Ficelles vraiment trop ridicules

vendredi 20 février 2009, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Matin ménage et courrier. Déjeuner avec T. chez Laroche Kamikura. Moi le menu de poisson et T. celui de coquelet rôti. C’est la deuxième fois qu’on y vient, ça nous plaît bien, et l’ambiance, la vue par les fenêtres, l’absence de fumeurs. Après avoir réglé l’addition, le serveur nous fait découvrir la terrasse, à l’étage au-dessus, sans doute agréable mais rarement ouverte, il faut qu’il n’y ait ni pluie, ni vent, ni froid ni chaleur, bref ça doit être une trentaine de jours dans l’année… Mais on essaiera quand même d’y venir.

Dans une librairie où T. consulte des livres médicaux récents, j’achète deux dévédés dans les collections de classiques à 500 ¥, maintenant pas mal élargies. Je me suis décidé. D’abord à revoir Le grand Sommeil (The Big Sleep, Howard Hawks, 1946 — pas la version de 1978, ni en version colorisée…). Pour le second, ça sera demain.
Vu une seule fois, je pense, dans les années 70 ou 80, je m’étais habitué à dire qu’on n’y comprend rien mais que c’est super de voir Bogart et Bacall… Un peu comme tout le monde, quoi. Et à le revoir, en dînant et après, non seulement les deux assertions sont vraies, mais en plus on s’amuse à regarder des tas de détails qui permettent quand même de comprendre mieux. On continue après en repassant des scènes, en cherchant des informations dans le web… Comme souvent, le visionnement d’un film débouche sur la découverte de détails en plusieurs langues concernant les acteurs, metteurs en scène, scénario, etc. Ce qui correspond d’ailleurs à ce que disait Claude Chabrol il y a quelques jours chez Taddeï, la cinéphilie a changé de nature et d’échelle avec le dévédé…

Hier, on avait essayé une bonne heure de Cyrano et d’Artagnan, film d’Abel Gance de 1962 (ou 1964), emprunté à l’Institut, mais ça n’a pas très bien marché sur nous. Ficelles vraiment trop ridicules, enthousiasme trop artificiel, action trop statique. En plus, nous connaissons assez l’époque pour ne pas accepter l’incohérence de ces rencontres entre Cyrano de Bergerac, d’Artagnan, Marion Delorme et Ninon de Lenclos (orthographié L’enclos)… À éviter aussi si l’on n’y connaît rien, d’ailleurs, car on ne peut qu’y apprendre des bêtises.
Ces deux pétroleuses avant l’heure semblent d’ailleurs avoir des descendantes, si j’en crois l’amusant billet de Frédéric Ferney.

Et lecture avant de dormir, ce qui fait suite à mes commentaires d’hier…

« Je n’ai que l’écriture comme moyen de résistance. C’est la grand-mère ou moi, je dois prendre les devants et surtout mettre un terme aux cauchemars qui parfois se reflètent dans la glace. Mon visage n’est que chairs en décomposition. Mes yeux sont gonflés de pourriture, du pus englue mes dents. Je mets de longues minutes avant de reprendre contact avec une autre forme de réalité.
Il est nécessaire qu’au plus vite vienne la libération. À tout problème sa solution, alors je fais ce que je peux. Mais vous ne pouvez rien, me rappelle Théophile, une pichenette romanesque, c’est tout ce que ce sera. Je vous l’ai déjà dit, et cela depuis le début : faites-lui plutôt une lettre, mais surtout pas un livre. Vos histoires personnelles, le lectorat s’en moque, écoutez ce cimetière qui raconte et qui dit, faites un livre des morts, pas un livre de mort, ne vous méprenez pas sur vos capacités. Théophile fait des gestes, parle fort et me fatigue.
Laissez-vous divertir, pour une fois, divertir, mettez-vous au service d’une fiction extérieure. Racontez d’autres histoires, pour ça nourrissez-vous d’autre chose que la haine, même si la vôtre est grasse, grumeleuse et épaisse. C’est un enjeu majeur, vous ne pouvez le nier.
Je scrute Théophile, sa peau se couvre d’écailles, sa langue se fait bifide, ses iris virent au jaune. Son cou paraît plus souple et sa tête se balance. Soudain, je me méfie et je ne veux plus jouer.» (Chloé Delaume, Dans ma Maison sous terre, p. 125-126)

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Publié dans le JLR


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