Journal LittéRéticulaire

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vendredi 29 février 2008

La journée sans maquillage

Départ à 7h30 du parvis du théâtre. Le père d'une des familles d'accueil nous dépose au lieu de regroupement, devant le bâtiment de la Médecine préventive du campus. Nous savons déjà qu'une de nos étudiantes aura une heure de retard... L'attendons tranquillement. Me doutant de sa honte, se sachant attendue par les trente autres, je vais au devant d'elle à l'arrêt du tram. Finalement, personne ne la chambre sur sa panne d'oreiller. Son supplice est simple : elle passera la journée sans maquillage.
Notre bel autocar s'ébranle donc vers 9 heures et prend la route de Blois et de Tours, qu'il quitte pour aller sur Chenonceau.
La pluie, assez forte dix minutes plus tôt, laisse place à une belle éclaircie de plus d'une heure. La visite se fait maintenant avec un ipod vidéo pour chaque visiteur qui le souhaite, en japonais pour nos étudiants, calé sur le parcours de 45 minutes. En français, la narration est assurée par Michaël Lonsdale, un must. Outre les tableaux, tapisseries, meubles qui rendent le château compréhensible (ce qui n'est pas toujours le cas, à Chambord, par exemple), d'énormes bouquets de fleurs rendent la visite vivante, odorante, colorée.
Les étudiants se croisent, échangent parfois quelques mots, mais chacun reste à l'écoute de son audioguide, concentré. Rien à voir avec les visites en groupe, automatiquement divisé en sous-groupes qui jouent immanquablement à cache-cache, à chat, à courir en criant, etc.
De plus, tout le monde finit en même temps.
Quittons Chenonceau pour Amboise, une trentaine de minutes de route. Liberté deux heures, pour manger, visiter, se balader, faire des achats... Pour le chauffeur, notre accompagnatrice du SRI, T. et moi, ce sera déjeuner chez Hippeau puis promenade dans les ruelles. Pâtes de fruits chez Bigot avant de remonter en car, non sans avoir photographié la fontaine Aux cracheurs, aux drôles, au génie conçue par Max Ernst (et réalisée en 1968).

Et la croisière s'amuse, maintenant errante dans les vignobles taillés et nus entre Vouvray et Chançay, sur une route de deux mètres de large. Paysages impensables et fascinants pour les étudiants avant de trouver l'exploitant à déguster. Visite des caves troglodytes à température quasi constante, dégustation, explication des processus jusqu'à la vente dans le petit magasin. La plupart des étudiants achètent une ou deux bouteilles, presque tous pour l'offrir à leur famille d'accueil.
Retour à la Médecine préventive à 18h20.

Comme T. n'est pas du tout fatiguée par ce périple, je réserve chez Eugène. Qu'on voie un peu ce que c'est que la grande cuisine. Une entrée pour deux, des noix de saint-jacques aux dattes et jus d'agrumes. Pour T., des roulades de sole farcies, un peu trop salées (on le dira). Pour moi, râble de lapin farci au foie gras, le meilleur plat mangé depuis des mois. Les desserts sont encore plantureux, que ce soit les cannelés au chocolat de T. ou mes figues rôties sur financiers.

Pour Nathalie Heinich (ou contre), voir ici, en février 2007.

jeudi 28 février 2008

Transformation du monde littéraire

De nouveau au campus en matinée en 20 pour régler des questions administratives. T. travaille à la maison sur sa reprise de cours d'avril. J'appelle mon père, qui ne sera encore pas opéré aujourd'hui.
Déjeuner officiel avec responsables du SRI et de l'IDF à l'Agora (restaurant du personnel de l'université, quand même autre chose que le Forum, resto des étudiants, juste au-dessus).

Retour et lecture de Volodine.

« Sur la table trônaient une machine à écrire et un plateau avec une théière et un bol. Les papiers abondaient. Certaines pages étaient constellées de caractères chinois, d'autres non. Des cartons d'épicerie servaient à remiser des liasses ou des vêtements, des livres, de la nourriture. Sur le sol de béton, sous le lit, journaux et cahiers s'empilaient. Il y avait des cafards immobiles entre les tas, qui avaient dû mâchonner le poison des sucreries anti-cafards, omniprésentes. Tout exhalait un parfum de cellulose dégradée, de vieille patemouille. Tout poissait.
Les feuilles manuscrites ou dactylographiées gisaient sous la luminosité avare, dans cette atmosphère de sauna pour gueux, et, amollies par les remugles, elles semblaient mornement attendre qu'un homme veuille bien choisir telle ou telle et s'emparer d'elle et la parcourir, l'explorer en tous sens et avec férocité, puis la restituer à l'ombre.»
(Antoine Volodine, Le Port intérieur, Paris : Minuit, 1995, p. 32-33)

François Bon appelle, qui avait à faire aujourd'hui à Orléans. Nous nous retrouvons devant le Carré Saint-Vincent, le théâtre, tout proche de notre résidence. Il peut enfin rencontrer T. Il pensait l'avoir déjà vue à Tokyo mais c'était assurément quelqu'un d'autre puisque T. certifie n'avoir jamais rencontré François (de toute façon, c'est d'avant le JLR et donc invérifiable).
Le Café du théâtre propose quelques breuvages d'origines diverses et équitables. On cause situation économique et morale des auteurs, transformation du monde littéraire. 
Puis il a rendez-vous, pour publication prochaine, avec un jeune auteur, fort sympathique, également animateur littéraire en radio locale.
Quand nous les quittons, je m'aperçois que depuis deux semaines j'ai complètement oublié l'existence de France Culture, ni écouté ni enregistré une seule émission. La disponibilité hertzienne de la radio est presque inutile, quand on est occupé et sans horaires fixes, ce qui est notre cas quand nous sommes en France.

Après les courses pour le dîner, allons nous dégourdir les jambes vers le centre-ville. Nos pas nous portent à la FNAC dix minutes avant la fermeture. Y entrons pour voir les étalages de livres. On se croirait dans le rayon d'un hypermarché tellement c'est banal et mal présenté.

mercredi 27 février 2008

Je reviendrai pour essayer ses cuisses

L'autre jour, le 20 s'est tiré. Mais ce matin, avec Takeshi, je le chope et nous sommes au campus un quart d'heure après.
Discussion avec les responsables de la formation, faire le point à mi-parcours.
Retour en ville pour déjeuner avec T. à l'Oxalys, enfin. Très bon bœuf (entrecôte et onglet, il n'y a pas d'agneau). Je ne sais pas pourquoi mais cet endroit, au coin des arcades, il est pour moi. Peut-être y ai-je déjà vécu, dans une autre vie.
Ceci dit, on a eu des voisins du dernier vulgaire, surtout lui, avec son pied plâtré, toujours à parler procès, grosses sommes, stock, depuis qu'il a repris le magasin de ses parents il y a dix ans, les bénéfices qu'on n'a pas faits cette année et pourquoi. Salissant pour les oreilles, les miennes en tout cas.
Promenade bords de Loire jusqu'à l'Hôtel Mercure. Passage rue Creuse, chemin des samouraïs...

Lecture tranquille, fin des Peines perdues, qui pour moi ne le sont pas.
« Le commissaire Jean Brossin, assis à son bureau, regarde le fauteuil vide devant lui. L'amnésie du père s'appelle maladie d'Alzheimer, celle de la fille s'appelle comment ? Un blanc dans l'histoire. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Un puits sans fond. Il passe la main sur son menton. Le temps a poussé. La vie pousse. Il passe la main sur ses cheveux. Le code pénal grand ouvert ne parle pas du délit d'oubli. Un puits sans fond où dégringolent des cadavres. Il n'a pas de témoin, pas de preuve, que des billes de plastique dans un vieux paillasson. Une affaire minable.» (Emmanuelle Peslerbe, Peines perdues, p. 115)

Je ressors pour dîner avec l'ensemble du groupe à l'Étoile d'or, place du Vieux-Marché, ouvert spécialement pour nous. Paëlla au menu, comme à Valencia. Pour chaque table de 8, il y en a au moins pour 20 Japonais. Discussion avec nos étudiants, naturellement bavards, tous enchantés de leur famille, certaines un peu plus animées que d'habitude par la sangria. Une formatrice d'Orléans qui nous accompagne nous certifie que le niveau est excellent, supérieur à l'attente...
Au dessert, je discute un moment avec la patronne. Je veux en avoir le cœur net. Après l'avoir complimentée sur sa paëlla, lui avoir promis que je reviendrai pour essayer ses cuisses de grenouilles, je lui demande pourquoi il n'y a pas d'agneau à la carte, ici comme ailleurs dans cette ville. Elle me répond très gentiment que c'est parce que c'est devenu trop cher. Ah...

mardi 26 février 2008

C'est lui qui salissait son espace

Notre capacité à enfoncer x fois une aiguille dans du cuir étant quasi nulle, malgré notre bonne volonté, nous partons sous une pluie fine à la recherche de LA boutique de retouches cuir d'Orléans. En chemin, j'indique à T. le magasin Badinier, où j'ai trouvé en 2006 une valise avec l'aide d'Antoine Volodine (il est d'ailleurs question de le voir ces jours-ci). Elle y achète un parapluie pliable et léger et se renseigne à son tour sur les grosses valises, sur lesquelles nous recevons à nouveau d'excellents conseils. Enfin, nous déposons la capuche en cuir qui sera réparée samedi.
Passons à la Médiathèque, j'indique à T. lieux et horaires pour le fonds ancien. Déjeuner rapide au Grand Martroi et retour Médiathèque pour fructueuse discussion avec bibliothécaire concernée. Rendez-vous jeudi par téléphone avec la spécialiste qui reviendra de congés.
Retour et lecture de Peslerbe, un peu comme on lirait du Pinget. Moi, c'est Le Littéraire.com que je jette. Y'a pas photo.

