Petite chasse à la framboise

dimanche 18 juillet 2010, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Chère Mette,

Ce billet dominical est pour toi. Pour ce que tu sais, ce pari sur l’avenir, ta mission de traductrice…
Au présent, on m’intime de faire peu de commentaires. Comme si donner mon avis après-coup était une tricherie, une hypocrisie, et qu’il aurait fallu le donner tout de suite, en débattre sur le champ, dans l’arène de Cerisy, c’est-à-dire pendant que le sable est chaud et que les organisateurs tiennent le glaive.
Comme si rien ne devait sortir du château sinon, dans un an ou deux, des Actes bien propres. Pas d’audio public, pas de photos publiques, pas de commentaires écrits, surtout avec des noms tagués.
Censure et autocensure sont deux des mamelles des universitaires — comme la louve, il leur en reste six pour enseigner, corriger des partiels, chercher, publier, colloquer et procrastiner. Cette dernière étant entendue comme une qualité, celle dont je fais usage en ne me précipitant pas tout de suite dans le débat, dont la majorité des présents faisait usage aussi, toi comprise, de sorte que ce ne soit pas une foire d’empoigne — et d’empoigne inutile.
D’ailleurs, hier, après ma communication, personne n’a commenté à chaud la piste Baudelaire que je venais de percer — à ma connaissance, personne n’en avait parlé précédemment dans la critique post-exotique. Pour l’instant, ce sont les Benjamin et Adorno qui ont la vedette, mais je militerai volontiers pour quelque chose de plus… littéraire.

méditationÉtonnamment, l’idée de certains qu’il faudrait débattre de tout tout de suite a comme corollaire de ne faire ensuite aucun commentaire en ligne, comme si le blog était une réaction à chaud, forcément stupide — alors qu’elle a souvent déjà tiédi quelques heures, voire quelques jours. Et puis, il ne faudrait pas mettre tous les blogs dans la même poubelle…
Penser l’internet reste difficile ; je renvoie donc, en l’occurrence, à mon essai de 20021 qui ne me paraît pas tant dater, surtout pour les propos que j’y tiens sur les notions de « lieu », de « salon », de « bénévolat », etc.
En fait, le problème, ou ce qu’il y a de nouveau, c’est de décider si et comment répondre dans un lieu qui n’est plus l’arène fermée du colloque mais l’esplanade ouverte sur l’infini des liens HTML et des fils RSS. En cela les quinze ans d’avance de ceux qui ont commencé des sites web dans les années 90 servent, alors que beaucoup de jeunes gens, comme toi, ne sont pas automatiquement à l’aise dans la communication en réseau — tu me détromperas, le cas échéant.

Donc, le programme du jour, en bref.
Communications du matin : Joëlle Gleize, « Les pratiques éditoriales de Volodine : postures d’auteur et fiction », et Annie Epelboin, « L’utopie de la fin et la fin de l’utopie ».

framboiseAprès le déjeuner et le café sur la terrasse nord très ensoleillée, partons à six ou sept vers le verger pour une petite chasse à la framboise. Les plants sont nombreux, hauts et d’aucuns disent qu’il n’y a plus rien, qu’ils préfèrent les cassis, de l’autre côté de l’allée. Mais la framboise n’est pas souvent au soleil, elle se mérite, il faut l’aller chercher sous la feuille, se baisser, s’adapter à l’ombre. Et alors…

Communications de l’après-midi : Catherine Coquio, « du merveilleux lazaréen à la mythologie post-exotique : péripéties d’un refus de témoigner », suivie de Frédérik Detue, « post-exotisme et tradition littéraire ».

Je profite du repos qui suit pour laver mon linge sale tout seul (bien que ce ne soit pas permis, mais j’ai ma lessive à la main et j’essore dans une serviette avant de pendre…), commencer ma valise, transférer dans mon domaine web tous les documents audio (au cas où mon avion s’écraserait ou si on me volait mon sac à dos), transférer les photos de l’appareil dans l’ordinateur et synchroniser avec l’album Picasa, de sorte qu’il y a finalement bien plus de photos que ce que tu as vu hier.

Je rejoins Dominique avec qui il avait été convenu hier que nous mettrions en place l’invitation à boire le champagne qu’a lancée Antoine et qui aura lieu côté sud, avant le dîner-buffet côté nord. C’est une grande réussite, et manière pour Antoine de remercier tout le monde pour la belle semaine que ce fut.
« Kampaï ! », dis-je.

Je dîne joyeusement à une tablée de Québécois. La soirée s’étire en palabres de toutes sortes. Se continue dans la cave, mais poussivement, et encore une fois quand je vais téléphoner au grenier à minuit, tout est déjà presque fini… Chacun pense à son retour, la parenthèse magique se referme doucement, sous un ciel très étoilé.

Notes ________________
  1. Patrick Rebollar, Les salons littéraires sont dans l’internet, Paris : P.U.F., 2002, coll. écritures électroniques, 218p. []

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Un commentaire

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