Que le lapin se tigre

samedi 15 janvier 2011, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Des voeux.
Des souhaits.
Les meilleurs, forcément, et que
Seuls ceux que j’aime
recevrez.
Tout ce dont on a envie, et aussi
tout ce dont on a besoin :
les chocolats et les médicaments,
le travail et les vacances,
et que le lapin se tigre,
car qu’est-ce qu’un lapin, hein,
dans le monde d’aujourd’hui,
franchement…

Deuxième séance du cours sur Bel-Ami, ce matin. Bref retour sur le chapitre I, avant d’aborder les chapitres II et III, dans lesquels Duroy fait ses premiers pas dans le journalisme.
Il ne sait même pas écrire, en fait. Tracer des lettres et des mots, oui, il a appris ; mais composer des idées, prendre un ton et le mettre au service d’un discours, ça, non ! Pas grave, les hommes de son entourage sont persuadés qu’ils pourront toujours le manipuler, le téléguider, où qu’ils l’installent. À commencer par son ami Forestier, et par le patron du journal. Duroy lui-même, d’ailleurs, ne voit pas plus loin que le bout de son nez… Oui, sauf que les femmes, elles, ne savent pas lui résister longtemps. Même si ça les scandalise, pour les plus conscientes d’entre elles. C’est le come back du donjuanisme. Mais fin XIXe, ça ne peut pas être par vanité et défi de Dieu. Aucune noblesse au temps où les particules s’achètent. C’est pour monter, arriver, par tous les moyens. D’ailleurs, le mauvais exemple est partout, alors pourquoi s’en priver…
1885-2011, après deux guerres mondiales, des Pearl Harbor et des Hiroshima, des colonisations et des décolonisations, des goulags et des murs qui tombent, des croissances et des décroissances, des crises et des crises, je ne vois pas beaucoup de différences entre un Duroy de la IIIe République et la plupart des arrivistes, qu’ils soient politiciens ou politologues, qui dirigent les affaires, les institutions et les médias aujourd’hui.

« Sa conscience native de Normand, frottée par la pratique quotidienne de l’existence de garnison, distendue par les exemples de maraudages en Afrique, de bénefs illicites, de supercheries suspectes, fouettée aussi par les idées d’honneur qui ont cours dans l’armée, par les bravades militaires, les sentiments patriotiques, les histoires magnanimes racontées entre sous-offs et par la gloriole du métier, était devenue une sorte de boîte à triple fond où l’on trouvait de tout.
Mais le désir d’arriver y régnait en maître. »
(Maupassant, Bel-Ami, chapitre III, p.59)

Publié dans le JLR


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