Avec mon collègue, sommes invités à dîner dans une des familles d'accueil de nos étudiants. Derrière le Zénith, en tram. La pluie s'est arrêtée. Très bonne ambiance. Assurance que cette étudiante fera d'importants progrès en français. On nous ramène juste avant minuit.
D'ailleurs, pas de photo.

« Elle faisait le ménage tous les jours parce qu'il le fallait, absolument. Impérativement. Les choses ont changé depuis la mort de son père parce que c'est lui qui salissait son espace.
C'est lui qui salissait mon espace.
Le commissaire admet qu'une personne de plus dans un appartement exigu donne du travail sur le plan logistique. Entendu. Mais de là à rendre un lieu vierge de toute trace de vie, il y a un monde. Il lui demande si ce ne serait pas juste pour ce jour-là, qu'elle a tout nettoyé, le mercredi, celui du meurtre. Pas pour les traces laissées par son père, mais pour les siennes.
Elle écoute à peine. Les mots prononcés résonnent dans sa boîte crânienne comme contre les murs du Jeu de paume. Un espace vide.
« Le mercredi du meurtre.» Des images défilent. L'été chez grand-mère. Papa et son frère Jacques préparent le feu pour les grillades. Les doigts courts de l'oncle palpent les morceaux de viande. Dégoûtant. La chair molle et suintante se laisse déformer sous la pression. Cette matière informe est alors déchue, dégradée, sans plus de lien avec son apparence originelle. Les hommes transpercent les morceaux pour en faire des brochettes. La viande reprend corps, ainsi transfigurée, devient une brochette. La résistance de la chair au transpercement varie d'un morceau à l'autre. S'agissait-il du même animal ? La voix du policier se fait à nouveau perceptible.» (Emmanuelle Peslerbe, Peines perdues, p. 80-81)

lundi 25 février 2008

Arabesques verbales assez pré-électorales

Matinée à l'appartement comme si on était au bureau. D'ailleurs, il pleut. En face, dans les locaux de la banque, c'est réunion de travail de 9h30 jusqu'à midi et demie. Doivent nous voir comme on les voit. Avant de sortir, on déjeune avec ce qui nous reste Une ou deux courses à faire, mais pas mal de magasins fermés le lundi. On se sépare quand je vais au campus. T. rentre à la maison, on se retrouvera pour la...

Réception du groupe à l'Hôtel Groslot, annexe de prestige de la mairie d'Orléans et ancienne mairie dont la restauration vient de s'achever. Encore du très beau travail. Qui sera rappelé dans le discours officiel, avec tous les remerciements d'usage, nos étudiants comme pris en otages, debout plus d'une demi-heure, incongrus dans les décors armoriés, indifférents aux congratulations institutionnelles, certaines arabesques verbales assez pré-électorales.
Puis pot et visite informelle des lieux, en sympathique compagnie.
T. nous a rejoints dans la cour, au moment des photos sous une statue de Jeanne d'Arc, en chaussures de Ginza (les pieds ont enfin apprivoisé les souliers). Dans l'Hôtel Groslot, du nom d'une dynastie de maires d'Orléans, T. s'intéresse beaucoup au tableau où l'on voit couché dans le fond un François II mourir d'une maladie de l'oreille, et au premier plan un Ambroise Paré proposant d'opérer à une Catherine de Médicis qui fait... la sourde oreille.

Dîner en tête à tête chez Jules, rue de Bourgogne. Aspic de volaille et crêpes de lieu pour T., foie gras au muscat et daurade sur lit d'endives à l'orange pour moi. Excellent et très copieux.

dimanche 24 février 2008

Touristicité orléane

Bords de Loire printaniers, rien à voir avec samedi et dimanche derniers. Admirons la restauration du canal, des façades. C'est ça, la politique de la ville de ce maire (sortant), presque que de la restauration, partout, pour un centre historique habitable par la bonne bourgeoisie avec les impôts de l'ensemble de la communauté urbaine, sous prétexte de touristicité orléane.

Courses aux Halles Châtelet. T. reveut du cheval (pour mieux sauter le rhume). Et des fromages, dont un excellent Pouligny Saint Pierre. J'ajoute quelques asperges blanches, des rillettes. Sur le chemin du retour, j'appelle mon père, il est maintenant à l'hôpital, tous ses examens sont positifs, il sera peut-être opéré mardi.

Après le déjeuner, on range, on écrit. Puis, vers 16h30, sortie pour marcher dans un parc, T. avec ses nouvelles chaussures, le parc Pasteur, où des dizaines de familles baguenaudent les dimanches, ainsi dans toutes les villes du monde. J'ai oublié mon appareil-photo, c'est rare. J'emprunte celui de T., un très beau petit Contax. Voilà qu'on passe devant la DRAC, s'emmerdent pas, eux, bel hôtel, pour des services, parfois on se demande, surtout avec un tel ministère.
Au parc, sous un cèdre, un jeune couple de punk à genoux sur leurs vestes étalées, enlacés, cérémoniels (mais quelle cérémonie ?).
En repassant par la gare, on monte voir les films à l'affiche de l'UGC, on se décide, avec une carte 7/7 on a une sixième entrée gratuite si on prend des billets tout de suite. Allez, deux places pour Paris, le dernier Klapisch. Aller-retour à la maison avant la séance. Sommes très contents du film, bien au-delà des anecdotes de vie des personnages, à revoir avec des étudiants pour réflexion approfondie sur ce qu'est une ville, ses dimensions.

Alors que ce soir Les Poupées russes et Le Péril jeune sont programmés sur France 2. Drôle, non ?

samedi 23 février 2008

Au couteau, je libère quelques pages

Je vais rendre la voiture à l'agence Rent-A-Car à 8h15. Il faut attendre près de 40 minutes parce qu'il y a trois autres clients pour des petits camions et, comme partout, un type pressé qui veut passer avant les autres (il passera quand même en dernier). Au retour, de la vraie baguette pour le petit déjeuner, un luxe impossible au Japon. Et à la mercerie pour du fil et des aiguilles.

Enfin un vrai jour de repos ! Je fais le point avec mon collègue. Nous prévoyons une douzaine de donzelles de sortie à Paris et au moins autant qui partent en week-end avec leur famille d'accueil. Mais si on n'a pas d'appel, c'est que tout se passe bien. On laisse faire. C'est notre mission.
En traversant les puces, on se demande comment on meublerait une maison, si on en avait une ici... Toujours ce rêve d'autres vies, d'en changer subitement, par exemple de trouver un travail à Orléans et de s'y installer, comme ça, en six mois...
Achetons des dévédés au dernier marchand avant la sortie (Les Rois maudits, nouvelle version, et La confiance règne de Chatiliez).
Nous commençons à bien connaître Orléans mais pas au point de savoir qu'il faut réserver chez Oxalys pour déjeuner. Qu'à cela ne tienne, nous irons à la Chancellerie. C'est notre premier resto à Orléans, alors que ça fait une semaine qu'on y est...
Je finis ma semaine du veau, la prochaine sera d'agneau.

Pendant que T. surfe sur le web nippon, je regarde le film de Chatiliez. Une version moderne du Roman d'une femme de chambre... Mais pas de quoi en faire un grand film.
Au couteau, je libère quelques pages du dernier pied de nez robbe-grilletien (Fumaroli nous disait mercredi qu'il n'y aurait personne à son enterrement).
À comparer la syntaxe du retardement, la thématique du flou et du progressif sinuant, la manipulation des angles et des stéréotypes (celle qui a produit Manchette et Échenoz, par exemple), il n'apparaît guère d'épuisement du style ou de concession à l'ennemi. On ferait fausse route en se focalisant sur les objets narratifs (érotisme, pornographie, violence sexuelle, etc.) qui ne sont que des prétextes, repris à notre époque même, et caricaturés.

