Ligne rouge pour Henri Meschonnic

vendredi 10 avril 2009, à 16:57 par Berlol – Enregistrer & partager

« Ligne rouge pour Henri Meschonnic.»
« De Tokyo : Serge Pey et Chiara Mulas dédieront à Henri Meschonnic leur performance Poésie Action, ce soir à 19 heures, à l’Institut franco-japonais

Je cite Serge, ici avec Chiara dans la Brasserie de l’Institut, arrivés de Kyoto ce midi, saisis au milieu de la préparation de leur performance, et se remettant assez mal de la nouvelle que je venais de leur apporter…

Derrière eux, le soleil, la scène qui les attend. Il y a des tomates qui mûrissent et une dorade rouge au frais.

(…)

20:45, après les superbes performances dont voici un extrait vidéo (j’y reviendrai). Courrier d’Anne-Elisabeth Halpern :
« Chers tous,

Nous n’entendrons plus notre ami Henri Meschonnic, ni son bon rire. Le « Voyageur de la voix » qu’il disait être a terminé son périple et nous en avons du chagrin.
Il a accompagné et soutenu affectueusement L’improviste depuis le tout début, nous donnant Combien de noms qui fut le deuxième livre de notre catalogue. Nous avons été heureux de rééditer Voyageurs de la voix et sommes tristes que l’aventure s’arrête là.

Nous pensons à Régine, sa femme et à tous les amis.

L’inhumation aura lieu mardi 14 avril 2009 au cimetière du Père Lachaise (Paris)
à 15 heures à l’entrée principale du cimetière, boulevard de Ménilmontant.
Puis à partir de 18 heures : à l’IMEC, Institut mémoire de l’édition contemporaine
174 rue de Rivoli – 75001 Paris
entrée dans la cour
code rue 7823 – code cour 6943
2e étage

Anne-Elisabeth Halpern
Editions L’improviste »

*   *
*

Quant à nous, encore vivants, l’esprit claudicant, avions déjeuné au Saint-Martin. Insolent soleil toute la journée. Continuation du travail, comme un moteur qui tourne à vide. Constance m’écrit sur ce qu’elle constate dans l’édition, les expériences en cours, les espoirs malgré le milieu moribond.
Et tiens ! Encore un cavalier seul qui veut se faire foudroyer dans l’orage. Cette fois c’est Le Robert qui se jette dans le payant, alors qu’on a déjà tout ce qu’il nous faut depuis des années. En plus ce n’est même pas pour une acquisition, c’est pour un abonnement ! Je ne prédis rien mais je leur souhaite une déculottée en forme de dépôt de bilan. Car c’est vraiment prendre les gens pour des cons.

Mais revenons à l’essentiel, dans le jardin de l’Institut, à la nuit tombée. La performance de Serge et Chiara s’est déroulée en quatre parties, chacune accompagnée de textes de Serge. D’abord, au rythme des chaussures bardées de noix, un texte sur le vide, l’oiseau, l’homme, pendant que Chiara accouche d’une dorade rouge dont elle fait un ikebana de seringues plantées, puis c’est la grande séance des tomates, écrasées sur les feuilles à mesures qu’elles sont lues par Serge, Chiara toujours silencieuse, — « Quand on mange une tomate, on mange un mot indien » — et maculées, suivie de lecture de textes manuscrits, plus cinglants, ponctués au marteau par le bris des vitres qui les couvraient, enfin, chacun se lavant à la fontaine d’une grande éponge jaune dans un seau rouge, des textes sur l’eau et nous.
Les applaudissements sont nourris, l’émotion sensible.
Déplacement vers un banc qui entoure un arbre et sur lequel Seiji Shimoda s’est juché, rétro-éclairé pour nous présenter vingt bonnes minutes de ralenti d’oiseau, tantôt sifflant, tantôt comptant ses doigts. Une réflexion vivante sur notre ontologie aviaire.
Puis dans l’Espace Images pour assister au troisième acte, une transubstantiation. Tokio Maruyama suspend une minuscule chaise sur un pendule temporel, s’assied sur une chaise à sa taille et s’entoure la tête d’une cordelette enroulée à terre et qui découvre, tandis que la tête devient une pelote de souffle rauque, un planisphère… Toujours assis, il se juche sur des circonvolutions cervicales… jusqu’à tomber en arrière.
Et c’est le dénouement. Encore faut-il que quelqu’un l’aide… Son visage est fort marqué. On le félicite.
T. et moi rentrons sans attendre les mondanités, très impressionnés par cette inoubliable soirée.

