Imaginez Clélie chez Gatsby

samedi 21 février 2009, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Pour changer, je prends mes notes de cours au stylo-plume, ne recourant à l’ordinateur que pour la recherche de définitions ou d’étymologie (vérifier par exemple que le dernier mot du chapitre II, turpitude, n’est pas un assemblage). Avec un texte relativement court, comme l’est Bonjour tristesse, je peux travailler la micro-lecture, la mettre en relation avec la macro-structure… Les chapitres I et II ont la même structure et l’on peut tout à fait établir avec les sentiments de leurs paragraphes de début et de fin une nouvelle Carte de Tendre, ou la carte d’un nouveau Tendre, d’un Tendre hélas un peu moins tendre… Un Tendre qui serait quelque part en Amérique du Nord, par exemple. Imaginez Clélie chez Gatsby. Je me comprends.

« Idéalement, j’envisageais une vie de bassesses et de turpitudes.» (Françoise Sagan, Bonjour tristesse, p. 29)

Mais lisez plutôt cette énigme :
C’est un livre célèbre peu d’années avant celui de Françoise Sagan, qui propose avant elle un narrateur à la première personne, élevé par son père du fait de la mort de sa mère quand il était tout petit, se remémorant en l’écrivant la fin de son enfance heureuse et l’enchaînement des événements qui mènent à un drame terrible dont il sera en quelque sorte responsable, drame qui se déroule dans un lieu maritime et isolé du sud du pays.
Ces indices sont assez nombreux, je pense, pour que l’on parle d’une volonté délibérée de parodie de la part de Françoise Sagan. Cependant, je n’ai jamais vu aucune mention de cette parodie dans tout ce que j’ai lu sur Sagan. Mais les images littéraires et médiatiques des deux écrivains sont tellement distantes, malgré leur contemporaniété, et la transposition d’époque et d’échelle est tellement réussie, que cela ne m’étonne pas. Moi-même, c’est presque par hasard que j’en ai eu la révélation…
Alors ?
(Et au cas où personne ne trouverait, la solution demain…)

Déjeuner au Saint-Martin, pour son excellent — et rituel — poulet-frites. T. prend le poisson. Puis elle me propose de passer enfin chez l’opticien de Maruzen.  En route, par ce beau soleil, il serait dommage de ne pas en profiter. (Je pense à David qui achève sa première nuit à Orléans…)
Au rayon des livres français, je trouve en folio un Voyage à Rodrigues de Le Clézio, sorte de journal dont je sais qu’il est en rapport direct avec l’écriture du roman Le Chercheur d’or. Une aubaine pour la préparation de mon cours…

En dînant et après (parce que c’est long), regardons le second dévédé d’hier, l’unique film de Marlon Brando, dont le tournage et la production furent apparemment compliqués, voire chaotiques, La Vengeance aux deux visages (One Eyed Jacks, 1961 — ce lien mène à la page officielle du film visible intégralement !). Vraiment captivant. Vu avant d’en apprendre de belles sur ses conditions de production, nous ne trouvons pas que le résultat soit trop long, nous le trouvons même d’une modernité quasi-tarantinienne. (C’est peut-être au contraire Tarantino qui a pu s’inspirer de Brando. Mais j’adopte tout à fait la démarche paradoxale de Pierre Bayard quant à la primauté de l’ordre esthétique sur l’ordre chronologique.)

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Publié dans le JLR


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