« 3. La pièce semble cubique, sans fenêtre ni porte visible, sans mobilier ni décoration. Je suis immobile, allongé sur le dos, jambes étendues, bras reposant le long du corps, le buste un peu relevé par une inclinaison à quelque vingt degrés du châssis (métallique ?) de ce qui doit être un sommier très bas, éventuellement susceptible d'une remontée réglable, plus haut même que la normale, articulé comme le sont ceux des malades dans les hôpitaux. Serais-je donc en réanimation dans une clinique, chirurgicale ou autre ? L'idée me traverse l'esprit qu'il pourrait s'agir en fait d'une morgue où mon corps sans vie a été transporté après un accident...» (Alain Robbe-Grillet, Un Roman sentimental, Paris : Fayard, 2007, p. 8)

* *
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Adieu sans pompe à Robbe-Grillet
« Quatre-vingts personnes. Mais pas un éditeur, pas un académicien, pas un membre du jury Médicis dont il fut un des fondateurs en 1958. Au crématorium de Caen (Calvados), seuls quelques amis étaient venus rendre un dernier hommage, vendredi 22 février, à l'écrivain et cinéaste Alain Robbe-Grillet, mort le 18 février à l'âge de 85 ans.

Autour de sa veuve Catherine, André et Mathieu Lindon, les fils de Jérôme Lindon, patron des éditions de Minuit qui fut l'éditeur des Gommes, du Voyeur et de la quasi-totalité des titres du "pape" du nouveau roman, Olivier Corpet, directeur de l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine installé à Caen et légataire de son oeuvre, Pascal Judelewicz, producteur de C'est Gradiva qui vous appelle, le dernier film de Robbe-Grillet, ainsi que plusieurs des jeunes actrices qui y tenaient un rôle avaient fait le déplacement.
"J'aime la vie, je n'aime pas la mort. J'aime les chats, je n'aime pas les chiens. J'aime les petites filles, surtout si elles sont jolies, je n'aime pas beaucoup les petits garçons. (...) Je n'aime pas les salades journalistiques. Je me méfie des psychiatres. J'aime beaucoup agacer les gens et je n'aime pas qu'on m'emmerde." C'est par ce texte lu et enregistré en 1981 par Robbe-Grillet pour l'anniversaire de la mort de Roland Barthes que la petite assistance fut accueillie.
Devant ce désert de personnalités littéraires, seule la République, bonne fille, a relevé le gant. Benoît Yvert, président du Centre national du livre, Marie-Françoise Audouard, conseillère en charge du livre auprès de la ministre Christine Albanel, ainsi que les actuels et précédents présidents du conseil régional de Basse-Normandie assistaient à la cérémonie.
La République, mais aussi les Etats-Unis, pays où l'oeuvre de Robbe-Grillet est la plus étudiée. Le professeur Tom Bishop, responsable du département de français de l'université de New York, a tenu à envoyer un dernier salut à celui qui, en 1962, quand il est venu faire une première conférence sur le nouveau roman, "portait encore cette petite moustache un peu plouc qui lui donnait l'air de l'ingénieur agronome qu'il avait été". Tom Bishop avait eu peur en 2006 qu'"Alain, qui avait refusé l'habit vert de l'Académie, ne veuille pas mettre la toge violette" exigée pour devenir docteur honoris causa. Angoisse vite évanouie. "J'en ai conclu que c'était le vert qu'il n'aimait pas", a-t-il conclu.»
(Alain Beuve-Méry, dans Le Monde du 23 février 2008.)

vendredi 22 février 2008

Tous sauvés du pilon

Je constate que j'ai 14 billets de retard chez Ligne de fuites, le double dans le Désordre...
Je ne continue pas la liste parce qu'il faut déjà repartir.

Direction, l'A10 et la Bibliothèque Mazarine, où T. a rendez-vous avec une bibliothécaire en chef.
Pendant leur discussion, je fais des portraits. Ici Daubenton, avec Buffon dans le fond.

Déjeuner avec Michel au Rendez-vous du marché, place Monge, devenu très fréquentable depuis l'interdiction de fumer. On prend la choucroute, qui est excellente. Le patron nous offre le calva.

Remontons place du Panthéon où la voiture est garée. Promenade à pied. J'appelle Philippe pour lui dire que je lui ai apporté mon ancien appareil-photo. On se verra bientôt. En attendant je le laisse chez Michel, qui, en échange, me donne une douzaine de Cap'Agreg, tous sauvés du pilon par Henri.

Librairie Compagnie pour Ravey, Bambi Bar, et Robbe-Grillet, Un Roman sentimental.

Dîner très agréable chez le Pr Carrier, spécialiste mondial des mazarinades.

jeudi 21 février 2008

Des informations objectives, en apparence

Alors que j'allais poster le montage de JFM sur Robbe-Grillet et Castro sur la page d'avant-hier, nouvelle coupure de l'accès au blog. Censure ? Non, même pas. Cette fois, c'est non seulement le blog qui est inaccessible, mais tout le site et l'ensemble du domaine Globat. Même le courrier est coupé ! Là, je n'y peux rien du tout (et sur la Côte Ouest des States, c'est la nuit...). Bah, on a autre chose à faire. Sortons.

« Mais le regard qui, venant du fond de la chambre, passe par-dessus la balustrade, ne touche terre que beaucoup plus loin, sur le flanc opposé de la petite vallée, parmi les bananiers de la plantation. On n'aperçoit pas le sol entre leurs panaches touffus de larges feuilles vertes. Cependant, comme la mise en culture de ce secteur est assez récente, on y suit distinctement encore l'entrecroisement régulier des lignes de plants. Il en va de même dans presque toute la partie visible de la concession, car les parcelles les plus anciennes  où le désordre a maintenant pris le dessus  — sont situées plus en amont, sur ce versant-ci de la vallée, c'est-à-dire de l'autre côté de la maison.» (Alain Robbe-Grillet, La Jalousie, Paris : Minuit, p. 11-12)

 Le personnage central et absent se dessine dans le creux des informations objectives, en apparence — le regard qui...

Ne trouvons pas de mercerie (ce que nous cherchions) mais une épicerie fine, rue Pereira, où nous entrons après y avoir reconnu avec étonnement la marque de confitures recommandée hier par Fumaroli, Daniel Boudet (framboise sans pépins et figue ont été fortement appréciées ce matin).
La patronne nous fait aussi goûter des petits babas napolitains (dans le Cointreau ou dans le rhum), nous vante un légume tout à fait orléanais, le cerfeuil bulbeux, que nous essaierons ce soir.

Déjeunons au resto U avec les étudiants (moyen).
Avec T. & T., je réponds aux questions d'une collègue qui fait des recherches sur les stratégies d'apprentissage au Japon, ça prend près de deux heures mais c'est également utile pour nous. Avec des questions qu'on n'a pas l'habitude de se poser, comme de savoir ce qu'est un bon étudiant, un bon enseignant, ou ce qu'est l'objectif ultime d'un cours.
Ma réponse, après réflexion. Un bon prof, c'est quelqu'un qui mesure bien, au jour le jour et dans le respect de la diversité des étudiants, la hauteur de laquelle il peut les faire progresser. Un bon étudiant, c'est le complémentaire. Un peu abstrait. Oui, mais adaptable.

Retour en tram avec les étudiants. T. a un peu le rhume de mon père, on dirait...
Encore impossible de faire quoi que ce soit après 22 heures (d'ailleurs, pas de connexion au blog).

mercredi 20 février 2008

Métamorphose du carré

Aujourd'hui, suis secrétaire de T., en visite au Collège de France, où elle a rendez-vous avec Marc Fumaroli. Déjeunons à trois au Pré-Verre, rue Thénard, recommandé par des proches. Grave erreur... La cuisine est plutôt bonne, ça c'est indéniable. L'œuf onsen aurait certes mérité une décoration plus raffinée, des morilles moins imbibés d'eau. Mon onglet de veau, en revanche, est parfait, de même que sa purée. De leur côté, T. et Marc vantent aussi leur exquise morue. Mais tout cela est annihilé par le niveau sonore et l'énervement que génère le service, à commencer par le chef de salle, verbe haut sur tige maigre, et qui fouette tout le monde. Presque impossible d'avoir une conversation un peu sérieuse. Heureusement, Fumaroli n'est pas soupe au lait. Et il a de bons souvenirs du Japon. Il finit même par s'amuser de la situation. Il consentira même à nous dire où il se fournit en confiture de figues (place Maubert).
Pour ce qui est du contenu, c'est secret défense, je n'ai rien le droit de dire.

