste possible (large choix). Géopolitique, finances et tout ça, mais surtout, selon moi, mauvais penchant des hommes à toujours porter au pouvoir des fous furieux façon Bush, Sarkozy, Poutine (liste non exhaustive) — ça, c'est mon pessimisme à moi.

mardi 25 septembre 2007

Faut être modeste. D'autres passeront.

Mon bureau n'avait pas changé. Tout a redémarré comme si je n'avais pas été absent un mois et demi. J'étais plongé dans la préparation des cours, pour la reprise, quand la secrétaire de notre département a frappé à ma porte. Elle venait me donner une enveloppe de France. Un livre, dont voici l'incipit tout à fait prometteur. Un grand merci à la personne qui me l'a envoyé. Question : de qui est-ce ?

« Il faut avoir connu Morlaix.
Ce qui y dégoutte de miroitement dans tout. Au centre, le canal et la promenade, ses petits muscles ronds en platane, les bornes doigtant les ciels dans les panoramas de vitreuse vitre et la chaîne courant qui saute peu. Trente kilomètres qu'on voudrait en ligne droite et la mer fait au bout une nuit cani de chicots gris-blanc.»

Le sentiment semble celui du jeune Rimbaud daubant Charleville dans À la musique... cependant pour « cani », je m'interroge...
Quelque chose du chien, peut-être (mords-les) ? Mais trêve... Le devoir m'appelle. Un cours de langue, où je m'aperçois qu'un collègue qui avait au premier semestre le groupe dont j'hérite aujourd'hui a omis de différencier voyelles et consonnes, base du choix d'élider l'article défini pour les mots commençant par ? Une voyelle. OK, vous suivez. Qu'a-t-il pu faire, six mois durant, sans ça. C'est comme une voiture sans la bougie ou la courroie de transmission. Il a dû pousser.
Second cours, de conversation, de troisième année, ce que c'est que l'ordinateur et l'internet, en français, avec des étudiantes très motivées. Ça va être un régal. De retour au bureau, je redémarre le blog dédié à ce cours. Ce qui m'occupe jusqu'à 20 heures.

Après le dîner, je perds un temps fou (pas complètement perdu) sur le blog Léo Scheer à lire des commentaires plutôt intéressants, puis à réviser un peu l'article Wikipédia de Camille Laurens. Je n'ai pas le temps d'ajouter du contenu mais je mets en français à peu près lisible les deux premiers paragraphes. Faut être modeste. D'autres passeront. Chacun sa petite pierre. À votre bon cœur.

lundi 24 septembre 2007

Mondialisée, elle aussi, la pitance

Me suis translaté de 350 km vers l'ouest.

Lisant Anna Moï, il y a quelques temps, j'avais appris l'importance cruciale de la mise en branle des moines dans les rues d'un pays bouddhiste. Aussi, dès qu'il a été question des défilés de Birmanie, j'ai pensé à une amplification possible, qui finirait par mettre le régime en danger. La réaction politique peut être un massacre, tout le monde le sait. Mais les massacres sont de plus en plus difficiles à cacher, et les amis politiques du régime birman sont peu nombreux.

Si vous doutiez encore de la nullité de Philippe Douste-Blazy, de Xavier Bertrand ou de François Fillon, l'état catastrophique de l'assurance-maladie — qui devait revenir à l'équilibre cette année selon leurs réformes — pourra vous aider à ouvrir les yeux sur la triste réalité de ces individus (deux des trois ont d'ailleurs amélioré leur position personnelle). Ceci pour faire suite à mes propos d'hier sur les paroles de Valérie Pécresse (car ce n'est pas de gaité de cœur que je parle de ces gens-là tous les jours).

Ça y est ! Le limaçon qui tentait de diriger le Japon depuis un an est remplacé. Yasuo Fukuda, de vingt ans son aîné, ne paraît pas non plus être un foudre de guerre — ce qui ne sera pas plus mal pour les relations avec la Chine (fortement détériorées par les visites à Yasukuni de Koizumi).
Quant à Shinzo Abe, il est à l'hôpital depuis une dizaine de jours, officiellement pour stress.

Il y a des jours comme ça, où l'actualité politique m'interpelle (quelque part, au niveau du vécu). Les médias nous donnent ça comme pitance. Mondialisée, elle aussi, la pitance. Ça nous évite de penser au temps qui passe. Et à la mort qui vient. Moi, j'aime d'autant mieux être distrait de ces pensées-là que de toute façon y penser ne permet pas de comprendre la mort, et encore moins de la conjurer. Raison pour laquelle je n'apprécie guère les écrivains, penseurs, artistes qui se focalisent là-dessus.
Je pourrais avoir de plus nobles distractions, alors.

À moins que la fréquentation d'Antoine Volodine (ci-dessus, chronique France Info du 22) ne finisse par me faire douter de la réalité d'une fin dans la mort... Ou que la maladie de A. ne m'évite de me souvenir de qui j'étais et qu'il faut mourir. Deux superbes façons de se défiler, non ? Mais à tout prendre, je préfère la première solution ; je ne voudrais pas laisser T. — merci, Olivia, de m'ouvrir les yeux.

« Il ne m'aime plus, quand j'arrive il ne se tourne plus vers moi, je m'approche il ne me regarde pas, je l'embrasse il ne réagit pas, je lui prends la main il proteste et la retire, je ne sais pas si je dois le laisser là ou le forcer à me suivre, il ne m'aime plus, je ne suis plus rien pour lui, il m'oublie, il m'efface de sa mémoire, c'est la maladie, je sais, mais ce n'est pas seulement ça, je me demande si on peut effacer par choix, si on peut profiter de la maladie pour se faciliter la vie, se libérer d'un poids, tout recommencer, dans un grand dénuement certes, avec des moyens restreints, mais tout recommencer quand même, avoir une vie légère, une vie nouvelle, une vie sans contrainte, une vie sans lien, une vie sans obligation, une vie sans histoire, pas une vie comme la mienne.» (Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître, p. 122)

dimanche 23 septembre 2007

Sans poulie, on combine

C'est donc également quand j'atterrissais au Japon, le 18 septembre, apprends-je par François Bon, qu'Éric Chevillard a lancé L'Autofictif, dont les premiers aphorismes retiendront assurément l'attention : « Vous publiez un nouveau livre, c'est le moment qu'attendaient impatiemment vos amis et plus fidèles lecteurs pour vous confier que le précédent leur est tombé des mains.»
Pour l'instant, je parlerais volontiers de chutes de cahiers. De là à dire que c'est un blog... On va dire que je radote, mais je persiste et signe. Un blog sans commentaires, c'est comme l'amour sans la sueur, du gruyère sans trous, un ascenseur sans poulie, on combine comme on veut — bref, du blog Canada Dry. Et je le redis à mes amis écrivains qui bloguent. Bloguer, c'est se coltiner les commentaires. Sinon, ça revient à balancer des éditos du haut de sa revue, comme l'ont toujours fait les intellectuels, en se coupant de la base.

