L’avenir propre des réseaux

vendredi 20 mars 2009, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Petite création gentiment poétique au début d’un courrier envoyé ce matin.
Seule la destinataire sait pourquoi.

— mascaret —

Quand on est un petit cours d’eau
toujours penché vers l’aval
on sait que parfois la mer remonte les fleuves
mais un jour
on est quand même surpris de voir arriver
la vague

J’y ajoute, en l’élargissant, ce soir :

mascaret serait le nom d’une vague d’informations qui remonterait au lieu de toujours descendre
mascaret serait le nom même du contre-courant
mascaret serait la parole du peuple qui enfin s’exprime sans les mystificateurs du contrôle social
mascaret serait l’avenir propre des réseaux

Sortie matinale pour aller aux soldes du magasin Sun Motoyama. Je cherche une veste sans basque, fermée derrière, T. une jupe. Finalement, elle aura une chemise et un petit pull, et moi deux pantalons à taille basse. Affamés, nous déjeunons rapidement au Toh-Ten-Koh, en haut du Tokyo International Forum.
Ces pantalons ouvrent une nouvelle ère, on m’a rarement vu en jean.

« En moi tellement de morceaux me sont étrangers. Des bouts épars, des bords perdus se sont collés à moi, venus de je ne sais où, comme des feuilles mortes humides que le vent accroche au premier obstacle venu, et la carcasse s’est constituée ainsi, en écailles multiples et si diverses qu’elles ne me relient à rien de connu sur la Terre, à aucune espèce animale. En dehors de mon nom je n’ai aucune identité, pas de lieu de naissance et pas de lieu d’enfance, je ne suis pas français, pas européen, pas bordelais ou vénitien, pas vraiment terrien non plus (personne ne me prouvera jamais que je ne suis pas extra-terrestre). On dit parfois qu’il est impossible d’être fort sans racine, mais ça n’a aucun sens, seuls les arbres ont des racines, les oiseaux n’en ont pas. Un bon arbre est un arbre qui peut un jour se déraciner de lui-même et se transformer en oiseau, utiliser ses branches et ses feuilles comme des ailes et ses racines comme une queue. Sauf que moi, des racines je pense n’en avoir jamais eu.» (Marc Pautrel, Je suis une surprise, p. 24-25)

Retour. Sieste. Lecture. Réseau (j’enregistre les Mardis littéraires du Salon, avec Alain Nadaud et Richard Morgiève, et suis sidéré par la basse récupération casanovienne de Bashung — alors qu’elle n’a même pas appris le nom de l’album qu’elle cite…). Dîner à quatre au Loisir, avec un couple d’amis du sport. Je m’exprime en japonais, deviens sociable, allège la tâche de T… Excellent (mas)carré d’agneau.

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Publié dans le JLR

Un commentaire

  1. grapheus tis

    Il y avait de l’incontrôlé dans la « décharge » ; la langue échappe au penser et au…sexe. Mais ce n’était pas de la précosité.
    Il est allègre que notre constellation LittéRéticulaire brille et vous que je pourrais aussi qualifier de “second aïeul”, y avez grande part.
    Vos « salons littéraires » sont aussi libertaires
    La sphère du petit monde lettré est fort mesquine et de courte mémoire. Je lui appliquerai bien l’aphorisme d’Héraclite — je suis, ces jours-ci, en immersion dans ses « obscures clartés » —
    « La plupart ne prennent pas garde à ce qu’ils rencontrent ; ils ont appris, mais ne savent pas. Il leur semble ! »