Métamorphose du carré Hachette, au coin des boulevards Saint-Michel et Saint-Germain. Il y a maintenant un Monoprix, avec grand rayon d'alimentation rapide, suite au sous-sol pour de vraies courses, avec même des caisses entièrement automatiques pour moins de 10 articles. Faut dire que dans le quartier, ça manquait depuis toujours, un vrai supermarché. Sûr que ça va marcher.

Après, on ne traîne pas trop. Passage chez Gibert Jeune où je prends trois livres (Daeninckx, Camarades de classe, Peslerbe, Peines perdues, et Da Silva, Hoffmann à Tôkyô).
Repos au salon de thé Kusmi.
Bus pour Austerlitz puis train du retour.

« Un homme est mort. D'une mort provoquée par un tiers. Il souffrait de la maladie d'Alzheimer, une maladie du cerveau qui se caractérise par une perte de la mémoire. Les médecins n'y peuvent rien, ils la décrivent comme on le ferait pour un coucher de soleil. Les souvenirs disparaissent les uns après les autres, on ne sait où et encore moins pourquoi. Pas de microbes à combattre, pas d'hémorragie à stopper, pas de tumeur à opérer. On assiste impuissant à l'extinction des feux. Il est étrange d'appeler cela une maladie. Il serait préférable de ne pas imaginer qu'il s'agisse d'une volonté de fuir une réalité trop pesante. La maladie d'Alzheimer est une maladie qui efface lentement la vie sans faire mourir. Elle n'est pas contagieuse et cependant se propage. Et nous laisse désemparés.» (Emmanuelle Peslerbe, Peines perdues, Rodez : éditions du Rouergue, coll. La Brune, p. 12-13)
Dans la foulée d'Olivia Rosenthal, mais pas dans l'imitation. Ici, Alzheimer est le point de départ d'un mystèrieux meurtre...

mardi 19 février 2008

Une thérapie (à la viande) de cheval

À la gare pour des billets pour demain. En passant chez Heyraud, dernier jour des soldes, T. trouve un manteau de cuir fourré. Elle hésite. C'est quand même bien chaud... Justement ce qui lui manque, cette chaleur, près du corps, si rassurante quand on n'est pas chez soi. Mais la dépense... On va réfléchir.
J'accompagne T. à la poste pour faire du change. Au passage je glisse à la guichetière que des étudiantes japonaises viendront certainement bientôt, par petits groupes... Histoire que ça se passe bien — David dirait que ça n'a pas toujours été le cas.
Puis nous passons aux Halles-Châtelet (d'Orléans) où T. exige une thérapie (à la viande) de cheval. Je ne peux qu'approuver. Et du pain. Et du fromage, un bon camembert. On se dépêche d'aller déjeuner. Pour ne plus jamais avoir froid.
Après, on retourne acheter le manteau, il ne faut pas trop réfléchir, non plus, dans la vie.

Mise en abyme à l'arrêt du bus.
C'est pas possible, y'a une coquille dans le potage !... J'explique à T. comment j'avais raté le 20, il y a deux ans, quand j'étais malade, parce qu'il était passé deux minutes en avance, je l'avais vu au loin, impuissant, et près de trente minutes à attendre le suivant. Cette fois, il arrive, on va le prendre, il y a cinq ou six autres personnes autour de nous à l'arrêt Aristide Briand, il freine et... ne s'arrête pas. Je lui cours bien un peu après, mais c'est trop tard. Y'en a qui ont essayé...
C'est qu'on ne lui a pas fait signe. Il était tellement évident pour moi qu'au moins une des autres personnes prendrait celui-ci et pas une des autres lignes, que j'ai négligé le geste décisif. Et comme c'est l'horaire des vacances scolaires, cette semaine, le prochain est dans quarante minutes.
Mais il fait beau, on peut marcher jusqu'au tram, parcourir les vieilles rues...
Et sur le campus, voir les étudiants et s'il n'y a pas de problème, retrouver Takeshi pour faire le point. Et revenir.

Que par la volonté commerciale d'un unique ayant-droit, Artaud ne soit plus lu sur Tiers Livre. Ni ailleurs. On peut très facilement se passer d'Artaud, c'est moi qui vous le dis. Et puis ça éteindra la rente du rentier.

Saviez que le stomatologue n'est pas un spécialiste de l'estomac ?

lundi 18 février 2008

Pas finir (beaucoup prendront du poids)

Retour voiture à l'agence de location. Paie demi-plein parce que pas le temps d'aller dans une station (c'est pratique). Tram pour la fac. A y est, j'enclenche sur l'ouverture du stage.
Les étudiants sont tous là, mon collègue aussi (bien avant moi, d'ailleurs). La responsable fait la présentation du stage, des cours, des excursions. Ensuite, c'est la visite du campus avec les deux stagiaires françaises qui ont travaillé à la préparation de notre programme depuis de nombreuses semaines. Le bâtiment des sciences, où des cours doivent avoir lieu demain, est fermé. Tant pis. Il y a du soleil mais... on découvre un lac gelé ! Ce n'est que la surface, bien sûr, cinq millimètres, mais quand même pas rien. Des pointes de pieds s'y posent pour casser la glace (ce qui désambiguïse que la petite brise la glace, d'ailleurs il n'y a pas de vent), des cris fusent mais personne n'y tombe. J'avais déjà le téléphone en main pour appeler les urgences...
Le restaurant universitaire Le Forum est fermé. Nous devions y déjeuner. Qu'à cela ne tienne, nous irons à celui du Lac, suffit d'en refaire le tour. Les étudiants s'étonnent bien un peu de ces informations qui ne sont pas bonnes et des changements de programmes, nous devons leur expliquer que cela fait partie des modes de travail normaux en France...
Nouveau pour moi : le système des tickets de resto U n'existe plus. Il faut payer en liquide. Pour moi, sans statut d'enseignant d'Orléans, c'est 7 euros. Un plat principal et trois autres composants. Qualité tout à fait correcte. Autre surprise pour nos ouailles : la quantité. La plupart ne peuvent pas finir (beaucoup prendront du poids).
La journée la plus longue continue par la visite d'Orléans, sous la direction des deux stagiaires, Élodie et Fatima. Sauf qu'il faut commencer par les téléphones portables, après un tram où les quarante assis sont des morts-vivants. C'est pas l'émeute, dans la boutique Bouygues, mais on n'en est pas loin. Trois vendeurs s'y mettent en même temps, montent les puces et les batteries, initialisent, prennent l'identité et le paiement, font la recharge de 25 euros, ce qui ne les empêche pas de vanner entre eux et avec nous. Du vraiment bon travail. Bouclé en une heure chrono. En route pour la cathédrale !
Sommes de retour à l'université à 17 heures. En attendant le pot de rencontre entre encadrement, enseignants, étudiants, familles et accompagnateurs, Takeshi et moi improvisons une formation accélérée pour l'emploi des nouveaux téléphones.
Au pot, discussion animée avec quelques familles, en effet très sympathiques. J'en perds presque la voix, tellement il faut parler fort.

Je retrouve T. à l'appartement, encore un peu patraque du froid et du décalage mais reposée et connectée. On grignote. Mauvaise nouvelle, ARG était mortel.
Aujourd'hui, je me dis juste que c'est dommage que Robbe-Grillet n'ait pas pu savoir que Castro s'était retiré du pouvoir, ça l'aurait sûrement amusé.

dimanche 17 février 2008

Comme un forcené pour que ça avance

Le jour attendu depuis deux mois.
Route matinale très tranquille à travers la Beauce puis diverses communes de la banlieue sud, au relenti (beaucoup de ronds-points par là — la folie des années 80, les ronds-points) pour arriver à Yerres vers 11 heures. Mon père va bien, il a maigri de dix kilos, ce qui le fait ressembler à Woody Allen. J'en suis fier.
Chez mon cousin Pascal, qui lui n'a pas maigri, je retrouve des membres de ma famille délaissée depuis plus de quinze ans. Je les présente à T., ils réagissent bien, naturellement, tout au long de la discussion (nous sommes très sensibles à cette réaction devant une étrangère qui n'est ni une enfant ni un animal de compagnie — des amis d'autrefois en ont fait les frais, même si des fois je les regrette).
L'ambiance est très bonne, vignieusienne, avec de la tête de moine raclée par l'instrument ad hoc, un gratin de fruits de mer un peu trop salé mais un excellentissime gigot d'agneau, etc.
Dans cette maison relativement banale de la banlieue parisienne, je dis cela sans méchanceté, il y a une chose exceptionnelle. C'est une énorme collection de théière du monde entier. Des tasses aussi et quelques superbes pièces de faïence alsacienne. Nous avons donc ce point en commun d'aimer le thé (ce n'est pas le seul). Ma tante parle d'un film super 8 où l'on nous voit, mon cousin et moi, sur un pédalo, je pédale comme un forcené pour que ça avance et lui ne fait strictrement rien...
Vers 17h30, nous ramenons mon père chez lui. Il doit consulter mardi pour un dernier problème dentaire puis il sera prêt pour l'opération cardiaque, changer la valve qui déconne.
Retour de nuit à Orléans, on arrive à 20h30. Bonne route malgré des phares qui éclairent trop bas. Et déjà épuisés, décalage horaire pas encore comblé. Au lit sans finir La Chevauchée sauvage...

