Le mot de Jason
CHRONIQUE MULTIMEDIA  N°9

LA CYBER-CHASSE AU LIVRE EST OUVERTE

    Pour enquêter sérieusement sur le "commerce électronique", il faudrait éprouver tous les services par de véritables commandes : tulipes de Hollande, tapis de Perse, livres italiens, vins de Bordeaux, voitures allemandes, calissons d'Aix et saumon fumé de Norvège. Parions que ma maison serait transformée en caverne d'Ali-Baba avant d'avoir eu quelque problème que ce soit avec les prestataires ou les transporteurs et sans les risques d'un aventureux voyage : tempêtes, pirates, sirènes...

    La plupart de ces services commerciaux sont nés depuis moins de trois ans. Sachant que leurs cyber-clients sont très suspicieux, ils assurent la réussite de leur entreprise en ne laissant aucune place au mépris ou au laisser-aller qui font rage dans beaucoup de magasins "réels". Vous pouvez craindre qu'un petit malin, posté à un ordinateur où passent des millions de messages et en ouvrant quelques-uns au hasard, finisse par trouver le code secret de votre carte de crédit et l'utilise sans parcimonie, ne vous laissant que les yeux pour pleurer. Déjà bien plus faible que celle de se faire détrousser en plein jour à Ginza, cette possibilité est quand même dûe à la réticence des gouvernements, car ils refusent, pour leur propre "sécurité", disent-ils, que soient employés des codes incassables.

    Pour cette fois, je me limiterais à ce qui est d'ailleurs le service online le plus utilisé : la librairie.
Il est bel et bon de dire comme les poètes que la littérature est plus infinie que tous les réseaux d'ordinateurs à venir, encore faut-il pouvoir lire des livres. Vous habitez loin de France ? Dans un coin de l'Hexagone où les librairies se font rares ? Vous êtes de ces gens débordés qui ne sauraient perdre une heure à feuilleter entre les rayons ? Vous avez les enfants à nourrir et le lait sur le gaz ? Vous n'êtes pas sensible aux clubs dont le catalogue en quadrichromie vous vend des torchons d'écoliers pour des chef-d'oeuvres ? Une seule solution : l'Internet.

    Là, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté.
Si vous recherchez cette phrase, ou deux mots, avec Alta Vista par exemple, vous trouverez en moins d'une minute qu'il s'agit de L'Invitation au voyage de Baudelaire, et même la toile de Matisse qui porte ce titre... Il y a ainsi plusieurs milliers d'oeuvres en français disponibles gratuitement par le réseau. Il suffit de chercher depuis son fauteuil, puis de lire en ligne ou d'enregistrer chez soi.
    Un éditeur né de la dernière pluie (1998), 0h00.com, propose même très sérieusement de vendre de nouvelles oeuvres sous forme de document numérique, à charge pour le client de l'imprimer chez lui. Le prix est minime et la livraison... instantanée. Les récalcitrants peuvent aussi commander des éditions imprimées et brochées qui voyageront par la Poste. Cette nouvelle maison d'édition affiche de bons résultats et cela commence à inquiéter les éditeurs traditionnels.
    Par contre, dès que c'est cher, se méfier ! Le site Librissimo propose, via une société Éditions à la carte, de rééditer des oeuvres épuisées, ce qui est plutôt une bonne idée. Mais à 4 francs la page (ou presque, c'est-à-dire plus de 80 yens), ça nous met le livre de 200 pages à 800 francs. Ils ont fait un scanner spécial pour protéger les vieux livres et travaillent pour la Bibliothèque Nationale de France. Ils s'en vantent sur leur site Internet mais ils ne répondent pas aux questions, tandis que la BNF m'écrit que l'accord est rompu cette année du fait d'un obscur contentieux... Peut-être parce que la BNF propose ce même service pour 2 francs par page (hors taxe). Pour une société tout juste née en 98, ça la fout mal !
Alta Vista : http://www.altavista.com/
Oeuvres de Baudelaire : http://www.ge-dip.etat-ge.ch/athena/baudelaire/baud_fm.html
Toiles de Matisse : http://www2.iinet.com/art/artists/major/m/matisse.htm
Éditions 0h00.com : http://www.00h00.com/index2.html
Librissimo : http://www.librissimo.com/

