La grande affaire du moment

samedi 29 mai 2010, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Mes « dernières notes sibyllines », dit Éric au Saint-Martin… Et il a bien raison, hélas.

Mais quelle bonne surprise, quand nous y sommes arrivés, sur le coup de midi vingt, après le cours sur Zazie (en ligne bientôt), de trouver attablés cet ami de Kyoto face à notre Alexandre de Morioka ! Et qui nous attendaient, plus ou moins, devant leur poulet-frites, au cas où… nous viendrions. (Au cas où tout ce que je publie dans ce journal depuis des années quant aux samedis midis soit vrai…)
L’un venu pour le congrès de pédagogie hier (SJDF), l’autre pour le congrès de langue et littérature françaises (SJLLF) — deux congrès auxquels je ne puis être présent cette année — ils étaient en train de discuter de la grande affaire du moment : CampusFrance.

CampusFrance — et j’écris maintenant pour mes lecteurs de France ou d’ailleurs qui ignorent les nouvelles dispositions françaises concernant l’entrée des étudiants étrangers — qui vient d’installer, depuis janvier, en catimini, au Japon, un système de sélection payant ! Étant une partie de ce dont Sarkozy est le nom, ce système contraint les étudiants qui souhaitent venir étudier en France pour six mois ou un an à s’inscrire et remplir un dossier en ligne (site gouv.), communiquer à CampusFrance toutes les pièces réclamées et à verser POUR cette inscription la coquette somme de 20.000 yens (d’ailleurs mentionnée QUE dans les documents en japonais), ce qui leur permettra de demander un entretien de 15 minutes à l’issue duquel CampusFrance décidera (en son âme et conscience hortefeuxienne) lesquels sont autorisés à demander un visa (qui coûtera, lui, 7.000 yens, et, en ligne, erreur 404 [en fait, ici]). Dans les présentations de CampusFrance, toutes les demandes sont confondues, y compris celles qui s’inscrivent dans le cadre des accords d’échange entre des universités japonaises et françaises.
Plus profondément dans les documents en ligne, j’avais trouvé qu’en cas d’accord inter-universitaire l’étudiant serait gentiment gratifié d’une ristourne de 5000 yens… (mais je ne retrouve pas la page…)
Et donc tout cela depuis janvier sans qu’AUCUNE information n’ait été envoyée par CampusFrance aux centaines d’enseignants de français des universités japonaises (dont l’attaché aux relations universitaires a, de longue date, la liste), ni directement ni par le biais des associations.
Mieux : il paraît que des dirigeants des associations citées ci-dessus ont participé en début d’année à une réunion de préparation d’une brochure présentant les services de CampusFrance sans qu’aucun d’entre eux n’ait été informé du contenu de ces nouvelles dispositions, c’est-à-dire — aussi — sans qu’aucun d’entre eux se soit abaissé à demander aux représentants officiels de CampusFrance et de l’Ambassade de France le détail de ces mesures, au cas où ça concernerait les étudiants…

Maintenant que le vent de protestation gronde (et j’ai dans mon courrier les angéliques défenses campusfranciennes en réponse à mes premières protestations d’il y a presque un mois) et que lesdites associations se saisissent officiellement de l’affaire pour écrire à l’ambassade ou aux ministères — quelle audace, soudain ! — je leur recommanderais plutôt la prudence : CampusFrance a une utilité, une nécessité, face à la mobilité étudiante de masse (comme on dit) et face aux abus de certains ressortissants (faux diplômes, emplois masqués, dépassement de durée de résidence, etc.).
Ce qui doit être négocié, c’est la gratuité pour les étudiants qui sont inscrits dans le cadre d’un programme d’échange universitaire, à condition que ce programme soit réputé valable par le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, après que ce ministère aura reçu mission d’établir et de maintenir une liste internationale des accords existants et validés.
De la sorte, CampusFrance se référant à la liste produite par son ministère de tutelle, ses représentants locaux ne seraient pas en position de s’opposer à des accords signés par des présidents d’universités. Car c’est en vérité LE point sensible, celui qui risque fort d’irriter beaucoup nos collègues japonais.
Après tout, si c’est bien la réforme des universités japonaises lancée il y a plus de dix ans qui a largement inspiré Mme Pécresse pour les réformes qu’elle peine à mettre en place (j’en parlais déjà en octobre 2008), il y aurait un juste retour des choses à ce qu’elle reconnaisse l’excellence des universités japonaises et qu’elle ne laisse pas les bureaux locaux piétiner le fer de lance actuel des universités, leur internationalisation.

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2 réponses à “La grande affaire du moment”

  1. […] This post was mentioned on Twitter by françois bon, Berlol. Berlol said: Journal LittéRéticulaire : La grande affaire du moment. http://www.berlol.net/jlr2/?p=2076 […]

  2. Frédérique dit :

    Je suis outrée, consternée, habituée. Hélas.