La manivelle à étincelles

jeudi 26 février 2009, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Endormi avant l’erreur 4:04, je me lève néanmoins à six et demie. En un tour de main, je fais disparaître draps, couvertures et oreiller, replie le lit en sofa. Douche, rasage, petit déjeuner, et chaque chose trouve sa place dans un carton illico clos. À huit heures, quand sonnent les déménageurs, je n’ai plus rien à faire, sinon expliquer brièvement le code couleur (voir hier) et donner le plan au chef d’équipe qui répercute. Ils sont cinq, de l’âge de nos étudiants. Ils courent tout le temps, dans l’appartement comme dans les escaliers, transpirent, ne prennent qu’une pause de dix minutes. En moins de deux heures, les meubles dans des housses matelassées, les cartons, la penderie, miroirs et cadres, ils ont tout descendu et chargé dans les deux petits camions. Quand je me rappelle la noria, David et moi, en août dernier, et la fatigue consécutive, j’en suis vert…

Je file à pied en huit minutes à ma nouvelle adresse, rendant compte à T. par téléphone, tandis qu’ils font le trajet en camion par d’autres rues. On arrive en même temps. En moins de deux heures, ils ont tout monté, et remonté le cas échéant, cette fois au quatrième étage, sans ascenseur, qui, du fait de la volée de marches initiales devient un vrai quatrième. Voilà des jeunes gens qui n’ont pas besoin d’aller au centre de sport !… Et pas un meuble cogné, pas un carton pris à l’envers, aucune pastille jaune ou rouge dans la mauvaise pièce !
À midi moins dix, je signe le reçu et l’équipe s’éclipse. Y’a jamais que la machine à laver qui ne soit pas branchée (à cause de l’embout différent) — climatiseurs mis à part, bien sûr, dont le tour viendra demain matin.

L’employé du gaz arrive à deux heures. La cinquantaine, souriant, bardé d’outils. Les dangers du gaz, c’est un des grands trucs, au Japon. Tant de vies perdues dans les incendies consécutifs à des tremblements de terre pourtant mineurs ! Maintenant, c’est hyper-sécurisé. Sur le palier, du haut d’un escabeau, il commence donc par ouvrir la vanne, puis des trucs bizarres, secouer une tirette, apposer son sceau avec une clé magnétique, me semble-t-il. Dans la cuisine, il vérifie les branchements, m’explique le fonctionnement du chauffe-eau, teste le ventilateur. Avec un appareil muni de parties métalliques amovibles et sensibles (outil jamais vu) qu’il tient quelques secondes au-dessus du chauffe-eau en marche, il vérifie que la température ne monte pas trop. Puis, à près d’un mètre, il fixe au mur un boîtier d’alarme dernier cri, le branche et me fait entendre le signal, composé de sirènes stridentes et de voix appelant à tout éteindre sur le champ. J’espère ne pas l’entendre trop souvent !… Enfin, c’est le tour de la salle de bains et d’un autre chauffe-eau, branché sur la baignoire par deux tuyaux qui permettent de pomper l’eau du bain pour la chauffer et la renvoyer. Accessoirement, il alimente aussi la douche et le lavabo. Sécurité toujours : il faut tenir le sélecteur de la main droite et tourner la manivelle à étincelles de la main gauche, ce qui produit une flammèche visible par la petite fenêtre. Après cinq ou six secondes, lâcher et voir si le feu tient. Si oui, mettre en position baignoire ou pas baignoire — dans le cas baignoire, il faut l’avoir préalablement remplie d’eau froide avec le robinet normal. Vous suivez. Il répète deux fois et me fait refaire la manip pour voir si j’ai pigé. J’ai tout bon ! Il me félicite. Je pavoise modestement.

Après son départ, le déballage des cartons d’urgence dans l’étonnante chaleur du seul jour de soleil de la semaine (ma chance), un rapide déjeuner, je fais pour la première fois le trajet du bureau — dix minutes. Là, en une bonne heure et demie de connexion, je m’occupe des courriers et mets en ligne le journal des trois jours précédents avant de redescendre pour une soirée comme avant, je veux dire comme avant l’existence du réseau, sans connexion, en écoutant des disques pris au hasard dans un carton, Klaus Schulze des années 70 puis Björk d’Army of Me, du planant et du beat, et quand même me coucher après minuit.

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Publié dans le JLR

Un commentaire

  1. brigetoun

    je sens que je prendrais des bains froids si j’avais un aussi épatant chauffe-eau – vraisemblablement ce que m »aurait conseillé le gentil quinquagénaire