Allez, ma journée ! Enregistrements de France Culture, retard presque rattrapé. D'abord la semaine d'À Voix nue avec Georges-Emmanuel Clancier — alors que je m'occupe de la galerie photo du colloque Mérimée et que j'écris le nom d'Anne Clancier dans certaines légendes... Puis quatre Jeux d'épreuves à la file, des bouts entendus à la volée, en faisant autre chose (comme les liens audio ne sont plus présentés dans les pages d'archives de cette émission, ce qui n'est pas le cas dans toutes, voici les liens pour aller directement écouter celles des 1er, 8, 15 et 22 septembre, au moins quelques mois encore).
Mais la parole du jour, je ne m'y attendais pas, revient à une universitaire émérite, spécialiste de l'histoire des luttes sociales aux États-Unis. Total respect, Marianne Debouzy !
« Il y avait aussi une autre dimension à ce combat [contre la torture, dans les années 1950-60], c'est qu'il ne faut pas oublier la façon dont la torture, la pratique de la torture a été niée par les politiques à l'époque, et les mensonges énormes qui ont été opposés à ceux que l'on a désignés du nom méprisant de « chers professeurs ». Et évidemment il a fallu plus de trente ans, plus de quarante ans pour que, finalement, il soit reconnu que nous avions dit la vérité. Et voilà aussi un aspect politique de la torture, c'est qu'on la pratique sans le dire et même en proclamant qu'on ne saurait faire des choses aussi barbares.
Antoine Perraud : — Donc il y avait là [...] un déni, une négation, voire une sorte de négationnisme. Et toute votre vie, vous avez, Marianne Debouzy, voulu combattre cette forme de négation.
Marianne Debouzy : — Oui. Je termine ma vie en me disant que je ne suis pas certaine, ni moi ni les autres, d'y avoir réussi et je me dis qu'avoir passé une partie de mon enfance sous Pétain, avoir ensuite subi Guy Mollet, pour terminer avec Sarkozy, je me dis : quel parcours ! » (dans Jeux d'archives du 22 septembre 2007)
Après ça, il faut du courage pour se farcir Valérie Pécresse au Rendez-vous des politiques d'hier. Elle ne dit pourtant pas que des conneries, mais faut voir après ce que ça devient dans les faits.

Les Poivre d'Arvor sont à la littérature ce que les Bogdanov étaient à la science-fiction.

Pendant ce temps-là, T. avait une réunion avec les copropriétaires d'ici et deux représentants du cabinet d'architecture du nouveau bâtiment d'en face. On leur reproche d'avoir mis fenêtres et balcons de notre côté et trop près, et bien sûr le mur de fer de trois mètres. Ils s'en sont pris pour leur grade, m'a-t-elle dit en substance. Ils ont dix jours pour rendre une réponse cohérente. Jusqu'à maintenant, ce n'était que borborygmes.
En fin d'après-midi, sortie à Yurakucho et Ginza. On cherche une housse de table à repasser, la nôtre est cuite, on dirait de l'amiante. Pas trouvé. On revient avec des plats traiteur pour demain midi, parce que pour ce soir...
Ah oui, c'est peut-être l'événement du jour ! Vers 13h45, on a entendu un sifflet sur deux notes. C'était un marchand ambulant de tofu (et non un marchand de tofu ambulant). Or, depuis que nous habitons ici, il n'est jamais passé de marchand ambulant de tofu. Nous sommes sortis illico pour en acheter, avons rencontré une voisine qui allait chez le coiffeur, à qui j'ai dit que justement j'allais y aller à trois heures, quelle coïncidence, mais sans doute pas le même, en tout cas je ne l'ai pas vue chez le mien. Et son tofu était très bon. Nous espérons qu'il repassera.

samedi 22 septembre 2007

Je suis à la tête d'un État qui...

« Je suis à la tête d'un État qui [...] Je suis à la tête d'un État qui [...] » — François Fillon en Corse l'a répété hier au moins trois fois. Les journalistes se sont intéressés à l'expression « en faillite » qui suivait l'une de ces anaphores. Mais Fillon n'est pas à la tête de l'État ! Que celui qui est chef d'un gouvernement, nommé par le Chef de l'État, se prenne pour le chef de l'État lui-même. C'est un lapsus étrange — calificatif, même. 

Ça ronronnait un peu, là, les premières émissions de Ce soir ou Jamais. Agréables, mais du convenu, finalement. Tout s'émousse, me disais-je hier... Mais la troisième ! (Celle du 19 septembre) Ah, superbe ! À voir toutes affaires cessantes ! Pourtant, ça commence mal, un extrait ridicule de François Hollande à La Rochelle pour entamer sur l'histoire révolutionnaire, puis un entretien lèchebottesque avec Christine Albanel (où est-ce que je pourrai faire ma com ?, avait-elle dû se dire quelques jours auparavant, bah tiens, chez Taddeï, service public oblige...). Et dans le débat qui suit, le piège, sans doute involontaire, qui consiste à demander à des politiques d'aujourd'hui ce qu'ils pensent du Che Guevara (comme Clémentine Autain et Xavier Renou). Oui, bon, le Che, une icône, une idée de révolte, un logo, presque une marque de fabrique, quoi ! Et puis la réalité de ce que fut le petit boucher, rétablie par Jacobo Machover (dommage que Patrick Deville ne soit pas là). Le débat est intéressant une bonne demi-heure mais finit par s'enliser quand les pro-altermondialisme ne veulent pas accepter la critique des égarements révolutionnaires (sous prétexte que quand on lutte contre de grands méchants oppresseurs il peut bien y avoir quelques bavures, et même quelques amis collatéralement torturés et fusillés). Et puis ils reconnaissent du bout des lèvres, ici et maintenant. Bien sûr, on leur fait remarquer qu'on ne les a pas entendu dire cela ailleurs, dans leurs tribunes habituelles. Alors l'erreur majeure, Xavier Renou tente une échappée, suivi par Clémentine Autain : invoquer un changement de génération. Les deux vieux, là (Jacobo Machover et Philippe Raynaud, donc), qui nous parlez de luttes anciennes, vous retardez, vous êtes complètement has been, laissez tomber vos vieilleries et regardez nos belles luttes d'aujourd'hui (et qui peuvent l'être, en effet, là n'est pas la question).
Et par là-dessus la douche froide de Camille de Toledo, tel une Marguerite Duras, douce et lente, qui mettrait les pieds dans le plat de ron-ron contestataire bien médiatique, et qui dit, en prime gratuite, tout le bien qu'il pense de L'Édition sans éditeur d'André Schiffrin et tout le mal qu'il pense, pendant qu'on y est, de la ministre de la Culture (dont les apéritives platitudes m'avaient énervé)... Oh, oui, il faut voir et écouter cela ! C'est ça, la rentrée !