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Publié dans le JLR

14 commentaires

  1. smad

    Drôle de voir Serge si loin de Toulouse via votre blog et me revient en pensée l’invitation lancée à H. Meschonnic à la cave poésie il y a quelques années…

    émotions partagées, hommage à performer, Pey ne peut rien faire d’autre que ce tout là…

  2. Philippe Païni

    Cela fait du bien de voir l’ami Serge quand l’ami Henri vient de partir pour « son dimanche illimité ».
    Les voix se nourrissent d’amitié. Même de loin elles s’entretendent des mains contre lesquelles le calendrier des pierres ne peut rien.
    Salut de Marseille.

  3. Mamzelle Ironie

    « Serge Pey( …)enfile ensuite des chaussures entourées de bruyantes noix qui s’entrechoquent(…).(…)finalement dédiée aux étudiants actuellement en lutte. Ce que le public d’ici a du mal à comprendre, ignorant qu’il est de la situation dramatique des universités françaises. »

    Pauvre Monsieur Meschonnic, associé bien malgré lui aux pénibles contorsions de trissotins et de cuistres à qui tout échappe, à commencer par le sens du ridicule.

  4. F

    il a sorti son Laguiole pour manger le sashimi, le Serge ?

  5. F

    quant au mail précédent le mien, quel ridicule… commencez par le lire ou l’entendre, Serge Pey

  6. Berlol

    Ce qu’il y a de commun à trissotin et cuistre, ce sont les notions de pédanterie et de vanité. Or, je ne vois rien de cela chez Serge ou dans mon propre compte rendu de mardi : il emploie et j’emploie des mots simples, sans exagération, et qui n’ont pas pour but de nous glorifier inutilement. Au contraire, il est, et je suis, dans une moindre mesure, engagé dans un combat de clarté et d’efficacité du langage, à la fois poétique et politique, dans lequel nous sommes entrés avec et grâce à « Monsieur Meschonnic ». C’est, je crois, ce que Mamzelle Iro nie. Tant pis pour elle.

  7. Alain Freixe

    Je mêle ma voix à la tienne, cher Philippe, depuis Perpignan entre deux caparutxas, deux goigs et deux gouttes de pluie. Je ne ferai donc pas l’entretien décidé cet été à Lodève avec HM pour l’Huma, la ramasseuse de sarments est entrée tôt dans la vigne…

  8. Berlol

    Merci, Alain. Votre passage m’a permis de lire chez vous le terrible texte de Bernard Noël !…

  9. Philippe Païni

    Alain, de Perpinyà à Marselha via le Japon, j’entends dans ton signe de vie monter au dessus de Canigó les « goigs » pour Henri.
    Ca fait du bien d’être plusieurs au monde.
    Je t’embrasse…

  10. Berlol

    Du haut de mon Fuji, je vois le Canigou…

  11. vinteix

    quid du texte et de la voix de Serge Pey ?
    parce que j’ai un peu la nostalgie de Luca, et d’autres (quoique rarissimes)
    , en lisant ton compte-rendu, plus visuel que verbal…

  12. Alain Freixe

    Merci à vos signes d’amitié.Suis ici démuni. Aucun livre d’HM. La vieille bécane de ma mère rame.Demain, je rends mon papier pour l’Huma de jeudi: « HM, poète libre ». Sans adresse, je ne puis m’excuser auprès de Serge Ritman a qui j’ai emprunté l’expression. Vous transmettrez à moins qu’il ne passe par là.Le canigou salue tous les fuji du monde!

  13. Martin/Ritman

    J’ai vu Alain ton vol de liberté: bravo!
    Suis encore sous le coup mais la vie avec Henri plus vivant que jamais va repartir et on va les secouer les signistes jusqu’à Tokyo et Valparaiso: résonances avec le rythme!
    Amitiés

  14. Eyries Alexandre

    Merci à tous vos commentaires qui montrent que l’amitié du poème est plus que jamais vivace, à présent que notre ami Henri Meschonnic est parti en « chemin de lumière »!
    Amitiés.