En guise de littérature, nos menus

samedi 27 décembre 2008, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

On oublie facilement pourquoi l’on écrit. Des chimères nous fascinent, un style à soi, l’admiration de lecteurs, un numéro dans une liste, l’argent parfois — voyez les blogs bardés de clignotants publicitaires. Aussi vaut-il parfois que je remette ma pendule à l’heure. Car ceci ne concerne que moi. Si j’écris ici depuis cinq ans, et donne à lire, c’est d’abord pour moi-même, après avoir regretté, pendant plus de vingt ans, la mauvaise mémoire que Dame Nature m’a donnée — et parce que j’ai compris, après d’infructueux essais, que c’était seulement en m’exposant à d’autres, et sans souci d’éditeur, que j’aurais le courage et la vanité de continuer plus d’une semaine.
Par conséquent, qu’on juge comme on voudra mais je continuerai à inscrire, quand ça me paraîtra l’important, mes menus, chics ou banals, les mauvais films qui nous distraient ou les naïfs commentaires politiques qui me passent par la tête. En cas d’ennui, la librairie est tellement vaste maintenant qu’on n’aura aucun mal à trouver autre chose ailleurs. Ce n’est pas à mon âge que je vais commencer à me laisser mener.

Déjeuner chez Beige Alain Ducasse à Ginza, pour célébrer mon passage de la cote 47. Entrée discrète par la ruelle, ascenseur jusqu’au 10e étage, design raffiné et hauts plafonds, salle pour une vingtaine de tables, vue surplombante sur l’avenue principale, le grand carrefour de Ginza. Service évidemment très soigné. On attaque avec un cocktail au champagne et un autre au saké. La carte n’est pas trop compliquée.
Voici, en guise de littérature, nos menus.
Pour T., à la carte :

DÉLICAT VELOUTÉ DE CHÂTAIGNES, médaillons d’une langoustine rôtie
HOMARD BRETON mijoté aux pommes de terre, jus de la presse truffé

Pour moi — ne pas croire que j’ai mangé comme un ogre, ce sont de petits plats — un menu végétal / terre / mer :

VOL-AU-VENT de coquillages et crustacés, sauce Normande
LÉGUMES ET FRUITS D’HIVER cuits et crus, vinaigrette à la truffe noire
CABILLAUD en croûte de sésame, potirons/châtaignes et lard fumé, jus de rôti
DÉLICAT VELOUTÉ DE TOPINAMBOURS, trompettes de la mort et céleris fondants
JOUE DE BOEUF braisée au vin rouge, gnocchi tendres de pommes de terre
RAVIOLES FOURRÉES D’HERBES AMÈRES, champignons des bois liés d’un beurre d’escargot

Et en dessert, respectivement : un Carré Chanel fait de chocolats ton sur ton et un baba à la crème sur lit de compote. Après ça, même si ça ne nous pèse pas spécialement, il faut marcher. Nous passons chez monsieur Noguchi, le chausseur, à deux pas de là, pour lui montrer comment T. supporte déjà très bien ses bottes plusieurs heures. Il leur passe un coup et nous déambulons tant qu’il y a du soleil dans les rues de Ginza.
Après être rentrés à la maison, nous recevons et passons quelques coups de téléphone.
Pour dîner, une simple salade tomates, basilic et mozarella. Ça nous suffit.
Et puis un film, certes de fantaisie, mais plus intéressant, ou tout du moins plus agréable que ce que j’avais imaginé : The Golden Compass (Chris Weitz, 2007). Pas d’exagération dans les monstres, les effets spéciaux, un scénario bien ficelé et une belle idée, poétiquement exprimée, sur les mondes parallèles.

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4 commentaires

  1. Manu

    Ça m’étonne que tu n’aies pas pris les artichauts (en cannelloni), mais c’est vrai que tout est très appétissant.

  2. Berlol

    Oui, j’ai pensé à ça, mais j’ai craint que ce soit une quantité infinitésimale mélangée à autre chose.
    Tu y es déjà allé ?

  3. brigetoun

    savoureux à distance et le « je continuerai » écho de mes petites hésitations pour mon petit bidule, parce que pour moi c’est la dernière obligation pour rythmer le temps

  4. Manu

    Non, jamais allé. Demain, on va essayer « Les Jardins » au Takashimaya de Futakotamagawa.