samedi 16 février 2008

Les gravats de la précédente

Froid sibérien quand je sors pour le distributeur de sous juste en face. Passons en voisins dire un rapide bonjour aux quelques étudiantes qui font un stage cuisine dans une des familles d'accueil (ce matin, crêpes et galettes). Avec T. & T., marché des bords de Loire (légumes, fromages, poulet rôti). Dans l'après-midi, allons à l'agence Bouygues Télécom pour nos trois portables (kit Nokia à 39 euros et recharge de 25 euros). Les 25 autres sont prêts pour lundi...
Après la place du Martroi, dans une ambiance chamoniarde, remontons à la gare pour nos abonnements SEMTAO. Petit tour en tram pour en présenter le fonctionnement. Repos dans un salon de thé chic. Visite de la nouvelle gare d'Orléans (j'étais maintes fois passé dans les gravats de la précédente). Rapides courses à Carrefour (un torchon à vaisselle, une soupe de poisson), bondé le samedi après-midi.
En tram dans l'autre sens pour aller à l'agence Rent-a-car. J'y retire une Seat Ibiza que j'achemine ensuite au parking de la résidence, et au lit (nous), quatre étages au-dessus.
Je fais bref parce que tout est matériel et technique pendant quelques jours, à peine le temps de regarder un peu la télé, pas du tout celui de lire quoi que ce soit d'autres que mes documents de travail (listes et programmes des étudiants, bons de réservation, devis divers, etc.). Et comme je suis avec T., je préfère buller avec elle, le peu de temps qui me reste, qu'écrire...

vendredi 15 février 2008

Les amateurs de croustillant peuvent attendre

Ça y est, j'ai rouvert (ayant survécu).
Ce fut un long tunnel sans aucune surprise (tout ayant été préparé et rien n'étant survenu).
Du matin blême du Japon où j'ai appelé T. pour voir si tout allait bien de son côté au milieu d'après-midi brumeux de France où je l'ai vue avancer vers nous avec son chariot à bagages — et la surprise des étudiants qui n'avaient bien sûr pas été prévenus.
Entre ces deux instants, c'était donc une opération impeccable : rassemblement dans un hall de l'aéroport, distribution des billets d'avion, adieux aux parents, enregistrements des bagages et attribution des places, contrôle de sécurité, rassemblement devant la porte d'embarquement, récupération des billets pour le retour, embarquement et installation, vol avec repas, films (j'en ai vu au moins quatre mais lesquels ?...), jeux vidéos (de plus en plus de gens préfèrent jouer que regarder des films), discussion avec les étudiants (peu ayant dormi, une ayant même continué à étudier pendant plusieurs heures).
Quelqu'un a fait un malaise. Pas de notre groupe, mais à côté de nous. Tombé dans le couloir. Sans panique, un masque et une bouteille pour secours respiratoire ont été apportés, installés, une couverture chauffante aussi. Après une demi-heure, quand la personne s'est sentie mieux, elle a été déplacée sur des sièges où on lui a mis des compresses. Je n'en ai pas su plus que cela, peut-être une hypoglycémie.
Pour l'arrivée à Roissy, aussi, tout fut très simple. Les amateurs de croustillant peuvent attendre un autre jour... Une responsable orléanaise nous attendait, Takeshi, l'autre accompagnateur, chercheur au Mans était arrivé, puis T. dont l'avion avait finalement atterri en E et non en F. Un bel autocar nous a emportés tous les 35 à Orléans, avec un petit quart d'heure de bouchon pour entrer sur le périph et la route très dégagée ensuite.
Mais toujours très gris, et du vent froid. Alors qu'on nous dit qu'il faisait si beau depuis une bonne semaine... Si bien qu'au point de rencontre des familles d'accueil, sur un parking de l'université d'Orléans La Source, ça caillait fort. T. et moi sommes provisoirement allés nous réfugier dans le hall de la fac de Lettres, prendre un café chaud à la machine. Enfin, à 19h15, tous les étudiants étaient partis dans leurs familles d'accueil. Deux des responsables orléanais nous ont obligeamment déposés tous les trois à la résidence du Centre de conférences où nous avons trouvé sans difficulté nos appartements.
Courses au petit supermarché du coin (j'ai mes repères, maintenant, pas la galère comme il y a deux ans), dîner rapide avec le matériel du bord et au lit !

jeudi 14 février 2008

Avant l'envol — on ne sait jamais

Journée en pilotage automatique : fin de valise et de sac à dos, ménage avant abandon du lieu, au bureau pour dépôt de mes relevés de notes des étudiants, brève réunion avec mes collègues, déjeuner à trois au Downey, avec David au centre des impôts pour enregistrer ma déposition par ordinateur (c'est une première, merci David !), retour au bureau pour réception des téléphones satellitaires pour les deux accompagnateurs (fournis par l'université, à n'utiliser que pour urgence). Et en voiture pour l'hôtel de l'aéroport.

Après repos et dîner avec mon chef, je m'aperçois que la connexion avec mon portable me permet de voir Le Gendarme de Saint-Tropez (Giraud, 1964) sur TV5 Monde. Juste ce qu'il faut pour ne pas se prendre la tête.
Je dois dire, puisque Christine en parle, que je trouve une étrange coïncidence entre le discours de Louis de Funès (quand il produit du discours) et celui du personnage du Civil de Daniel Foucard...

« Le gendarme c'est l'ordre. Et l'ordre, c'est toujours impopulaire. Garde à vous ! [...] » (Ludovic Cruchot)

Couper les commentaires avant l'envol — on ne sait jamais.

mercredi 13 février 2008

Le néant sans qu'il me blesse

Lever, petit déjeuner et matinée normaux. Encore plein de choses à ranger, arranger, sur place ou en ligne.
La blessée va mieux et se soigne.
Déjeuner au Saint-Martin, enfin ! On dit au revoir pour un mois...
Paiement avancé du loyer, achat de petits cadeaux (encens, thé, etc.).

Vers 17 heures, je suis prêt à partir pour le grand voyage, d'abord à Nagoya, demain à l'aéroport Centrair puis vendredi vers Roissy, tandis que T., partant de Narita, volera trente minutes devant nous avec une autre compagnie. Si tout va bien, nous rétablirons la connexion entre nos deux corps, nos deux regards qui ne se quittent pourtant jamais, vendredi vers 15 heures, heure française, dans le hall d'arrivée.

Instant terrible dans le shinkansen, attendu et craint depuis près de six mois, mais inéluctable : la fin du livre le plus merveilleusement toxique de Volodine. À la fois toxique et mithridatisant, je me comprends. On a tous peur de la mort et beaucoup d'œuvres d'art sont des formes d'entraînement. Ma bibliothèque, ma discothèque sont des camps d'entraînement à l'acceptation de n'être pas éternel — mais tout en me plaisant fort, beaucoup de ces œuvres n'ont pas atteint cet objectif, m'emmenant ailleurs, où je n'ai pas perdu mon temps non plus, ou bien appellent trop vulgairement vers des fins téléphonées, bâclées, trop simplement mortelles. Il faut reconnaître que Volodine a ce talent de me faire toucher le néant sans qu'il me blesse.

Comme si j'avais appris tranquillement que... j'y suis déjà.

