L’attente semi-conductrice du bon moment

mercredi 6 juin 2012, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Les jours de procrastination n’ont de valeur que si le projet remis s’en trouve amélioré, n’est-ce pas ? Sinon, c’est du temps perdu. C’est un peu comme si la retenue était la conscience d’un manque, d’un perfectionnement encore possible… Ou bien est-ce l’attente semi-conductrice du bon moment ? Option kaïrotique à ne pas écarter quand d’autres personnes sont impliquées, voire une administration, qui a ses règles.
Ainsi je prends le dossier qu’il faut, le remplis en une vingtaine de minutes, le revêts de mon sceau et le dépose au bureau… qui l’accepte sans regimber. Voilà la mission Mazarinades d’été sur les rails ! Ou plutôt le tarmac.

Je connaissais déjà Damien Saez, l’avais présenté à des étudiants. Mais je redécouvre son clip sur le nucléaire… Puis-je / Dois-je le présenter dans le cours de chansons ?

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Avant la piscine, trente minutes de vélo statique en transpirant aussi du bonheur de retrouver l’écriture de Patrick Deville. Voyageur embarqué dans un écrivain, et non le contraire, je perçois parfois des fulgurances de Cendrars, des subtilités de Segalen, et du Volodine volatil quelque part, mais c’est encore autre chose, un ton, un son, un rythme unique, que le changement de continent, d’un livre à l’autre, n’affecte pas. Des « romans sans fiction », dit-il, modeste.
Ce sont les premières pages mais je voudrais déjà qu’elles soient infinies.

« Autrefois, on voyait d’ici la cathédrale, dont les cloches sonnaient à Pâques la Résurrection des chrétiens, avant qu’elle ne fût détruite par les Khmers rouges. Une vie d’homme de durée moyenne est un bon instrument pour mesurer l’Histoire, le week-end pascal une bonne éphéméride. Assis au bar, devant un carnet, je calcule que le dimanche de Pâques de 1998, l’année où Khieu Samphân dans cet hôtel se repent, ou feint de se repentir, j’ai quitté le Nicaragua pour l’Uruguay où j’ai retrouvé par hasard une photographie de Baltasar Brum, à Montevideo, celle où on le voit quelques secondes avant son suicide, un Smith & Wesson dans chaque main. Comme si le suicide d’un homme seul pouvait enrayer un coup d’État. Aujourd’hui, en compagnie de Mister Liem, je retourne voir l’empilement des crânes percés ou fracassés du camp de Choeung Ek dans la banlieue de Phnom Penh, qui était le charnier de S-21 en bordure des rizières. On marche entre les fosses peu à peu comblées par la végétation où affleurent des os, des dents, et des lambeaux de vêtements que la terre vomit. » (Patrick Deville, Kampuchéa, Paris : Éd. du Seuil, 2011, p. 22-23)

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Publié dans le JLR

Une réponse à “L’attente semi-conductrice du bon moment”

  1. magois patrick dit :

    Merci de m’avoir fait découvrir Damien Saez que je ne connaissais pas.