Plus tard, à l'Institut franco-japonais, dans une salle assez remplie pour voir Love Streams (Cassavetes, 1984), cette chaleureuse coulée d'êtres malformés pour le bonheur, qui se débattent dans des conditions de luxe mais irrémédiablement tordues par le manque d'amour, qui usent et abusent de libertés dont ils ne voient pas le prix dans une Amérique aveugle. Cassavetes se permet tout : ne pas présenter ses personnages, ne pas motiver son montage, une hilarante ellipse de voyage en Europe, des tas de plans fixes pour du temps qui passe, des scènes oniriques réalistes et même une fièvre acheteuse d'animaux juste avant la tempête. Et tout lui réussit car même quand on ne voudrait vivre comme ça pour rien au monde, on finit par comprendre et aimer ces errants qui nous ressemblent tant.

T. est allée au sport, revenue mais pas à la maison, m'appelle pour la rejoindre prendre un dessert au Cozy Corner d'Iidabashi avec notre ami culturiste. J'emporte l'ordinateur portable pour leur faire tourner un diaporama Corse, Normandie et Bretagne que T. commente pendant que je m'enfile un parfait banane chocolat. Ce qui nous retardera le dîner. Peu importe.

« Toute la journée je suis enfermé avec des gens complètement idiots qui ne comprennent rien à ce que j'essaye de leur dire toute la journée à me démener pour sortir de là toute la journée entouré d'incultes qui me demandent de participer je suis plus à l'école dites le nom d'une fleur je suis plus un enfant et aussi le nom d'un fromage et aussi le nom d'un monument camembert c'est pas le nom d'un monument et d'une couleur camembert c'est pas le nom d'une couleur rouge c'est bien et le nom d'une pâtisserie train ce n'est pas le nom d'une pâtisserie train faites encore un effort vous allez trouver paris-brest oui c'est ça j'aime pas quand ils me félicitent et le nom d'un pays je me souviens pas travailleurs de tous les pays pas tous un citez-en un camembert non je les emmerde moi camembert j'ai pas envie de répondre à leurs questions j'ai pas envie d'être encouragé j'aime pas l'école je les emmerde camembert camembert camembert et j'encule la psychologue de service je l'encule et je l'emmerde et quand je le lui dis elle répond juste que je suis pas gentil et elle continue de sourire pauvre folle » (Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître, p. 91)

vendredi 21 septembre 2007

Critères QROQ

D'aujourd'hui, peu à dire, sinon que j'ai sorti mon vélo pour aller à la banque et faire des courses dans la matinée, que j'ai fini d'enregistrer les émissions du programme d'été de France Culture sur les années 60, puis deux Tout Arrive, l'un avec Richard Morgiève, l'autre avec Olivia Rosenthal, et qu'enfin nous sommes sortis en fin d'après-midi, essentiellement pour marcher, prenant prétexte de pain et de confitures à acheter chez Meidi-Ya pour prendre le métro jusqu'à Ginza-Itchome et en revenir à pied, non sans nous arrêter vers 19 heures dans un excellent restaurant régional de tonkatsu.

Pour la quantité et la qualité, j'aurais sans doute payé pour nous deux entre 50 et 60 euros à Paris. Or la facture de ce soir ne s'élevait qu'à un peu plus de 3000 yens, soit l'équivalent de 20 euros. J'ai souvent fait cette comparaison entre restaurants en France et au Japon, avec ce qu'on pourrait appeler le carré de critères QROQ :  qualité, régionalité, originalité, quantité — et non pour les mêmes plats puisque les différences de lieu, de culture et de disponibilité de produits ne permettent pas d'équivalence. Or depuis deux ans les résultats sont systématiquement à l'avantage du Japon : un même QROQ est moins onéreux au Japon qu'en France.
Ce qui signifie aussi que des Français qui viendraient maintenant faire du tourisme au Japon seraient doublement avantagés : d'abord par le change, l'euro s'étant apprécié de plus de 25 % en deux ans, ensuite par le QROQ à peu près à moitié prix. Reste encore l'avion et l'hôtel...

« Je vais faire la liste de toutes les maladies qui portent le nom d'un médecin : la maladie de Parkinson, la maladie de Creutzfeldt-Jakob, la maladie d'Alzheimer, la maladie de Hailey-Hailey [...] Il y a trop de maladies, beaucoup trop. Et il y a aussi trop de médecins. S'il y avait moins de médecins, certaines maladies ne porteraient pas de nom. On ne les connaîtrait pas. Elles flotteraient dans l'univers vague des maladies non identifiées et on pourrait ainsi être sûr de ne pas en être atteint. Alors que tous ces noms et toutes ces maladies et tous ces symptômes sont constamment autour de nous et nous menacent. Nous sommes menacés par les maladies et notre résignation est entamée, à un moment ou à un autre, par une peur sourde dont rien ne peut nous affranchir. Nous avons peur.» (Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître, p. 61)

« L'histoire des enfants, ça c'est aussi un élément important, je pense, qui est un peu humoristique mais je ne suis pas sûre que les gens l'entendent complètement. Mais il y a aussi une affirmation là-dessus, sur le jamais ou le toujours, j'ai des enfants, je n'aurai pas d'enfants, pourquoi est-ce que vous avez des enfants ?... Donc c'est vrai que j'ai voulu un peu déplacer les questions. Parce que d'habitude, on demande toujours aux gens pourquoi ils n'ont pas d'enfants quand ils n'en ont pas, parce que, voilà, c'est dans la nature des choses d'en avoir. Moi, je me suis dit que peut-être que la question qu'on devait aussi poser c'était pourquoi vous avez des enfants, donc. Et je pense qu'en déplaçant cette question, on va voir apparaître d'autres choses, sur la question de la transmission, de l'hérédité, qui ne sont pas celles qu'on a l'habitude de voir. Je pense que c'est aussi important que les livres posent des mauvaises questions, des questions qu'on ne voudrait pas entendre. Je pense que dans ce livre, je pose un certain nombre de questions que peut-être on ne voudrait pas entendre, mais moi, ça m'amuse de les poser et de donner des réponses complètement farfelues, mais bon, ça... » (Olivia Rosenthal  dans Tout arrive du 10 septembre 2007)

