Le confort du train (bébé ou pas)

samedi 23 août 2008, à 22:34 par Berlol – Enregistrer & partager

Lever difficile, thé au jasmin et fruits à finir. Mon cerveau se remet en marche dans cette nouvelle configuration lieux et objets. Malgré tout ce qui a été apporté dans cet appartement, j’y circule assez bien pour la vie quotidienne.
Il pleut toute la journée, à Nagoya comme à Tokyo. Je me félicite que ça n’ait pas été le cas hier !
J’espère que David a bien dormi.

Déjeuner avec Benoît quelques jours avant son départ définitif du Japon (il sera à Besançon à la fin de la semaine). Andreas se joint à nous, bien remis des frasques de la nuit (j’ai actualisé le billet d’hier). À Motoyama, excellent plateau déjeuner japonais avec dorade grillée. Sous la pluie battante, on traverse le carrefour pour aller prendre un café, le dernier ensemble ici.

Dans le shinkansen, une femme laisse son bébé brailler, et même se traîner à quatre pattes dans le couloir central. L’énervement se lit sur bien des visages nippons, comme sur le mien. Il faudrait un wagon spécial pour groupes riants et couvées pleurantes. Déjà, on se demande ce qu’une femme avec deux enfants en bas âge fait dans le wagon sans réservation… Je m’endors souvent — entre les cris — et me réveille en sursaut avec des images de voiture en travers de ma route, de somnolence provoquant un accident, etc. La concentration et l’excitation passées, les peurs liées à la conduite dangereuse resurgissent avec la fatigue. Il va sans dire que j’apprécie mieux le confort du train (bébé ou pas).

J’ai bien fait de parler de point de vue, hier. Le deuxième chapitre de Modiano est en effet écrit par un personnage différent du narrateur du premier chapitre. Les premières lignes en sont déroutantes — mais… comment peut-il dire ça, lui ?… C’est parce que ce n’est pas le même, et on l’identifie assez vite. Mais surtout, le système temporel augmente d’un étage, amenant un autre éclairage, radicalement différent. On avait un jeune homme des années 60 écrivant beaucoup plus tard, peut-être dans les années 80. On y ajoute des activités louches vingt ans avant, et c’est la guerre ou la collaboration qui sont suggérées.
Ce sera donc une mosaïque, chacun apportant sa série de vérités et de mensonges, où chaque lecteur construira sa compréhension, un avis sur chacun…

« Éditeur d’art. Cela m’est venu sans y réfléchir. Si l’on m’avait demandé, il y a plus de vingt ans, à quoi je me destinais, j’aurais bredouillé : éditeur d’art. Eh bien, je l’ai dit aujourd’hui. Rien n’a changé. Toutes ces années sont abolies.
Sauf que je n’ai pas fait entièrement table rase du passé. Il reste certains témoins, certains survivants parmi ceux qui ont été nos contemporains. Un soir, au Montana, j’ai demandé au docteur Vala sa date de naissance. Nous sommes nés la même année. Et je lui ai rappelé que nous nous étions rencontrés jadis, dans ce même bar, quand le quartier brillait encore de tout son éclat.» (Patrick Modiano, Dans le Café de la jeunesse perdue, p. 33)

Autre illustration éminemment contemporaine, littéraire et humaine du point de vue : deux écrivains, Emmanuelle Pagano et Marc Pautrel, par ailleurs blogueurs, travaillant des mois durant en secret à un roman épistolaire, vivant dans le mouvement de l’écriture une réelle histoire d’amour et se séparant pour des raisons qui ne nous regardent pas. Mais que devient le projet littéraire ? Quel statut acquiert leur blog respectif ? Leur couple comme leur rupture sont-ils autre chose que des fictions pour les lecteurs réguliers de leurs billets ? Ce roman-là n’est-il pas au moins aussi intéressant que tout ce qui déboule dans les librairies ?

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Publié dans le JLR


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