Avec la hache de l’absurde

lundi 27 septembre 2010, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

« Les nuits commençaient toujours de la même manière, par une séance de contes. Golkar Omonenko se plaçait au chevet de son fils, parfois assis, parfois debout, mais l’oreille aux aguets, prêt à surprendre tout bruit suspect venu de derrière les murs. Tout en bavardant et en riant avec le petit garçon, il était concentré sur cette tâche de surveillance et il ne la mettait jamais entre parenthèses. Soir après soir, une conversation amicale avait ainsi lieu entre le père et l’enfant, ponctuée d’histoires drôles, de saynètes fantastiques où l’absurde dominait, oscillant toujours entre le comique et l’angoisse. De l’avis de Golkar Omonenko, l’absurde possédait des vertus pédagogiques. Il assouplissait l’intelligence et, en même temps, il permettait de s’endurcir face à tout ce que la réalité pouvait produire de surprenant et d’horrible. » (Lutz Bassmann, Les aigles puent, p. 56-57)

Je dis souvent à mes étudiants, qui sont le plus souvent des étudiantes, qu’il faut lire des contes aux enfants. Elles qui vont bientôt avoir l’occasion d’élever 1,22 enfants dans une population en décroissance du fait des prix trop élevés du système d’éducation, de la précarité des emplois, du manque de services sociaux et du rejet de l’immigration, elles doivent dès le début de leur grossesse lire des histoires, des récits, des contes, habituer leur future progéniture à d’autres univers et leur ouvrir l’esprit avec la hache de l’absurde.

« Quand un prêtre ou un soldat se faufilaient à proximité du lit d’Ayïsch Omonenko, Golkar Omonenko n’engageait pas avec eux un débat théorique sur la pureté de la race, il ne leur demandait pas qui les avait envoyés ni s’ils avaient quelque chose à dire avant de mourir. Il les tuait. Il les tuait le plus rapidement possible et en silence. » (Ibid., p. 57)

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Un commentaire

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