« Linda siew me pousse sans répondre. Elle me guide. Je sens sa main qui tremble sur mes épaules, et, quand j'essaie de me retourner pour la regarder, déjà je sens contre mon cou la tiédeur du fer qui me déchire.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 451)

À propos de partir tranquillement, Henri Salvador est le plus fort. En pleine grève de l'audiovisuel public, il fait quand même la une. Faut dire qu'il est suivi, au 20 Heures de France 2, d'une Christine Albanel infiniment moins talentueuse. Même complètement nulle. Derrière son sourire de fausse niaise, là aussi, il n'y a que du néant. Croit-elle vraiment qu'on ne voit rien ? Qu'on gobe son œuf de cruche ? Le pilote fou a décidé de couper les gaz et l'obséquiosité ministérielle requiert de faire des moulinets avec les bras pour persuader la France que ça ne tombera pas...

mardi 12 février 2008

Paralysée avec un couteau dans le dos

On s'était levé ; le petit déjeuner était prêt. Juste avant que je serve le thé et alors qu'elle allait monter le son pour mieux voir les dernières images de Mars, — le son pour les images, oui, je sais... — T. a eu la nette sensation d'un coup de batte de base-ball dans le dos, au milieu. Je croyais d'abord qu'elle déconnait, mais non. Après deux ou trois minutes, elle a réussi à s'asseoir, toujours comme paralysée avec un couteau dans le dos. Encore quelques minutes et je l'ai accompagnée sur le lit où elle a pu s'allonger sur le côté, respirer, se demander ce qui lui arrivait.
Une bonne heure plus tard, la douleur, bien présente, ayant toutefois diminué au point de permettre les mouvements lents et bien contrôlés, elle put boire et manger un peu, se préparer et se rendre, avec une canne et moi, chez le docteur qui l'examina et conclut à une inflammation bénigne suite à une fatigue musculaire.
À cet instant, j'ai compris que ce n'était pas à cause du froid aux pieds ou du stress, mais à cause de ces trois ou quatre derniers jours qu'elle avait passés à écrire au clavier en tendant les bras par dessus ses catalogues, sans faire beaucoup d'exercice et sans même sortir pour marcher. En effet, les ergonomes de tout poil le disent, il faut absolument taper, surtout quand ça dure longtemps, en gardant les bras, des épaules aux coudes, au plus près du corps, laissant les avant-bras s'avancer horizontalement vers les touches.

Nous avons passé le reste de la journée à reprendre les préparatifs, attentifs à la miraculée dont le visage avait quelques instants porté le masque de la catastrophe (son voyage annulé, mon calvaire entre Loire et Loiret, etc.). C'est-à-dire qu'à tous les instants, les meilleures choses peuvent se changer en leur contraire. Qu'un fil se rompe, que l'épée s'abatte sur un sort en équilibre, comme tous les sorts, et les plus beaux projets, ciselés de mains d'orfèvres de l'emploi du temps, deviennent d'atroces obligations auxquelles il n'est pas toujours possible de pouvoir se dégager.
Il est bon que cela nous ait été rappelé, si je puis dire, gratuitement.

Retrouver la littérature est alors une douceur familière, que ce soit sous forme de coïncidence avec un François Bon à qui nous adressons un amical conseil de repos, à l'écoute d'un arboricole et toujours impertinent Dominique Meens ou au lit dans les dernières pages, faseyantes et impossibles, de Mevlido...

« Mingrelian alors hésite. Conclure tant d'épreuves sur un épisode unique ne lui plaît pas. Ni Les Attentats contre la lune ni Poulailler Quatre ne sont des romans d'aventures. Il a donc recours à la technique post-exotique du faseyage narratif, pourtant peu appréciée par les Organes — qui exigent des réponses sûres —, et haineusement critiquée par les adeptes de la littérature officielle — qui y voient une insulte de plus à leur théorie de la fiction. Comme si le vent noir de la narration était, à ce moment-clé, incapable de trouver une direction satisfaisante, l'histoire se replie bizarrement, se ramasse, prête à rebondir encore une fois, et soudain elle tremble sur elle-même. Trois versions vont alors coexister [...] » (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 427)

lundi 11 février 2008

Une baveuse crève à son paroxysme

Libérable ! Voilà la psychologie ! Suffit que ce soit le dernier jour — avec retour à T. ce soir — pour que tout paraisse plus facile ! Programme rigoureusement identique à celui d'hier, dans une salle de cours normale, que je connais bien pour y avoir fait cours une année ou deux, mais dans laquelle il n'est pas évident de circuler pour surveiller. Mon binôme est efficace et sympathique. Parmi les candidats, quelques jolies filles qui choisiront peut-être le français... Ça tousse plus que ça n'éternue — et au moins une baveuse crève à son paroxysme (sur l'exemple de « la petite brise la glace »).
Hier, je me suis souvenu que je savais compter en allemand et suis allé tranquillement jusqu'à cinq cents. Aujourd'hui, j'essaie quelques chansons, il n'y a guère que Toulouse dont je me souvienne entièrement. Paris-New York, presque. Nougaro et Higelin, mes 16 et mes 18 ans... Régression ou retour de mémoire ?

Dès sept heures du matin, j'avais eu de quoi positiver en commençant ma valise, avec divers essayages de vêtements, couleurs assorties, trop chauds, pas assez... Tiens ! Trop petit, ce pantalon ! Mais je le garde quand même, alors qu'il est très très peu probable que je remaigrisse jusque là. Mais c'est un Bill Tornade des années 90 ! Et ce pull qui peluche... Le garder pour la maison ? L'emmener et le jeter là-bas ?... On a de ces attachements à des vieilles choses qui ne vont plus, comme si c'était des parties de nous-même. D'ailleurs, ce sont des parties de nous-même, importables mais encore importantes. Ça couvre des pans entiers de notre histoire, on en est tissu et ourlé. Mais bon, de là à mettre ça dans la valise...

Après la quille, c'est le shinkansen (dans lequel je reprends le redécoupage des MD renumérisés, beaucoup de re- et c'est normal, avec en 2001 des rediffusions de pièces de Duras), puis à la maison avec T., la spirale du départ — tout ce qu'il y a à régler, préparer, décider, écrire, sachant qu'on voyagera séparément...

dimanche 10 février 2008

Personne ici ne se soucie de l'architecte

Je ne sais pas comment c'est possible mais, malgré la déprime noire de Mevlido, j'ai passé une bonne nuit, sans même me réveiller. Glissant mon parque-mage, quelques secondes amant de v'endormir, je trouvais quand même que ça me remuait fort, ce Fouillis indescriptible, ce bus délabré, l'attentat silencieux...

« Maintenant je m'étais appuyé contre un mur et, les pieds enfoncés dans la suie, je me demandais ce que j'allais faire, quand l'autobus sursauta très légèrement.
Aussitôt se répandit dans la rue une violente odeur de calamine et de chlore. Aucun bruit n'avait retenti, pas une seule flamme n'avait roussi l'image.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 405)

Les restes de neige ne compromettent pas la journée de concours. Mais comme certains trains avaient du retard, tout a été décalé d'une heure. Je suis dans un amphi plus grand qu'hier, avec 19×6 candidats et un jeune prof d'économie plutôt sympathique. Dix-neuf, c'est le nombre de rangées voulu ici par Antonin Raymond, un nombre impair et premier. Personne ici ne se soucie de l'architecte. Pourtant c'est essentiel, et le mariage béton et bois, tout en courbes, tellement agréable.
Quelques bons éternuements bien gras... Allez-y ! — J'ai mon masque. Un vrai bouillon de culture !
D'ailleurs, on devrait dire brouillon de culture : regardant un peu sur les copies, je n'ai pas vu beaucoup de fractions de Pi identiques dans la solution demandée.

Pour une fois, j'ouvre le fil RSS du Figaro littéraire. Nouvelle du jour, ou de la semaine : l'académie Goncourt se réforme, on va peut-être y interdire les cumulards et le vote des absents. Nouvelle secondaire : Pierre Bayard casse la baraque en Amérique avec les livres qu'il n'a pas lus (ici, c'est déjà fait).

Bien que ce soit dimanche, j'ai loué une voiture pour la semaine prochaine. J'ai trouvé un restaurant pour l'important rendez-vous de T. le 20. Et ce soir, à l'exemple de mon chef de département, j'ai réservé une chambre à l'aéroport pour jeudi. Le puzzle sera bientôt complet, quand il sera entièrement constitué, peut-être même un peu avant, nous entrerons dans son image pour le vivre.

samedi 9 février 2008

J'ai vu des sinus et des cosinus

Ai commencé les surveillances.
Mathématiques, ce matin.

J'ai vu des sinus et des cosinus.
Mais personne n'a éternué.

Dehors, la neige a commencé, drue ;
un grand classique, pendant les concours.

