Malgré les lourdeurs administratives

samedi 19 février 2011, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Lundi 14, bureau des étudiants, dépôt de la dernière feuille de notes après les examens. Virtuellement, je suis déjà en année sabbatique. En fin d’après-midi, importante réunion des Recherches Internationales sur les Mazarinades, la dernière de l’année universitaire, celle où l’on achève la comptabilité, survole le parcours effectué. Malgré les lourdeurs administratives, nous avons réussi tout ce que nous voulions faire. Cela se fête après, à la maison, où T. a fait venir quelques plats du tout proche restaurant Rhubarbe.1 Malheureusement, il s’est mis à neiger dru dans l’après-midi, ce qui complique le déplacement jusque chez nous et provoque le départ d’un collègue qui doit rentrer chez lui en voiture alors qu’il y a déjà une dizaine de centimètres d’or blanc.
Finalement, T. et moi aurons encore à manger pour au moins deux jours, même en invitant David à déjeuner demain…

Vendredi 18, T. et moi revenons à Tokyo pendant que David et un autre collègue partent à Orléans avec 34 étudiants. Cette année, le voyage se fait par Finnair, et donc avec escale à Helsinki, que je ne connais pas.

Samedi 19, septième séance sur Bel-Ami, deuxième partie, chapitres 3 et 4. Après la mystification de la bonne société que planifient Georges et Madeleine (ch.1) et la décristallisation de Georges qui retrouve son égoïsme conquérant (ch.2), il est temps de mettre les femmes en compétition pour voir laquelle aura le plus de rendement pour la carrière de Georges. On voit donc, sur fond d’assauts d’escrime chez le collègue Rival, Madeleine devenir objet d’indifférence ou d’agacement jaloux, Clotilde de Marelle revenir à son amant qu’elle a dans la peau, la mûre Mme Walter écouter avec délices la déclaration du bellâtre, sans oublier le portrait avantageux de sa fille Suzanne, poupée avec de la poitrine2 qui sera bientôt à marier…
Où l’on voit également que « bourgeois bohème » n’est pas une expression d’aujourd’hui.

« Il regardait la plus jeune des demoiselles Walter, et pensait : « Elle n’est pas mal du tout, cette petite Suzanne, mais pas du tout. » Elle avait l’air d’une frêle poupée blonde, trop petite, mais fine, avec la taille mince, des hanches et de la poitrine, une figure de miniature, des yeux d’émail d’un bleu gris dessinés au pinceau, qui semblaient nuancés par un peintre minutieux et fantaisiste, de la chair trop blanche, trop lisse, polie, unie, sans grain, sans teinte, et des cheveux ébouriffés, frisés, une broussaille savante, légère, un nuage charmant, tout pareil en effet à la chevelure des jolies poupées de luxe qu’on voit passer dans les bras de gamines beaucoup moins hautes que leur joujou.
La sœur aînée, Rose, était laide, plate, insignifiante, une de ces filles qu’on ne voit pas, à qui on ne parle pas et dont on ne dit rien.
La mère se leva, et se tournant vers Georges :
– Ainsi je compte sur vous jeudi prochain, à deux heures.
Il répondit :
– Comptez sur moi, madame.
Dès qu’elle fut partie, Mme de Marelle se leva à son tour.
– Au revoir, Bel-Ami.
Ce fut elle alors qui lui serra la main très fort, très longtemps ; et il se sentit remué par cet aveu silencieux, repris d’un brusque béguin pour cette petite bourgeoise bohème et bon enfant, qui l’aimait vraiment, peut-être.
« J’irai la voir demain », pensa-t-il. »
(Maupassant, Bel-Ami, p. 259)

Le chapitre 4 voit deux institutions choir par le travail du sapeur Georges. Un ministère et Madame Walter. Par ses articles répétés contre un ministère pour en favoriser un autre, il a déstabilisé le gouvernement ; et Maupassant a démontré, même s’il n’était pas le premier, le pouvoir des médias. Par ses habiles manœuvres moustachières, jusque dans l’église de la Trinité où Mme Walter se croyait pourtant protégée par le Christ, Duroy parviendra à la faire entrer dans un fiacre puis dans sa garçonnière, où il la consommera toute crue.
Maupassant veut surtout montrer que l’élève apprend vite (plus vite que son prédécesseur, d’ailleurs évincé par la maladie et la mort) et qu’il n’en est que plus dangereux ; leçon que son entourage politique n’apprendra amèrement qu’un peu plus tard.

Notes ________________
  1. Ce restaurant n’est pas un traiteur mais il accepte de le faire dans certains cas. Si des habitants du quartier sont intéressés, ils peuvent négocier directement avec le patron en donnant leur budget moyen par personne. []
  2. Toutes les femmes avec lesquelles Bel-Ami couche sont un peu grasses et avec de la poitrine, sans que l’on sache si c’est son goût, celui de Maupassant ou celui de l’époque… []

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Publié dans le JLR

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