jeudi 20 septembre 2007

Le trou béant dans votre histoire

Le fascisme progresse.
Ne le voyez-vous pas venir, citoyens français ?
À pas de loup mais... précisément.
Le pouvoir en place parle d'e-ffi-ca-ci-té.
Le Parlement, les savants ne pensent que
Science, caméras, traces...
Et quotas. Et délais. Ça les connaît.
Oui, la génétique est efficace, nous le savons !
Mais...
L'efficacité a toujours été le pied de biche avec lequel les fascistes ont fracturé la dignité humaine.
Alors...
Qui inventera le compteur d'indignité ?
L'appareil qui grésillera sur l'humain baffoué
Comme un compteur Geiger
Comme de la peau qu'on incinère ?
Pour faire sentir l'indignité.
Et...
Quand les parlementaires, ceints de toute leur efficace, vous diront...
— Bientôt —
Qu'il est plus sûr d'éliminer les clandestins que de les renvoyer chez eux.
Que direz-vous, citoyens français ?
Ou bien, c'est que vous l'avez déjà, la maladie de A.
Le trou béant dans votre histoire.

*  *
*

Photos pour le colloque Mérimée. Comment faire la mise en ligne — il y en a près de 150 — sans y passer des dizaines d'heures ? J'essaie une page html classique, avec un grand tableau à plein de cases. Mais le chargement des photos d'environ 2,2 Mo chacune prendrait des heures... J'en reviens à la galerie photo que propose mon fournisseur, en php, mais qui n'accepte pas de photos de plus de 2048 Kb. Il faut donc les réduire une par une ? Ah, voilà un logiciel qui automatise l'opération pour une sélection de photos. Bon, on approche. Restera à télécharger sur le serveur, trois par trois, je n'ai pas le choix, et mettre des descriptifs. On verra demain si je peux finir...

Projection de presse à l'Institut : Ne touchez pas la hache (Jacques Rivette, 2007), que j'écrivais, encore plus proche de moi, touche pas la hache.... Plongée merveilleuse dans le XIXe siècle. Je ne croyais guère à la reconstitution historique, à l'adaptation d'un énième Balzac, ni à Guillaume Depardieu. En moins d'un quart d'heure, j'ai été aspiré en 1818, scotché par ce choc d'un survivant de l'Empire contre les manières Restauration, autre avatar du survivant qui n'a plus sa place, comme l'était le colonel Chabert. La puissance de la reconstitution provient de la façon dont les comédiens habitent le décor autant que leur rôle. Les cartons, les dialogues, les lumières, toute la mise en scène renforce l'incarnation.

Sortant de la salle mais pas encore du film, j'aperçois, dans la médiathèque, Christine — qui n'est pas sans faire penser à Jeanne Balibar... Nouvelles bonnes et nombreuses. Sur une future naissance. Sur l'exposition Antonin Raymond qu'elle préparait depuis plusieurs années et qui a commencée à Kamakura.

La Gloire de mon père, sur TV5 Monde. La première fois que T. et moi regardons un film en direct sur TV5 par l'écran de l'ordinateur... Film agréable, amusant, mais sans plus. On alors, c'est qu'on est fatigué.

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« Ce fut, dit-il, l'un des plus grands chagrins de sa vie. Honoré de Balzac était tombé amoureux de la marquise de Castries, qui recevait amis et hommes de lettres dans son hôtel du faubourg Saint-Germain. Abusé par les faveurs que lui accordait cette allumeuse, Balzac se vit un jour brutalement opposer "une froideur inouïe", et en fut mortifié. Consolé dans les bras de Mme Hanska, il dépeignit sa "cruelle aventure" dans une nouvelle, Ne touchez pas à la hache, qui se transforma en un récit, La Duchesse de Langeais. Et qui fut déjà adapté au cinéma en 1941, par Jacques de Baroncelli, avec Edwige Feuillère et Pierre Richard-Willm. Décidé à "transposer en termes cinématographiques l'écriture de Balzac : longues phrases coupées par des incidentes, changements de vitesse surprenants, façon de dire presque en passant les choses les importantes", Jacques Rivette filme ici, fidèle donc à l'esprit mais aussi à la lettre, l'histoire de ce drame passionnel en quatre actes.
1. Mariée à un duc invisible, Antoinette de Langeais attire le général de Montriveau dans ses filets de sainte-nitouche, attise son désir par des regards expressifs, câlineries de voix, gestes de coquette, tout en prétextant la bienséance mondaine pour se refuser à lui. 2. Rendu fou par ses dérobades, Montriveau kidnappe la duchesse au sortir d'un bal, la séquestre et menace de la marquer au fer rouge pour la punir, puis la libère sans passer à l'acte. 3. Emue d'être épargnée, la duchesse s'avoue éprise et prête à se déshonorer, mais c'est l'officier qui la snobe, persuadé qu'elle continue à l'ensorceler, pour ne rien lui céder. 4. Après s'être heurtée à la porte close de son virtuel amant, Antoinette de Langeais se cloître dans un carmel d'où Montriveau, repentant, va tenter de l'arracher...
Entre Rivette et Balzac, c'est une vieille histoire. Le goût des sociétés secrètes et des ténébreuses affaires, chez le cinéaste, que l'on trouve dès son premier film, Paris nous appartient (1960), que l'on repère ensuite dans Out One (1971), Le Pont du Nord (1982), Secret défense (1998), explique sa fascination pour l'Histoire des Treize tissée par le romancier, dont La Duchesse de Langeais est l'un des trois volets. Après ces sous-entendus de connivence avec les conspirations visant à abattre le pouvoir, celle par laquelle les insurgés napoléoniens de La Comédie humaine menacent l'aristocratie de la Restauration, celle des gauchistes de Mai 68 dans Out One, Jacques Rivette aura adapté Le Chef-d'oeuvre inconnu, où le peintre Frenhofer dénude son modèle, dans La Belle Noiseuse (1991).
L'ALCHIMIE DES PLANCHES
Ce constat machiavélique d'une déclaration qui, par deux fois (l'une venant d'elle, l'autre de lui) arrive trop tard, nous ramène à la manière dont Jacques Rivette a souvent dépeint le couple : un homme et une femme se livrant à un jeu dangereux, une guerre fatale, entre fausses vérités et faux mensonges, dont ils sont à tour de rôle la victime et le démiurge, et qui, lorsque l'énigme livre sa clé, se termine par la mort de l'héroïne, condamnée à ne plus être qu'un fantôme, ou ici "un poème". A la fois innocente et perverse, magicienne et prisonnière, manipulatrice et sadisée, "victime et tyran", comme l'écrit Balzac dans un autre récit, La Femme de trente ans, les héroïnes de Rivette (chastes, libertines, métamorphosées ou emprisonnées, comme Suzanne Simonin, la religieuse de Denis Diderot, en 1966) sont condamnées, quoi qu'elles fassent, à "une égale somme de malheurs".
Connaissant le goût du cinéaste pour l'alchimie des planches, l'exploration du rapport entre comédiennes et metteur en scène, on ne s'étonnera pas de le voir choisir un texte fertile en coups de théâtre : l'horloge déréglée provoquant le rendez-vous raté, le rideau noir du couvent se refermant brutalement sur la religieuse entrevue. Autant d'objets qui illustrent une censure à la sauvagerie de la pulsion (qu'il s'agisse de la fougue du soudard comme de l'élan de la femme mal mariée, prise à son propre piège, torturée par un sentiment jusqu'alors inconnu pour elle), et auxquels il faut ajouter cette hache à double sens.
L'IMBROGLIO OBSCUR
Via l'allusion à la décapitation du roi d'Angleterre Charles Ier en 1649, cet instrument barbare souligne en effet l'allégorie politique qui permet à Balzac de fustiger des valeurs désuètes et à Rivette de rejeter un ordre trop pesant. Mais il fait aussi allusion à la torture infligée par Antoinette de Langeais à son soupirant, auquel elle a fait perdre la tête : "Vous avez touché à la hache", chuchote Montriveau, en suggérant qu'elle risque fort de subir à son tour un châtiment corporel.
Ne touchez pas la hache est un film brûlant sur l'amour douloureux, la passion qui aliène. La mise en scène de Jacques Rivette est le plaisir de filmer des corps, celui de l'homme blessé ou celui de la femme captive, des enveloppes charnelles dévoilant l'invisible, l'art du masque et le révélateur de vérité, la façon dont le personnage s'arrange avec son propre scénario, son propre mystère ; et la façon dont l'acteur trouve le ton juste, loin des emphases, décors et costumes hollywoodiens, pour suggérer l'imbroglio obscur, la coïncidence entre ce qu'il est censé interpréter et ce qui lui appartient. La fragilité maquillée en provocations vaniteuses chez Jeanne Balibar, le douloureux vécu d'un obsessionnel empoté, claudiquant, chez Guillaume Depardieu.» (Jean-Luc Douin, dans Le Monde du 28 mars 2007)