Le soir.
Ça a continué jusque vers 16 heures, dans un calme de plus en plus grand, cinq bons centimètres d'épaisseurs. De quoi donner de bonnes angoisses aux organisateurs parce que si ça gèle et que des transports en commun sont interrompus, il faut annuler les épreuves...
J'étais dans un petit amphi de 120 places, préparé pour une soixantaine de candidats. Les trois épreuves se sont déroulées sans incident notable. Je n'ai pas compté les montres à aiguilles, ni fait aucun calcul sur les candidagneaux, ou sur les gauchers, et même pas composé de petit poème. Serai-je malade ? Je m'en garde bien. J'ai mis un masque, comme T. me l'a fait promettre, et me suis lavé les mains à chaque retour à mon bureau. Non, je surveillais, je faisais abstraction du temps, je manipulais en esprit des détails orléanais ou du voyage. À la sortie, le flot de lycéens a été canalisé vers une seule sortie, celle qui offre le moins de pente dangereuse jusqu'au métro.
Je me suis fait un café chaud en regardant la nuit calme sur le parc blanc et me suis dit que ce n'était pas maintenant que je travaillerais. J'ai bien engrangé les émissions enregistrées aujourd'hui (Fiction d'Yves Ravey, Répliques sur Simone de Beauvoir, Du Jour au lendemain avec Eugène Savitzkaya) puis suis parti au centre de sport sur les trottoirs mi-glace mi-gadoue, ce qui nous rapproche sensiblement d'Ikonnikov...

« Mais en ce monde, rien n'est éternel. L'automne dernier, à la suite d'une violente averse, le bas-côté de la Ruelle Verte s'est effondré, entraînant dans sa chute les bancs et les plaques de béton qui clôturaient la scierie.
Aujourd'hui, les habitants de Riabovo doivent faire un long détour par la ruelle des Jardins. Quant à la jeunesse locale, elle se rassemble de nouveau dans la cave où traînent des bouteilles vides, des mégots et des préservatifs usagés. De la Ruelle Verte, il ne demeure que le nom. En hiver, quand les enfants vont faire de la luge dans le fossé, ils disent à leurs parents qu'ils sont dans la Ruelle Verte.» (Alexandre Ikonnikov, Dernières Nouvelles du bourbier, p. 103)

vendredi 8 février 2008

Avec aisance j'escaladais des toits

Départ dans une semaine, le compte à rebours commence. Tout se met en place, un vrai puzzle, et j'ai du mal à m'occuper d'autre chose — il le faut pourtant, ne serait-ce que pour noter les rapports de 3e année ou finir la version texte de ma communication sur Mérimée de l'été dernier. En revanche, je n'ai — hélas — pas à préparer le cours sur Rimbaud pour demain matin. Au lieu de cela, j'irai faire les cent pas dans des salles surchauffées où je risquerai trois jours durant de ramasser des microbes qui n'attendront ensuite que l'atmosphère de l'avion pour éboluer en béga rhube... À moins que je ne me masque.

Réveillé en sursaut dans un rêve inspiré de Volodine (que je lisais avant de fermer l'œil). Tout était calme et propre, une ambiance de petit matin humide et tiède en Thaïlande, avec aisance j'escaladais des toits de hauts pavillons exotiques pour échapper à quelque chose, j'y remontais pour chercher un sac à dos oublié, un enfant accroupi près d'une gouttière me demandait avec douceur si je reviendrai, il savait déjà que je dirais non.
Je me suis levé vite pour ne pas me souvenir de ce que je fuyais.
Ai-je déjà été si lent à avancer et finir un livre ? En même temps, je me demande comment des gens de bonne foi peuvent lire Songes de Mevlido en un, deux ou même trois jours. C'est un peu comme regarder un film en accéléré et dire après qu'on l'a vu.

« Elle avait une voix rocailleuse, envoûtante, très ample. Je frissonnai de nouveau. J'aime cette voix, pensai-je. Il faut que je la rejoigne. Qu'elle s'adresse ou non à moi, il faut que je rejoigne cette voix. Il y a une ouverture, ce n'est tout de même pas une prouesse de se rendre de l'autre côté. Je consacrai plusieurs minutes à palper les briques et les rainures qui entouraient la brique. Le mur ne cédait pas. J'ai eu l'occasion déjà de vivre ou de rêver cela, pensais-je en raclant la paroi avec mes mains. Je ne sais comment, ensuite, il y eut sous mes phalanges un portillon de fonte. Il était froid. Je cherchai la targette qui permettait de le débloquer. Je me trouvais à l'envers de la fermeture, un peu comme lorsqu'on essaie de s'extraire d'un haut-fourneau ou même d'un simple poêle. Après quelques efforts, la plaque de métal s'écarta. Je me faufilai dans l'embrasure.
C'est bien ce que je pensais, marmonnai-je. Il suffisait de traverser le mur pour changer d'endroit.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 388)

Ce « changer d'endroit » est d'un double sens vraiment fantastique. Cela rappelle des tas d'images d'enfance, de l'imagination d'alors, et par exemple, tiens !, l'image, soudain, de Philémon, pénétrant dans le sol par une ouverture pour se retrouver quelques instants plus tard sur le A majuscule d'une carte de l'Atlantique.
En cherchant bien, on pourrait d'ailleurs trouver un jour une photo de moi avec Volodine — je n'aurai pas de col roulé ; un col montant à fermeture-éclair, c'est possible. Et nos biographes respectifs de s'assembler pour étaler leurs conjectures...

Suis allé à la bibliothèque universitaire pour rendre des livres et en emprunter d'autres, récemment arrivés, un sur les Contes de Perrault, deux de la collection Déplacements, et le Pléiade de Gracq, qui n'est pas récent.

Autant la spéciale Afrique était passionnante (je l'ai redit en commentaire tout à l'heure), autant le Ce soir ou Jamais d'hier sur les élections américaines est ennuyeux au possible. On n'y parle que personnalité et carrière des trois derniers en lice, résultats de primaires et extrapolations de résultats finaux — aux antipodes de ce qui faisait l'exaltation de la veille. Sur le même plateau ! Le contraste de ce diptyque est en soi un enseignement — à méditer — sur l'état de l'être humain dans le monde.

jeudi 7 février 2008

Cliquer sur le petit carré

On s'amuse, on se donne des prix entre femmes ; on ne s'en rend peut-être pas compte mais on fait surtout un très sale boulot, celui du sexisme attardé, du séparatisme, du communautarisme gentillet, le pire. Le lilas ne méritait pas ça. « Promouvoir la littérature féminine », c'est juste desservir la littérature — sans adjectif.

Allez, pas la peine de s'énerver pour ça. Il fait grand soleil alors qu'on annonçait de la neige, c'est déjà bien. Après être passé au bureau pour y travailler une heure, du courrier, je vais au sport, lire Ikonnikov et transpirer un peu. Le bain ni le sauna ne sont assez chauds. Peut-être parce qu'il est trop tôt, que je suis venu juste à l'ouverture ?

« Ossip s'approcha du tas de neige, il tâta l'ouverture avec précaution, puis il enfonça violemment dedans la partie acérée du pieu de bouleau et s'écarta d'un bond. Aussitôt le monticule éclata en éclaboussure de neige, et il en émergea une gigantesque boule velue et brune, tandis que retentissait un rugissement d'une sauvagerie à glacer les sangs. Le monstre furieux se jeta sur le côté à la vitesse de l'éclair, ramassa sous lui ses pattes géantes et envoya valser un projecteur. Fou de terreur, le metteur en scène prit ses jambes à son cou. Il fonçait au hasard entre les arbres. Du coin de l'œil il voyait près de lui courir son assistant, derrière lui son opérateur et l'éclairagiste. En s'enfonçant à tout moment dans la neige, tombant, cassant des branches, les quatre hommes poursuivirent longtemps leur course [...]
Ils tendirent l'oreille : pas un bruit. Prudemment, en essayant de surmonter leur peur, ils rebroussèrent chemin. L'assistant retrouva la carabine qu'il avait laissée tomber dans la neige. Quand ils se furent rapprochés de la tanière de l'ours, ils virent Ossip Stepanytch. Sain et sauf, le forestier était occupé à faire des incisions sur la patte du fauve mort, afin de pouvoir retirer sa peau.
— Ah, c'est vous, dit Ossip en levant la tête. Alors, vous avez eu le temps de filmer ? [...] » (Alexandre Ikonnikov, Dernières Nouvelles du bourbier, p. 94-95)

De mon bureau, je vois passer des centaines de lycéens qui sortent des épreuves des concours d'entrée (aujourd'hui, je ne suis pas concerné). Peu après, David passe boire un coup. Dans la conversation, il est question des encombrants (粗大ごみ, j'en ai à jeter, il faut que je me conforme à la procédure), puis du Géoportail de l'IGN (que j'avais oublié, au profit de Google Maps), pour Orléans, bien sûr. Après son départ, je découvre la couche de cartographie INA, qui permet, par lieu référencé, d'aller directement aux documents audiovisuels de la télé française. À condition de passer d'abord, dans la boîte intitulée Ma Visualisation, du mode découverte en mode expert, puis de sélectionner la couche INA dans les Services Publics, parmi les couches disponibles, puis, enfin, de cliquer sur le petit carré INA qui apparaît au centre d'Orléans... Bien sûr, on serait allé plus vite, si on y avait directement ouvert le site INA, mais le croisement des catalogues est tout de même un événement à saluer, non ?
Dans la soixantaine de documents trouvés, je retiens le JT de l'ORTF du 22 juin 1966 sur la construction de l'université à La Source (du Loiret) et le 12/13 de FR3 du 20 novembre 2000 sur l'inauguration du tramway. (Selon l'ordinateur que j'utilise, les mêmes documents sont avec ou sans son...)

