Un peu femmes et un peu potiches

jeudi 24 mai 2012, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Il a fait chaud, aujourd’hui. Les étudiants ont demandé la clim… Mais l’administration universitaire ne l’autorise pas encore, les commandes murales sont muettes. Rien à voir avec Fukushima et le nucléaire : il y a une date officielle d’utilisation de la climatisation. Cependant comme il fait déjà chaud en mai, j’explique aux étudiants, qui sont majoritairement et mollement contre le redémarrage des centrales nucléaires, que s’ils souhaitent sérieusement persévérer dans cet avis, avec lequel j’adhère par ailleurs, il leur faudra peut-être supporter la chaleur de juillet et d’août sans refroidissement de l’air ambiant, au moins quelques heures par jour… Visages horrifiés. Ce que ça coûte d’avoir une conscience si peu que ce soit politique.

Au séminaire de cinéma, on s’attaque à Potiche (Ozon, 2010), qui n’est pas un chef-d’œuvre mais montre une intéressante reconstitution de la fin des années 70, avec condition minable de la femme en milieu bourgeois réactionnaire jusqu’à la caricature. Forcément, il faut expliquer potiche, mot nouveau pour les étudiants. On le recherche dans le TLF et tout le monde peut lire sur grand écran les définitions et la citation d’Anatole France… quelque peu choquante, et qu’il faut replacer dans son contexte.

« Les jeunes Japonaises, les mousmés ne l’ont point consolé (…) les amours d’un blanc avec ces petites bêtes jaunes, un peu femmes et un peu potiches » (A. France, Vie littéraire, 1891)

Évidemment, la fortune d’un mot, donc maintenant celui-ci en français, dépend de multiples facteurs. Ici, c’est sans doute la pauvreté des paysans japonais de la fin de l’ère d’Edo, une certaine beauté docile et sophistiquée de leurs filles et l’arrivée de voyageurs puis de proxénètes occidentaux qui ont permis la traite vers les grandes villes puis la Cochinchine, le Tonkin,1 etc., où le mot a été francisé et sans doute employé bien avant que Loti n’en fasse mention.2 Proust en dit qu’il s’agirait là d’un « des plus jolis mots de la langue nippone »… Je me demande bien ce qu’il en savait, lui, des autres mots de cette langue. Mais c’était sans doute mieux que d’en faire un fox-trot oriental ?

Et puis, dans le train, je reviens aux filles d’aujourd’hui…

« Monsieur T. trouve ses trois filles très courageuses mais c’est la cadette qui met une cagoule, qui éteint les feux, qui fait des rondes la nuit autour de la maison, qui saute dans le vide avec un parachute, qui soigne les plaies, ses autres filles sont parfaites mais elles ne font pas des choses aussi exceptionnelles. » (Olivia Rosenthal, On n’est pas là pour disparaître, p. 194)

Notes ________________
  1. Voir dans Tonkinoiseries, souvenirs d’un officier, de Jean Léra, 1896, p. 138-139. []
  2. Voir par exemple chez le comte de Gabriac en 1872. []

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Publié dans le JLR

Un commentaire

  1. Elise L

    « On n’est pas là pour disparaître », totalement inattendu, comment diable m’était-il tombé dans les mains ? le livre qui m’a sans doute le plus marquée ces dernières années