mercredi 19 septembre 2007

Jamais à la cheville de celles d'ici

Me suis rappelé d'une belle expression entendue samedi dans la bouche de mon beau-père et concernant, comme une épidémie, la frénésie consumériste : la fièvre acheteuse. Quand on fait trop chauffer la carte bleue, je suppose... Mais on n'a rien dit sur la cure.
Je découvre ce matin que l'expression est déjà assez répandue, et prise en compte. Mes honorables lecteurs la connaissaient-ils ?

Rangements, transferts informatiques, courriers... Une reprise en main, quoi. Ce n'est plus vraiment l'été mais il fait quand même bien plus chaud et humide qu'à Paris. On s'habille comme en juillet. On mettra la clim' dans l'après-midi.
Déjeuner au Saint-Martin. Pendant que nous étions en Normandie et en Bretagne, Yukie était en Tunisie. Conséquemment, elle est aussi, voire plus bronzée que nous. Ce qui ne change rien à l'excellence — indétrônable — du poulet-frites du Saint-Martin.
Si je me souviens bien, j'ai pris quatre fois des frites en un mois, sans compter les molles et collées de Cerisy, la dernière étant au Café de l'Esplanade, et elles n'arrivaient jamais à la cheville de celles d'ici... Quel mystère se cache là-dessous ?

Enregistrement de 1966 et de la série des Nouveaux chemins de la connaissance sur la pornographie.

Message reçu tout à l'heure, de Daniel Schneidermann, via liste constituée après pétition de soutien à Arrêt sur images et que je rediffuse parce que j'aime parler des médias qui « détestent parler des dérapages des médias » et pour que ceux qui le souhaitent y adhèrent :

« Le saviez-vous ? Deux anciens dirigeants de TF1, Patrick Le Lay et Etienne Mougeotte, comparaîtront bientôt devant le tribunal correctionnel d'Alès (Gard), pour violation et recel du secret de l'instruction.
Le Droit de savoir (TF1) avait filmé, et diffusé, les aveux d'assassins présumés, devant les gendarmes.
Même TF1 ne peut pas tout se permettre !
Le saviez-vous ? La direction de l'AFP a dû modifier un titre de dépêche sur pression du cabinet de Xavier Darcos, ministre de l'Education. Il s'était un peu trop avancé sur une éventuelle réforme du bac ? Qu'à cela ne tienne, l'AFP change son titre.
Le saviez-vous ? Non.
Vous ne le saviez pas, parce que les medias détestent parler des dérapages des medias.
Voilà pourquoi nous avons décidé de recréer Arrêt sur images sur le Net : pour que vous sachiez comment les medias vous informent... ou ne vous informent pas.
D'ores et déjà, notre site provisoire vous attend (http://arretsurimages.net).
Et pour que nous puissions enquêter en toute indépendance, notre première source de financement, ce sera... vous.
En cinq jours, vous avez déjà été plus de 10 000 à vous abonner. Si ce n'est pas encore fait, abonnez-vous dès aujourd'hui (sur http://arretsurimages.net/abonnement). Plus vous serez nombreux, plus vous nous permettrez de construire un site définitif, indépendant et complet.
Egalement au sommaire de cette première semaine de notre site provisoire :
Pourquoi dit-on « on a gagné », mais « ils ont perdu » ? Sebastien Bohler vous l'explique.
Les 20 Heures de TF1 et France 2 ont prêté (sans complexe) leur antenne au déménagement médiatique (sans complexe) de la ministre Christine Boutin à Lyon. Si vous les avez ratés, ne manquez pas le montage - rattrapage d'Aurélie Windels.
Enfin, Elisabeth Lévy fâche (déjà) quelques uns de nos premiers abonnés en écornant l'icône Jacques Martin

mardi 18 septembre 2007

De l'essence de la chefferie

Atterrissage comme prévu à 6h40 (avec trois doubles consonnes, un cas unique).
Humidité sensible au sortir de l'avion, c'est le Japon. Ça pourrait être la Thaïlande ou Bali, mais c'est le Japon, et ça veut dire retour au boulot. Au contrôle de la douane, le dernier avant de sortir, on doit remettre un nouveau papier, distribué et rempli dans l'avion, et destiné à comptabiliser les produits contrôlés : tabac, alcool, etc. On a mis des zéros partout.
Dans les neuf dix heures du matin, déballant et faisant tourner une machine de linge pendant qu'on tient encore debout, je mets tout de suite en route le Total Recorder, en commençant par les Mardis littéraires du 28 août, notamment — essentiellement, devrais-je dire — avec Antoine Volodine. Intéressant Travaux publics du 14 septembre avec Patrick Bazin, de la Bibliothèque municipale de Lyon (avec les défauts inhérents à l'émission et à son sémillant présentateur). Puis série sur l'autofiction dans les Nouveaux chemins de la connaissance, début septembre.

