Réseau d’idées faussement dormantes

lundi 27 avril 2009, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Ce matin, Médée s’installe dans le salon — émotion d’un ancien Jason !… C’est la Médée de Christa Wolf (du dimanche 19). Un peu spéciale, donc, puisqu’elle n’est peut-être pas meurtrière…

« Jason, je te mange le cœur.»

Par la suite, j’essaie de rassembler mes idées sur le phénomène que je traque chez Robbe-Grillet et d’aller un peu au-delà des quelques récentes citations (17, 19, 30, 31 décembre, 21 janvier), à la base d’un réveil neuronal et d’un questionnement de fond. Puis cela devient un réseau d’idées faussement dormantes, distendues mais sans cesse travaillantes, pendant les cours et réunions, les nuits et les conversations, qui profitent de toutes les lectures, de toutes les images pour pousser leur lente germination vers la surface de la conscience, où elles seront tantôt arrosées tantôt arrachées. Vouloir les accélérer, les doper, c’est souvent les condamner.

T. est allée voir une connaissance à la sortie de l’hôpital, puis déjeuner avec elle. On se rejoint au centre de sport, à Shibuya. Occasion de relire encore — en pédalant — comme souvent depuis quelques semaines, les mêmes pages, dans différents ordres, moi aussi.

« La couverture, dont les couleurs à la fois vives et plates semblent bien conformes à la tradition du genre, ne me rappelle pourtant aucune de celles qui me sont familières, que je connais même par cœur dans leurs moindres détails pour les avoir rencontrées un peu partout à travers la maison, posées au hasard des meubles, encombrant les tables et les chaises, traînant sur le sol, ce qui m’a toujours fait supposer que Laura lisait tous ces livres en même temps et qu’elle en mélangeait ainsi de pièce en pièce, selon ses propres déplacements, les péripéties policières savamment calculées par l’auteur, modifiant donc sans cesse l’ordonnance de chaque volume, sautant de surcroît cent fois par jour d’un ouvrage à l’autre, ne craignant pas de revenir à plusieurs reprises sur le même passage pourtant dépourvu de tout intérêt visible, alors qu’elle délaisse au contraire totalement le chapitre essentiel qui contient le nœud d’une enquête, et donne par conséquent sa signification à l’ensemble de l’intrigue […] » (Alain Robbe-Grillet, Projet pour une révolution à New York, p. 84-85)

Détente en soirée. Enfin, les dévédés de la saison 3 de Grey’s Anatomy sont revenus chez le loueur ! Le premier épisode nous fait presque bailler… Banalité de sa thématique du temps, artificiellement développée en parallèle chez tous les personnages, trop grande focalisation sur leurs histoires de couple, quasiment pas de cas médicaux. Espérons que ce ne sera pas comme ça toute la saison.
Dans les meilleurs mécanismes, les mobiles complexes, il suffit parfois d’un minuscule surpoids d’un des éléments pour tout déranger, dérégler, aplatir ou écarteler — et tomber dans le toujours très proche soap sirupeux.

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Publié dans le JLR

2 commentaires

  1. brigetoun

    merveilleux circuit des idées quand vous le décrivez

  2. Berlol

    Merci, mais c’est plus facile à dire qu’à faire, en fait…