Se protéger des miasmes de la promiscuité

dimanche 28 décembre 2008, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

On doit écrire les cartes de nouvel an, j’ai deux articles à finir, la correction des brouillons d’étudiants qui s’accumulent, et le retard de lectures qui s’empile, mais comme il fait toujours très beau, nous nous défilons après le petit déjeuner, plongeons sous terre et en débouchons à Omote-Sando, sous prétexte — il nous en faut toujours un — d’acheter du mochi de Niigata dans la boutique régionale. Puis à pied, plein sud, jusqu’à Roppongi Hills, histoire de faire nos 10.000 pas de la journée.
Peu avant d’y arriver, découvrons dans une ruelle une pâtisserie traditionnelle japonaise — si le mot pâtisserie peut convenir… Les plaques de mochi juste formées sèchent sur des planches, dans la rue. L’air affairé, le patron vient de les sortir.
En vitrine, deux des affichettes verticales proposent des manjus nommés respectivement Yves Montand et Juliette Gréco, en katakanas. La patronne nous explique qu’ils ont dans les soixante-quinze ans, qu’après la guerre la chanson les Feuilles mortes (Kosma & Prévert) les avait tellement marqués qu’ils avaient créé le manju au nom du chanteur alors très populaire au Japon. Et en effet, la petite pâtisserie blanche et ovale est comme gravée d’un motif de feuille morte beige foncé. Quelques années plus tard, c’est le créateur Issey Miyake qui leur avait suggéré d’en créer un autre, son pendant, du nom de la chanteuse phare de Saint-Germain-des-Prés. Depuis, à côté des articles traditionnels, ce sont leurs spécialités.

Dans le dédale des couloirs commerçants et plutôt tranquilles de la tour de Roppongi, nous élisons un restaurant de sushis. Puis marchons encore avant de rentrer. Là aussi, pas trop de monde, pas besoin de mettre un masque en tissu pour se protéger des miasmes de la promiscuité.
Après ma sœur aînée hier, c’est au tour de ma mère et de ma sœur cadette de m’appeler ce soir. Ils ont bien reçu les cadeaux envoyés via Amazon. Mais une épidémie de grippe passe sur la famille, tous sont au lit, courbattus, sans appétit, nez et gorge bouchés ou coulants, depuis plusieurs jours déjà. Ils ont dû jeter une bonne partie des victuailles du réveillon, gâché leurs fêtes. La cata. Nous compatissons et je leur souhaite de vite se rétablir pour profiter tout de même du réveillon du nouvel an. De notre côté, les assurons que nous faisons tout notre possible pour ne rien choper — mot que T. avait appris de mon père il y a quelques années. Heureusement que leurs virus ne passent pas par le téléphone !

Dînons en compagnie de Ben Affleck et d’Uma Thurman, dans Paycheck (John Woo, 2003), fort occupés à empêcher un futur vu et oublié. Par les temps qui courent, ça devrait plaire, ce concept de l’ingénieur qui vend son travail en même temps que l’effacement de sa mémoire en fin de contrat pour protéger le secret industriel. Mais c’est surtout le puzzle hitchcockien qui nous tient éveillés jusqu’aux suppléments et aux scènes coupées.

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Publié dans le JLR

2 commentaires

  1. brigetoun

    décidément la grippe fait des ravages – une maison à Grignan qui aurait du se vider et permettre à la belle grand-mère de souffler et remettre en état après le passage d »un peu plus de trente présences, est transformée en hospice avec plateaux à monter…
    je suis toujours intriguée par les patisseries japonaises

  2. Laure

    Je vois que je ne suis pas la seule à accumuler virus après virus – ou plutôt attaque d’une huître moribonde après une rhino tout ça parce qu’affaiblie par mon AVF… – et une amie brésilienne de passage à Paris bloquée à son hôtel par une tendinite ! Accusons une conjonction astrale et disons-nous que ce sera mieux en 2009.
    Cette photo de pâtisserie est irrésistible. Je suis en deuil (et pas mal d’auteurs Laureli aussi…) depuis que le salon de thé de Minamoto Kitchoan place de la Madeleine a fermé. Qu’est-ce que les londoniens et les new-yorkais ont de plus que nous ?…
    http://www.kitchoan.com/