Et puis... reprise de Ce soir ou Jamais, pile hier soir ! Frédéric Taddeï savait très bien que je ne pouvais pas être en France et voir son émission... On y parle de chef, de l'essence de la chefferie, avec Régis Debray, grand balanceur sur sa chaise conceptuelle, de Villepin qui radote son Napoléon tandis que Winock n'en pince que pour Clémenceau... Ça commence bien.
Je finirai demain, déjà le dîner m'appelle (nous avons sauté le déjeuner en dormant).

Une belle Fille comme moi (Truffaut, 1972), film que je n'avais jamais vu, sur TV5 Monde. Quelle liberté de ton ! Quelle originalité de tournage !

Au fait, vous ne trouvez pas que Marie Drucker ressemble étonnamment à Bernadette Laffont ? En moins garce, bien sûr.

« En répondant aux questions du Mini Mental State pour mesurer l'état de vos performances intellectuelles, vous perdez vos moyens, vous transpirez, vous confondez, vous ne savez plus compter. Vous avez une peur panique de vous tromper.» (Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître, p. 55)

lundi 17 septembre 2007

Ne meurt pas si tôt que le cheminot

Taxi à 7h15. Roissy à 8 heures. Pas de bouchon.
Je pensais qu'il fallait bien ça pour éviter les bouchons. Mais du coup, on est passé avant même que les bouchons ne naissent. Visitons une petite heure le terminal 2F, prenons un café, achetons quelques revues (Technikart du mois avec article sur Volodine). Enregistrement des bagages vers 9h45. Contrôle des passeports et scanners vers 10 heures, ça passe assez vite du fait de contrôles sans fouilles, on retire les ceintures mais pas les chaussures. Boutiques (dépenser peu, quelques chocolats). Embarquement par escalier et bus (comme le retour d'Orléans).

Dans l'avion, journaux et cinéma. En page 2 du Canard enchaîné du 12, ces propos, sous le titre "Le plus c... du Quai", qui me remettent dans le bain et amuseront assurément quelques amis :
« À propos du mouvement diplomatique qui est en préparation depuis des semaines [...]
Plus pittoresque : quand il a été question, lors d'un Conseil des ministres, de nommer ambassadeur à Berlin Bernard de Faubournet de Montferrand, un ancien conseiller diplomatique de Balladur, Sarko s'est écrié : "Vous n'avez pas pu trouver plus con ?"
Apparemment...»


Trois des films disponibles. Le Prix à payer (A. Leclère, 2007), très moyen. Lanvin s'enferme dans l'éternelle brute épaisse. Nathalie Baye se débrouille (contrepèterie).
Dialogue avec mon jardinier (J. Becker, 2007), excellent film, avec une superbe composition d'acteurs, surtout Jean-Pierre Darroussin. Derrière leur intrigue de façade, ces deux films mettent en scène une forme de communication entre classe bourgeoise et classe ouvrière. Le premier de façon grossière et désordonnée, qui ne mène nulle part ; le second d'une manière fine, intelligente et taillée pour une longue carrière. En effet, Dialogue avec mon jardinier s'inscrit hors du temps présent et laisse apparaître qu'un homme cultivé, bien nourri et dont le métier n'est pas trop fatigant ne meurt pas si tôt que le cheminot qui a eu un métier de force pendant une trentaine d'année — même si son régime spécial de retraite lui permet de jardiner à sa guise... (Amusant de voir comme l'éternel s'incarne parfois dans l'ultra-contemporain.)
Pur Week-end (O. Doran, 2007), amusant, sans autre commentaire.

dimanche 16 septembre 2007

Les honorer et les remercier, encore une fois

Grasse matinée préventive (qui n'empêche pas T. d'avoir un début de rhume) et rangement.

Déjeuner avec mon père à L'Atlas (couscous, tagine, etc.), restaurant mitoyen de la Tour d'argent.
Temps idéal pour promenade le long de la Seine, sur les berges. Beaucoup de monde, beaucoup de vélib, beaucoup de bronzeurs. Raccompagnons mon père à sa voiture vers 16 heures.
Jamais mis autant de temps pour traverser le pont Sully ! Mon père a une tendinite au talon, marche lentement, se gare toujours sur le quai Henri IV. On en profite pour admirer le paysage...

T. rentre pour se reposer et préparer le dîner, tandis que j'ai rendez-vous à la fontaine Saint-Michel avec Bikun, auquel se sont joint Anne et Dom. Reformons un carré comme à Tokyo il y a six ou sept ans... Mais seulement jusqu'à 19 heures, après avoir mangé des boules de glace et marché jusqu'au Luxembourg. Il faudrait du temps, on en voudrait, on n'en a pas.

Dîner japonais et quasi végétarien chez nos hôtes. Pour les honorer et les remercier, encore une fois. Pâte de poisson, tofu, algues, fines nouilles de blé, etc., tout fait l'unanimité, sauf le natto, qui par nature divise.

Le poids de chaque valise voisine les 25 kilos. Faut qu'on en mette plus dans les bagages en cabine. Et que ça reste portable... Ça nous fait coucher bien après minuit — notre dernière nuit à Paris. On se serre. On ne pleure pas.

« Faites un exercice.
Quand vous êtes sûr que c'est la dernière fois que vous voyez quelqu'un, prononcez, non comme une injonction mais comme un constat, cette phrase dans votre tête : je ne le reverrai jamais.» (Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître, p. 43)

samedi 15 septembre 2007

Mignon, mou, kitsch, rose, plastique, voire attendrissant

Moi, je n'aurais même pas consacré deux lignes à Roger-Pol Droit...

