L’irrépressible attraction du fumet…

samedi 10 janvier 2009, à 23:20 par Berlol – Enregistrer & partager

Lever à six heures, ayant quand même dormi quelques heures, je traîne ma jambe jusqu’au fauteuil pour finir la préparation du cours pour les pages 48 à 53 (d’Histoire d’O en Livre de poche 14766) : O ayant déjà été copieusement fouettée et maltraitée, puis enchaînée une bonne partie de la nuit, tente de prendre son petit déjeuner quand son amant déboule avec un acolyte pour la faire mettre par ce dernier, puis — enfin — lui expliquer :

«Que c’est de lui, et de lui seul qu’elle dépendait, même si elle recevait des ordres d’autres que lui, qu’il fût présent ou absent, car il participait par principe à n’importe quoi qu’on pût exiger d’elle ou lui infliger, et que c’était lui qui la possédait et jouissait d’elle à travers ceux aux mains de qui elle était remise, du seul fait qu’il la leur avait remise. Elle devait leur être soumise et les accueillir avec le même respect avec lequel elle l’accueillait, comme autant d’images de lui. II la posséderait ainsi comme un dieu possède ses créatures, dont il s’empare sous le masque d’un monstre ou d’un oiseau, de l’esprit invisible ou de l’extase.» (Pauline Réage, Histoire d’O, p. 52, on peut également utiliser cette édition pdf dont la pagination diffère — genre d’explication où l’on sent qu’il y a du solide anthropologique et théologique derrière…)

Je claudique jusqu’à l’Institut et ne m’assois pas durant deux heures (puisque pas sûr de me relever). Deux fois plus de présents que pour Gracq ou Modiano… J’y déroule le programme prévu hier soir et pas les pages préparées ce matin (qui seront pour la semaine prochaine). Accueil jovial et studieux des participants ; orfraies, biches effarouchées et grenouilles de bénitier ont eu la bonne idée de garder le lit. Je m’aperçois que je n’ai pas préparé de liste d’adresses web intéressantes, que je propose de mettre ici et de rapporter la semaine prochaine, et que j’ai oublié mon enregistreur — pas de mp3 de ce cours, off the record

Livraison des calendriers réalisés par Bikun à Katsunori, au cours, puis à Manu qui fait un bref passage au Saint-Martin, sa famille étant attablée au French Dining, à deux rues de là. T. et moi déjeunons avec Laurent et Bill après que j’ai réussi à me traîner jusqu’au restaurant pour un poulet-frites — l’irrépressible attraction du fumet…
Mais promis, après, je vais me coucher.

Beaucoup plus tard.
Enregistrement des entretiens À Voix nue avec Hélène Cixous, cette semaine. Sa voix, ce qu’elle dit, tout est à la fois reposant, intelligent, et souvent spirituel. Elle me soulage au moins autant que l’antalgique. Ce qui me rappelle… que je le retrouve… lu il y a quelques jours… Ah oui, le voici : Phil !

« Et je remarque que dans ce domaine aussi, celui de la maladie et de la médecine, internet joue un grand rôle de contre-pouvoir en permettant l’accès et le partage d’informations essentielles, je n’avais pas besoin de cet exemple pour m’en convaincre, mais je le trouve très probant. Rétrospectivement je ne peux m’empêcher de me demander comment faisions-nous pour nous informer autrefois ?, je veux dire, il y dix ou quinze ans ? Je préfère ne pas y penser.» (Philippe De Jonckheere, Bloc-Notes du désordre, le 29 décembre 2008)

« Issue de germain, cette cousine estime cependant nécessaire de me présenter son gros médecin de mari, lequel tout de suite veut savoir si ça se vend, mes petites histoires, laissant entendre que les gens ont de l’argent à perdre, à quoi je réplique qu’ils ont sans doute envie de s’offrir parfois autre chose qu’un ictère ou une gastrite avec leur paye du mois, puis nous nous séparons, bien résolus à nous éloigner encore de germain, définitivement et sans retour.» (Éric Chevillard, L’Auto-fictif 438, 5 janvier 2009)