En dînant, en écoutant : l'excellent Ce soir ou Jamais sur l'Afrique, avec un très beau plateau, très réactif, intelligent — on se demande bien pourquoi l'Afrique a une telle image de continent plombé, mais au fond on le sait bien, ça sert des intérêts.

mercredi 6 février 2008

Woody répond que c'était du thon

On connaissait les tables tournantes ; il y a maintenant les tables corrompues.
C'était après minuit, comme il se doit. Je reçois un courrier de Bikun qui me demande si j'ai cassé ma base de données du JLR... À quoi je réponds que je n'ai rien fait du tout. Mais peu après, je comprends que sa question est à prendre dans un sens plus large, sans que je sois directement responsable de la panne. Comme le support technique du fournisseur tarde à arriver, Bikun me suggère dans le courrier suivant d'aller voir moi-même dans les tables phpmyadmin du JLR ce que pourrait bien être cette erreur 144. Ayant lu sur une page web qu'il pouvait suffire de cocher une table endommagée et de cliquer sur réparer pour que ça le fasse, j'ai pris mon courage à deux mains et j'ai cliqué. Et ça a réparé, instantanément. Et les pages de gestion et la page publique sont revenues comme si rien n'était arrivé.
Après ça, j'ai de nouveau questionné Bikun — sans réponse...

« Oui, mais alors, dis-moi, c'est quoi la corruption des tables ?
Le résultat de quelque chose que j'aurais fait sans le savoir, provenant du contenu des billets ? une activité virale qui vient modifier, perturber, boucher ? un effet ou une erreur de maintenance de Globat ? »


Pas mal de trucs à finir, côté ordinateur, côté fac. Après le déjeuner, je m'accorde quand même une séance de cinéma avec le dévédé récemment reçu de Scoop, le Woody Allen de 2006. Un excellent cru. Il faudrait faire l'histoire des films où Britanniques et Américains se rencontrent, je suis sûr que la plupart sont excellents. Comme si rivalité et complémentarité des deux cultures haussaient automatiquement la qualité des textes, personnages, situations, etc. C'est sûrement déjà fait...
Évidemment, les dialogues sont somptueux et les jeux de mots parfois débiles à souhait. Le cocktail Allen a quand même une quarantaine d'années et il est toujours aussi pétillant. À propos de boire, mangeons aussi. Jouant au poker dans un club privé de Londres, le prestidigitateur new-yorkais réplique, dans la version française, qu'il a acheté tout jeune son premier « carpaccio » avec ses gains au jeu. Un lord questionne sur le peintre, sous-entendant une grande valeur, et Woody répond que c'était du thon. En anglais, le jeu de mots est sonore et scabreux : il s'agit de son premier « Reuben », un sandwich que l'Anglais connaît sans doute moins bien que le peintre Rubens, en excusant la mauvaise prononciation...

mardi 5 février 2008

Billet de loterie à la fac

« Je sentis qu'il s'élançait.
Sans le regarder, je me jetai sur la droite, vers le cageot que j'avais repéré. Il y avait sur ma route des grilles posées par terre et des moellons. Je dus faire un écart, je zigzaguais et, au bout de quatre pas, je me rendis compte que je tournais le dos à Glück. Je n'avais plus le temps de changer de tactique. Je ne réfléchissais plus. J'avançai la main vers les bouteilles. Le présent se décomposait en intuitions violentes. Le dos orienté vers Glück, en position de faiblesse, je m'inclinai au-dessus des récipients de verre. Derrière le cageot, les deux rats de nouveau dérangés bougeaient en direction d'un abri plus sûr. J'entendis Glück poser un pied sur une plaque de fer. Je ne suis pas gaucher, mais j'avais saisi la bouteille de la main gauche. Je venais de refermer les doigts sur le goulot quand Glück arriva sur moi. Glück arrivait sur moi en plein élan. Je bloquai ma respiration et, tout en pivotant, je cassai la bouteille contre le mur. Je ne pouvais pas voir quelle forme avait pris le morceau de verre que je tenais. J'ignorais si ce que je tenais allait être efficace ou non. Glück était déjà en train d'abattre sa machette pour me fracasser la tête ou l'épaule. J'étais, moi, en train de me retourner. Comme je ne pouvais plus m'effacer, je m'introduisis souplement dans son mouvement, j'entrai dans sa garde sans me heurter à sa lame. Je ne sais pourquoi, à la suite de quel déclic secret, j'avais brusquement l'aisance d'un expert. Les leçons reçues pendant les stages portaient ici leurs fruits. La lame mortelle sifflait à trois centimètres de mes chairs, et j'évoluais avec une assurance dont mes instructeurs auraient été fiers. Tout se déroulait en un temps très court, guère plus d'un tiers de seconde. Les fragments de la bouteille éclatée n'avaient pas encore tous rejoint le sol. Je balafrai légèrement le poignet d'Alban Glück et je fis remonter le tesson avec force afin de lui taillader l'intérieur du coude. C'était l'occasion ou jamais de découvrir si mon arme improvisée avait les qualités que j'attendais d'elle. Or le verre coupait comme un rasoir.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 367-368)

Et c'est reparti ! Cette fois, c'est par le shinkansen de 7h13 — dans lequel je n'interromps ma lecture que pour photographier le Mont Fuji — que je m'en vais tirer mon billet de loterie à la fac, c'est-à-dire connaître les jours pendant lesquels je serai astreint à la surveillance des concours d'entrée. Je ne suis pas contre cette mission, elle est inhérente à notre activité, mais m'énerve au plus haut point le fait que l'on tienne secrètes ces informations jusqu'à trois jours avant le début des concours. Être dans telle ou telle salle, je m'en fous royalement. Mais que ce soit samedi, dimanche et lundi m'importe énormément, et je suis très fâché de ne le découvrir que ce matin. Cela va m'obliger à annuler le dernier cours sur Rimbaud, sans possibilité de rattrapage. En revanche, T. va pouvoir finir son travail sans que je la dérange...

Déjeuner avec David. Je lui indique la perle du livret d'instruction de nos concours, à propos du traitement des erreurs découvertes dans les énoncés. Tout le monde peut comprendre l'ellipse, mais tout de même... Il y est écrit (en anglais) que les erreurs et les corrections sont préparées à l'avance.

Très instructif Ce soir ou Jamais d'hier. Un beau numéro d'équilibriste, aussi, puisqu'il faut aider notre cerveau à passer de la trivialité contemporaine des salles de marché financiers aux mystères de la Ronde de nuit de Rembrandt il y a plus de 350 ans. Avec une prof comme Hélyette Geman, d'un côté, Peter Greenaway et Charles Matton de l'autre, on a l'impression d'y arriver sans difficulté — c'est le talent de Frédéric.

lundi 4 février 2008

Vieux rogatons mais les vrais

Entre le matin et le soir, un échange de commentaires avec Raphaël Sorin. Je ne m'accroche pas au sujet de Villepin mais je milite pour la communication de documents, notamment de documents anciens, rares, etc. Pour que chaque chroniqueur à bouteille qui franchit le mur de la blogosphère offre de temps en temps, à son gré, des articles du temps passé.
Certains n'y verront que vieux rogatons mais les vrais amateurs de littérature sauront bien faire la différence...

Allons au centre de sport, à Shibuya. Comme l'autre jour, T. à la piscine, et moi vélo et machines, à suer masochistement...
Je continue avec grand enthousiasme Ikonnikov, sa vision crue, amère, ironique — sabrée — de la Russie. Ici, on s'économisera quelques cours d'histoire en amphi surpeuplé :

« En fait, la prétendue âme russe se réduit à quatre composantes : la croix russe, la langue, la vodka et le bonheur dans la souffrance. Commençons par la croix russe. Du nord sont arrivées des tribus finno-ougriennes, qui en plus de la chasse et de la pêche adoraient faire la guerre. C'est le fondement, pour nous. De l'est sont venus les Tatars, les Mongols.