Surtout pas ces jours-ci — à peine le temps d'écouter un bout d'émission radio qu'il faut se préparer pour les rendez-vous du jour, sachant qu'il ne nous reste plus qu'aujourd'hui et demain. J'en profite pour présenter mes excuses aux amis et connaissances que je n'appelle pas ou auxquels je ne parviens pas à fixer rendez-vous. Il n'y en a pas des centaines, non plus, mais dès que les rendez-vous s'accumulent, j'ai l'impression de marchandiser et de consommer l'Autre, sans respect de sa spécificité ni sas de considération de notre relation. Alors ce sera pour une prochaine fois, on va s'écrire, se dire que c'était dommage, je ferai valoir que nous n'avions, T. et moi, que trop peu de temps à Paris, cette fois. D'ailleurs nous ne sommes allés ni au cinéma ni à aucune exposition ni rien...

Quelques affaires qui peuvent rester en France dans un sac et nous partons à Choisy-le-Roi pour déjeuner en famille. C'est maintenant comme si ma sœur cadette nous recevait chez elle. Elle refait l'appartement familial et notre mère, plus souvent à la campagne qu'en région parisienne, ne retrouve plus ses plats. Jeu de générations, qui chez nous se passe plutôt bien. La première sœur est maintenant à Lyon, moi au Japon. Il devient de plus en plus difficile de se voir tous ensemble. Mais c'est normal. En revanche, je suis plus inquiet pour notre grand-mère qui a perdu son chien il y a deux ans. Elle s'ennuie. Elle en voudrait un autre. On le lui refuse jusqu'à maintenant au prétexte qu'après sa mort (celle de ma grand-mère), on se retrouverait avec le chien sur les bras. Je proteste mais suis à l'évidence mal placé puisque ce n'est de toute façon pas moi qui m'en occuperai...

Brèves courses rue Mouffetard. Puis Pyramides (et re rive droite, que de folies !), rue des Petits-Champs, chez Kioko, Alimentation japonaise, où Titine et sa fille J. nous rejoignent. T. conseille et prépare en même temps pour le dernier dîner, qui sera japonais. Au restaurant Taishoken, puisque nous passons devant, T. signale un passage de L'Élégance du hérisson, quand M. Ozu invite sa concierge à manger une soupe de nouille et des gyozas. J'ajoute qu'une affiche du film Tampopo serait aussi du meilleur effet...
Marche tranquille jusqu'au Louvre, traversée du Pont des Arts, envahi d'avachis buveurs bien sapés. Des qui-s'y-croivent, comme on disait... Même pas des qui-se-la-pètent, ce n'est pas le lieu, mais qui croient du dernier chic mondial de squatter la passerelle dans le couchant en picolant une bouteille de vin rouge. Sans doute des Américains, dira Alain.

Car c'est bien à la rencontre improbable et merveilleuse de T. et d'Alain Sevestre que je participe au Mazarin. Le JLR l'avait eu comme lecteur, commentateur virtuel qui franchit ensuite la barrière du réel en m'envoyant un livre, qui me plut et m'incita à en lire d'autres, citer et commenter, jusqu'à se voir, un jour, près de l'Odéon, timidement.
Mais ce qu'on attend de la littérature n'a rien à voir avec la réalité des personnes qui écrivent. Et plus l'on est exigeant avec le style, moins on est capable d'apprécier que l'auteur soit n'importe qui, un(e) beauf, un dragueur, un vieux beau, un suffisant, ou leur version au féminin, un(e) hystérique, etc. Et si la personne déçoit, sa littérature déchoit — en tout cas, pour moi, c'est comme ça que ça se passe. Et la réciproque, ce que c'est pour lui de me rencontrer, ce n'est pas à moi d'en parler.
Mais rencontrer T., c'est aussi rencontrer un personnage du JLR et traverser l'illusion d'un miroir textuel.
Au vin, nous avons brisé la glace avant de dîner, beaucoup parlé de littérature, un peu de blog, puis beaucoup de Japon, notamment de la difficulté de cerner par l'exemple le champ lexical du kawai — beau, brillant, mignon, mou, kitsch, rose, plastique, voire attendrissant à contre-emploi, comme on peut parfois dire d'un sumo ou d'un vieillard.

« Sur la piste de ce que je viens faire ici, sur ou dans votre blog, aujourd'hui, dimanche, après avoir voté comme vous (non mais !) arrivèrent quelques raisons douteuses, évidemment. Ne nourrissant nul journal de mon côté, je me disais depuis plusieurs jours allons écrire ce que je fais ou ne fais pas ici, c'est un bon endroit, digne, chaleureux, plein d'intelligence partagée. Chaque jour, je serais venu parasiter ces pages, comme un sous-blog qui, avec les semaines (je m'en exagérais tout de suite l'impact), aurait épaissi, gangréné l'ensemble. Bon, je ne sais pas.
Le temps me manquerait. Je vais continuer de lire et de vérifier vos scores au ping-pong, pour le moment.
Bon dimanche » (commentaire signé « Alain », le 29 mai 2005)

vendredi 14 septembre 2007

Vacances, exposées plein web

Sortie de tunnel. Depuis près d'un mois, j'avais sans arrêt devant les yeux l'enchaînement presque automatique des jours, préparé de longue main, et dont je ne pouvais m'écarter sans mettre en péril tout l'équilibre restant. La Corse, puis la Normandie, puis la Bretagne, puis le retour à Paris et la journée de service bloquaient toute marge de manoeuvre. Raison pour laquelle je n'avais même pas essayé de téléphoner à des amis, ni à ma famille —  ce que je fais ce matin pour prendre des rendez-vous selon les disponibilités de chacun, sachant que je ne suis pas en position de faire le malin, après toutes ces vacances, exposées plein web.

Avec T. à la banque, discussion sur mes petits placements (réellement petits) et mise du compte à nos deux noms, ça peut toujours être utile. Bus 87 pour École Militaire. On est en avance pour notre rendez-vous, découvrons la rue Clerc, qui ressemble étonnamment à la rue Daguerre (largeur, longueur, inclinaison, ambiance, mélange boutiques & restaurants). Arrêt à la maison Mary, spécialisée dans le miel depuis 1921. On prend du pain d'épices (pour comparer avec celui de Titine le mois dernier).
Retrouverons Marguerite et Jacques au Café de l'esplanade, au coin des Invalides. Pas vus depuis un certain jour de Tokyo, pas si lointain, où nous les avions menés acheter du thé vert. Beaucoup à se dire tout de même sur les voyages, les retours à Paris, les familles, la politique, un peu. Pour des prix somme toute raisonnables, la qualité des produits est remarquable : mes haricots verts en salade sont encore croquants et vert foncé, les légumes grillés de T. sont goûtus à souhait, etc. Le chic de l'endroit et le comportement de m'as-tu-vu de certains clients m'avait fait craindre un endroit surfait mais il n'en est rien. Quand nous finissons, des rugbymen arrivent (on les reconnaît à leur carrure), des supporters, en fait. Pas de la France, évidemment.