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Publié dans le JLR

7 réponses à “L’irrépressible attraction du fumet…”

  1. brigetoun dit :

    le tissage du web quand vous relevez des passages qui m’ont retenue (enfin surtout le premier – la réponse : associations et rencontres de parents)

  2. Strictement rien à redire à propos de mon voisinage de tag!

    J’aimerais bien que tu te portes un peu mieux (et je pense que personne ne t’en voudrait d’être un peu moins constant dans le JLR en dépit du mal). Prends bien soin de toi et bien que tu sois mon ainé à trois ans et deux jours près, je m’autorise à te donner un conseil, c’est en se coupant de la douleur (prendre ce qu’il faut pour cela) que bien souvent on parvient à se décoincer, il y aura bien quelqu’un pour te dire le contraire, ne l’écoute pas.

    Amicalement

    Phil

    PS: et j’aurais bien une question sur le fait qu’on te laisse une place assise dans les transports en commun bien que tu sois ponantais. Est-ce que cela veut dire que les Japonais seraient volontiers racistes (ou est-ce que j’ai mal compris)? Si tel était le cas, tu comprendras que je vais m’empresser de jeter à la poubelle tous les bons usages que tu m’as appris pour ce qui est de se dire en revoir en reculant tout doucement, et redevenir la brute occidentale que j’étais avant cet apprentissage.

  3. bikun dit :

    Voila donc 12 mois illustrés d’images du Népal pour découvrir, un peu, ce beau pays en se remémorant les dates des fêtes françaises! Merci Patrick et, above all, comme disent nos amis les anglais, odaijini!

    Olivier

  4. Berlol dit :

    Caroline !
    J’ai perdu votre commentaire ! Je l’ai approuvé, puisqu’il était dans le filtre à spam, et puis il n’est pas apparu dans les commentaires normaux…
    Vous en souvenez-vous ? (Vous parliez de votre hanche et du risque d’enseigner « Histoire d’O » aujourd’hui)

  5. Caroline dit :

    Oui, je m’en souviens un peu… Les malheur de ma hanche dus à un excès de sport qui ont duré pas loin de trois mois qui ont fait de moi une claudicante personne. Un fois disparue, la douleur, je reste surprise de pouvoir marcher si longtemps, aller où je veux alors que j’avais pris l’habitude de limiter au maximum mon périmètre de marche.
    À propos de Pauline Réage, je voudrais faire allusion à ce cas judiciaire http://sexes.blogs.liberation.fr/agnes_giard/2009/01/dlit-de-fantasm.html où un Procureur de la République (Cahors) s’en prend aux pratiques SM (pour de très bonnes raisons… bien sûr !). En faire un sujet d’enseignement ne serait-il pas passible de poursuites dans notre belle France où la Justice n’est plus qu’une parodie au service des institutions ?

  6. Berlol dit :

    Merci, Caroline.
    Pour la hanche, c’est en voie de guérison, moi aussi..

    En revanche, pour l’érotisme et le SM, je crains bien que nous soyons actuellement dans une époque où les autorités deviennent carrément pudibondes. Et le sarkozysme ne me paraît pas étranger au regain des ligues de vertu.
    Étant au Japon, j’ai encore assez peu à craindre de leurs foudres…

  7. Berlol dit :

    Philippe, je n’irai pas jusqu’à dire que les Japonais sont racistes. Il y a chez beaucoup une forme de xénophobie qui est l’héritage ancestral d’une peur de l’étranger. À la différence de notre France où la population se diversifie depuis des millénaires, les Japonais, au moins depuis quelques centaines d’années, cultivent l’idée (à mon avis malsaine) d’être un peuple homogène…
    Par ailleurs, il y a suffisamment peu d’étrangers âgés ou handicapés pour que j’aie eu l’occasion précédemment de voir pareille scène.
    Ne jette donc pas tes bons usages, tu n’es plus une brute !