    Même quand ils se revendiquent "traditionnels", les éditeurs ouvrent leur site web et les catalogues s'affichent. Gallimard raconte ainsi l'histoire de la NRF et montre André Gide avec un bouc! Les Presses Universitaires de France proposent le dictionnaire Le Littré sur cédérom et donnent les tables des matières de leurs nombreuses revues. JeanMichelPlace diffuse aussi ses revues et édite enfin Frankétienne, un écrivain haïtien fabuleux et quasi inconnu des français de la métropole. Fata Morgana fait lire des extraits de ses trouvailles.
    Ainsi pourrez-vous glaner toutes les précieuses informations sur les livres que vous voudriez commander. Mais point de page pour passer commande ! Oui, oui, vous avez bien cherché : c'est que les éditeurs ne veulent pas confondre leur métier avec celui des libraires, à moins qu'ils ne les cumulent, comme c'est le cas de Gallimard. Il est tout de même possible qu'on vous dirige vers une librairie partenaire. Sinon, je vous en ai dégoté une liste d'un site professionnel : Livre.net. À prendre avec des pincettes.
Histoire d'un éditeur : http://www.gallimard.fr/web/gallimard/catalog/historique/sommaire.html
P.U.F. : http://www.puf.com/edition/index.htm
JMPlace : http://www.jmplace.com/
Fata Morgana : http://www.chez.fr/freecyb/FataMorgana/
Gallimard Montréal : http://www.gallimard-mtl.com/
Livre.net : http://www.livre.net/librel.htm

    Vous voilà enfin dans une librairie virtuelle, ouverte à toute heure, sans attente au parking ni queue à la caisse. Mais pour être sûr que les prix sont les bons, il faut en visiter d'autres. Toujours sans vous fatiguer. Vous verrez que Chapitre.com, ne fait pas les réductions que propose Novalis. Vous essaierez la FNAC et vous vous perdrez dans leur page mal foutue. À moins que ça ne change d'un jour à l'autre. Au passage vous remarquerez que les catalogues se ressemblent étrangement... C'est qu'ils l'achètent tous au même fournisseur : Planète Livre. Cette PME d'une vingtaine de personnes fabrique de solides catalogues depuis 1988. Si le coeur vous en dit, et les reins, vous pouvez même ouvrir une librairie virtuelle à votre tour ; il vous en coûtera 100KF par an et 1,5% de votre chiffre d'affaire.
    Pour ma part, je me suis limité à commander des livres, ainsi que des disques de musique et de textes lus, avec Novalis parce que j'ai trouvé les "phonogrammes non-musicaux" un peu plus facilement que chez les autres... Alors quelles sont les étapes ? Des listes pratiques pour choisir, un récapitulatif de la commande clair et annulable à volonté, une saisie facile des coordonnées personnelles et plusieurs modes de paiement (carte de crédit, chèque, etc.). J'ai choisi de payer par carte et suis passé en mode sécurisé. Après la validation de la commande, un courrier électronique m'a été envoyé pour certifier la facturation.
    Ayant répété plusieurs fois l'expérience en une année, j'ai vérifié que la commande arrive toujours au Japon en 3 ou 4 semaines par avion, bien emballée, au tarif d'expédition normal, ce qui majore chaque article de moins de 10% dès qu'il y en a 7 ou 8. Les libraires à l'étranger qui pratiquent des marges confortables et des délais de deux mois n'ont qu'à bien se tenir !
    Attention, un poids lourd est arrivé en février sur le marché francophone : BOL (Books On Line), association des géants Bertelsmann et Havas. Beaucoup de sous, des promos, des publicités, des dossiers d'information. La compétition est lancée ! Mais tous ces libraires installés sur le territoire français sont soumis à la loi Lang qui limite le prix du livre. Tandis qu'en Belgique, Proxis prétend casser les prix... en particules élémentaires ! Cela nous fait passer les 371 grammes de Houellebecq de 119F (où sont-ils allés chercher ce prix-là ?) à 94F, quand Novalis et BOL l'affichent à 99,75F et Chapitre à 105F. Pour la prochaine livraison, je vous laisse comparer...
Chapitre.com : http://www.chapitre.com/
Novalis : http://www.novalis.fr/
FNAC : http://www.fnac.fr/
Planète Livre : http://www.livre.net/
BOL : http://www.bol.fr/
Liste de librairies francophones : http://www.chu-rouen.fr/documed/edilib.html
Proxis : http://www.proxis.be/
 


Patrick Rebollar