Quittons nos amis et rebroussons par la rue de Grenelle, de sorte que nous l'aurons vue intégralement. Façon de découvrir une ville, aussi : suivre une rue, un axe et voir, sentir les différents quartiers traversés, les ambiances. Arrêt à la librairie Gallimard. Dans les bacs extérieurs, T. trouve un ancien numéro de la revue Commerce dans lequel il est question de Guez de Balzac. À l'intérieur, elle me demande de lui montrer les livres d'Alain Sevestre, ce que je fais volontiers, lui en sortant cinq (que nous n'achetons pas puisque je les ai déjà tous). Près desquels nous trouvons, de chez Omnibus, les Contes de Perrault dans tous leurs états, qui semble une excellente compilation. Près de la caisse, je m'ajoute le Livre blanc de Philippe Vasset et nous voilà repartis.

Jusqu'à la maison où nous posons quelques affaires avant de repartir côté Butte-aux-Cailles pour rencontrer à l'apéritif Scott Carpenter, son épouse et sa fille, en leur appartement parisien. Discussion sur colloque Mérimée, autres aspects de nos recherches, vie en pays étranger, nos expériences contrastées mais convergentes, adaptation à la vie parisienne, le sabotage de leur direction de voiture il y a vingt ans en Corse, des recherches informatisées en cours...
Dînons ensuite simplement, T. et moi, au Canari, tout au bout de la rue Monge, en face de feu Le Physicien.

« Les écrivains sont souvent superstitieux. Ils n'aiment pas raconter des événements épouvantables bien qu'entièrement inventés, de peur que la fiction ne finisse par rejoindre la réalité et que, par on ne sait quelle opération magique, ce qu'ils pensaient être le seul fruit de leur imagination ne se produise dans leur existence même. Les écrivains sont souvent superstitieux. Je connais même une étude universitaire très sérieuse sur ce phénomène qu'on peut appeler sens de l'avenir, prédiction ou propension inconsciente à calquer sa vie sur celle de personnages que l'on n'a forgés de toutes pièces.» (Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître, p. 33 —  j'ai moi aussi eu l'occasion d'évoquer ce livre de Pierre Bayard, bien que je ne l'aie pas lu...)

jeudi 13 septembre 2007

Ne compense pas le service calamiteux

Journée de service (malgré l'été indien).
Participation au jury d'oral de sélection des candidats au Master professionnel de lettres appliquées aux techniques éditoriales et à la rédaction professionnelle de l'université Paris 3 - La Sorbonne nouvelle. C'est un master 2. Il y a quatre équipes de jury, je fais équipe avec un éditeur de (30 ans de) métier. Nous recevons 7 candidats le matin et 6 l'après-midi, idem pour les autres équipes. Les candidats ont déjà été sélectionnés sur dossier, puis épreuves écrites. Certains ont déjà fait un master 2 ailleurs. C'est la phase finale : motivation, adéquation au projet personnel, déroulement des stages déjà effectués sont les éléments auxquels nous devons être les plus attentifs.
Entre les deux sessions, nous allons dans un petit restaurant nommé l'Olivier, près de l'hôpital des gardiens de la paix et de la clinique du sport, que je dirai moyen et dont le patron est assez peu sympathique. Le self de desserts ne compense pas le service calamiteux.

Vers 17 heures, les jurys se retrouvent pour fusionner leurs notes et discuter de la liste d'attente et des cas limite.

Rive droite (non sans hésitation quand le 27 franchit la Seine).
Rue Saint-Anne à la nuit tombante tu, avec T., J. et sa copine Tara (13 ans chacune) pendant que leurs parents sont de sortie... On essuie les plâtres d'un nouveau restaurant japonais, le Taishoken. Soupe japonaise (ramen) et raviolis chinois grillés (gyozas), elles adorent. Il n'y a que ça sur la carte et c'est bien fait. Amusement de voir deux jeunes filles dans leurs premiers maniements publics de baguettes (J. s'était entraînée en Corse et ça se voit). Les nouilles et le miso leur plaisent. La ballade en bus aussi. Pour le retour, on marche jusqu'à la Seine, l'arrêt de bus devant les guichets du Louvre.

« La tristesse est un état qui ne me quitte plus, je suis triste continuellement comme si cela faisait partie de mon tempérament. Pourtant quelque chose me dit que dans le passé j'ai été joyeux, j'ai été souriant, j'ai été content. Pourquoi faut-il aujourd'hui que je sois triste ? Je ne crois pas me souvenir d'un seul motif que j'aurais de l'être et pourtant je le suis, je suis triste, je suis triste continuellement. C'est une tristesse informe, inadéquate, qui n'adhère à rien, à aucun événement précis, c'est une tristesse de fond pourrait-on dire mais une tristesse qui, je le sens confusément, n'est pas la mienne. Elle occupe ma personne et s'en empare mais moi, je le sais, je le sens, moi, je ne suis pas triste, je ne l'ai jamais été.» (Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître, p. 30)

mercredi 12 septembre 2007

Près d'une heure à lire

Matinée courrier et téléphone.
Après déjeuner, sortons marcher dans Paris (où le beau temps est revenu, en fait je ne crois pas qu'il ait jamais fait mauvais...). T. n'est pas très en forme, on avance petitement, on envisage peu d'activité.
Librairie Compagnie pour un livre à lire de suite. Celui d'Olivia Rosenthal.
Café Soufflot (logo de wifi gratuit, à essayer un autre jour). On y reste près d'une heure à lire, discuter et regarder les passants sur le trottoir, les créneaux souvent ratés des voitures.
Jardin du Luxembourg, énormément de monde. On y reste près d'une heure à lire, discuter et regarder les passants qui descendent l'escalier.
Rue de Vaugirard, quiches intéressantes aux Saveurs de Pierre Émile. On n'en a pas pour une heure à choisir quatre parts de diverses compositions pour ce soir. Retraversée du Luxembourg et retour.

« Ce livre a pour but de m'accoutumer à l'idée que je pourrais être un jour ou l'autre atteinte par la maladie de A. ou que, plus terrible encore, la personne avec qui je vis pourrait en être atteinte. Mais, en même temps que j'écris cette phrase, je me refuse à admettre une telle éventualité et tout mon esprit se rév